Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 45 : Recoller les morceaux

Par Sevvka

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Note : Ce chapitre a été écrit en écoutant en boucle la chanson Might+U, donc si vous cherchez une ambiance musicale pour accompagner votre lecture, n'hésitez pas ! 

Profitez bien de ces retrouvailles pleines d'émotion ✨ On revient dans une vibe positive hihi


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« Alors, Tōya Todoroki ? On se plaît chez les vilains ? »


Dabi n'en croit pas ses yeux. Yumei se tient bien là, face à lui, au milieu de cette petite clairière boisée recouverte d'humidité et de gadoue. Emmitouflée dans une large veste d'hiver, le nez rougi par le froid, elle le toise en silence. Le petit sourire qui tordait ses lèvres quelques instants plus tôt s'est rapidement effacé pour laisser place à un regard sévère. Ses derniers mots, accusateurs, résonnent en écho dans les pensées du vilain. Il se rappelle avoir prononcé les mêmes à son encontre, la première fois qu'ils se sont adressé la parole après qu'il l'ait ramenée au Manoir de la Montagne Gunga.

À cette époque, il y a à peine deux petits mois, la situation était inversée. Dans la chambre de Hawks, Dabi s'était adressé à Yumei le sourire aux lèvres, et il s'était moqué de sa détresse alors qu'elle était au fond du gouffre. Aujourd'hui, c'est le visage du jeune homme qui est creusé de profondes cernes de désespoir. Son regard qui a perdu son éclat d'antan. Désormais, c'est son monde à lui qui s'est écroulé... Lui qui ne trouve plus aucun sens à son existence, et qui n'arrivera pas à s'en sortir sans recevoir de l'aide. Mais ça... il a encore du mal à le comprendre.

Les deux anciens amis se toisent, incapables de bouger. Malgré toute l'affection qu'ils ont pu porter à l'autre, ils n'ont pas le choix que d'être méfiants. Après tout, ils appartiennent désormais à des camps radicalement opposés. Dabi a confirmé sa position de serviteur du Roi du Mal, alors que Yumei est repartie avec les héros. Que peuvent-ils encore se dire, dans pareille situation ? Que peuvent-ils encore faire ?

Leur amitié peut-elle encore se permettre d'exister ?

Pourquoi elle est là ? Pourquoi elle est venue ?

Dabi devrait peut-être faire demi-tour. Après tout, si Yumei a trouvé cet endroit, les héros ne doivent pas être loin et ses camarades sont actuellement exposés au danger.

Il faut que je prévienne les autres.

Est-ce que... Est-ce que c'est vraiment ce dont il a envie ? Tourner le dos à Yumei et fuir une nouvelle fois ?

La planque a été découverte, il faut que je donne l'alerte, et vite !

Mais qu'est-ce qu'il raconte... ? Pourquoi ferait-il ça ?

Je dois le faire ! Parce que... Parce que je suis un...


Un vilain ?

C'est vraiment ce qu'il pense ?


Ses jambes refusent toujours de se mouvoir, paralysées par le conflit interne qui l'assaille. Alors, il tente de gagner du temps. Il se décide enfin à répondre à Yumei, ignorant sa question exprès pour la mettre mal à l'aise.

« Qu'est-ce que tu fous là ? »

Sa voix est basse, froide, enrouée. Il n'a pas vraiment envie de s'adresser comme ça à son amie. Au fond, elle lui a tellement manqué... Mais ce retour est si brusque, si soudain qu'il ne peut pas s'empêcher de le rejeter de tout son être. Il n'y était pas mentalement préparé. Cela fait presque trois semaines qu'il s'est persuadé qu'elle ne reviendrait pas dans sa vie. Il a eu tant de mal à faire une croix sur leur relation... Alors... elle ne peut pas réapparaître comme ça, d'un jour à l'autre. C'est trop facile...

« Je viens aider mon ami.

— Je n'ai pas besoin d'aide. »

Elle hausse un sourcil. Elle a certainement remarqué qu'il n'a pas contredit son utilisation du mot "ami", et Dabi se mord la lèvre inférieure, forcé d'avouer qu'il n'a pas réussi à le faire. Elle doit aussi avoir remarqué autre chose : son allure épouvantable. En ce moment, même s'il essaie encore de faire le fier... Dabi fait vraiment peine à voir. Et ça ne l'étonnerait pas que Yumei ait compris d'un simple coup d'œil qu'il n'a jamais été aussi mal de toute sa vie.

Qu'il a, au contraire, plus que jamais besoin d'aide.

Et qu'il est juste incapable de l'admettre.


« Très bien. »

Yumei pousse un soupir en baissant les épaules, et elle commence à faire quelques pas à reculons. Ce simple petit écart qu'elle creuse entre eux provoque une vive bouffée d'angoisse chez le vilain, dont le cœur s'emballe quand il réalise qu'il a peur de la voir disparaître parmi les arbres pour ne plus jamais la retrouver.

« Je n'insisterai pas plus, Tōya. Comme tu me l'as demandé, je ne me mêlerai plus de tes affaires si tu n'en as pas envie. Je voulais juste te laisser une dernière chance. »

Elle semble regretter ses paroles, incapable de dissimuler les tremblements de ses lèvres. Mais elle fait tout de même volte-face, et ce simple geste se révèle parfaitement insoutenable pour le vilain. Le dos que lui tourne son amie éveille en lui un affreux sentiment de peur et d'abandon, si bien qu'il tend le bras vers elle et hausse la voix, qui se brise sous l'effet du stress.

« A... Attends ! »

Ne pars pas.

Ne me laisse pas seul...

Ne me laisse pas y retourner !

Surpris par ses propres pensées, Dabi est incapable de prononcer un mot de plus. À la place, ses yeux s'écarquillent de surprise alors qu'il comprend enfin. Depuis tout ce temps, il a nié ce sentiment au fond de lui. Mais tout est très clair à présent.

Il ne veut pas y retourner.

Il veut... quitter pour de bon le monde des vilains... ?

Sa respiration s'emballe, et il fait quelques pas chancelants en direction de Yumei, qui s'est arrêtée mais qui lui tourne toujours le dos. Quand elle parle enfin, Dabi se fige, toute son attention portée sur elle.

« Tu sais... Que tu le veuilles ou non... C'est toi qui m'as sauvé la vie. Si tu ne m'avais pas ramenée au Front, je n'aurais jamais trouvé la force de me relever. C'est notre amitié qui m'a permis d'ouvrir les yeux... De retrouver un sens à mon existence. Tu te souviens, non ? Je t'ai promis de t'aider à t'en sortir, toi aussi. »

Elle se tourne vers lui, et malgré le regard toujours aussi dur qu'elle lui renvoie, il remarque que ses yeux commencent doucement à se gorger de larmes.

« Mais si tu penses toujours que tu aurais dû me tuer, alors... Alors je partirai pour de bon. Je veux t'aider, Tōya, je l'ai toujours voulu. Mais si tu te sens mal à mes côtés... ça ne vaut pas la peine d'insister. »

N... Non...

Il suffoque. Sous le choc, rongé par la culpabilité, il agrippe d'une main les pans de sa veste de vilain, comme si la maintenir fermée pouvait permettre d'éviter à son cœur d'exploser hors de sa poitrine. Il serre les dents, et tout son visage trahit un intense désespoir qu'il ne parvient plus à cacher. Il a peur, oh... il a tellement peur qu'elle parte. Mais il est encore plus terrifié à l'idée de lui faire du mal. Il lui en a déjà tellement fait... Tellement... de... mal. Et pourtant, elle est revenue à lui.

Et elle se tient là. Et elle lui dit qu'il l'a sauvée. Et qu'elle veut le faire en retour.

« P... Pourquoi... ? Alors que... que j'ai... »

Il ne parvient pas à continuer sa phrase. Leurs yeux se sont connectés au même moment, et Dabi peut lire dans ceux de son amie toute la peine et la tristesse qui la hantent. Quant à elle, elle décèle dans ses prunelles bleues ce qu'il ne peut plus lui cacher : sa solitude. Sa détresse. Sa culpabilité d'être parti, d'avoir laissé mourir Twice. Il se livre entièrement par ce simple jeu de regards, et puisqu'il ne peut pas mettre des mots sur ce qu'il ressent, il espère que son amie le comprendra comme ça.

Qu'elle réalise à quel point, même s'il essaye sans cesse de le nier, Dabi... ou plutôt, Tōya, est incapable d'être heureux loin d'elle.


Je tiens tellement à toi... Yumei.


Et elle semble le comprendre, parce qu'elle laisse enfin les larmes rouler le long de ses joues. Alors, le jeune homme ne tient pas un instant de plus. Ses jambes le lâchent, et il tombe à genoux dans la mousse gorgée de neige fondue. L'envie de pleurer le prend si violemment à la gorge qu'il est secoué de sanglots étranglés, qui sont accompagnés de larmes de sang particulièrement douloureuses. Et en même temps, ce lâcher-prise ouvre enfin une porte en lui. La porte de son cœur, dont il comprend que Yumei possédait un jeu de clés, et qui lui permet de livrer pour de bon tout ce qui lui pèse depuis tout ce temps.

Alors, il les laisse sortir de sa gorge nouée. Toutes les angoisses, les regrets, la tristesse profonde qu'il a accumulés depuis un temps bien trop long. Et surtout, les excuses, celles qu'il a formulées un nombre incalculable de fois dans sa tête depuis qu'il a quitté le Manoir. Qu'il n'aurait jamais cru pouvoir exprimer un jour de vive voix...

« Je... Je suis tellement désolé, Yumei... ! Je n'aurais jamais dû te rejeter... ! Ma vie... Ma vie est un calvaire depuis que tu n'es plus là... Tu peux pas savoir comme vous me manquez, Keigo et toi. Les moments qu'on a passés ensemble... ils m'ont rendu vraiment heureux, pour la première fois de ma vie. J'aimais notre vie... J'aimais tellement notre vie juste à nous trois... »

Il est interrompu par ses sanglots, mais Yumei lui laisse le temps de se reprendre, secouée par l'état de détresse et la vulnérabilité de son ami.

« Uh... J'ai juste... Oh, j'ai juste pas supporté votre envie de changer ça. Je ne voulais pas changer, Yumei, je voulais rester avec vous au Manoir pour toujours... Il m'a fallu du temps pour comprendre que c'était pas possible. Que vous vouliez recréer ça ailleurs... Comme... Comme j'ai été bête... Mais j'étais terrifié ! J'ai eu tellement peur de perdre ce bonheur avec vous... que je l'ai perdu en vous accusant, en refusant de vous faire confiance. Et maintenant, je n'ai plus aucune envie de vivre... Je me sens si mal... et tout ça, c'est entièrement de ma f... »

Il est freiné dans ses confidences par un choc brusque contre son corps et il rouvre les yeux. Yumei s'est jetée dans ses bras, à genoux face à lui et pleurant elle aussi, ce qui fait redoubler sa crise de larmes. Il pose sa tête dans le creux du cou de sa meilleure amie, l'entourant de ses deux bras en serrant fort ses épaules comme s'il avait peur qu'elle disparaisse. Il doit être tellement piteux à voir... Le visage couvert de sang... Le nez qui coule, les cheveux qui lui collent au visage de manière désordonnée. Sa veste ignifuge complètement déchirée, qui a glissé de ses épaules, laissant apparaître son t-shirt blanc trop large qui dévoile en grande partie les cicatrices de son cou. Mais peu lui importe son allure.

Parce qu'il a retrouvé Yumei. Et il a l'impression d'avoir recollé au moins quelques morceaux de son cœur en miettes.

Ils restent comme ça quelques minutes, calmant progressivement leurs pleurs. Yumei sourit tendrement, les doigts engouffrés dans les cheveux blancs de Tōya qui lui avait tellement manqué.

« Je suis là maintenant. Tu ne seras plus jamais seul, Tōya. »

Une vague de soulagement parcourt le corps entier du vilain. Il n'ose pas se décoller d'elle, trop honteux d'affronter son regard après s'être montré aussi faible. Mais alors qu'il parvient enfin à calmer sa respiration et qu'il pose sa joue sur l'épaule de Yumei, barbouillant involontairement sa veste (heureusement noire) avec son sang, une sensation familière le fait frissonner de la tête aux pieds.


Une toute petite plume rouge, duveteuse, vient caresser doucement son visage en se laissant porter par la brise.


Il n'en faut pas plus pour que le cœur de Tōya se mette à battre à toute allure dans sa poitrine. Il se décolle lentement de Yumei, son regard parcourant l'étendue d'herbe bordée d'arbres à la recherche de cette silhouette dont il a tant rêvé ce dernier mois. Et finalement, quand il relève ses yeux bleus, il l'aperçoit enfin : perché sur une branche, à moitié dissimulé derrière les feuillages.

« K... Kei... »

Il n'arrive pas à articuler son nom au complet, trop secoué de réaliser que le héros se trouvait à leurs côtés depuis le début. Bien sûr, il s'était douté qu'il ne devait pas être loin. Il l'avait aperçu dans le ciel, tout à l'heure... Mais ses retrouvailles avec Yumei avaient recalé cet indice dans un coin de sa tête. Alors, l'oiseau a tout entendu ? Toutes ses confidences... ?

Keigo saute de son arbre d'un bond agile et s'avance dans la lumière de la clairière. Quand il le distingue enfin nettement, Tōya a l'impression d'être face à un ange. Malgré son air grave, le visage du héros trahit plus de tristesse et de tendresse que de colère, et la douceur de ses traits parvient à apaiser instantanément le tumulte d'émotions qui se bagarrent encore dans le corps du vilain. À elle seule, la présence du jeune homme l'irradie d'une joie inavouable, mais aussi d'une culpabilité amère en repensant au mal qu'il lui a fait.

Keigo s'arrête à une distance raisonnable, tiraillé par des émotions trop contradictoires pour courir à la rencontre de celui qu'il aime encore si fort. Yumei desserre lentement son étreinte pour libérer Tōya, à qui elle sourit, puis elle se redresse pour venir se tenir aux côtés de l'homme ailé dont elle frotte doucement le dos pour l'encourager à se lancer.

Mais à leur grand étonnement, il n'a pas le temps d'ouvrir la bouche que Tōya réagit d'abord. Le vilain, qui était toujours à genoux, se prosterne devant son ancien partenaire, les deux mains et le front enfoncés dans l'herbe boueuse, adoptant une posture de pardon et de soumission totale. Le héros n'en croit tellement pas ses yeux qu'il ne parvient pas tout de suite à parler, c'est donc le jeune Todoroki qui prend l'initiative.

« Keigo. J'ai douté de toi, je t'ai espionné et j'ai sali la confiance que tu me portais. À cause de moi, tu as frôlé la mort et on a perdu Twice... Ensuite, je t'ai laissé tomber. Je me suis même réfugié dans les bras d'un autre à la première occasion... Alors... Je ne mérite pas que tu poses encore tes yeux sur moi. Mais... Malgré tout ça, j'aimerais une dernière fois faire preuve d'égoïsme. Je te demande juste d'accepter mon pardon... S'il te plaît... »

Le jeune blond est éberlué. Il n'aurait jamais cru que quelqu'un lui adresse des excuses de cette manière, encore moins un vilain, et encore moins Tōya. En même temps, cela ne lui fait pas plaisir de voir ça. De voir cette personne à qui il tient tant prostrée, le front dans la boue et les joues barbouillées de toutes les larmes que son corps lui permet de verser. Alors, il n'attend pas un instant de plus : il s'agenouille devant Tōya et lui attrape le menton pour le forcer à se redresser.

Quand leurs deux paires d'yeux se rencontrent, leurs cœurs battent la chamade en une douce harmonie. Secoué, le héros esquisse un sourire un peu tremblant, les larmes aux yeux à son tour.

« Je te l'ai déjà dit, crétin... On a tué Twice ensemble. Moi aussi, je te dois des excuses... Alors cesse de t'en vouloir autant... et accepte de porter ça avec nous. »

Il pousse un petit soupir pour contrôler ses émotions, alors que Tōya est paralysé par ce léger contact physique dont il n'a fait que rêver depuis tout ce temps.

« Écoute. Ce n'est pas de notre pardon dont tu as besoin pour aller de l'avant, Tōya... À présent, il faut que tu parviennes à te pardonner toi-même. »

Le vilain recommence à trembler de tout son corps, secoué par toutes ces émotions vives, ce qui fait légèrement sourire Keigo.

« Alors, à mon tour de te supplier... Promets-moi d'être un peu plus gentil avec toi-même. Tu mérites qu'on prenne soin de toi, et c'est de toi que ça doit d'abord venir...

— Je... Oh, Keigo... »

C'est plus fort que lui : Tōya recommence à pleurer, comme si ses retrouvailles avec ses proches ont ouvert une vanne qu'il a maintenue fermée depuis son enfance. Le héros ailé le serre à son tour dans ses bras, frottant doucement son dos pour l'aider à se calmer, alors que Yumei les observe sans pouvoir s'empêcher de sourire tendrement.

« Alors, tu me le promets ?

— D'accord... Mais tu... tu me pardonnes quand même ? Pour tout ce que j'ai dit... ?

— Je ne te cache pas qu'il va falloir encore un peu de temps. Mais oui, je suis prêt à te pardonner, Tōya.

— Même d'avoir envoyé Toga t'espionner ?

— Bien sûr.

— De ne pas être venu à UA ?

— Même ça, oui.

— Et même d'avoir couché avec Compress pour essayer de t'oublier... ?

— N'en rajoute pas une couche, s'il te plaît... »

Keigo sent Tōya se crisper dans ses bras, et il lâche un petit rire pour lui signifier de ne pas trop s'en faire. Bien sûr, de grandes discussions les attendent encore... mais pour l'heure, il aimerait surtout profiter du bonheur d'avoir retrouvé ce jeune homme qui n'a jamais quitté ses pensées depuis qu'ils se sont séparés. Il se détache de l'aîné des Todoroki pour lui décrocher une larme dans un geste plein de tendresse, et pour la première fois depuis qu'ils se côtoyaient au Manoir, cette démonstration d'affection réussit enfin à faire sourire timidement le vilain.

« Par contre, Natsuo avait raison. T'es vraiment un pleurnichard. »

Tōya fronce les sourcils en affichant une adorable moue boudeuse, ce qui fait rire à la fois le héros et leur amie.

« Ça, c'était gratuit et extrêmement déplacé.

— Mais tu vas pas nous dire le contraire ?

— C'est la première fois que tu me vois vraiment pleurer, enfoiré. Fais pas comme si t'étais là quand j'étais gosse !

— Ah... C'est ça que j'attendais. L'occasion parfaite de faire une très belle transition ! »


Tōya penche la tête sur le côté, ne comprenant pas où Keigo veut en venir. À côté d'eux, Yumei lâche un petit gloussement et elle s'approche d'eux pour attraper la main du vilain et l'inviter à se lever.

« On a une petite surprise pour toi..., commence-t-elle avec un sourire aux lèvres. Il y a quelqu'un qui était justement là, quand tu étais gosse, et qui aimerait te revoir. »

Le souffle de Tōya se coupe. Il a peur de comprendre et, incapable de récupérer de l'air pour s'exprimer, il se contente de secouer la tête comme s'il refusait de croire ce qu'on s'apprête à lui dire. En même temps, Keigo se tourne vers le sous-bois et hausse la voix :

« C'est bon, il n'y a pas de danger ! Tu peux venir ! »

Et là. Alors même que Tōya pensait être au summum de son intensité émotionnelle. Alors qu'il commençait déjà à laisser le bonheur regagner doucement son cerveau malade. Alors qu'il ne pensait pas pouvoir être plus soulagé qu'en cet instant auprès de Keigo et Yumei...

Il croise les yeux embués de sa sœur, qui vient de sortir du couvert des arbres, réajustant timidement une mèche de cheveux derrière son oreille. Et il est pris d'une sensation très contradictoire de manquer d'air et de récupérer en même temps une immense bouffée d'oxygène.

« Fu... yu... »

Tōya laisse retomber ses bras le long de son corps, paralysé par ce qu'il est en train de vivre. Dans son mouvement, sa veste de vilain, qui était déjà descendue de ses épaules jusqu'à ses coudes, tombe à ses pieds dans l'herbe humide. Il ne lui faut que quelques petites secondes de plus pour se ressaisir et, laissant ses émotions le guider, ses jambes s'animent d'elles-mêmes.

« Tōya ! »

D'un commun accord silencieux, le frère et la sœur se mettent à courir en même temps. Ils glissent un peu en s'enfonçant dans la mousse, mais ils courent comme si leur vie en dépendait, et il ne leur faut qu'un instant pour franchir les quelques mètres qui les séparent. Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre, et quand Tōya attrape sa sœur, il la fait tourner en riant de bonheur. Ils s'étreignent avec force, un peu trop peut-être, mais c'est plus fort qu'eux : après avoir été séparés dix longues années, en étant persuadés qu'ils ne se reverraient jamais, ils ne peuvent pas s'empêcher de se serrer intensément, comme s'ils avaient peur de se voir disparaître à nouveau.

Fuyumi explose en larmes, alors que Tōya ne peut réprimer un sourire jusqu'aux oreilles. Il reste un long moment comme ça, la joue posée sur l'épaule de sa petite sœur, les yeux fermés pour ne pas perdre une miette de toutes les sensations qui lui reviennent en cet instant. Le Vide est loin derrière lui à présent, et il s'en sent infiniment soulagé. Ce bonheur qui l'envahit tout entier et qu'il n'espérait plus connaître un jour dans sa vie apaise enfin son esprit malade, et il compte bien ne plus jamais le laisser repartir.

Malheureusement, ils ne pourront pas rester comme ça toute leur vie. Alors, après avoir profité de ce câlin pendant un long moment, quand Fuyumi parvient à calmer ses émotions, ils se décollent l'un de l'autre. Sa petite sœur le dévisage enfin, et elle pose ses deux mains sur ses joues pour mieux le contempler, ce qui le met soudainement mal à l'aise. Il détourne les yeux, honteux.

« Désolé, je n'ai plus vraiment le visage dont tu te souviens... Tu dois me trouver repoussant. »

Mais à sa grande surprise, elle secoue la tête pour lui signifier qu'elle n'est pas du même avis.

« Tu es magnifique, Tōya. Tu es le plus beau des grands frères. »

Le jeune homme ne pensait pas pouvoir être aussi touché par ce compliment. On lui a déjà dit qu'il était beau, un certain nombre de fois d'ailleurs, mais il n'y a jamais cru. Lui-même se trouve horriblement laid, mais pour la première fois depuis si longtemps... Prononcés par Fuyumi, ces mots lui font immensément plaisir.

Il a de nouveau envie de pleurer, mais il s'y refuse. Après tout, il a une réputation de pleurnichard à laver. Alors il se force à rire, pour masquer l'émotion qui le prend à la gorge, et Fuyumi l'accompagne.


Ils sont finalement rejoints par Yumei et Keigo, qui posent tous les deux leurs mains dans le dos de leur ami pour lui signifier qu'ils resteront ensemble désormais. Mais même s'ils aimeraient faire durer ce moment pour toujours, le monde autour d'eux continue de tourner, c'est pourquoi Keigo se voit forcé de mettre un terme à cet instant émotionnel.

« Je déteste devoir faire mon rabat-joie dans une situation pareille, mais... On ne devrait pas rester ici. On est beaucoup trop proches de l'Alliance, et on risque gros si on nous repère. Alors, Tōya... Est-ce que tu viens avec nous ? »

Bien sûr, sa décision est déjà prise. Il est hors de question que Tōya laisse à nouveau partir ses proches, il ne s'en remettrait pas. Mais il réfléchit tout de même, juste un instant. Il n'a aucune affaire à récupérer à la planque : il a de toute façon perdu tous ses biens matériels avec la destruction du Manoir. Mais il s'en veut un peu de partir sans avoir parlé une dernière fois à Toga, Mr. Compress, Spinner et même Shigaraki, bien que ce dernier ne soit plus vraiment lui-même. Il s'apprête à les trahir, et il ne peut ignorer cet immense sentiment de culpabilité. Parce qu'au fond... il a fini par s'attacher à eux.

Yumei et Keigo comprennent aisément son hésitation et lui proposent un arrangement : s'éloigner des bois de Hanbori pour décider ensemble de la meilleure chose à faire. Et si Tōya choisit finalement de retourner auprès des vilains, ils sont prêts à l'accepter. Ce dernier sait déjà qu'il ne le fera pas. Mais le simple fait que ses proches lui laissent cette porte ouverte rend sa décision beaucoup plus sereine.

Alors, ils se mettent en route. Et au moment de partir, Tōya laisse volontairement sa veste de vilain derrière lui, le cœur lourd. Voyant sa petite mine, sa sœur vient se coller à lui et lui adresse un adorable grand sourire.

« Au fait, mon cher frère. Je te souhaite un joyeux anniversaire ! »



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Note : Et voilà, c'est officiel, Dabi n'existe plus et Tōya n'est désormais plus un vilain ! Il lui a fallu 45 chapitres pour prendre sa décision, mais pour sa défense, elle n'était vraiment pas facile. On peut l'applaudir bien fort 👏

Nous entrons désormais dans les 10 derniers chapitres de l'histoire. Petit à petit, on approche de la bataille finale... J'ai hâte de vous dévoiler la conclusion des arcs narratifs de nos héros ! Ils vous réservent encore quelques surprises...

À dimanche !




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