My Hero Academia Lightning Sound

Chapitre 6 : La Tempête sous le Masque

1585 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 27/06/2026 15:11

La pluie s'est remise à tomber, s'engouffrant par la verrière brisée de l'entrepôt et lavant doucement le sang sur le béton. Denki et Kyoka sont restés immobiles de longues minutes, le regard perdu dans ce décor de cauchemar. Le silence est revenu, mais il est désormais hanté par les paroles de Ren et l'odeur de la poudre.

Sans un mot, ils quittent le bâtiment et se réfugient sous l'abri d'un arrêt de bus désaffecté, à quelques centaines de mètres de là. C'est ici, à l'abri des regards mais écrasés par la culpabilité, qu'une discussion déchirante éclate entre les deux adolescents.

Denki est assis sur le banc de métal, la tête entre les mains. Ses jambes tremblent. Le Kaminari toujours souriant et un peu naïf a totalement laissé place à un apprenti héros terrifié par la réalité du monde adulte.

Denki : « Jiro... on ne peut pas faire ça. On ne peut plus garder le secret. Tu as vu ce qu'il y avait là-dedans ? Ce n'est plus le type qui m'a sauvé à la centrale électrique. Ce mec est devenu un tueur en série de vilains. Si on se tait, on devient ses complices. »

Kyoka (croisant les bras, adossée à la vitre de l'abri) : « Ses complices ? Kaminari, on a essayé de l'aider. On a essayé de sauver sa sœur. On ne savait pas ce qui l'attendait chez lui. »

Denki (relevant la tête, les yeux embués) : « Mais maintenant on le sait ! Il a dit le nom du mec qu'il traque, "Le Disséquateur". Il va retourner toute la ville pour le trouver, et il va massacrer tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Qu'est-ce qui se passera si demain il tue un héros professionnel qui essaie de l'arrêter ? Qu'est-ce qui se passera si la police découvre qu'on savait pour l'entrepôt et qu'on n'a rien dit ? On sera virés de Yuei, Jiro. Notre rêve... tout sera fini. »

Kyoka ferme les yeux. Ses Earphone Jacks se balancent nerveusement. Elle comprend la panique de Denki, et une partie d'elle-même a envie de courir appeler Aizawa-sensei. Mais une autre partie, plus sombre et plus humaine, refuse de lâcher Ren.

Kyoka : « Tu as entendu ce qu'il a dit sur sa sœur, non ? Ils l'ont démembrée, Kaminari. Comme ses parents. Sa famille entière a été effacée de la Terre parce qu'il a voulu faire le bien dans les zones que les héros ignorent. Si on va voir Aizawa ou la police maintenant, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont lancer un avis de recherche contre Grip. Ils vont envoyer des patrouilles pour le traquer, pendant que le vrai monstre, le Disséquateur, courra toujours dans la nature. »

Denki : « C'est le travail de la police de s'en occuper ! Pas le sien ! »

Kyoka (le fixant du regard, la voix tremblante mais ferme) : « La police ? Le père de Ren était flic, Kaminari ! Il a passé sa vie à suivre les règles, et il a fini sur un fauteuil roulant avant d'être découpé dans son salon ! Le système a échoué pour eux, du début à la fin. Si on balance Ren, on protège qui ? La loi ? Ou les assassins qui ont tué une fille de notre âge ? »

Denki passe une main frustrée dans ses cheveux blonds. La logique de Kyoka le frappe en plein cœur, mais sa morale de futur héros se bat contre ses sentiments.

Denki : « Alors on fait quoi ? On attend juste de voir son nom aux infos de vingt heures ? On attend de voir sa photo à côté de celle de Stain dans les manuels d'histoire ? Je ne veux pas qu'il meurt, Jiro... C'est ça le pire. Je ne veux pas qu'il meurt au fond d'un trou en étant devenu un monstre. »

Kyoka s'approche et s'assoit lentement à côté de lui sur le banc. Elle pose une main hésitante sur son épaule pour calmer ses tremblements.

Kyoka (la voix adoucie) : « On va faire un marché. On se donne un peu de temps. On ne dit rien pour ce soir. On le laisse remonter la piste du Disséquateur. Mais... on utilise nos stages. On utilise nos accès pour surveiller les rapports de police sur ce tueur à gages. Si on sent que Ren va trop loin, s'il commence à s'en prendre à des innocents ou à des héros... alors on arrêtera de se taire. On ira voir All Might ou Aizawa. Mais pas ce soir. Ce soir, on laisse ce grand frère faire son deuil. »

Denki regarde la cannette vide qu'il serre dans sa main, puis hoche lentement la tête. Le pacte est scellé. Les deux élèves de Yuei viennent de franchir une ligne invisible, s'enfonçant un peu plus dans la zone grise de ce monde qu'ils pensaient si parfait. Ils rentrent au dortoir à l'aube, le cœur lourd d'un secret qui pourrait bien finir par les détruire en même temps que Grip.

Seul sur le toit d'un gratte-ciel abandonné, la pluie battante frappant sa visière noire, Ren Kurogami est assis, immobile. Pour la première fois de sa vie, l'Ancre ne tient plus.

Il regarde ses gantelets d'acier. Ils ne sont pas couverts de la graisse de ses gadgets ou de l'électricité de ses tasers. Ils sont tachés du sang séché de ses interrogatoires. Les mots de Kaminari et de Jiro tournent en boucle dans sa tête, plus violents que les vagues de pression hydraulique de l'Écorcheur.

« Qu'est-ce que tu as fait ? C'est un massacre. »

« Tu es devenu exactement ce que les vilains craignent, mais aussi ce que les Héros doivent arrêter. »

Ren retire lentement son casque, laissant l'eau glacée couler sur ses cheveux noirs et sur la cicatrice qui lui barre le visage. Il respire l'air de la nuit. Pendant des années, son Alter, Ancre Cinétique, l'a défini : il était l'homme que rien ne pouvait faire bouger. Celui qui restait droit face aux explosions, face à la corruption, face à la douleur.

Mais ce soir, il réalise l'horrible vérité : son esprit a bougé.

Il se rappelle le Ren Kurogami de Yuei. Ce gamin qui voulait juste protéger les ruelles sombres, qui reversait ses premières primes à l'hôpital de sa mère, qui payait les études de sa sœur. Il revoit le visage de Denki, terrifié, non pas par les vilains de l'entrepôt, mais par lui. Il revoit le regard déçu et triste de Kyoka.

Est-il encore en train de venger sa famille, ou est-il juste en train de devenir un monstre sanguinaire qui utilise leur mort comme une excuse pour déchaîner sa rage ?

Il repense à une conversation que lui et Stain ont eu dans la ruelle de Hosu : « Si un jour ton ancre se met en travers de la véritable justice... je te saignerai. » À l'époque, Ren pensait que Stain était le fou. Aujourd'hui, en regardant l'ancre blanche peinte sur son torse, Ren se demande s'il n'est pas devenu pire que lui. Stain tuait pour une idéologie. Ren tue par pur vide intérieur.

Il ferme les yeux, et l'image d'Hotaru démembrée lui transperce le cœur. Une douleur si vive qu'il en a le souffle coupé. Si sa sœur était là, si elle le voyait au milieu de ces cadavres, au milieu de ces armes à feu et de ces câbles de torture... l'aimerait-elle encore ? Elle qui étudiait le droit pour réparer le monde par la justice, approuverait-elle que son frère devienne un bourreau ?

Grip (parlant seul dans la nuit, la voix brisée) : « Je n'ai plus rien... Hotaru. Si je lâche cette traque, il ne me reste plus rien. Je coule déjà. »

Il est à la frontière exacte entre le Justicier et le Vilain. S'il fait un pas de plus, s'il cède totalement à l'arsenal du Punisher, il sait qu'il ne pourra jamais revenir en arrière. Les deux gamins de Yuei ont pris un risque immense pour lui ce soir. Ils ont mis leurs propres carrières en jeu pour lui donner une dernière chance de rester humain.

Ren ramasse son casque. Il regarde l'horizon, là où s'étend Musutafu. Le nom du Disséquateur est gravé dans son esprit comme une marque au fer rouge. Il ne peut pas arrêter la traque. Il doit trouver le monstre qui a détruit sa vie.

Le traumatisme et le manque de sommeil ont fini par fissurer l'esprit d'acier de Ren Kurogami. À force de traquer les ombres la nuit et de refuser le deuil le jour, son cerveau a développé un mécanisme de défense toxique : une paranoïa hallucinatoire.

Dans les reflets des vitrines, au coin des ruelles sombres de Musutafu, il croit apercevoir la silhouette de son père Kenji sur son fauteuil, le sourire fatigué de sa mère Mai, ou le reflet des longs cheveux d'Hotaru. Ce ne sont que des éclats de son imagination brisée, des fantômes nés de sa culpabilité. Mais pour un homme dont l'Alter exige une concentration absolue et un ancrage parfait dans la réalité, cette paranoïa va s'avérer mortelle.

C'est dans cet état de fragilité mentale extrême que Grip se lance dans sa prochaine mission.

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