Un Dernier pour la Route par

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Side Story / Humour

11 Chapitre 4 - Partie 2

Catégorie: T , 2163 mots
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Sous le ciel étoilé, au milieu des bruits mystérieux de la nuit, la lumière des flammes se reflétait dans les yeux des pouliches et du bébé dragon. Yeux humides ou mains sur la bouche, ils écoutaient, tendus et passionnés, les derniers mots du récit de Maxime.

- … et la tête de ce bon Louis Seize, ce monarque juste et éclairé, ce défenseur du bien et du peuple, roula sur les pavés, sous les acclamations de ses sujets ingrats qui s’étaient révoltés contre leur bienfaiteur.

Son histoire terminée, il laissa le silence retomber, rompu seulement par le crépitement des flammes et le bruit lointain des animaux nocturnes. Sweetie Belle éclata en sanglots.

- C’est horrible !

- Le pauvre !

- Comment ont-ils pu faire ça ?

Maxime ne put retenir un sourire. Confortablement installé sur le sac de toile qui lui servait de siège, il vida sa chope puis la posa sur la pile de pots vides à côté de lui. Par-delà la mélodie du feu qui crépitait et des pouliches qui se lamentaient, on percevait le crissement des insectes, le vol des chauves-souris, le hululement des rapaces. Un cri lugubre s’éleva dans le lointain. Les pouliches et Spike se turent, frémissants.

- Un branche-loup ! murmura le petit reptile en se mordant les doigts.

L’humain tendit l’oreille, vaguement curieux. Les yeux des trois pouliches étaient rivés sur lui.

- Quoi, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ?

- On… on a un peu peur… se risqua Applebloom.

- Et bien il ne faut pas, trancha Max. Les animaux sauvages ont peur du feu ; tant qu’on reste ici, ils n’approcheront pas.

- Mais si le feu s’éteint ? paniqua Spike. Ou s’ils viennent quand même ? Ou si c’est autre chose d’encore pire ? Ou si...

- Arrête de flipper, l’interrompit Max. J’y suis allé plein de fois, dans la forêt, et rien ne m’a jamais attaqué.

- Ma sœur a failli se faire manger par un branche-loup, une fois, je te signale ! protesta Applebloom. Un énorme !

- Et ce n’est pas tout, il y a aussi des cockatrices, des rockodiles et des manticores ! renchérit Sweetie Belle. Et la nuit, c’est encore pire !

Maxime fixa les pouliches assises de l’autre côté du feu, sourcils froncés. À travers le rougeoiement de braises et la fumée qui ondulait, il ressemblait à un chaman derrière un feu sacré. D’un geste ample et lent, il tendit le bras pour attraper une branche enflammée. Les pouliches et Spike le regardaient en silence, intimidés. Un nouveau hululement s’éleva. Maxime inspira.

- Tel était aussi le sort des miens, il y a des millénaires. Ils n’étaient alors que des proies, prisonniers de la peur que leur inspiraient les bêtes sauvages. Comme vous, ils n’osaient sortir la nuit, trop effrayés par tout ce qui pouvait les attaquer. Mais savez-vous ce qu’ils ont fait ? Ils ont cessé d’être des proies, et ils sont devenus des chasseurs ! Ils sont sortis de leurs grottes, lance et arc au poing, pour affronter ce qui les avait effrayés pendant si longtemps ! L’affronter et le vaincre ! Et ce jour-là, la peur changea de camp, et plus aucune bête ne les effraya plus ! Voilà, le triomphe de l’homme !

- Mais nous, nous ne voulons pas…

- Exactement ! lança Max sans attendre la suite ni prendre la peine de regarder qui avait parlé. Vous pouvez rester de pauvres proies apeurées, ou alors vous pouvez vous levez et affronter ce qui vous fait peur ! Vos branche-loups ne me font pas peur, et ils ne vous feront plus peur à vous non plus si vous le leur montrez !

Emporté par sa prose, il se leva, son flambeau en main. Les yeux de Scootaloo brillaient.

- Je ne pense pas qu’Applejack aimerait que j’aille à la chasse au branche-loup en pleine nuit, tempéra Applebloom.

- Rarity non plus, ajouta Sweetie Belle.

- Pff, dégonflées… Je vais vous montrer, moi !

Grisé par les deux litres de cidre déjà engloutis, il défia du regard la lisière des bois, puis s’éloigna d’un pas assuré.

- Eh, tu ne vas quand même pas nous laisser toutes seules ? l’interpela la petite licorne.

- On n’en a pas pour longtemps ! Préparez-nous un triomphe !

- « Nous » ? s’inquiéta Spike, pris d’un mauvais pressentiment.

- Ouais, parce que tu viens avec moi !

Sans lui demander son avis, Maxime l’attrapa et le cala sous son bras.

- Mais Twilight a dit qu’on devait rester là !

- Mon petit Spike, il est grand temps pour toi de prendre la place qui te revient au sommet de la chaîne alimentaire, l'ignora Max.

- Mais si les branche-loups nous attaquent ?

- Ils ne le feront pas, car nous avons de quoi leur rappeler leur place dans le grand ordre de la nature.

- Et c’est quoi ?

Sans s’arrêter de marcher, Max lui pinça le bout de la queue. Le petit dragon hoqueta de surprise. Une grande langue de flammes vertes s’échappa de sa gueule.

- Le feu, mon grand ! Le feu !

Éclairé par son flambeau, le petit reptile sous le bras, il partit vers les bois, son rire résonnant dans les ombres du soir.

 

 

Les brindilles craquaient sous leurs pas, les feuilles bruissaient dans le noir. Le feu de la torche dansait entre les arbres. Spike, entre les jambes de Max, jetait sans arrêt des regards en arrière.

- Dis, on ne va quand même pas attaquer les loups ?

L’humain ricana.

- Mais non, c’était juste pour les faire flipper. On fait un petit tour et puis on rentre. Je n’ai pas encore vidé mon compte de chopes.

Spike, à peine rassuré, ne quittait pas de vue le point de lumière du feu de camp, qu’on distinguait encore entre les arbres.

- N’empêche, reprit Max, ça me ferait bien rire d’en croiser un.

- Pas moi ! Je veux rentrer !

Maxime s’arrêta pour faire le tour des lieux. Il avait exagéré ; il était temps d’arrêter d’effrayer le pauvre assistant. Il était prêt à faire demi-tour quand un craquement de bois retentit devant eux. Alors que Spike s’accrochait à sa cheville, il avança sa torche, tous ses muscles tendus. Rêvait-il, ou bien distinguait-il une paire d’yeux jaunes qui brillaient dans les ombres ? Quand il les vit cligner, ses doutes se dissipèrent. Il frissonna.

Cela avait effectivement l’allure d’un loup, mais composé d'un grotesque et hasardeux amalgame de branches, d’écorce et de morceaux de bois. Deux autres paires d’yeux s’allumèrent à gauche et à droite. Maxime fit un pas en arrière. Les griffes de Spike lui rentraient dans le mollet. Retrouvant ses esprits, il l’en décrocha et le brandit devant lui.

- Allez, vas-y ! Crame-les !

Spike, pressé entre ses mains, poussa un cri muet avant de tourner de l’œil. Maxime le fixa, interdit, jusqu’à ce qu’un des monstres fasse un pas en avant. Enfoncés dans leurs orbites de bois, ses yeux d’ambre brillaient. Entre ses crocs d’épine, un grondement s’éveillait.

 

 

Autour du feu, derrière la grange, les trois pouliches s’interrogeaient du regard. Scootaloo avait recommencé à faire griller ses friandises sur les braises, sans mieux arriver à les empêcher de brûler qu’avant.

- C’est des bobards, déclara Applebloom. Tu as vu à quoi il ressemble ? Si les autres humains sont comme lui, ça m’étonnerait qu’ils arrivent à faire peur à quoi que ce soit.

- Il ne peut pas y avoir de bêtes aussi terribles que les branche-loups chez lui, insista la petite pégase.

- Rarity dit qu’il faut être indulgent avec lui parce qu’il n’a pas été « gâté », ajouta Sweetie Belle, sans pourtant avoir l’air très sûre de ce que sa grande sœur avait voulu dire par là.

Plusieurs hurlements lugubres empêchèrent les autres de répondre. Elles frémirent en reconnaissant les cris distinctifs des branche-loups en pleine chasse. Ils étaient précédés par un autre braillement, qu’elles ne mirent que peu de temps à identifier. Quelques secondes plus tard, les pas saccadés d’un bipède en pleine course parvinrent à leurs oreilles. Maxime, surgissant du noir, galopait vers la ferme, les poumons en feu, les yeux exorbités, en tenant Spike encore inconscient au-dessus de sa tête. Trois branche-loups étaient à ses trousses. Les pouliches bondirent.

- PLANQUEZ-VOUS !!!

L'humain traversa l'espace en hurlant, sans ralentir un seul instant. En moins d’une demi-seconde, le trio équin décolla vers la ferme, mais déjà un des loups les avait devancées et leur barrait la route, le regard brûlant, la bave aux lèvres. Les pouliches firent volte-face vers la grange, mais un autre loup bondit pour leur bloquer l’accès.

- Maxime, au secours !

L’humain, devançant les monstres, avait déjà presque atteint l'entrée de la grange. Sous les yeux apeurés des ponettes, il laissa tomber Spike près de la porte et fila à l’intérieur.

- Mais… il nous laisse là ! s’écria Sweetie Belle.

- Il nous abandonne !

- Au secours !

Le troisième loup surgit alors. Les deux autres s’étaient déjà détournés du bipède, désormais hors d’atteinte. Avec une lenteur glaçante, tous trois s’avançaient vers les chercheuses horrifiées.

 

 

Les yeux de Max parcouraient à toute vitesse tout ce qui l’entourait. Les cris des trois pouliches acculées par les monstres le paralysaient presque. Son esprit, électrisé par l’adrénaline, lançait des étincelles. Presque inconsciemment, il faisait la liste de tous les objets qui remplissaient la grange. Une pile de bouteilles vides. Le bidon de pétrole avec lequel les Apple remplissaient leurs lampes. De la paille et de vieux sacs de farine. Et Spike, contre la porte, qui reprenait lentement connaissance. Un éclair s’alluma. Il bondit.

 

 

- Ils… ils vont nous manger… C’est fini...

Les trois petites juments, prostrées les unes contre les autres, ne pouvaient détourner les yeux du trio monstrueux qui s’avançait vers elles. Le premier des trois loups était déjà à portée de saut. Malgré la panique et la détresse, elles pouvaient sentir l’haleine nauséabonde qui coulait hors de sa gueule. La créature de bois desserra lentement les mâchoires, imitée par ses compagnons. Disposés en triangle, ils ne leur laissaient aucune issue. Le plus gros des monstres plia les pattes, prêt à bondir, mais un fracas de bois lui fit tourner la tête.

La porte de la grange s’était ouverte en grand. La silhouette de Maxime se découpait, claire et nette dans le rectangle sombre, son regard furibond braqué sur les trois loups. L’objet qu’il tenait dans sa main droite reflétait la lumière du feu de camp. D’un geste parfaitement fluide, il tendit le bras gauche vers Spike, lui tira la crête en arrière pour lui faire ouvrir la bouche et planta son talon pile sur le bout de sa queue. Dans une grande langue de flammes vertes, le petit dragon éructa de douleur. Sans le lâcher, Maxime tendit le bras droit et plaça la bouteille devant sa gueule. Le brandon de tissu s’enflamma aussitôt. L’humain lança ensuite le cocktail qui s’écrasa, dans une parabole parfaite, sur le plus proche des loups.

Chaleur et lumière envahirent l’espace. La bête se couvrit d’une nappe de feu liquide qui l’engloutit tout entier. La boule de feu qu'elle était à présent hurla, bondit deux ou trois fois puis tomba en morceaux. Quand la lumière eut assez diminué pour permettre aux pouliches d’à nouveau regarder, les fragments encore incandescents de la créature gisaient sur plusieurs mètres. Les deux monstres restants détalèrent aussitôt. Tous les cinq les suivirent du regard jusqu’à ce qu’ils disparaissent, puis fixèrent sans un mot la flaque de feu qui déjà s’éteignait. Au centre, parmi les branches encore allumées et les éclats de verre de la bouteille, l’épais morceau de bois qui avait servi de crâne à la bête gisait, noirci mais encore intact. Maxime s’avança, se pencha pour le ramasser, le leva devant lui puis tomba dans les pommes.

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