Le Jugement d'Élie James

Chapitre 1 : Le Jugement d'Élie James

Chapitre final

4738 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 19/10/2025 13:19

Le Jugement d’Élie James




Au sommet du plus grand gratte-ciel du monde dans un certain pays dont je tairais le nom pour sa sécurité était établie une organisation en informatique à but non lucratif. Cette entreprise titanesque avait des embranchements dans tous les pays du monde à l’aide de son expert en relation publique et en diplomatie que tout le monde surnommait Hermès, un jeune homme charismatique et menteur, ancien attaché de presse et journaliste. Les rumeurs affirmèrent que cette entreprise au nom très significatif d’Olympe et Ciel s'occupait non seulement de la gestion des données informatiques de tous les réseaux du monde et de la cybersécurité, mais aussi devenait un cheval de Troie en pillant les banques et en vendant des informations confidentielles de ses clients et de ses concurrents. Aussi, un blanchiment d’argent augmentait les revenus de cette entreprise selon les tabloïds. Le chef de cette colossale fortune était un homme despotique et intemporel qui semblait figé à quarante ans — bien que chacun pensait qu’il soit beaucoup plus âgé —  entouré d’une équipe  que tout le monde surnommait « Les Douze Olympiens », des infatigables responsables mystérieux et tout-connaissants extrêmement exigeants. Le PDG de cette troupe d’administrateurs était surnommé Zeus. Sa stature imposante et musclée, près des deux mètres, large d’épaules, et son aura mystérieuse accentuée par ses yeux bleu électrique qui séduisit plus d’une femme, ses cheveux et sa barbe bruns que tous croyaient teints et ses prompts colères trop récurrentes lui valurent ce pseudonyme.


***


Un jour d’octobre 2008, au bureau du PDG de l’entreprise Olympe et Ciel.


Confortablement assis sur son fauteuil en cuir et or, consultant ses chiffres d’affaires sur l’ordinateur, Zeus entendit les voix des trois femmes qu’il surnommait affectueusement « Mes Mégères préférées ». Sa secrétaire en chef — et son épouse — Héra entra en trombe, suivie par l’assistante relation publique Aphrodite et la directrice de la compagnie privée de garde du corps qui assurait la sécurité Athéna. 


Selon les rumeurs, la secrétaire serait une vraie harpie, au caractère acariâtre qui ne manquait pas de rappeler à ses subordonnées l’importance du respect strict du délai, pas une seconde en retard n’était tolérée, sinon un renvoi était attendu dans la minute suivante. L’assistante relation publique serait parvenue à ce poste en partageant sa couche avec tous les « Olympiens », et non parce qu’elle aurait un talent particulier, au contraire. La clé de son succès était son charme féminin qu’elle n’hésitait jamais à utiliser à son avantage. Athéna, elle, serait une ancienne intellectuelle, détentrice d’un doctorat en Philosophie et en Psychologie qui serait engagée dans un groupe paramilitaire dans l’espoir de réaliser l’idéal marxiste du règne des prolétaires sur les capitalistes en plus d’un idéal philosophique inconnu, mais fut expulsée de l’unité en raison de son inflexibilité et de sa cruauté envers ses subordonnés. Elle revint ainsi à l’entreprise familiale et mena son petit groupe d’anciens soldats d’une main de fer dans une ambiance spartiate, évinçant Arès de son poste à la suite d’un scandale sur sa relation avec Aphrodite dans les journaux. 


L’épouse de Zeus, une élégante brunette en veston et jupe bleu marine et chemise blanche, fit cliqueter ses talons hauts dans la pièce silencieuse jusqu’alors. Elle s’écria, déformant ses traits délicats : 

— Encore cette assistante qui m’irrite ! Elle a triché avec Pâris, un point c’est tout ! Elle n’est pas la plus belle ! Alors pourquoi doit-elle me narguer ? Moi, l’épouse légitime du roi des dieux !

— Ah bon ! s’offusqua la voix aiguë d’Aphrodite en se dandinant avec grâce dans sa robe moulante, agitant sa chevelure flavescente d’un geste de la main pour la ramasser en une tresse. Je ne triche pas moi ! Suis-je fautif s’il est un bênet incapable de garder sa femme, la très belle Hélène ? Non !

Aphrodite s’arrêta devant le bureau de Zeus, ressemblant à un mannequin défilant sur une piste.

— D’ailleurs, Héra, reconnais que c’était une bonne idée de faire tomber Troie ? Ils étaient trop nombreux !

— Telle n’était pas la question, Aphrodite ! Cesse de détourner l’attention sur ce qui est secondaire ! Tu as dupé Pâris avec tes yeux bovins et tes battements excessifs de cils aussi longs que ceux d’une girafe, commenta Athéna. Alors qu’il était dans sa période de reproduction ! Il est comme une bête ! Loin de la saine raison et des réflexions stratégiques. Cela le paraît qu’il n’a pas lu L’Art de la guerre de Sun Tsu, un chef d’œuvre !

— Je préfère L’Art d’aimer, commenta Aphrodite en soupirant.

Athéna ajusta son complet vert olive en un geste rageur, éteignit la talkie-walkie qu’elle avait toujours accrochée à la ceinture à côté d’une arme à feu et s'approcha de Zeus, s’exclamant calmement :

— Zeus, reconnaissez qu’il faut bien en finir avec cette pomme de la Discorde ? Aphrodite a usé de méthode déloyale, jouant sur la faiblesse de Pâris. Son raisonnement et son intelligence n’étaient pas présents lors de sa décision, mais plutôt un instinct primaire, primitif, animalier. Ce qui annule son verdict.

— Il faut trouver un autre juge, renchérit Héra en fixant avec haine Aphrodite. Un homme plus rationnel qui a de l’expérience avec le travail social, la psychologie ou la philosophie. Un homme qui ne soit ni trop jeune, ni trop vieux.

— Pourquoi répéter l’Histoire alors que le résultat est déjà connu ? demanda Aphrodite en balayant du regard l’espace entre ses rivales.

— Non, tu as triché ! s’emporta Héra. Donc le verdict ne peut être valide !

— Et non seulement triché, renchérit Athéna en portant sa main sur son arme, mais tu as profité d’un moment de l'éclipse de la raison et de la logique !

— Vous racontez n’importe quoi ! s’offusque la plus belle des déesses en ajustant ses cheveux. Vous êtes rancunières, tout simplement !

Le dieu soupira, tenant sa tête entre ses mains, sentant venir une migraine. Les trois déesses se turent et l’observèrent avec crainte. Elles n’avaient pas oublié son explosion colérique la dernière fois : le toit de l’édifice n’existait plus, une pluie torrentielle battait le plein, les foudres frappaient partout. Le Déluge était presque de retour. Pour l’instant, seulement des petits éclairs traversèrent la salle, rendant l’air rempli d’ozone, mais personne ne savait avec certitude le moment où tout pouvait dégénérer.


Quelques minutes plus tard, lorsque les manifestations atmosphériques se calmèrent. Zeus inspira et expira plusieurs fois l’air, puis, réveillant la vieille machine qu’était l’ordinateur, affirma sévèrement :

— Vous trois me donnez mal à la tête avec vos disputes ! Je vais accéder à votre demande… Nous allons voir dans l’immense base de données du monde entier, que j’ai baptisé Vox Pop, celui qui correspond à votre demande.

Il entra dans son système et inscrivit les paramètres.

— Donc, vous dites un homme ?

— Oui, surtout pas une femme, l’une de ces créatures perfides et jalouses ! s’exclamèrent les trois femmes à l’unisson, ressemblant à un chœur de comédie antique.

— Quoi d’autre ? Ni trop jeune, ni trop vieux, soit entre 25 et 50 ans ?

— Non, entre 35 et 55 ans, précisa la déesse de la Sagesse, approuvée par les deux autres d’un geste de la main.

— D’accord !... Mais encore là trop de résultats ! Plus de mille résultats ! Vous voulez quelqu’un dans le domaine du travail social ? De la philosophie ? De la psychologie ? Ou les trois ?

Athéna et Héra approuvèrent d’un signe de tête. Zeus frappa puissamment contre le clavier qui manqua de peu de rendre l’âme sous les doigts rapides du dieu. Mais bien que le clavier gémissait, il n’osait pas lâcher, craignant une montée de la vapeur qui sortait presque des oreilles de l’immortel. Ce dernier reprit la parole une fois qu’il parcourut des pages et des pages.

— Si je cherche chacun des critères, des centaines, voire des milliers de résultats. Si je cherche les trois, aucun. Si je cherche la combinaison Philosophe et psy, alors il y a des milliards de résultats ! Par contre, travailleur social avec psy ou philo, aucun résultat !

— Aussi, renchérit Athéna en levant son index droit au plafond, non seulement ce doit être un homme qui juge, mais la partie la plus noble de son être, son âme ! C’est le corps qui pousse à l’envie sexuelle, pas l’âme ! L’esprit est pur et seul vrai juge ! Donc aucun homme dont l’âme soit unie au corps ne peut être valide pour nous juger.

— Pourquoi ? s’offusqua Aphrodite. Pourquoi pas un vivant, en chair et en os ?

— Parce que les fantômes sont moins enclins au bas plaisirs et penchants, répliqua Héra. L’homme est plus noble ainsi ! Et donc le meilleur à juger impartialement d’une déesse.

— Ouais, marmonna à contrecœur Aphrodite.

— Donc un mort ! ? Je dois fouiller dans les archives, alors, grommela le dieu. Ouvrons-les !

Zeus soupira et déplaça la souris pour ouvrir un autre logiciel baptisé « Vox Mort ».

— Sinon, je vais devoir déranger mon frère, Hadès, ou les Moires pour avoir toutes les données depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours !

Il effectua quelques recherches et murmura : 

— Trop de résultats et peu de conjonctions d’intérêts ! Parmi les psy, il y a Freud, Skinner et Piaget ! Parmi les philosophes, Sartre, Locke et Nietzsche.

— Mais ils sont tous morts à un âge avancé ! s’offusqua Héra.

Le dieu se frappa avec sa paume le front, laissant une marque rouge, et leva les yeux au plafond. Il rectifia sa recherche.

— Pour les philosophes, j’ai trouvé Antonio Gramsci, décédé à 46 ans. Pour les psy, il y a Lev Semionovitch Vygotski, mort à 37 ans. Lequel vous convient ?

— Aucun ! répondirent les trois à l’unisson. 

— De toute manière, ces deux-là se sont réincarnés… ajouta Athéna, puisque morts respectivement en 1937 et en 1934, soit il y a 71 et 74 ans plus tôt. Donc c'est un peu difficile de les retrouver maintenant ! Il faut quelqu’un de mort récemment !

Le dieu se gratta la barbe, mine pensive, avant de répondre :

— Bon point ! Alors je ne sais plus quoi faire ! Ni comment trouver une information si fine ! Cela dépasse les capacités de mon système !

Une lueur de désespoir traversa ses yeux.

— Je vais appeler les Moires ! Elles ont un accès instantané à toutes les données passées, présentes et futures. Leur logiciel est incroyablement futuriste !

Le dieu prit le téléphone qui reposait sagement à côté de l’ordinateur et composa le numéro des trois redoutables déesses du Destin qui vivaient en Antarctique. Personne ne répondit à l’autre bout du fil. Zeus tambourina nerveusement le bord de la table, ne pouvant endurer plus longtemps La Symphonie no 9 de Beethoven qui jouait en boucle.


Soudain, devant le quatuor, Atropos, Lachésis et Clotho se matérialisèrent. Trois élégantes femmes de même taille vêtues d’une longue robe beige jusqu’aux pieds s’avancèrent vers eux. Atropos affirma d’un ton arrogant : 

— Nous le savons ! Ma sœur a trouvé l’information ! 

Lachésis sortit un petit ordinateur portable, montra l’écran aux déesses et commenta : 

— Deux options se présentent à vous, soit vous attendez trente-sept ans, le temps qu'Aiden Clancy, le fils aîné de Jim et Mélinda, soit conçu et grandisse. Il est destiné à devenir psychologue, psychiatre, philosophe et travailleur social des vivants et des morts. Soit vous comparaissez dans exactement cinq minutes devant Élie James, âgé de trente-huit ans, qui vivra une expérience de mort imminente. Il détient un doctorat en philosophie et en psychologie avec de nombreuses années d’expériences en travail clinique. Qui choisissez-vous, mesdames ?

Héra, Athéna et Aphrodite s’entre observèrent, silencieuses. Zeus ordonna, tenant sa tête entre les mains : 

— Maintenant ! Plus tôt c’est réglé, mieux c’est ! Je n’ai pas envie d’avoir encore une trentaine d’années de migraines !

Les déesses rivales approuvèrent et les trois Moires souriaient en répondant à l’unisson : 

— Alors allez-y mesdames ! Devant l’une des portes secondaires de l’Université Rockland, à Grandview aux États-Unis d’Amérique !

Et les trois déesses du Destin quittèrent le bureau en un éclat de lumière dorée. Zeus appela Hermès, alluma la télévision géante qu’il utilisait pour les conférences de presse et brancha l’un des câbles sur l’ordinateur pour montrer toutes les informations connues sur Élie James. Athéna, Héra et Aphrodite lisaient attentivement. Le dieu messager entra prestement dans la salle, essoufflé, revenant d’un important pourparlers.

— Hermès, voilà Élie James, le nouveau Pâris ! Tu dois accompagner nos trois dames auprès de lui dans trois minutes.

— Il est un simple professeur dans une université locale aux États-Unis, sans caractéristique particulière ou extraordinaire, hormis d’être titulaire d’un doctorat en Philosophie et en Psychologie, commenta l’interpellé en plissant des yeux.

— Oui, mais il est considéré comme fiable !

— D’accord ! 

Il haussa les épaules et se tourna vers les prétendantes de la pomme d’or.

— Alors venez mesdames !

Il fit un signe des mains vers les déesses, puis s’inclina avant de murmurer :

— Et peu importe ce qu’il dira, je récompenserai bien le pauvre professeur en lui donnant un don particulier ! Pourquoi ne pas lui attribuer celui d’entendre les esprits errants ? Ainsi, j’aurai moins de travail en tant que passeur immortel des âmes dans l’au-delà !

— Encore deux minutes ! tonna Zeus. Faites vite !

Les quatre disparurent dans une lumière bleue claire pour arriver à leur destination.


***


À l’instant de la disparition des Moires, au bureau du professeur James à l’Université Rockland.

Élie interrompit sa discussion avec son ancienne patiente Fiona Raine et se leva de son fauteuil, sentant l’odeur du brûlé qui se répandait autour de lui. Son cœur battit la chamade, ses mains devinrent moites et ses yeux s’agrandirent d’effroi en constatant l’augmentation de la température ambiante et les flammes orangâtres qui se promenaient sauvagement dans le cadre de la porte. 

« Sauve qui peut ! » pensa-t-il. « Survivre ! »

Il hurla : 

— Fiona Raine, vite ! Il faut fuir !

Le feu se propageait dangereusement, ravageant tout sur son passage. Le professeur courut vers la porte, peu soucieux de brûler son complet noir au passage, suivi par la jeune femme. Il s’arrêta près des escaliers et balaya rapidement du regard l’endroit. Avant qu’il ne puisse faire un pas de plus, il tomba inconscient, suffoquant sous la fumée.


Quelques minutes plus tard, il ouvrit ses grands yeux marron pour constater une légèreté inhabituelle. Il balaya du regard son environnement pour constater qu’autour de son corps qui gisait non loin de lui, des ambulanciers essaient de le réanimer et qu’il était près de l’entrée à l’Est du bâtiment. Il constata une brillante lumière à sa droite qui l’attirait. 

— Je suis mort ! commenta-t-il, étonné. Wow ! Je n’aurai jamais cru que ce soit si merveilleux ! Ni si simple ! Je ne crains rien !

Il leva son index droit au ciel.

— Donc, l’âme existe !

Il fit quelques pas vers sa droite, bras ballants avant de les relever vers un point lumineux.

— Et cette luminosité là-bas, c‘est l’au-delà ! Je n’ai peur de rien ! Allons-y ! Peu importe ce qu’il peut y avoir de l’autre côté !

Il s’en approcha, ravi, lorsque une voix masculine forte lui ordonna : 

— Élie James, ne partez pas si tôt !

L’interpellé se retourna, les yeux encore plus grands que d’habitude, pour noter la présence d’un grand homme vêtu d’un jeans et d’une chemise blanche aux manches retroussées.

— Pourquoi ?

— Vous devez juger laquelle de ces trois femmes est la plus belle et lui remettre une pomme.

Il sortit une pomme Golden Delicious de sa poche pour la montrer au professeur.

— Puis, revenez dans votre corps ! Votre temps n’est pas encore venu ! Selon le choix effectué, vous aurez une récompense lors de votre retour parmi les vivants !

Hermès se déplaça derrière l’âme d’Élie et leva son caducée, donnant le signal aux déesses d’arriver. Élie scrutait attentivement les nouvelles venues, fronçant des sourcils, et pensa : « Une répétition du jugement de Pâris ? Est-ce que je hallucine ? »

Héra arriva la première, royale malgré son apparence de secrétaire, et affirma : 

— Si vous me choisissez, je vous offre une influence politique à l’échelle nationale de votre pays, ainsi qu’un heureux mariage et une descendance nombreuse.

Un chaleureux sourire se dessina sur l’austère visage de la déesse du mariage.

« Intéressante proposition, Héra ! Mais le pouvoir ne m’attire pas ! », pensa le mortel, mine pensive. « Mais écoutons ce que les autres femmes… ou plutôt déesses auront à dire ! »

— Quelle originalité ! murmura Hermès en tenant dans sa main droite la pomme d’or.


Puis Athéna apparut en face de l’âme du professeur. Son regard s’adoucit un peu, mais sa main tint encore plus puissamment son arme à feu qui d’un Manurhin F1 devint un kalachnikov AK 47. Elle affirma sévèrement :

— Pour ma part, petit, si tu me choisis, je te récompenserai en te donnant une immense sagesse et une victoire militaire, en plus d’un exemplaire de L’Art de la guerre de Sun Tsu.

Aphrodite et Héra levèrent les yeux au ciel et s’exclamèrent : 

— Quelle brillante idée !

« Bah ! Être plus sage, je ne vais pas dire non ! Mais la guerre, ce n’est pas mon affaire ! Je suis pacifiste et j’ai une horreur des armes et du sang ! » songea le professeur. « Avec son arme, Athéna est plutôt intimidante et peu sympathique ! Ce n’est pas ainsi qu’on gagne un concours loyalement. »


Et Aphrodite se manifesta devant lui, battant des cils excessivement et attirant son regard sur ses jambes sculptées dans le marbre qui semblaient encore plus longues dans la mini-jupe qu’elle portait. Elle minauda : 

— Si tu me choisis, mon cher Élie, je te donnerai la plus belle des femmes, Ksenia Vladimirovna Sukhinova, la Miss Monde de cette année.

« Intéressante suggestion, bien que j’ignore qui est cette femme. De toute manière, je préfère me marier avec ma chère amie d’enfance, Cassey Sullivan. » songea le professeur.

— Encore l’Histoire qui se répète ! s’offusquèrent Athéna et Héra en croisant leurs bras sur la poitrine.

— Ne soyez pas jalouses ! leur répliqua la déesse de l’Amour et de la Beauté en plaçant une main sur ses hanches. Reconnaissez plutôt que vous êtes des mauvaises perdantes. 

— Que nenni !

Athéna bondit vers Aphrodite, les cheveux encore plus emmêlés, lui donnant un air de Gorgone Méduse enragée. Elle leva son arme, son doigt sur la gâchette et son œil sur la lunette, vers sa rivale.

— Laissez Élie décider ! leur somma sévèrement Hermès. Et ne vous entretuez pas, mesdames !

Athéna se ravisa, baissa son kalachnikov, tira non loin de la déesse et revint à sa place. Tous se turent et observèrent leur nouveau juge comme des rapaces sa proie.

— Êtes-vous des déesses ? Le jugement de Pâris, version 2 ?

— Exactement !

— D’accord. Allons-y ! 

Il se tourna vers l’épouse de Zeus et affirma : 

— Héra aux bras blancs, puissante épouse de Zeus le tonnant, vous êtes une fort belle et magnifique femme, personne ne peut vous le contester. Par contre, le pouvoir ne m’intéresse pas. Un mariage heureux et une descendante me séduisent beaucoup plus comme récompense !

Il s’inclina respectueusement devant Athéna et murmura : 

— Pallas Athéna, fille vierge de Zeus aux yeux pers ! Vous êtes noble et ô combien intelligente et brillante ! Votre offre est intéressante…

Les yeux de la mentionnée scintillèrent de joie.

— … Qui ne voudrait plus de sagesse ? Mais une victoire militaire est un joli cadeau qui n’est pas adapté à ma condition. Pourquoi attaquer les autres peuples alors que nous pouvons vivre en paix ? Par ailleurs, j’ai déjà un exemplaire de L’Art de la guerre dans ma bibliothèque. Donc, ce livre que vous souhaitez me remettre en cadeau est fort agréable, mais avoir un doublon, ce n’est guère pertinent !

La mine de la déesse se rembrunit, incertaine du choix du mortel. Ce dernier fit un geste poli de la main vers la dernière déesse et affirma : 

— Aphrodite à la belle ceinture, fille d’Ouranos, née de l’écume, vous êtes indéniablement belle, Miss Beauté Univers de tous les temps ! Votre offre est très intéressante, mais j’ignore qui est cette femme ! Même sans cela, j’ai une amie d’enfance qui occupe une place particulière dans mon cœur ! Et je ne peux en aimer une autre. La plus belle femme n’est pas celle que tout le monde acclame, mais celle qui l’est pour mes yeux. Et par son regard, c’est son âme que je contemple ! Une beauté intérieure que moi seul remarque, ce qui me suffit amplement.

Hermès donna au professeur la pomme d’or et lui chuchota, fixant sa montre : 

— Maintenant faites votre choix rapidement ! Il vous reste peu de temps !

— Avez-vous un couteau ?

Le dieu fronça des sourcils et lui donna l’objet souhaité, le faisant apparaître en un claquement des doigts.

— Héra, Athéna et Aphrodite, vous êtes toutes les trois inégalables et belles ! Chacune reflétant une nécessité de la vie de l’homme, le pouvoir et la famille, l’intelligence et la sagesse, l’amour et la beauté. Je ne peux proclamer strictement l’une comme gagnante, mais toutes les trois. Autant la jeunesse, la maturité et la vieillesse sont des moments importants et inéluctables de la vie humaine, de la même manière vous trois, ô magnifiques déesses, accordez des bienfaits inestimables pour la vie humaine impossible à renier l’une que l’autre.

Il découpa le fruit en trois et donna aux femmes un morceau.


Les déesses souriaient et se métamorphosèrent dans leur beauté antique ; Héra dans sa gloire et grâce royale avec sa robe scintillante et son diadème auquel s’ajoutaient son fin voile ; Athéna avec son armure dorée, sa longue robe blanche jusqu’aux pieds et son terrifiant gorgonéion au centre de son bouclier de bronze et Aphrodite avec une robe aussi légère que celle des ballerines et un corps aussi gracieux que celui des mannequins avec un élégant voile sur la tête.


— Nous exauçons tes souhaits, Élie James, mortel très sage ! répondirent ensemble les déesses.

— Tu seras encore plus sage ! confirma Athéna en se transformant en une imposante chouette chevêche qui dégageait l’odeur de l’huile d’olive.

— Tu fonderas une famille avec la femme chère à ton cœur ! continua Héra en prenant l’apparence d’un aigle royal qui sentait un parfum de lys.

— Tu auras un succès incontestable auprès de Cassey Sullivan ! conclut Aphrodite en devenant une colombe qui diffusait un doux parfum de rose à son passage.


— Maintenant, reviens dans ton corps ! Tu dois encore vivre ! lui ordonna le dieu messager.

L’âme d’Élie approuva d’un signe de tête et réanima instantanément son corps.

— Et, je te donne ce don d’entendre les âmes errantes ! Tu les aideras !

Le dieu leva son caducée, frappa doucement l’épaule du professeur et s’envola pour rejoindre l'entreprise familiale.


***


Quelques heures plus tard, à l'Hôpital Mercy, à Grandview.

Élie ouvrit les yeux et observa son environnement. Il était dans un lit, l’odeur des désinfectants et des médicaments assaillit ses narines. Le moniteur émit un bruit à intervalles réguliers.

— Ai-je tout rêvé de ce jugement de trois déesses ? Est-ce un rêve ou une réalité parallèle ? Est-ce vrai que j’ai quitté mon corps ?

— Oui, Élie James, tout cela est vrai ! J’ai vu de loin ce qui s’était passé ! résonna la voix claire de Fiona à ses côtés.

Les yeux du professeur devinrent encore plus grands. Il tint convulsivement les draps, avant de bredouiller :

— Fiona, comment peux-tu être dans la même pièce ? Je ne te vois pas pourtant !

Il se redressa sur son lit et tourna la tête à droite et à gauche.

— Je ne suis plus… Comment dire… vivante… Je ne suis qu’un fantôme qui erre de part le monde…

— Alors le don de ce dieu est réel ! s’étonna le professeur.

— Mais, quoi d'autre ! commenta Fiona sur un ton sarcastique. Il est sérieux Hermès lorsqu’il donne un cadeau ! D’ailleurs, tu as un petit mot gentiment déposé sur ton lit.

Le professeur étira son bras pour ramasser un papier plié. Ce message disait : 

« Toutes nos félicitations, Professeur Élie James, PhD et PsyD, de l’Université Rockland, Grandview, É-U A, d’avoir réglé sagement un problème épineux ! Vous venez d’acquérir un Doctorat honoris causa de l’Université Nationale et Capodistrienne d’Athènes qui vous attendra sagement à votre venue dans le pays des dieux ainsi qu’une promotion au sein de l’entreprise Olympe et Ciel. Vos capacités de discernement et de jugement, ainsi que votre nouveau talent font de vous un excellent candidat au marketing ! Vous êtes convié à occuper ce poste pour lequel vous êtes plus que qualifié. Merci encore une fois de nous éviter maintes migraines. Le président directeur général de l’Olympie et Ciel, Z. Zeus »

— Donc tout cela est vrai !

— Oui, tout aussi réel que vous l’êtes maintenant !

— Je vais devoir commencer à comprendre cet étrange talent comme le qualifie le PDG de cette entreprise avant de faire quoi que ce soit d'autre !

Il ferma les yeux et s’endormit, ne remarquant pas qu’une petite brunette l'observait depuis la porte, nulle autre que Mélinda Gordon.


***


Plusieurs années plus tard.

Élie James tenait par la main sa future épouse, Casey Sullivan, qui croyait bien en son don hors de l’ordinaire. Le professeur était plus que euphorique en cette journée où il allait bientôt l’amener devant l’autel. Pour l'occasion, il avait invité son mentor dans la gestion de son nouveau don, Mélinda, et son mari.


***

À l’instant officiel du mariage du professeur, au bureau de Zeus.

Héra et Aphrodite bénirent les mariés, chacune croquant dans son tiers de la pomme d’or. Athéna mangea sa part avec un petit sourire au visage, ravie du juge et du résultat qui mit fin à une querelle millénaire.

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