Note : Eeeeh me revoilà déjà ! 🙋♀️ Surprise hihi
Je sais que le chapitre précédent était une vraie torture à lire, et ça fait un moment que j'anticipais sa sortie en me disant que ce serait trop cruel de vous laisser pendant plusieurs jours sur la disparition de notre Tōya national. Mais voilà, je ne vous ai jamais menti : je vous ai promis une fin heureuse, et il y en aura une !! Si vous avez vraiment cru à la mort de notre héros, c'est que vous avez sous-estimé le pouvoir de l'amitié ✨ (et surtout ceux de Yumei et de Tōya hihi)
Bref, vous inquiétez pas, je n'ai pas passé 55 chapitres à vouloir le sauver pour finalement le tuer. Je suis parfois cruelle avec mes personnages et j'aime le drame, mais pas à ce point-là 🤭 Tōya Todoroki mérite plus que tout d'aller jusqu'au bout de sa rédemption !
Il y a une unique chose sur laquelle je vous ai encore involontairement menti... c'est qu'il n'y aura pas 56 chapitres, mais 57 (j'ai encore mal estimé mon coup 😭). Il en reste donc encore un dernier après celui-là, et ensuite, ce sera l'épilogue. Par contre, puisque je publie celui-ci plus tôt que prévu, je ne peux pas garantir que j'aurai fini le chapitre 57 pour mercredi... si vous ne le voyez pas venir, ne vous affolez pas ! Je pense que vous préférez clairement voir celui-ci sortir aujourd'hui de toute façon 🤭
Bonne lecture et profitez bien de la fin de la guerre !
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Toujours assis sur les pavés froids du Ground Zero, Keigo tremble de la tête aux pieds. Deux fines larmes s'échappent de ses yeux écarquillés et roulent lentement sur ses joues. Son cœur vient de se briser en mille morceaux. Il est si secoué que son corps a du mal à se remettre de ce qu'il vient d'entendre... Une révélation qui lui fait bien plus mal encore que le coup de poignard qu'il a reçu dans le ventre à peine quelques instants plus tôt.
« Je t'aime, Kei. Ne cesse jamais de faire sourire les autres. Je compte sur toi... mon héros. »
Sa respiration s'emballe. Ses lèvres tremblent. La panique le submerge. Il ne comprend pas, parce que ce n'est pas ce qui était prévu... Tōya devait être avec Midoriya... Il devait... Il devait juste soutenir le combat de Midoriya...
Ce n'est pas comme ça que les choses devaient se passer...
N... Non... Non !
Ce n'est pas possible ! Pas après toutes les épreuves qu'ils ont traversées. Non... Keigo refuse catégoriquement de perdre Tōya. Pas après l'avoir enfin sorti de cet enfer dans lequel il était plongé depuis toutes ces années. Pas après lui avoir réappris à sourire... à rire... à aimer. Pas après l'avoir accompagné tout au long de sa rédemption, quitte à sacrifier sa propre carrière et sa réputation, parce qu'il croyait dur comme fer à un avenir à ses côtés. Il refuse ! Il ne peut pas laisser faire ça...
Il ne peut pas.
« Hawks... »
Il ne prête aucune attention à Tokoyami, qui a certainement compris que le "Kei" de la communication radio s'adressait à son mentor, et qui a l'air franchement inquiet. Le héros ailé se relève dès qu'il s'en sent capable, grimaçant de douleur à la réouverture de la profonde plaie dans son abdomen, ignorant les protestations de son jeune apprenti qu'il devrait raisonnablement écouter. Mais c'est impossible. Il ne peut pas rester là... Pas quand Tōya vient d'annoncer à tous les héros du pays qu'il va se sacrifier pour leur cause.
« Je vais devoir quitter mon poste. Tokoyami. Je compte sur toi si quoi que ce soit dérape en mon absence. La situation est sous contrôle ici... mais on ne sait jamais.
— Vous avez besoin de repos, Hawks ! Voler dans votre état, c'est... ! »
Mais plus rien ni personne n'est en mesure de le faire entendre raison maintenant. Alors Keigo se met à courir, pour se donner de l'élan et de la force. Il est traversé par un horrible élancement au niveau de son ventre, mais il serre les dents et il tient bon. En même temps, il agite ses deux ailes et prend son envol : et ce n'est que lorsqu'il est haut dans le ciel qu'il ne parvient plus à les retenir. Il est pris d'une violente crise de larmes qui lui brouille la vue et rend son vol difficile, mais il n'a pas de temps à perdre... Il doit retrouver Tōya.
Il doit le revoir. Avant que ce ne soit trop tard.
* * *
Les cris de Shigaraki sont déchirants. Contrairement à Tōya, son ami n'a pas l'habitude du contact des flammes sur sa peau et ne possède pas de régulateur thermique, si bien que la douleur qu'il ressent en ce moment doit être abominable. Une douleur vive et continue, mais qui ne lui permet pas de mourir rapidement, parce que son corps est trop résistant pour succomber. Si le manieur de flammes ne savait pas à l'avance qu'il était capable de rester en vie jusqu'à la mort de son adversaire, il n'est pas sûr qu'il aurait osé se lancer dans un pari aussi risqué. Mais grâce à Yumei, il le sait... Il sera celui des deux qui tiendra le plus longtemps.
Évidemment, la situation est aussi extrême pour Tōya. Certes, avec un système nerveux aussi bousillé et dysfonctionnel que le sien, il ne possède pas le même rapport à la douleur que n'importe qui d'autre. Mais l'intensité de ce qu'il est en train de subir est telle que même son corps à lui est plongé dans une véritable souffrance... et il aurait d'ailleurs déjà perdu connaissance, si son organisme n'était pas naturellement à moitié anesthésié.
Sa peau lui fait souffrir le martyre. Elle tient bon, mais elle se désagrège déjà par endroits. Ses doigts lui brûlent tellement qu'il ne les sent plus du tout, et ils commencent doucement à partir en cendres. Et son cœur, lui... c'est un véritable miracle qu'il soit encore en train de battre dans une situation pareille.
Il est terrifié. Il a envie de pleurer, de hurler, de tout lâcher, mais il n'est plus capable de rien dans sa situation. De rien, à part de maintenir la puissance de ses flammes et de tenir bon. Il le faut : hors de question qu'il ait lancé cette attaque suicide, si ce n'est pas pour aller jusqu'au bout de son geste.
En parlant de tenir bon, il est surpris que son équipement fourni par UA soit encore intact. Autant le costume de héros que les radios dans ses oreilles n'ont pas encore commencé à fondre, et il se pourrait bien qu'ils persistent même plus longtemps que son propre corps. Ce n'est pas plus mal... Ça veut dire que quelque chose restera derrière lui, quand il sera...
Il ne veut pas y penser. Pas encore.
* * *
« T... Tōya... »
Les caméras des drones ont entièrement fondu avec les flammes de son ami. Horrifiée, au bord de l'effondrement, Yumei ne peut pas décrocher ses yeux de la portion d'écran, à présent noire, qui diffusait il y a encore quelques instants l'image de son ami. Ce vide est effroyable, effroyablement cruel et bien trop difficile à supporter. À accepter. Même si elle pensait y être préparée depuis plusieurs jours... Yumei n'est pas encore prête, elle non plus, à perdre Tōya.
Soudain, un retour caméra leur revient. Il est capté par l'un des hélicoptères appartenant aux journalistes de NHA TV, bravant vaillamment le climat instable pour partager la lutte des héros au reste de la population. La vue est beaucoup plus éloignée, mais tout aussi glaçante. Le Cercueil Volant tout entier, avec UA en son sein, est plongé dans un véritable déluge de flammes bleues.
Il est impossible de le voir de là où elle se trouve, mais Yumei sait que Tōya tient bon. Elle sait, pour avoir souvent discuté de ça avec lui, qu'il est capable de survivre au moins une dizaine de minutes dans sa propre fournaise, surtout avec son costume refroidisseur. Il n'a pas été tué sur le coup, et c'est peut-être pire : il est en train d'agoniser, là-bas, tout seul... luttant pour rester le plus longtemps possible en vie, jusqu'à ce que le corps hors du commun de Shigaraki finisse par disparaître en poussière.
Et cette pensée lui est insoutenable. Oh, qu'elle aurait aimé avoir un autre alter ! Un alter qui lui permettrait de braver les flammes pour en extraire son ami et le prendre dans ses bras. Comment va-t-elle faire, sans Tōya ? Même si elle n'a désormais plus aucune volonté de mourir, elle a tellement peur de vivre sans lui... elle voudrait tellement le revoir à ses côtés... Avoir le pouvoir de le sauver...
Le pouvoir de...
Une évidence s'impose soudain à Yumei.
Au même moment, une conversation qu'elle a eue avec Fuyumi, il y a deux semaines, lui revient en mémoire.
« Mais Kugo n'a pas changé d'avis, pourtant... Comment ça se fait que sa vision ait été changée contre son gré ?
— Parce que je peux aussi influencer le destin, Fuyumi. Quand j'utilise mon alter, on est deux à avoir les visions... On est donc deux à pouvoir les empêcher de se réaliser...
— Ça veut dire que... ?
— Ça veut dire qu'à chaque fois que je montre une vision à quelqu'un, je peux décider moi-même qu'elle ne se réalisera pas. En agissant en sens contraire. Au final, personne n'est réellement maître de son destin, même en le voyant avec mon alter... Personne, sauf moi. »
Sa vision lui a montré la mort de son ami. Et elle se réalisera logiquement, puisqu'il a décidé d'embrasser pleinement cet avenir. Mais la vérité... c'est que tout n'est pas encore entièrement terminé. Cette vision peut encore être empêchée, parce que c'est comme ça que fonctionne son pouvoir, le sien, à elle seule. Désormais, il ne reste qu'une unique personne dans ce monde qui peut s'opposer au destin de Tōya, et donc, lui sauver la vie.
Et cette personne, c'est elle.
Face aux images morbides du Cercueil, Tsukauchi a baissé la tête d'un air abattu. Sur les autres écrans, à part le combat contre All For One qui est particulièrement sanglant, tous les autres semblent pencher en faveur des héros. L'inspecteur ne lui en voudra donc pas si elle monopolise la communication quelques instants.
Alors Yumei rassemble toutes ses forces et son courage. Elle contrôle le tremblement de ses jambes, portée par une détermination nouvelle. Elle profite de la tension générale pour s'approcher du tableau de bord sans qu'on ne lui en tienne rigueur, et elle appuie sur le bouton pour entrer en communication avec Tōya.
« Eh, Tō... C'est... C'est moi ! »
* * *
Alors que sa conscience commençait doucement à glisser, Tōya est brusquement rappelé à lui. La voix de Yumei, inattendue dans un moment pareil, emballe son cœur et réveille d'un coup tous ses sens. La présence de son amie à ses côtés dans ses derniers instants lui fait tellement de bien qu'il en oublierait presque à quel point sentir sa peau fondre est désagréable.
Mais il ne peut pas lui répondre. À ce stade, sa gorge est entièrement brûlée et de toute façon, avec sa mâchoire à moitié décrochée sans la peau qui la maintient en place, impossible d'articuler des mots cohérents. Alors... il reste concentré comme il le peut sur sa tâche, mais aussi sur ce petit bout d'espoir qui grésille dans ses oreilles.
« Écoute. Je... Je voulais te dire... Je sais que c'est un peu tard pour t'avouer ça... Je comprends ton choix, et je suis vraiment fière d'avoir un ami comme toi, mais... Désolée, je n'ai pas été entièrement honnête. Je... »
Elle a du mal à continuer, parce qu'elle commence à pleurer. Oh, non... Il se sent tellement coupable de la mettre dans un état pareil. Yumei... Pourtant, elle ne doit pas s'en faire. Elle a Keigo et Fuyumi à ses côtés, et elle a retrouvé un but dans sa vie. Il voudrait lui dire que tout ira bien. Tout ira bien...
« Ce que je voulais que tu saches... C'est vrai, tu vas protéger notre monde de... de sa plus grande menace. Et je ne pourrai jamais t'en vouloir pour ça, mais... Mais ce n'est pas ce que je veux, Tōya ! »
Ce n'est pas... ce qu'elle veut ?
« Depuis qu'on se connaît, j'ai dédié chacun de mes objectifs, chacune de mes ambitions aux autres... Mais aujourd'hui, j'ai besoin que tu saches ce que MOI, je veux vraiment ! Alors, pour une seule et unique fois... s'il te plaît... Permets-moi d'être un peu égoïste et de te dire franchement ce que je pense ! Je ne veux pas que tu battes Shigaraki, Tōya... ! Et encore moins que tu le fasses pour mon bonheur ! Moi, je veux... Je veux juste que tu rentres à la maison !! »
S'il l'avait pu encore, il se serait mis à pleurer à son tour. Mais qu'est-ce qu'elle raconte... ? Elle préférerait... qu'il arrête tout plutôt qu'il sauve le monde... ?
« Alors, je t'en supplie... Arrête cette folie... ! Ne nous laisse pas tomber... On peut... On peut encore trouver d'autres... d'autres solutions... ! »
Tōya est si secoué qu'il en oublie sa propre douleur l'espace d'un instant. Pourtant, il était si sûr... si convaincu qu'offrir un avenir de paix à ses proches étaient le meilleur cadeau qu'il pourrait leur faire avant de partir. Mais aussitôt qu'il se perd dans sa tête, les cris de Shigaraki le ramènent à lui. Son ami commence lentement à se désagréger... bien. Il n'en a plus pour très longtemps.
Il rejoue les mots de Yumei une seconde fois dans son esprit, profondément touché par l'attachement qu'elle lui porte. Mais elle arrive trop tard. Trop t...
« Tōya. »
Son cœur fait un bond dans sa poitrine. Ce n'est plus la voix de Yumei, mais celle de son petit frère Shōto, poussé par la détermination de la jeune femme à le faire changer d'avis, qui lui parvient. L'ex-vilain comprend aussitôt : son amie a diffusé ses confidences sur le canal audio général, et chacun est en mesure d'entendre ce qui est en train de se passer.
« On a jamais eu l'occasion de discuter, toi et moi... Si j'avais su que tu voulais mourir aujourd'hui, j'aurais pris le temps de venir te rendre visite avant qu'il ne soit trop tard. Je... J'ai tellement envie d'apprendre à te connaître. J'en ai toujours eu envie, tu sais... ? Comme un frère, je veux pouvoir répondre à un tas de questions anodines sur toi. Je ne connais même pas ton plat préféré... Alors... Si c'est encore possible de te faire renoncer. Moi aussi, j'aimerais que tu rentres à la maison. Tu peux encore t'en sortir, j'en suis convaincu... Tu peux le faire. »
La poitrine de Tōya se serre et, inconsciemment, il baisse légèrement la température de ses flammes. Shōto... Depuis qu'il a renoncé à tuer son petit frère, il a continué à entretenir des sentiments plus que mitigés à son propos. Mais, c'est vrai... Il ne le connaît pas. Si ça se trouve... si ça se trouve, ils auraient pu s'entendre. Une vague de regrets l'envahit, mais il est encore plus secoué d'entendre maintenant la voix de son père, faible et fatiguée de son propre combat, dans ses oreilles.
« Tōya. Je pensais que mon devoir était d'assumer mes fautes... et de passer le restant de mes jours à les expier. Mais ça ne suffira pas ! Tu n'as jamais cessé de me regarder, tandis que moi... je t'ai clairement négligé. Il faut que je me rachète envers toi ! Laisse-moi l'occasion de le faire... c'est la seule chose que je te demande. Le reste, je m'en chargerai, d'accord ? Alors, reviens-nous en vie. Je sais que tu peux le faire... »
Pa... Papa... Urgh !
La douleur devient si difficile à supporter que Tōya n'est pas sûr de tenir encore plusieurs minutes. Les mots de ses proches lui font un bien fou, mais peu importe toute leur bonne volonté... son corps, lui, ne tiendra pas. Il voudrait pouvoir rentrer vivant, oui... Mais il ne peut pas...
Et les voix continuent de se succéder dans ses oreilles. Tsukauchi, All Might, les policiers qu'il a côtoyés au commissariat... et même quelques héros et étudiants qu'il ne reconnaît pas. Tous se mettent soudain à l'encourager, à lui dire qu'il « peut le faire », qu'il peut encore survivre. Même Izuku Midoriya, qu'il n'a rencontré que très brièvement avant la bataille, et puis...
« Tōya !!! »
Il est si surpris d'entendre cette voix que sa conscience, qui était encore en train de glisser, se ravive d'un coup. Toga ??
« Je sais pas ce que l'avenir nous réserve ! Je sais plus où j'en suis... Mais on m'a convaincue d'arrêter de me battre ! J'y ai jamais cru jusqu'à aujourd'hui... Mais Ochaco et les autres, ils me disent qu'on pourra me trouver une place dans ce monde... ! Alors viens avec nous, Tōya !! Me laisse pas découvrir ça toute seule !! »
Si son corps n'était pas entièrement desséché, il aurait pleuré des torrents de larmes en cet instant. Alors, Toga a survécu... Elle a baissé les armes ? Elle se battait contre... contre...
Alors, Keigo a réussi ?
« Je t'en supplie... Tōya... »
En même temps qu'une nouvelle vague de douleur particulièrement difficile à supporter le parcourt, la voix de son petit ami lui permet de tenir encore un peu plus longtemps.
« Tiens bon ! Tu peux le faire... J'arrive... mon amour. »
Argh... je ne vais plus teni...
« Tu entends nos mots ??, reprend Yumei, la voix chargée de l'énergie du désespoir et entrecoupée de sanglots. Tu peux le faire, Tōya ! Ne meurs pas... Je t'en prie... Je refuse de vivre sans toi... !! »
Elle refuse... ?
C'est de la folie...
Tous ces témoignages, ils... Ils sont parvenus à faire naître une étrange chaleur à l'intérieur de son cœur. Rien à voir avec celle qui est en train de le brûler et de le réduire en cendres, il s'agit d'autre chose...
Qui aurait pu croire... ? Qui aurait pu croire qu'autant de monde tienne à sa propre vie, alors que lui-même n'y est jamais parvenu ? Même après sa reddition, les pensées suicidaires ne l'ont jamais vraiment quitté. Mais aujourd'hui... en cet instant précis, les voix de ses proches sont en train d'accomplir un véritable miracle.
La chaleur qui parcourt l'intérieur de son corps... elle parvient enfin à calmer le démon dans sa tête. Celui qui a toujours pensé à la mort. Et pour la première fois depuis qu'il est sorti du coma, après Sekoto... Tōya redécouvre un sentiment qu'il n'avait plus ressenti depuis dix ans.
Il a envie de vivre. Profondément. Viscéralement.
Et il veut revoir ses proches. Yumei, Keigo, Fuyumi, Toga, Shōto et tous les autres... et même son père. Pour la première fois depuis l'apparition de "Dabi", il se projette. Il veut vraiment, sincèrement vivre, et il veut découvrir ce que l'avenir à leurs côtés lui réserve.
Aaaargh.
La fournaise n'est plus soutenable. Le jeune Todoroki tient bon, mais il est à deux doigts de succomber à ses propres flammes. Face à lui, Shigaraki est en train de se désagréger... Tōya adresse une dernière pensée amère à son compagnon, qu'il aurait tant voulu sauver, mais qu'il n'a pas réussi à remettre sur le droit chemin.
Adieu... Shiggy.
Et maintenant, ça devrait être à son tour, mais...
Je ne veux pas... Je ne veux plus mourir... !
La chaleur à l'intérieur de son corps évolue. Elle prend alors une forme différente. Tōya n'est pas en mesure d'éteindre le feu qui est désormais en train de faire trembler les fondations du Cercueil, mais quelque chose de nouveau s'éveille en lui. Une part de son pouvoir qui, ironiquement, a toujours été là... Mais qu'il n'a jamais été en mesure de remarquer, parce qu'elle était trop profondément enfouie. Prisonnière de sa haine et de ses tourments, qui pourrissaient l'image qu'il avait de lui jusqu'à le rendre incapable de s'aimer et de s'accepter.
La glace logée dans son cœur.
Et la dernière chose qu'il parvient à capter avant de s'éteindre, c'est une explosion provoquée par un choc thermique. Puis une pluie de petits flocons scintillants tombant tout autour de lui... Et deux grandes ailes rouges.
Je ne veux pas que tu battes Shigaraki, Tōya... ! Et encore moins que tu le fasses pour mon bonheur ! Moi, je veux... Je veux juste que tu rentres à la maison !! »
Arrête cette folie... Ne nous laisse pas tomber... On peut... On peut encore trouver d'autres... d'autres solutions...
Alors, reviens-nous en vie. Je sais que tu peux le faire...
Me laisse pas découvrir ça toute seule !
Tiens bon ! Tu peux le faire... J'arrive... mon amour.
Bip.
...
Mmh...
...
Bip.
...
Quelques bribes de mémoire, mélangées aux bips rythmés d'un électrocardiogramme, lui murmurent des paroles rassurantes à l'oreille. Progressivement, ces mots reprennent de la place dans sa conscience, qui lui revient lentement. Il n'ouvre pas trop vite ses yeux. Il a d'abord besoin de reconnecter avec son corps qui, dans ses derniers souvenirs, était au bord de la rupture. Il laisse frémir ses paupières, agitant ses longs et délicats cils blancs, et découvre qu'il parvient à bouger légèrement ses doigts... Pourtant, ces derniers ne lui répondaient plus dans la fournaise.
En récupérant petit à petit le contrôle de ses membres, Tōya remarque qu'il ne ressent aucune douleur. Au contraire... il se sent étrangement bien. Serein. À l'aise même, enfoncé dans cet énorme coussin de ce lit d'hôpital, qui lui paraît presque luxueux après tout ce qu'il a encaissé lors de son dernier combat. Alors, il se permet de rester encore allongé en silence, profitant du bonheur de sentir les sensations lui revenir une à une. De toute façon, rien ne presse... Autant s'accorder un peu de temps pour recoller les morceaux de ses souvenirs.
La première pensée cohérente qu'il parvient à matérialiser, c'est qu'il n'est pas mort. La seconde, qu'il aimerait revoir Keigo et Yumei. Et la troisième... qu'il ne comprend pas comment il est arrivé ici.
Il se souvient pourtant de tout. Le combat contre Shigaraki... L'armure d'All Might... Son feu, son attaque suicide. Les mots de ses amis...
Mmh.
Mais la fin est floue.
Il prend une grande inspiration. Apprécie la sensation de l'air entrant sans douleur dans ses poumons, puis souffle pour chasser ses dernières angoisses. La bonne nouvelle, c'est que tout cela est derrière lui, désormais. Il ne sait pas encore comment, mais il a survécu à ses propres flammes. Il a défié les lois de son propre corps. Et surtout, il a tenu tête à son démon. Celui qui ne voyait jamais d'autre solution à ses problèmes que la mort.
Et finalement, c'est cette dernière bataille qui le rend le plus fier de lui. Même pas la pensée d'avoir, peut-être, sauvé le monde de la catastrophe. Même pas d'avoir eu le soutien de toutes ces personnes, qui ont tout fait pour le convaincre de tenir bon. Il est si satisfait qu'il laisse échapper un doux petit rire, qui alerte aussitôt deux personnes qui discutaient à voix basse, assises dans des fauteuils dans un coin de la pièce.
« Tō... ya ? »
Ah, cette voix... il la reconnaîtrait entre mille. Après tout, c'est elle qui lui a sauvé la vie, en s'opposant à sa mort. Tōya ouvre enfin les yeux et tourne faiblement la tête vers Yumei, qui veillait aux côtés de Tsukauchi. Aussitôt qu'elle voit son ami lui sourire, ses yeux se brouillent de larmes.
« Eh. Heureux de te revoir... Princesse. »
Il adresse également un sourire à l'inspecteur, qui le lui renvoie.
« Tōya !! »
Yumei se lève d'un bond, et elle attrape une chaise pour s'installer à côté de lui, prenant sa main qui n'est pas reliée à sa perfusion dans les siennes. C'est là que Tōya constate, non sans stupéfaction, que sa main va bien. Enfin... elle est cicatrisée comme avant, sa peau retenue par des agrafes chirurgicales toutes neuves. Mais elle n'est pas plus dégradée qu'elle ne l'était il y a quelques semaines. Il aperçoit également, pendu à son poignet, un bracelet électronique qui lui rappelle subtilement qu'il est toujours détenu. Et il réalise en même temps qu'il ne ressent plus son feu intérieur grouiller sous sa peau : il est donc à nouveau sous inhibiteur d'alter.
Comment... ?
« Je suis... Je suis... »
Son amie ne parvient à articuler aucun mot cohérent, pleurant comme une fontaine, ce qui arrache un petit rire à Tōya. Il aimerait se redresser pour la serrer contre lui, mais il ne peut pas bouger, parce qu'un poids repose sur ses cuisses. Et il remarque seulement qu'il s'agit de Keigo, profondément endormi à son chevet, vêtu lui aussi d'une blouse d'hôpital et de gros pansements à plusieurs endroits de son corps. Son petit ami doit avoir veillé sur lui depuis si longtemps que la fatigue a fini par le rattraper... Oh, comme Tōya se sent chanceux... Si chanceux d'avoir des proches aussi formidables à ses côtés, qui attendaient son retour avec autant d'impatience.
« Chh... je suis là, répond-il à la jeune femme, la voix chargée de tendresse, en essuyant quelques-unes de ses larmes avec son pouce. Et ça, c'est grâce à toi. Merci de m'avoir sauvé la vie, Yumei. »
Cette dernière serre fort sa main pour la frotter tendrement contre sa joue, un sourire radieux sur le visage malgré ses pommettes trempée.
« Oh, je n'ai pas fait ça seule, tu sais... Ce sauvetage, tu le dois à nous trois ! Si Keigo ne t'avait pas ramené en soins intensifs aussi rapidement, juste après ton combat, ton corps n'aurait jamais tenu le coup... Et tout ça n'aurait pas été possible si toi-même, tu n'avais pas réussi à arrêter tes flammes à temps pour éviter de réduire ton corps en cendres. Pour la suite, bien sûr, on a reçu d'autres aides inestimables...Promis, on va tout t'expliquer en temps voulu.
— À... À nous trois... »
Tōya murmure ces mots comme s'il avait besoin de les imprimer dans son esprit. Au même moment, son regard se pose sur Keigo, et il remarque à quel point ce dernier a l'air au bout du rouleau. Même endormi, les cernes sur son beau visage sont si marquées qu'elles trahissent à quel point il a dû pleurer et veiller tard depuis la fin de la guerre. Une légère barbe a également poussé sur son menton, signe qu'il ne s'entretient pas depuis plusieurs jours. Qu'est-ce qu'il s'est passé depuis... ?
Comme s'il lisait dans ses pensées, Tsukauchi se lève enfin de son fauteuil.
« Bon retour parmi nous, Tōya. En tant qu'inspecteur de police de Musutafu, mais également citoyen du Japon, je te remercie du fond du cœur de ce que tu as fait pour notre pays. »
Ce dernier s'incline, sous le regard incrédule du jeune homme qui n'y était absolument pas préparé. Il reprend aussitôt, un air un peu plus doux sur le visage.
« Votre trio a fait des miracles. Vous pouvez être vraiment fiers de vous... Et particulièrement toi, pour t'être battu aussi férocement contre la mort.
— Je... Ça fait combien de temps que... ?
— La guerre s'est achevée il y a trois jours. Quant à toi... on a bien cru qu'on allait te perdre dans les premières 24 heures, mais ton état est stable maintenant. Je vais aller chercher le médecin, je serai de retour dans un instant. Je n'aime pas dire ça, mais profite de tes proches tant que tu le peux... Dès que tu seras remis sur pied, il faudra te ramener au commissariat afin de relancer les procédures judiciaires à ton encontre.
— Je comprends. Merci beaucoup pour votre soutien.
— C'est tout naturel. »
L'inspecteur s'incline une nouvelle fois et quitte la pièce, saluant au passage les deux policiers de garde devant la chambre. Au même moment, Yumei lui annonce qu'elle a quelques coups de fils à passer pour prévenir ceux qui attendaient son réveil, laissant le jeune homme seul un instant pour encaisser ce qu'il vient d'entendre.
Tōya prend un instant pour contempler ce qu'il peut de lui dans sa position : ses bras. Il y retrouve les mêmes cicatrices qui les recouvrent depuis plusieurs années, mais à part ça... il ne s'en tire pas trop mal. Comment est-ce possible, vu ce qu'il a fait subir à son corps dans le Cercueil ? Il est pourtant certain d'avoir senti sa peau fondre et se désagréger... Sans parler de ses os qui étaient presque tous broyés suite à son affrontement contre Shigaraki.
Songeur, il observe Keigo dormir. Il libère doucement le visage du héros de quelques mèches de cheveux qui tombaient devant ses yeux. Dans un état d'épuisement pareil, il vaut mieux lui accorder le plus de repos possible avant de le frapper avec une nouvelle vague d'émotions intenses... Malgré le risque de le réveiller, Tōya ne peut pas s'empêcher de glisser lentement un doigt sur la cicatrice qui traverse la joue de son partenaire. La guerre a beau être terminée, leur histoire est loin d'être finie... Il reste encore beaucoup de choses à régler, à commencer par son propre séjour en prison et son procès. Et il est plus que temps de trouver une solution définitive aux problèmes de Keigo liés à la Commission.
Mais avant cela, il reste des points qu'il doit éclaircir. Au sujet de l'état miraculeux de son propre corps... et de ce qui l'a sauvé exactement, au milieu de la fournaise du Cercueil, alors qu'il allait vers une mort certaine.
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Note : Alors, qu'est-ce qui a sauvé Tōya, à votre avis ?
On se retrouve la semaine prochaine pour le tout dernier chapitre de cette fic, ça va faire bizarre 🥹 Ce dernier abordera toutes les questions encore non-résolues liées au présent de l'histoire. L'épilogue, quant à lui, fera une série de sauts dans le futur pour clôturer toutes les intrigues restantes comme il se doit, il sera donc probablement très long (et je ne peux absolument pas vous dire quand il sortira... il va me falloir du temps pour l'écrire).
J'espère que ce chapitre-ci vous laisse dans une attente un peu moins angoissante, et désolée encore pour le moment déplaisant du précédent 🫣 Il fallait vraiment un gros coup pour que Tōya se débarrasse définitivement de ses affreux réflexes de suicidaire !