Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki
Note : Me voilà de retour ! J'espère que je ne vous ai pas trop manqué :D Bonne nouvelle, je suis désormais en vacances, et j'ai pu avancer hier dans mon écriture, donc la fin de la fic est en bonne voie. D'ailleurs, elle comportera un chapitre de plus que prévu... j'ai été un peu trop dans le déni en pensant que je pourrais raconter la guerre finale en 3 chapitres seulement. On part donc plutôt sur du 55 chapitres + épilogue. Bref, la fin approche !
On se retrouve ici avec du lourd, puisqu'il s'agit d'un chapitre que j'affectionne particulièrement. Keigo et Tōya ont enfin l'occasion d'affirmer pleinement qui ils sont devenus, et je suis vraiment très fière d'eux <3
Profitez bien de ces retrouvailles avec eux !
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« Hawks ! Vous êtes en direct de Juzo News ! Que pouvez-vous nous dire à propos de ce mystérieux vilain que vous avez embrassé hier devant les policiers de Musutafu ?? »
Exaspéré par cette nouvelle intrusion dans sa vie privée, Keigo enfonce un peu plus sa casquette pour cacher son visage. Autour de lui, deux gardes du corps tentent comme ils peuvent d'écarter la foule de journalistes et de curieux qui se sont amassés devant les bureaux de la Commission depuis ce matin pour tenter d'alimenter le drama qui entoure désormais le Numéro 2 des héros.
« Que devons-nous penser de ce timing improbable ? Devons-nous faire un lien avec l'évasion d'All For One et des autres vilains retenus au Tartare qui a eu lieu la même journée ?!
— Fait-il vraiment partie de la terrifiante Alliance des Super-vilains ?! Nos investigateurs font déjà le rapprochement avec le criminel du nom de Dabi, est-ce que c'est la même personne ?
— Un commentaire sur votre relation avec un vilain, Hawks ?! »
En cet instant, le jeune héros est à fleur de peau. Il n'a vraiment pas besoin d'une horde de reporters pour lui rappeler qu'il est à nouveau séparé de Tōya, et leur tentative d'assouvir leur curiosité mal placée commence sérieusement à le blesser. Il sait qu'on attend encore de lui qu'il soit "Hawks" dans cette situation. Qu'il gère les médias comme il l'a toujours si bien fait : en souriant, en les charmant, en maintenant l'opinion publique à son avantage. Après tout, vu l'instabilité actuelle du pays, il aurait tout intérêt à le faire.
Mais aujourd'hui, alors qu'il est en route pour aller se faire punir sévèrement par ses supérieurs, qui l'accusent d'avoir déclenché un aussi gros scandale au pire moment possible, il n'a vraiment plus envie de faire le gentil. Trop, c'est trop.
L'adrénaline lui monte à la tête en même temps qu'il imagine mille et une manières de répondre à ces journalistes, certaines moins... polies que d'autres. Foutu pour foutu, il se sent soudain l'envie débordante de s'inspirer de son petit ami (puisqu'il le considère maintenant comme tel) et de jouer les rebelles. La Commission cherche à étouffer la personne qu'il est vraiment ? Elle s'apprête à le corriger pour ne pas avoir joué le héros parfait jusqu'au bout ? Eh bien, si c'est comme ça, il est temps de leur déclarer la guerre ! Il ne veut plus se taire, plus se laisser faire... il faut que les choses changent. Il va montrer au public à quel point "Hawks" dérange. À quel point "Hawks" n'est qu'une façade.
Il est temps de révéler "Keigo" aux yeux du monde. Et si le monde ne l'accepte pas, c'est qu'il a besoin d'être sérieusement ébranlé !
Alors il se tourne vers la mer de microphones et de caméras, et répond aux journalistes d'une voix forte, sans le sourire charmeur qui fait pourtant sa renommée.
« Oui, j'aime un vilain ! Oui, c'est un ancien membre de l'Alliance et oui, je me battrai pour le faire sortir de prison et vivre avec lui ! Ça vous surprend ? Vous croyiez au héros parfait ?! Eh bien, à partir d'aujourd'hui, "Hawks" n'est plus le jouet des autorités ! Vous vouliez du scandale, bande de vautours ?! Alors, maintenant que vous avez de quoi écrire vos torchons, dégagez ! Foutez-moi la paix avec ça ! »
Dans la foulée, il tire la langue en adressant un doigt d'honneur à l'une des caméras, puis se détourne en se dissimulant derrière ses grandes ailes avant de rentrer rapidement dans le bâtiment. Oh dieu, quelle libération ! Quelle satisfaction de pouvoir enfin arracher son masque et exprimer ce qu'il pense vraiment !
Peut-être qu'il vient de foutre sa carrière en l'air, peut-être... En cette période d'instabilité, ce n'est certainement pas le moment de jouer avec la confiance de son public. Mais Keigo est fatigué de ce système, en fait... Il a compris maintenant, pourquoi il s'était aussi bien intégré au Front de Libération du Paranormal. Pourquoi les vilains avaient rapidement décidé de lui accorder leur confiance. Pourquoi il s'est si vite entendu avec Tōya.
Lui aussi rêve d'un nouveau monde. Lui aussi est lassé de cette société qui garde les yeux fermés et tente d'en effacer la moindre imperfection. Qui fait semblant de vivre en paix depuis de trop longues années.
Si ça se trouve, dans une autre vie... sans l'intervention de la Commission pour le façonner à leur image dès son enfance... "Hawks" n'aurait pas été un héros. Keigo aurait pu, lui aussi, devenir un vilain pour chercher à tout changer... à tout détruire. Et cette pensée, loin de lui faire peur, l'aide à ouvrir encore un peu plus les yeux.
* * *
Quelques heures après cet incident, la porte de la cellule de Tōya s'ouvre avec un grincement. Ce dernier détourne le regard de la toute petite fenêtre qui donne sur le soleil de midi. En même temps, il cache rapidement ses mains dans les poches du pantalon sans forme qui lui a été prêté par la police, espérant qu'on ne l'ait pas surpris en train de s'arracher quelques cheveux. Malgré le tumulte actuel de sa vie, les moments de creux où il se retrouve seul avec ses pensées sont particulièrement difficiles à vivre, surtout avec le Vide qui ne l'a jamais vraiment quitté. Il espère qu'on l'aidera à trouver une solution à ses comportements autodestructeurs... mais pour l'heure, il lui faut se reconcentrer sur sa situation.
Après sa première entrevue avec Tsukauchi la veille, il en a subi deux autres dans la journée, ce qui l'a tenu pas mal occupé. Progressivement, Tōya a commencé à s'ouvrir davantage à l'inspecteur, jusqu'à lui révéler petit à petit des informations précieuses au sujet de l'Alliance et de leurs stratégies pour l'ultime bataille : celle qui est censée détruire le Japon entier pour qu'All For One puisse régner sur ses décombres et reconstruire le pays à son image. En remerciement pour son aide inestimable, le policier lui a assuré qu'il avait lancé des procédures pour accéder à ses différentes requêtes. Habituellement, il est normal qu'un détenu en phase d'interrogatoire doive attendre au moins une semaine avant de pouvoir recevoir des visites : mais Tsukauchi aurait déjà négocié avec l'un de ses alliés pour permettre à Tōya de revoir Fuyumi très bientôt. Pour Yumei et Keigo, cela semble un peu plus compliqué, la première étant encore hors-la-loi, le second plongé au milieu d'un scandale.
Un scandale dont Tōya est lui-même l'auteur. Mais il n'éprouve aucun remords à ce propos, au contraire. Il se sent particulièrement serein d'avoir annoncé au monde, avant qu'il n'en soit coupé, que ce magnifique petit oiseau est son partenaire à lui et à lui seul.
Le jeune Todoroki laisse son gardien, un grand homme à l'intimidante tête de gorille, lui passer à nouveau de lourdes menottes avant de le sortir de sa cellule. Ils marchent un instant en silence, jusqu'à ce que le policier sorte son téléphone de sa poche. Cela fait environ vingt-quatre heures qu'ils se côtoient maintenant et, bien que le colosse soit toujours méfiant et brutal avec lui, il semblerait qu'il commence à porter un certain intérêt pour l'ex-vilain. Il faut dire que Tōya est très loin du meurtrier sanguinaire que tout le monde imaginait à son arrivée. Au contraire, ses gardiens se sont rapidement rendu compte qu'ils ont affaire à un jeune homme très sincère, très coopératif et qui semble réellement regretter ses crimes et vouloir se repentir. Certains trouvent même son humour pinçant et son attitude rebelle plutôt marrants.
C'est pourquoi l'homme à la tête de gorille allume son écran de téléphone, les sourcils froncés, pour le diriger vers le visage de Tōya.
« Puisque tu te comportes bien, je te laisse avoir un petit aperçu de ce qui se passe dehors. T'as créé un sacré bordel, enfoiré. Faut croire que t'as complètement retourné le cerveau de notre Numéro 2. »
L'extrait viral de l'interview de Keigo se joue alors devant les yeux brillants du jeune Todoroki. « ...oui, je me battrai pour le faire sortir de prison et vivre avec lui ! Ça vous surprend ? Vous croyiez au héros parfait ?! Eh bien, à partir d'aujourd'hui, "Hawks" n'est plus le jouet des autorités ! »... Wow. Revoir la bouille de son chéri démonter avec autant d'aplomb et de conviction ceux qui bridaient sa liberté donnerait presque envie à Tōya de chialer.
Ça, c'est mon mec. Qu'est-ce qu'il me rend fier, putain.
Il se surprend à sourire un peu béatement. Même loin, même séparés, Keigo et lui continuent à former un incroyable putain de duo, et cette simple pensée lui redonne du courage. Il a beau ne plus avoir son feu, son corps entier s'emplit à présent d'une douce chaleur.
Tōya est à nouveau escorté dans cette petite pièce morne et sans fenêtre truffée de caméras. Mais cette fois, il est détendu, et il se permet même de s'étaler de tout son long sur sa chaise. À vrai dire, il a même hâte de parler à Tsukauchi, qu'il espère voir revenir avec de bonnes nouvelles de ses proches. Et si ce dernier lui ramène en plus des clopes, alors il pourra définitivement dire qu'il l'aime bien.
Comme les autres fois, il patiente quelques instants en tapant du pied au sol, rongeant nerveusement l'ongle de son pouce sur lequel quelques dernières traces de vernis noir persistent, puis il se calme enfin quand il aperçoit la silhouette de l'inspecteur entrer dans la pièce.
« Tu recevras la visite de ta sœur demain. Pour les autres, il faudra que ça attende un peu. Et un paquet de cigarettes t'attend dans ta cellule », lui annonce d'emblée l'homme en s'installant face à lui.
Tōya se retient très, très fort de montrer qu'il est heureux. À la place, il maintient un air blasé sur son visage pour ne pas trahir à quel point il est facile de l'amadouer.
« Eh ben, vous avez pris votre temps. Je commençais à regretter de vous avoir balancé toutes ces infos sur mes anciens camarades... »
Tsukauchi ignore son insolence et plonge son regard insondable dans le sien. Tōya a soudain un mauvais pressentiment. Il a l'impression que l'inspecteur s'apprête à lui annoncer une mauvaise nouvelle, et il ne se sent absolument pas prêt à l'encaisser.
« En parlant de visite... continue le policier. J'ai pris la liberté d'inviter quelqu'un à nous rejoindre pour cette entrevue. Nous étions censés nous rencontrer ensemble à UA, le jour où tu as décidé de... nous fausser compagnie. »
Le jeune homme aux cheveux blancs détourne honteusement le regard. Mais il ne proteste pas. À vrai dire, il se fiche un peu de qui Tsukauchi décide de rajouter à leur table. Puisque l'inspecteur a accédé à ses requêtes, il compte de toute façon être coopératif avec eux. Enfin... c'est ce dont il a à peine le temps de se persuader, avant de voir la silhouette du concerné entrer dans la pièce.
Tōya tourne lentement la tête vers le nouveau venu. Son sang se glace, son cœur s'emballe et, même sans son alter, il a l'impression qu'il pourrait s'enflammer à tout moment tant la rage qui envahit son corps est soudaine, brutale et vivace.
Endeavor.
Le jeune ex-vilain a l'impression d'avoir reçu un coup de poignard en plein cœur. Dire qu'il commençait enfin à faire confiance à Tsukauchi... À présent, c'est son nouveau petit monde tout entier qui s'écroule. Il faut... Oh mon dieu, il faut que je me barre... Depuis qu'il s'est rendu, Tōya n'a jamais pensé une seule seconde à vouloir s'évader de prison, mais c'est tout ce dont il rêve à présent. Sauf qu'il n'a aucune échappatoire... Même s'il rejette la situation de tout son être, il va vraiment devoir subir cette entrevue.
Il se redresse sur sa chaise, la respiration rapide et les yeux écarquillés, observant malgré lui le très grand homme aux larges épaules, habillé en civil, s'approcher à son tour de la table. Le regard de ce dernier est doux, presque larmoyant, et contraste tout à fait avec son allure de géant un peu bourru.
Les deux Todoroki s'observent pendant plusieurs longues secondes sans qu'aucun des deux ne soit capable de prononcer un mot. Ils ont l'air aussi secoués l'un que l'autre, tiraillés entre des tas de sentiments contradictoires. Pour Tōya, la colère, la haine et une immense tristesse. Pour Endeavor, le soulagement et une culpabilité infinie.
« Tōya... »
Incapable de prononcer un mot de plus, le héros tire la seconde chaise à côté de l'inspecteur pour s'installer à son tour. Face à eux, le jeune criminel a baissé la tête, dissimulant ses yeux derrière ses cheveux blancs. Il tremble, et pas de peur : oh non. Dans tout son corps fourmille une désagréable envie de péter un câble. D'exploser. De foutre le feu à cette pièce, mais malheureusement, il ne pourra pas le faire sans alter. Il se sent tellement trahi en cet instant... Alors même qu'il commençait à apprécier Tsukauchi, voilà que ce dernier a décidé de répéter une nouvelle fois ses erreurs.
« Dé... Dégage... », murmure-t-il avec un frisson, incapable de relever la tête.
Il est hors de question que Tōya collabore avec qui que ce soit si cet enfoiré se trouve assis à la même table que lui. Simplement. Hors de question.
« Tōya, reprend l'inspecteur. C'est peut-être trop tôt pour toi de revoir ton père, nous en sommes bien conscients. Mais le temps presse, la guerre est imminente, et nous pensons qu'une trêve entre vous est nécessaire pour que vous restiez concentrés sur vos objectifs. Alors, j'ai pris l'initiative de faire appel à Endeavor afin de clarifier votre situation. Si tu souhaites vraiment vivre une vie normale, comme tu me l'as exprimé hier... Je pense que tu dois commencer par faire la paix avec ton passé. »
Endeavor acquiesce d'un signe de tête. Tōya n'a aucune envie de lui répondre. Il a la tête résolument tournée sur le côté, refusant obstinément de croiser le regard de l'homme qui est responsable de tous ses malheurs.
« Je comprends ta colère, Tōya... se risque son père. J'aurais aimé discuter de tout ça avec toi dans un autre contexte. On a... tellement de choses à nous dire, toi et moi. Mais la guerre la plus redoutable qu'on ait jamais connue approche. Et je ne sais pas si on aura encore l'occasion de parler quand tout sera terminé. Alors, je voulais juste te dire... Je suis... Je suis si heureux que tu sois en vie, mon garçon... Et tellement désolé... »
Sa voix se brise sur ses derniers mots, mais elle n'attendrit absolument pas son fils. Au contraire : il ne manque plus qu'une étincelle pour faire péter la centaine de bombes qui sont actuellement entassées dans son cœur et qui n'aspirent qu'à tout ravager. Tōya respire vite et fort, à deux doigts de lâcher prise, à deux doigts de gâcher toutes ses chances en perdant ses moyens face aux policiers qu'il avait réussi jusqu'ici à amadouer avec succès.
Et l'étincelle ne tarde pas à arriver.
« Je n'attends pas de toi que tu me pardonnes, continue Endeavor. Tout ce que je veux, c'est me racheter en t'aidant à te construire un avenir qui te rende heureux. Alors... Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te sortir de là au plus vite. J'ai accéléré ta permission de visite afin que tu puisses revoir Fuyumi dès demain, et j'ai payé un excellent avocat pour ton futur procès. Je suis actuellement en train de te chercher un psychiatre pour un suivi régu... »
Non. C'en est trop pour Tōya. Il refuse d'entendre que toute l'aide précieuse dont il a besoin lui provient directement de cet homme. L'ex-vilain se lève si brusquement de sa chaise qu'il la renverse dans son mouvement et crache à la figure de son père, espérant transmettre toute sa rage et toute sa haine dans ce simple geste. Il se met à hurler, ignorant complètement les deux gardiens baraqués qui lui attrapent les épaules pour l'empêcher de devenir physiquement violent.
« VA TE FAIRE FOUTRE, CONNARD !! Comme si j'avais besoin de ton aide !!! Tu crois vraiment qu'utiliser ton pognon et ton pouvoir va réparer le mal que t'as fait ??! HEIN ??! Alors écoute-moi b... ! »
Tōya n'a pas le temps de continuer sa tirade, car il est violemment plaqué sur la table, la tête immobilisée contre le meuble par une puissante main qui l'empêche de bouger. En face, Endeavor s'est raidi alors que Tsukauchi lui tend un mouchoir, passant sa seconde main sur son visage en soupirant.
« Tōya, intervient sèchement l'inspecteur. Ça n'a peut-être pas été clair pour toi après les quelques entrevues que nous avons eues ensemble. Actuellement, au vu de la gravité de tes crimes, il y a plus de 70% de chances que tu sois condamné à la peine de mort lors de ton procès. Tu n'es vraiment pas en position de refuser de l'aide, et encore moins de cracher au visage de ceux qui t'en proposent. »
Qu... Quoi... La peine de mort... ?
Les yeux ronds, la joue toujours collée à la table, le corps entier de Tōya est pris d'un effroyable frisson. À vrai dire, il n'avait même pas pensé à cette possibilité. Dans sa tête, son séjour au commissariat de Musutafu allait déterminer combien de temps il passerait derrière les barreaux... Cette éventualité ne lui avait donc même pas effleuré l'esprit. La rage laisse maintenant place à une horrible angoisse. Est-ce que... Est-ce que ça signifie qu'il pourrait devoir dire adieu à ses proches ? Que tout leur plan de réhabilitation peut encore tourner à la catastrophe ?
Le jeune homme est au bord de la crise de panique. Il hyperventile, et sa position en angle droit contre la table ne l'aide vraiment pas à garder le contrôle de sa respiration.
« Maintenant que j'ai récupéré ton attention, est-ce que nous pouvons reprendre cette entrevue ? »
En même temps, Tsukauchi fait signe aux deux gardiens de relâcher le jeune homme, qui suffoque sous l'effet du stress et des émotions trop intenses. Tōya tousse un peu pour reprendre contenance, puis se rassoit sur sa chaise, refusant toujours de croiser le regard de son géniteur. Mais contre toute attente, ce dernier décide d'attiser le feu au lieu de chercher à l'étouffer.
« Laissez-le vider son sac. Je veux entendre tout ce qu'il a à me reprocher. Je veux que ça sorte... et qu'il ait le droit de s'exprimer sans que ça ne lui soit reproché. »
Tōya n'en croit pas ses oreilles. Il n'aurait jamais cru qu'on lui offrirait cette occasion dans sa situation actuelle. Et en même temps, il est pris au dépourvu : il ne s'est absolument pas préparé à ce moment. C'est bête... Alors que cela fait presque huit ans qu'il rumine et qu'il entretient sa haine, il ne sait plus comment il devrait l'exprimer maintenant que le moment est enfin venu. Il a beau mourir d'envie d'étaler ses quatre vérités à la face d'Endeavor, il a tellement peur de gâcher cette occasion qu'il ne sait pas s'il parviendra à s'exprimer aussi clairement qu'il le voudrait.
Il échange un regard avec l'inspecteur, qui acquiesce d'un signe de tête pour lui donner l'autorisation de se livrer.
Alors... On y est enfin ?
Tōya ferme les yeux un instant et se concentre pour calmer comme il le peut ses nerfs à vif et son souffle qui est actuellement en roue libre. Que veut-il exprimer à Endeavor, au juste ? Pour une fois que ce dernier le regarde... il faut que son discours soit parfait. Alors il va lui exprimer toute sa colère, sans filtre, peu importe si cela signifie faire une croix sur l'aide qu'il a proposé de lui offrir. Quand il se sent enfin prêt, il relève la tête, une colère froide brillant dans son regard bleu.
« Je veux que tu saches à quel point je te hais. »
Un frisson parcourt tout le corps du Numéro 1, mais il ne dit rien. Son regard est fixé dans les yeux de son fils, prêt à encaisser tout ce que ce dernier lui balancera à la figure.
« Je veux que tu saches que tu as détruit ma vie. Et ça, bien avant l'incident à Sekoto ! T'as engrossé notre mère quatre fois, merde. Et t'as jamais percuté qu'on était pas tes "créations", mais des putains d'humains avec des émotions ! À tes yeux, j'étais un outil, j'avais de l'intérêt que pour servir tes ambitions, et tu m'as jeté dès que t'as compris que j'étais défectueux ! T'as peut-être cru que j'étais trop gamin pour m'en rendre compte... Mais bordel, ton éducation m'a complètement bousillé le cerveau, et t'en as jamais rien eu à foutre !! »
Alors que la respiration d'Endeavor s'accélère, Tsukauchi lance des regards soucieux aux deux Todoroki, conscient qu'il se retrouve peut-être au milieu d'un drame bien plus important qu'il n'aurait pu le soupçonner. Tōya ne s'arrête pas là, bien sûr : il est loin, très loin d'avoir balancé tout ce qu'il a sur le cœur.
« Il te fallait quoi de plus pour ouvrir les yeux, sans déconner ?? C'était normal, tu penses, que ton fils de huit ans se blesse tous les jours pour que tu le remarques ?! C'était normal qu'à dix ans, j'aie essayé d'assassiner mon petit frère, un PUTAIN de bébé, pour que tu te souviennes que j'existe ?? Qu'à treize ans, bordel, j'arrachais mes putains de cheveux pour me punir de ne pas être assez parfait pour toi, et que je pleurais tous les soirs auprès de Natsuo pour que quelqu'un m'écoute enfin ?! »
Plus il progresse dans sa tirade, plus sa voix monte dans les aigus et tremble sous l'émotion. En cet instant, Tōya ne contrôle plus ce qu'il dit. Il laisse enfin s'exprimer sa tristesse la plus profonde : celle du petit garçon en lui qui est mort à quatorze ans, celle du fils choyé qui a été complètement délaissé d'un jour à l'autre sans qu'on lui explique pourquoi. Celle de l'enfant qui ne souhaitait qu'une chose : que ses parents lui accordent un peu d'amour.
« Bien sûr que non, c'était pas normal, et c'est absolument IMPARDONNABLE que tu n'aies jamais remarqué ma détresse et celle de Fuyu et Natsu ! Tu n'as jamais rien mis en place pour m'aider, bordel ! RIEN ! Et tu sais le pire dans tout ça ?! C'est que même après m'avoir "tué". Même avec la preuve que ton comportement a causé un drame abominable... tu n'as RIEN FAIT pour changer ?!! Parce que tu sais quoi, Endeavor ?! Je suis au courant : je suis revenu à notre putain de maison, quand je suis sorti de l'hôpital !! Après un coma de trois ans, tu sais quelle est la première chose à laquelle j'ai pensé ??! À TE REVOIR, bordel !! »
Les émotions débordent et Tōya ne parvient plus à les contenir. Les plaies sous ses yeux se sont rouvertes sous l'effet des sanglots qui le prennent violemment, laissant couler de grosses larmes de sang sur son visage alors que son corps est secoué de spasmes. Mais il n'a pas fini de vider son sac, et il continue, malgré la boule grandissante dans sa gorge qui lui rend la parole particulièrement compliquée.
« Et quand je suis rentré, tu sais quelle est la première chose que j'ai vue ?! Je t'ai vu frapper Shōto !! Avec la même froideur dans ton regard ! Alors que tu m'avais TUÉ pour tes ambitions, t'avais même pas été fichu de te remettre en question !! Comment j'étais censé réagir à ça, HEIN, ENDEAVOR ?! »
Face à lui, son père reste droit comme un piquet, mais des larmes commencent à couler sur ses joues à son tour.
« Alors oui, j'ai déconné ! Je suis devenu "Dabi" pour te faire regretter le mal que tu m'as fait ! J'ai tué des gens pour que tu me remarques enfin, et j'aurais jamais dû dévier autant ! J'en suis conscient... Mais ce qui me bute dans cette histoire... C'est que c'est à moi qu'on va reprocher tous mes crimes. C'est moi qui vais être jugé, moi qui vais faire de la prison, ou peut-être même me faire exécuter... alors que c'est toi le véritable responsable derrière.
— Tō... Tōya...
— T'as raison, fils de chien. Jamais je pourrai te pardonner ! T'imagines ? Il a fallu que j'aie 25 ans pour qu'on m'aide enfin à comprendre que ma vie a de la valeur... Que je peux être aimé pour qui je suis... Pas pour mes pouvoirs, pas pour mon potentiel : pour qui est "Tōya". Ce... Ce gamin que t'as jamais cherché à connaître... »
Il ne tient plus, et ce sont désormais des flots de larmes rouges qui s'échappent de ses plaies et qui coulent sur ses joues abîmées. Trop honteux de son état, Tōya s'affale sur la table et laisse tomber son front dans le creux de ses deux coudes pour étouffer ses sanglots. Il attrape ses cheveux à l'arrière de sa tête et se cache derrière ses avant-bras menottés, cherchant à ériger un semblant de barrière entre lui et les deux hommes qui le toisent.
Il se sent si faible. Son combat contre son père est si ridicule qu'il est tenté de se cogner violemment la tête à la table pour se punir de ce spectacle grotesque. Il aurait tellement préféré que les choses se passent autrement... Qu'ils règlent ça tous les deux à coups de Flashfire Fist dans la gueule. Que Tōya lui balance toutes les flammes de sa rancœur, jusqu'à ce que son corps se démolisse tout seul, pour expulser la haine qui le brûle de l'intérieur depuis de trop longues années déjà.
Mais à la place, il est en train de pleurer sans pouvoir se retenir devant son bourreau. C'est si pathétique...
Il n'a pas envie de relever la tête, mais il se demande tout de même quelle est l'expression qu'affiche Tsukauchi en ce moment, face à toutes ces révélations. En fait, il ne la relève qu'après avoir entendu les mots que son connard de géniteur se décide enfin à lui adresser :
« Tōya... Merci de t'être livré à moi. Même si c'est bien peu après tout ce que je t'ai fait subir, je m'excuse... Je peux t'assurer que je ne détacherai plus mes yeux de toi à partir de maintenant. Je t'aiderai à sortir d'ici. Et si pour cela je dois raconter notre histoire dans le détail et livrer toute la vérité au Japon entier le jour de ton procès... Je le ferai. »
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Note : Alors, qu'avez-vous pensé de toutes ces confrontations ? Keigo a-t-il eu raison de balancer un doigt d'honneur aux journalistes ? Personnellement... j'ai beaucoup aimé son envie de se rebeller enfin, et je suis aussi fière de lui que Tōya ! ahah
Quant à Tōya... Il a enfin pu livrer tout ce qu'il avait sur le cœur. Même s'il est frustré de son impuissance, je pense qu'on est tous d'accord. C'est bien mieux de le faire comme ça que de diffuser la vérité par vidéo sur les télévisions du monde entier, puis de se transformer en bombe humaine pour exprimer sa colère 😬 Si Endeavor tient vraiment sa promesse, son fiston obtiendra enfin gain de cause <3
J'espère que ce chapitre vous a plu, et à mercredi pour le prochain !