À quelques kilomètres de Yuei, les néons du couloir de la prison projettent une lumière crue à travers les vitres renforcées. Jinjiro Sedo, l'ancien Directeur de la Commission, est assis sur sa couchette. Dans la cellule mitoyenne, séparée par une grille électrifiée, se trouve l'un de ses anciens lieutenants de faction, arrêté avec lui dans les tunnels.
Le collègue de cellule brise le silence, la voix basse et amère.
Le Collègue : « Tout est fini, Sedo... Les dossiers secrets sont sur toutes les chaînes. La Commission n'existe plus. Comment les choses ont-elles pu nous échapper à ce point ? Par cause de quelques gamins et d'un héros clandestin ? »
Sedo ne bouge pas. Ses yeux fixent le plafond de béton. Un sourire glacial et presque serein étire ses lèvres.
Jinjiro Sedo : « Tu ne vois pas plus loin que les murs de cette cellule. Rien n'est fini. Nous avons échoué à maintenir le couvercle, c'est vrai. Mais en exposant la vérité, ces enfants ont ouvert la boîte de Pandore. Ils croient que le monde va les applaudir. Attends que la peur de la Ligue des Vilains s'installe à nouveau sans notre contrôle... Les gens réclameront un nouveau Sato. Et ces petits héros comprendront, trop tard, que l'ordre exige du sang, pas des chansons. »
Pendant ce temps, le dortoir est plongé dans le noir. Tous les élèves dorment à poings fermés, épuisés par les émotions de la journée. Tous, sauf trois.
Au deuxième étage, la lumière est éteinte, mais une lueur bleutée s'échappe de l'écran du téléphone de Kyoka. Elle est assise sur son lit, adossée contre ses oreillers. À l'autre bout de la ligne, en appel vocal nocturne, la voix chuchotée de Denki résonne doucement dans ses écouteurs.
Denki (au téléphone) : « ...Et du coup, Sero m'a dit qu'il avait dû retenir Mineta avec ses rubans pendant au moins une heure après votre départ. Le pauvre était en train de pleurer du sang à cause du bisou de Mina. »
Kyoka laisse échapper un petit rire étouffé, faisant attention à ne pas faire de bruit.
Kyoka : « C'est bien fait pour lui. Mais honnêtement... après tout ce qu'on a traversé avec Sedo et les Nomus, voir la classe faire les idiots pour une histoire de bisou... ça m'a fait du bien. Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie juste comme une lycéenne normale. »
Denki (le ton devenant plus doux, plus sérieux) : « Ouais. On a mérité ce moment. Et... merci d'être restée à côté de moi au karaoké. Même quand je chantais faux. »
Kyoka (souriant dans le noir, le visage un peu rouge) : « Tu chantes toujours faux, Kaminari. Mais je commence à m'habituer. Dors, maintenant. On a entraînement demain. »
Trois portes plus loin, l'ambiance est beaucoup plus chaotique. Mina Ashido est littéralement en train d'exécuter un catch de l'extrême avec sa propre couette. Elle se tourne à gauche, se roule à droite, se cache le visage sous son oreiller, mais rien n'y fait. Impossible de dormir.
Dès qu'elle ferme les yeux, l'écran de la salle d'arcade réapparaît. Elle revoit les flèches dorées, elle réentend le bruit des jetons, et surtout... elle revoit le visage de Kirishima devenir aussi écarlate que ses cheveux.
Mina (marmonnant frénétiquement sous son oreiller) : « Mais qu'est-ce qui m'a pris ?! Pourquoi j'ai fait ça ?! C'était juste un jeu ! Un bête jeu de danse ! Maintenant, ça va être super bizarre demain au petit-déjeuner... Qu'est-ce qu'il va penser de moi ? "Ouais, c'était très viril" ?! Non mais sérieux, Kirishima, c'est quoi cette réponse ?! »
Elle s'assied brusquement sur son lit, les cheveux en bataille, fixant sa porte close. Elle a envie de descendre boire un verre d'eau, mais la simple idée de croiser Kirishima (qui dort pourtant à l'étage du dessous) lui donne l'impression que son cœur va exploser.
La nuit avance à Yuei. Entre les prophéties sombres d'un directeur déchu, les murmures complices d'un duo qui s'est trouvé, et les tourments amoureux d'une reine de la danse, le calme est revenu sur le campus... mais l'histoire de la 1-A, elle, continue d'écrire ses lignes les plus intimes.
Le soleil du dimanche matin traverse impitoyablement les rideaux de la chambre de Mina, sonnant l'heure d'un réveil qui s'annonce d'ores et déjà catastrophique.
Quand l'alarme de son téléphone retentit, Mina laisse échapper un gémissement digne d'un zombie de la salle d'arcade. Elle émerge de sa forteresse de couvertures, les cheveux roses totalement en bataille et des cernes violacées sculptant son regard d'ordinaire si pétillant.
Elle se traîne jusqu'à son miroir et plaque ses mains sur ses joues.
Mina (la voix cassée, s'auto-analysant) : « Horrible. Je suis officielle-ment un monstre acide. Tout ça à cause d'une stupide borne d'arcade et d'un pic d'adrénaline de canard... »
Ses yeux se posent sur l'horloge : 8h30. C'est l'heure où toute la classe commence à descendre dans la cuisine pour le petit-déjeuner du week-end. L'idée même de franchir la porte de sa chambre lui donne des sueurs froides. Elle va devoir affronter :
Les vannes de Kaminari et Sero, qui ont probablement passé la nuit à aiguiser leurs meilleures blagues.
Le regard de Kyoka, qui sait toujours lire en elle comme dans un livre ouvert.
LUI. Eijiro Kirishima. L'homme aux cheveux rouges qu'elle a embrassé devant ses amis.
Mina (se repassant le film en boucle) : « S'il me sort encore son grand sourire en disant que c'était "viril", je crois que je m'intègre directement dans le béton du dortoir. »
Après avoir tenté de camoufler sa fatigue derrière un sweat-shirt à capuche XXL et avoir brossé ses cheveux à la hâte, elle ouvre sa porte au millimètre. Le couloir est désert. Elle avance à pas de loup vers l'ascenseur, priant tous les dieux de Yuei pour ne croiser personne.
DING.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent au premier étage. Manque de chance, Denki Kaminari et Kyoka Jiro sont déjà à l'intérieur. Denki est en train de bâiller à s'en décrocher la mâchoire, un casque autour du cou, tandis que Kyoka, l'air plutôt fraîche malgré sa nuit au téléphone, tient deux tasses de café vides.
En voyant la tête de Mina, le visage de Denki s'illumine instantanément d'une lueur machiavélique.
Denki : « Oh, regardez qui voilà ! La championne du monde de breakdance ! Dis donc Ashido, t'as une mine affreuse, t'as passé la nuit à t'entraîner sur ton rythme cardiaque ou quoi ? »
Kyoka (donnant un coup de coude salvateur dans les côtes de Denki) : « La ferme, Kaminari. » Elle se tourne vers Mina avec un sourire plus doux, mais un brin taquin. « Salut Mina. T'as pas fermé l'œil, hein ? »
Mina (s'effondrant contre la paroi de l'ascenseur, désespérée) : « Pitié... Ne me parlez pas. Mon cerveau est en train de fondre. Si quelqu'un fait une seule allusion à ce qu'il s'est passé hier, je l'arrose d'acide, c'est promis. »
L'ascenseur atteint le rez-de-chaussée dans un silence lourd. Les portes s'ouvrent sur la cuisine commune, d'où s'échappent des odeurs de pancakes, de riz chaud... et le rire sonore de Kirishima. Le véritable défi de la journée de Mina commence maintenant.
Mina prend une immense inspiration, rabat sa capuche sur sa tête pour masquer ses cernes, et affiche le sourire le plus forcé mais "naturel" possible. Elle franchit le pas de la cuisine en mode infiltration.
Autour de la table, Satō est en train de retourner des pancakes, Sero boit son jus d'orange et Kirishima est assis sur un tabouret, discutant joyeusement de musculation. Quand la porte s'ouvre, Kirishima tourne la tête vers elle, son habituel sourire éclatant aux lèvres.
Kirishima : « Oh, salut Ashido ! T'as bien dormi ? T'as l'air un peu crevée, non ? Regarde, Satō a fait des pancakes géants pour tout le monde, viens t'asseoir ! »
Mina sent une décharge d'adrénaline pure traverser son corps. Son cœur rate un battement, mais elle active immédiatement son plan d'action : agir comme si la journée d'hier n'avait été qu'un rêve lointain.
Mina (la voix un peu trop aiguë, s'installant trois tabourets plus loin) : « Salut Kirishima ! Salut les gars ! Oh oui, super bien dormi ! Un vrai bébé ! J'adore les pancakes, merci Satō, t'es le meilleur ! »
Elle attrape une assiette et s'empare d'un pancake avec une vigueur presque agressive. Elle y verse du sirop d'érable en fixant sa nourriture comme si c'était la chose la plus fascinante de l'univers, refusant catégoriquement de croiser le regard de Kirishima.
Sero, qui n'a aucun sens du timing mais un excellent sens de la provocation, lève un sourcil en la regardant.
Sero : « Un vrai bébé ? Pourtant t'as des valises sous les yeux à faire pâlir Aizawa-sensei. T'as pas fait de cauchemars à base de jeux de rythme, au moins ? »
Mina se fige, sa fourchette à mi-chemin de sa bouche. Elle lance un regard noir à Sero qui pourrait dissoudre de l'acier.
Mina (souriant de toutes ses dents, un ton menaçant) : « Pas. Du. Tout. Sero. Je me sens d'attaque pour l'entraînement d'aujourd'hui. Vraiment. »
De son côté, Kirishima semble un peu intimidé par la distance soudaine de Mina, mais fidèle à lui-même, il ne force pas les choses. Il se contente de gratter sa nuque, un peu timide, en fixant son bol de riz.
Kirishima : « Ah, tant mieux alors... Faut être en forme pour la session de cet après-midi ! »
Denki et Kyoka s'installent à leur tour. Denki ouvre la bouche pour lancer une bombe, mais Kyoka lui écrase le pied sous la table avec une telle violence qu'il laisse échapper un sifflement étouffé, se contentant de mordre dans sa tartine en silence. Mina jette un regard de gratitude éperdue à Kyoka.
L'ambiance est sauvée, le petit-déjeuner continue presque normalement. Mina commence enfin à relâcher la pression et à savourer son pancake. Elle se dit qu'elle a géré la situation comme une cheffe.
C'est à ce moment précis qu'elle veut attraper le pot de confiture. Kirishima tend le bras en même temps pour lui passer le beurre. Leurs mains se frôlent.
Pschhh...
Une micro-goutte d'acide s'échappe par réflexe du bout des doigts de Mina sous le coup du stress, faisant fondre un millimètre carré de la nappe en tissu.
Mina (sautant de son siège, le visage écarlate) : « Oups ! Désolée ! Je... je vais chercher une éponge ! À tout de suite ! »
Elle s'enfuit vers le cellier à la vitesse de la lumière. Kirishima regarde la nappe, puis la porte du cellier, un sourire doux et un peu niais se dessinant sur ses lèvres, comprenant que la reine de la danse n'est peut-être pas aussi indifférente qu'elle veut bien le faire croire.
Pendant que la cuisine du dortoir se remplit de l'odeur des pancakes et des éclats de rire provoqués par la fuite précipitée de Mina, le contraste est saisissant avec la froideur de la prison de haute sécurité. Deux mondes avancent en parallèle.
Derrière les barreaux électrifiés, Jinjiro Sedo n'a pas bougé d'un pouce. Son collègue de cellule, les mains agrippées à la grille, écoute attentivement l'ancien Directeur de la Commission dont la voix, bien que basse, résonne d'une conviction inébranlable.
Le Collègue (murmurant) : « Tu penses vraiment qu'ils reviendront vers nous, Sedo ? Après tout ce qu'on a fait ? Les médias nous ont détruits. Le peuple nous hait. »
Jinjiro Sedo (un sourire glacial aux lèvres) : « Le peuple est amnésique. Aujourd'hui, ils célèbrent la liberté et chantent les louanges de ces gamins de Yuei. Mais la liberté est un luxe que la paix ne peut pas s'offrir éternellement. Dès que la Ligue des Vilains frappera un grand coup, dès que le premier quartier sera rasé parce qu'un héros aura hésité à faire un "sacrifice nécessaire", la panique s'installera. Et quand les gens ont peur, ils ne cherchent pas des symboles de justice... ils cherchent des bourreaux pour les protéger. Notre système renaîtra de ses cendres, c'est inévitable. »
Bien loin de ces sombres prédictions, la vie bat son plein dans la cuisine du dortoir. Denki et Kyoka, assis côte à côte, profitent du calme relatif après le départ en trombe de Mina pour discuter de la suite des événements.
Denki (étalant du beurre sur son pancake) : « Franchement, à part le fait que j'aie grillé une borne d'arcade, cette sortie hier c'était le feu. Il faut trop qu'on remette ça avec toute la classe la prochaine fois ! »
Kyoka (buvant une gorgée de son café) : « Toute la classe ? Tu veux ramener Bakugo dans une salle d'arcade ? Il va exploser les machines si quelqu'un bat son score sur un jeu de tir. »
Denki (les yeux brillants d'excitation) : « Justement ! Ce serait épique ! Mais je pensais à un truc plus grand pour le week-end prochain. Si le temps reste comme ça, on pourrait organiser un immense barbecue à la plage ou près de la rivière. On invite la 1-B, on demande à Satō et Bakugo de gérer la bouffe et on ramène des guitares. »
Kyoka pose sa tasse, un petit sourire en coin se dessinant sur ses lèvres. L'idée de jouer de la musique au grand air, loin des tunnels et de la politique, commence déjà à lui plaire.
Kyoka : « Des guitares, hein ? C'est pas une mauvaise idée. Ça permettrait à tout le monde de relâcher la pression pour de bon. Et puis, ça donnera une chance à Mina et Kirishima de se parler dans un espace ouvert où ils ne peuvent pas détruire la nappe. »
Denki (riant doucement) : « Carrément ! On va proposer ça à Iida et Yaomomo dès qu'ils descendent. Cette fois, c'est nous qui gérons le planning. »
Alors que Sedo attend patiemment que le monde s'effondre dans sa cellule, la nouvelle génération de héros, elle, continue de construire sa propre version de l'avenir : un avenir qui ne repose pas sur la peur et les secrets, mais sur des projets partagés, des rires et une amitié à toute épreuve.
La porte du cellier glisse à nouveau dans un bruit léger. Après quelques minutes passées à respirer un grand coup entre les étagères de conserves, Mina fait son grand retour dans la cuisine. L'éponge à la main, elle avance d'un pas beaucoup plus lent et posé, ayant visiblement réussi à faire redescendre la température de son propre système.
Elle s'approche de la table sans faire d'éclats, sa capuche légèrement rejetée en arrière, révélant un visage qui a retrouvé sa couleur rose normale.
D'un geste méthodique, elle se penche pour nettoyer les quelques millimètres de nappe qui avaient fait les frais de son coup de stress.
Mina (d'une voix douce et tout à fait posée) : « Voilà, c'est propre. Désolée pour la nappe, Satō. Promis, je ferai attention avec mes mains la prochaine fois. »
Satō lui adresse un sourire bienveillant depuis ses fourneaux.
Satō : « T'inquiète pas, Ashido, c'est rien du tout. Assieds-toi et finis ton pancake avant qu'il ne soit froid. »
Mina hoche la tête et se réinstalle sur son tabouret. Cette fois, elle ne fuit plus le regard de ses camarades. Elle croise celui de Kirishima, qui l'observe avec une lueur d'admiration discrète. Elle lui adresse un petit sourire timide, mais sincère, brisant définitivement la glace inconfortable qui s'était installée quelques minutes plus tôt.
Voyant que l'ambiance est enfin apaisée et que Mina est revenue parmi eux, Denki en profite pour sauter sur l'occasion et relancer le sujet de sa discussion avec Kyoka.
Denki (s'accoudant à la table) : « Bon, puisque la championne est de retour et qu'on a évité l'incendie de nappe... Jiro et moi, on parlait de ce qu'on pourrait faire le week-end prochain. On se disait qu'un immense barbecue suivi d'une session musique au bord de la rivière, ce serait parfait. »
Mina relève la tête, ses yeux retrouvant instantanément leur éclat habituel.
Mina : « Un barbecue au bord de l'eau ? Avec de la musique ? Oh, c'est une trop bonne idée ! Il faut absolument qu'on organise ça. Je peux m'occuper de préparer des jeux extérieurs si vous voulez ! »
Kyoka (souriant, adossée à son siège) : « À condition que ce ne soit pas un jeu de danse, Ashido. On a donné pour le mois complet. »
Mina laisse échapper un vrai rire, libérée du poids de sa nuit d'insomnie. En face d'elle, Kirishima rit de plus belle, ravi de voir que sa partenaire a retrouvé toute sa joie de vivre. La tempête est bel et bien passée, et la 1-A est déjà prête à planifier ses prochains souvenirs.