Un silence de cathédrale s'abat sur la rive, immédiatement brisé par un immense éclat de rire du côté de la 1-A. Denki et Sero se tapent dans les mains, pliés en deux.
Mina (hurlant de joie, pointant Monoma du doigt) : « LE KARMA ! JE RÉPÈTE, LE KARMA A ENCORE FRAPPÉ ! Monoma, c'est ta règle ! C'est ton chef-d'œuvre ! »
Monoma, qui affichait un sourire suffisant une seconde plus tôt, se fige, le visage totalement décomposé.
Monoma (bafouillant, l'œil hagard) : « Attendez... Non ! C'est statistiquement impossible ! La 1-A a forcément modifié la trajectoire avec un Alter gravitationnel ou magnétique ! C'est de la triche, une preuve de votre infériorité intellectuelle... »
VLAN !
Avant qu'il ne puisse finir sa tirade, la main d'Itsuka Kendo double de volume grâce à son Alter et vient lui asséner une claque magistrale derrière la tête, l'assommant à moitié sur son tronc d'arbre.
Kendo (soupirant, l'air blasé mais le visage légèrement coloré) : « Tais-toi un peu, Monoma. C'est toi qui as insisté pour ajouter cette règle ridicule. assume un peu. »
Kendo se lève, remet sa queue-de-cheval en place et s'approche de Monoma, qui frotte son crâne en grimaçant, soudainement beaucoup moins fier.
Kendo : « Allez, redresse-toi. Ne me fais pas perdre mon temps. »
Monoma tourne la tête vers elle, marmonnant des insultes inaudibles sur la 1-A. Kendo se penche et lui applique un baiser rapide, sec et parfaitement sonore sur la joue, s'apparentant presque à une punition militaire mais exécuté avec l'autorité naturelle d'une grande sœur de la classe.
SMACK.
Kendo (se rassoiyant, tapant dans ses mains) : « Voilà ! Fin du jeu ! Tout le monde au lit ! »
Les deux classes explosent en applaudissements pour célébrer la fin de cette partie d'anthologie. Iida en profite pour reprendre le contrôle avec ses grands gestes de bras réglementaires.
Iida : « Le couvre-feu approche ! Rassemblement des déchets et extinction du feu ! Tout le monde a fait preuve d'un courage... hum... particulier ce soir ! »
Alors que chacun ramasse ses affaires dans la joie et les taquineries, Kirishima glisse discrètement son bras autour des épaules de Mina pour marcher vers les tentes. Mina se blottit contre lui, un grand sourire aux lèvres, fatiguée mais le cœur léger.
La bouteille en verre reste abandonnée sur sa pierre, éteinte, ayant rempli sa mission au-delà de toutes les espérances : rapprocher les cœurs et créer des souvenirs électriques que ni la 1-A, ni la 1-B n'oublieront de sitôt.
Le feu est éteint, les braises ne sont plus que des pépites rouges sous la cendre, et le silence de la nuit s'est installé sur le campement. Pourtant, dans plusieurs tentes, les sacs de couchage s'agitent. Les corps ont beau être fatigués par la journée de grand air, les esprits, eux, tournent à plein régime. Toutes ces émotions en cascade ont laissé des traces.
Mina est allongée sur le dos, les mains derrière la tête, fixant la toile de la tente éclairée par la lueur de la lune. Juste à côté d'elle, elle entend le bruissement régulier d'un sac de couchage.
Mina (chuchotant doucement) : « Psst... Yaomomo ? Tu dors ? »
Momo se tourne instantanément vers elle, les yeux grands ouverts dans la pénombre, l'air encore un peu sous le choc.
Momo (la voix basse et timide) : « Non... Je n'y arrive pas. Mon rythme cardiaque refuse de se stabiliser. Chaque fois que je ferme les yeux, je... je repense à la logique implacable de Todoroki. C'était tellement soudain. »
Un petit rire étouffé provient du fond de la tente. C'est Kyoka, qui est restée éveillée, ses jacks auriculaires posés contre son oreiller pour écouter les bruits de la forêt.
Kyoka : « Bienvenue au club. Moi, j'ai encore l'impression d'avoir de l'électricité statique. Kaminari est une vraie pile déchargée, mais quand il s'y met, il sait comment faire sauter les plombs... »
Mina sourit dans le noir, ramenant ses couvertures sur son menton. Elle repense à la chaleur des mains d'Eijiro sur ses épaules et au goût de ses lèvres. L'insomnie de la semaine dernière était due au stress et à l'angoisse ; celle de ce soir est bercée par un sentiment de plénitude absolue. Elle n'a plus peur de croiser son regard demain matin.
Dans la tente voisine, l'ambiance est tout aussi agitée. Denki est assis en tailleur, les bras croisés, un sourire niais toujours vissé sur le visage, fixant le vide.
Sero (lui jetant son oreiller en pleine figure) : « Kaminari, par pitié, arrête de sourire comme ça, tu es flippant dans le noir. Dors. »
Denki (attrapant l'oreiller, rêveur) : « Les gars... Je crois que j'ai été touché par la foudre. Une deuxième fois. Jiro est trop cool. »
Un grognement sourd s'élève du fond de la tente, là où Bakugo est emmitouflé dans son sac de couchage, déterminé à ignorer tout romantisme.
Bakugo : « Fermez vos gueules ou je vous utilise comme allume-feu demain matin. La Tête d'Ortie, dis-lui de la fermer. »
Mais Kirishima, allongé un peu plus loin, ne répond pas. Il regarde le plafond de la tente, un bras replié sous sa tête. Il touche ses lèvres du bout des doigts, un sourire fier et profondément heureux aux lèvres. Il repense aux paroles de Mina, à son rire, et à la manière dont elle s'est blottie contre lui sur le chemin du retour.
Plus loin encore, Izuku murmure des excuses à moitié endormi, rêvant sûrement qu'il flotte encore dans l'espace avec Ochaco.
La nuit avance, fraîche et paisible. Les futurs héros de Yuei dorment par intermittence, le cœur malmené par les caprices de la bouteille en verre, mais profondément soudés. Ces émotions nocturnes, loin d'être un poids, sont le carburant de leur adolescence : une parenthèse enchantée avant de devoir, à nouveau, faire face au reste du monde.
S'il y a bien une tente où l'atmosphère n'est pas au romantisme poétique, c'est celle de Minoru Mineta.
Allongé dans son sac de couchage trop grand pour lui, le garçon aux cheveux en grappes fixe la toile de la tente avec des yeux injectés de sang. Il est littéralement en train de ronger le bord de sa couverture, une aura de pure frustration noire et violette émanant de tout son être.
Pour Mineta, cette soirée est le pire cauchemar de toute sa vie d'adolescent. Il rumine, comptant les injustices de la vie sur ses doigts dans l'obscurité.
Mineta (marmonnant, la voix tremblante de rage) : « C'est truqué... Ce jeu est un complot d'État. Pourquoi ce sont toujours les mêmes ? Kirishima qui embrasse Ashido... Kaminari qui se fait électrocuter par Jiro... Même Todoroki a eu son moment d'anime romantique avec Yaomomo ! C'est injuste ! INJUSTE ! »
Sero, qui essayait désespérément de s'endormir à côté, se tourne vers lui en soupirant.
Sero : « Mineta, s'il te plaît, lâche cette pauvre couverture. C'est le hasard, c'est tout. »
Mineta (se redressant d'un coup, les larmes aux yeux) : « Quel hasard ?! J'ai passé TOUTE la soirée à envoyer des ondes télépathiques à cette bouteille en verre ! J'ai même essayé de la faire dévier discrètement avec un de mes cheveux collants ! Et pourtant, elle m'a complètement ignoré ! Même le destin me rejette ! »
Ses gémissements de désespoir commencent à faire trembler la structure de la tente. Malheureusement pour lui, le voisin de lit de Sero n'est autre que le pire client possible pour les caprices nocturnes.
Un bras musclé et entouré d'une aura explosive sort brusquement du sac de couchage d'en face. Bakugo attrape Mineta par le col de son pyjama d'une seule main, le soulevant à quelques centimètres de son oreiller.
Bakugo (les yeux brillants dans le noir, la voix basse et meurtrière) : « Le nain. Si j'entends encore un seul mot sortir de ta bouche de pervers sur les filles de la classe, je t'utilise comme ballon de volley pour le match de demain matin. Compris ? »
Mineta se fige instantanément, les dents claquant de terreur. Il hoche la tête frénétiquement, transformé en statue de marbre par la peur. Bakugo le relâche sans ménagement.
Le silence retombe enfin sur la tente des garçons. Mineta se glisse tout au fond de son sac de couchage, roulé en boule, pleurant des larmes de frustration en silence. Le monde des héros est cruel, mais le monde de l'amour l'est encore plus pour le pauvre Mineta, qui passera sans doute le reste du week-end à bouder dans son coin pendant que ses camarades continuent de flotter sur leurs petits nuages.