À l'autre bout de la ville, les verres du bar miteux vibrent au rythme des bulletins d'information qui tournent en boucle. Sur l'écran de télévision cathodique, les images des blindés de l'armée entourant les remparts de Yuei défilent.
Pour la Ligue des Vilains, ce spectacle est un chef-d'œuvre inattendu. Le plan de la Commission corrompue vient de leur offrir le plus beau des cadeaux sur un plateau d'argent.
Dabi lâche un rire rauque, presque incrédule, en s'enfonçant un peu plus dans son canapé défoncé. Ses flammes bleues crépitent légèrement au bout de ses doigts.
Dabi : « C'est encore mieux que ce que j'imaginais. Les grands défenseurs de la veuve et de l'orphelin, les profs d'élite de UA, sont devenus les rats d'un laboratoire assiégé par leur propre gouvernement. C'est l'arroseur arrosé. »
Tomura Shigaraki, assis au comptoir, ne se gratte même plus le cou. Ses yeux rouges fixent l'écran avec une lueur de pure jubilation. Il savoure l'instant. Les héros sont neutralisés sans que la Ligue n'ait eu à lever le petit doigt.
Spinner s'approche, une lueur d'incompréhension mais d'excitation dans les yeux.
Spinner : « Shigaraki... Si Eraser Head, All Might, Vlad King et tous les autres sont bloqués à l'intérieur de la barrière de UA, ça veut dire que... »
Shigaraki (l'interrompant d'une voix feutrée et sadique) : « Ça veut dire que le reste du Japon est à nous. La police est occupée à gérer le blocus et la traque de Grip. Les héros du gouvernement sont postés autour du lycée. Les meilleurs profs du pays sont enfermés dans leur propre cage, obligés de défendre deux gosses contre l'État. Il n'y a plus personne pour surveiller les rues. »
Il pose sa main sur le comptoir, mais retient son dernier doigt pour ne pas désintégrer le bois, contrôlant sa joie.
Shigaraki : « C'est une occasion rêvée. C'est le moment idéal pour avancer nos pions. On va pouvoir étendre nos réseaux, recruter, piller les réserves d'armes et préparer la suite en toute tranquillité. Personne ne viendra nous chercher. »
Kurogiri verse une boisson sombre dans un verre, sa forme brumeuse oscillant doucement.
Kurogiri : « Devons-nous en profiter pour porter le coup de grâce à UA pendant qu'ils sont affaiblis, Tomura Shigaraki ? »
Shigaraki (un sourire dément fendant son visage) : « Pourquoi faire ? Laisse-les s'entretuer. Laisse le gouvernement briser le symbole de UA à notre place. Quand la population verra que l'armée tire sur les apprentis héros et que les profs se rebellent contre la loi, leur foi en ce système de pacotille va mourir. »
Le sourire de Tomura Shigaraki s'estompe légèrement lorsque les haut-parleurs du bar diffusent un nouveau rapport en direct. À l'écran, les caméras de télévision filment une conférence de presse improvisée à l'autre bout de la ville, loin des remparts assiégés de Yuei.
Sous les flashs des projecteurs, une silhouette massive, imposante et entourée d'une aura de flammes destructrices s'avance vers le micro.
Endeavor, le héros numéro un, est bel et bien là. Et il n'est pas enfermé à Yuei.
La Ligue des Vilains a commis une grave erreur de calcul. Si la Commission a mobilisé ses propres unités d'élite et certains héros affiliés pour assiéger UA, elle n'a pas pu soumettre l'intégralité des forces héroïques du pays. Les héros du Top, jaloux de leur indépendance et fidèles à leur devoir de protection, refusent de participer à ce qui ressemble de plus en plus à un coup d'État.
À l'écran, le visage d'Endeavor est plus dur que jamais. Ses flammes crépitent de rage pure face à la manipulation de la Commission.
Endeavor (la voix tonnant dans les haut-parleurs) : « Que la Commission règle ses différends administratifs avec le directeur Nezu est une chose. Mais que l'on prétende que la sécurité des citoyens est assurée pendant que l'armée encercle une école est un mensonge. Mon agence et moi-même refusons de prendre part à ce blocus. Notre rôle est de protéger la population. Si la Ligue des Vilains ou n'importe quel opportuniste pense que les rues sont vides parce que Yuei est fermée, ils vont apprendre à leurs dépens que les flammes ne s'éteignent jamais. »
Derrière lui, les lieutenants de son agence, menés par Burnin, hochent la tête, prêts à patrouiller jour et nuit. Best Jeanist et Kamui Woods ont également fait savoir qu'ils restaient en première ligne pour quadriller les grandes métropoles.
Dans le repaire de la Ligue, l'ambiance festive retombe instantanément. Dabi se redresse sur son canapé, son sourire cynique s'effaçant pour laisser place à un regard brûlant de haine en fixant l'image de son père à la télévision.
Dabi (les dents serrées) : « Le vieux... Toujours là pour jouer les chiens de garde. Il refuse de crever, même quand le système s'effondre. »
Shigaraki lâche un grognement de dégoût. Il gratte de nouveau son cou, agacé par ce contretemps. La perspective d'une ville totalement libre de héros s'envole.
Shigaraki : « Le numéro un fait de la résistance... Il veut jouer au martyr. La Commission est incapable de contrôler ses propres soldats d'élite. »
Kurogiri observe Shigaraki, attendant les nouveaux ordres.
Kurogiri : « Tomura Shigaraki, la présence d'Endeavor et des agences majeures complique une expansion totale. Devez-vous revoir la stratégie ? »
Shigaraki (un sourire tordu réapparaissant lentement sur ses lèvres) : « Non. Ça change juste la cible. Si Endeavor veut garder les rues seul pendant que la Commission détruit UA, il va s'épuiser. On ne va pas attaquer de front. On va harceler ses lignes. On va frapper là où il n'est pas. Laissez-le s'épuiser à courir après nos ombres. »
Il pointe du doigt l'écran où le visage d'Endeavor brille sous les flammes.
Shigaraki : « Et quand il sera au bout du rouleau, fatigué d'avoir porté le poids d'une société en ruine... on lui coupera la tête. Préparez les Nomus. La fête est un peu moins tranquille que prévu, mais la fin de l'histoire sera la même. »
Derrière les gigantesques murs rétractables de Yuei, l'atmosphère dans les dortoirs de la 1-A est devenue digne d'un bunker militaire. L'annonce du blocus et la trahison d'une partie de l'État ont agi comme un électrochoc. Finie l'insouciance des cours de l'après-midi ; les élèves sont passés en mode survie. Chacun sait que le danger ne vient plus seulement de la forêt ou des super-vilains, mais potentiellement du ciel ou des portes fortifiées de l'école.
Réunis dans le salon commun, les élèves n'attendent pas passivement les ordres des professeurs. Sous l'impulsion de Tenya Iida et de Momo Yaoyorozu, la classe s'est organisée en plusieurs factions de surveillance :
L'Équipe d'Observation des Toits : Menée par Tokoyami et Todoroki. Grâce à la vision nocturne de Dark Shadow et aux remparts de glace de Shoto, ils surveillent les mouvements des troupes de l'armée et les drones de la Commission qui patrouillent nerveusement au-delà des limites de la barrière.
La Logistique et les Fortifications : Momo Yaoyorozu utilise son Alter pour créer des talkies-walkies cryptés, des trousses de premiers soins avancées et des masques à gaz, au cas où la Commission tenterait une intrusion par agent chimique.
La Garde Rapprochée : Au sous-sol, juste devant la porte de l'infirmerie, Kirishima, Shoji et Kaminari (veillé par ses camarades) sont protégés par un premier rideau de fer. Personne n'entre sans le feu vert d'Aizawa.
Assise sur un canapé, son sweat à capuche toujours imprégné de l'odeur de la pluie et du brûlé de l'affrontement de l'après-midi, Kyoka Jiro nettoie machinalement ses jacks audio. Ses yeux fixent le sol, mais ses appendices auriculaires sont plantés directement dans la structure en béton du bâtiment, à l'écoute du moindre vrombissement suspect.
Izuku Midoriya s'approche d'elle, lui tendant une tasse de thé chaud pour tenter de calmer ses tremblements.
Izuku (le regard déterminé, les poings serrés) : « Jiro... Tu devrais te reposer un peu. Tu as traversé deux attaques en moins de vingt-quatre heures. »
Kyoka (sans lever les yeux, la voix basse mais ferme) : « Je ne peux pas, Midoriya. À chaque fois que je ferme les yeux, je vois la seringue de ce tueur ou les flingues de ces faux policiers. Et si je n'écoute pas, j'ai l'impression qu'ils vont percer le plafond pour nous prendre Denki. Mes jacks... ils me disent que l'armée installe des générateurs de brouillage à l'extérieur. Ils se préparent à quelque chose. »
À l'autre bout de la pièce, Bakugo adossé au mur, fait craquer ses articulations. Les étincelles de ses paumes projettent des ombres agressives sur les murs.
Bakugo : « Qu'ils installent ce qu'ils veulent. Le premier connard en uniforme ou le premier vilain de la Ligue qui passe cette barrière pour s'en prendre aux nôtres, je le désintègre. On s'est entraînés pour battre des monstres, c'est pas des politiciens flippés qui vont nous faire reculer. »
Malgré la peur légitime de se rebeller contre les autorités officielles de leur propre pays, l'unité de la classe n'a jamais été aussi forte. En s'en prenant à Denki et à Kyoka, la Commission a touché au cœur même de la 1-A.
Les élèves ne se considèrent plus seulement comme des aspirants héros soumis à un règlement scolaire : ils sont désormais un bloc défensif autonome. Ils restent sur leurs gardes, les yeux rivés sur les fenêtres blindées, prêts à transformer leur école en une forteresse imprenable pour quiconque osera franchir la ligne rouge.
Les alarmes silencieuses des barrières de Yuei se déclenchent à 2 h 45 du matin. Dans la structure en béton, les jacks de Kyoka, toujours plantés dans le sol, captent instantanément une vibration anormale : un rythme de pas feutrés, lents et coordonnés, provenant du secteur Nord-Ouest de l'enceinte, près des serres de la filière générale.
Profitant du brouillage électronique installé à l'extérieur, une escouade de quatre agents de la Commission, vêtus de combinaisons tactiques noires sans insigne et équipés de silencieux, vient de sectionner une grille d'aération secondaire pour s'infiltrer. Ils pensent surprendre l'école en plein sommeil. Ils se trompent lourdement.