LE TRIANGLE DE KONOHA (Kakashi x OC x OC)
Chapitre 150 : Rendez-vous arrangé
Les jours suivants défilent tranquillement.
Je reprends le travail et je passe la plupart de mon temps libre avec Rinko. Je passe aussi de longs moments chaque jour chez Hanako, à m’occuper de Dragon comme s’il était mon chat, à arroser ses plantes et à nettoyer régulièrement. C’est lorsque je me permets de laver ses draps que j’estime que je vais trop loin mais le temps est long sans elle et je me justifie en me disant que j’y ai dormi tant de fois qu’elle ne verra pas le mal.
J’évince Shisui de mon esprit, je ne le croise d’ailleurs même pas, ce qui est carrément préférable puisque je ne saurais pas comment me comporter avec lui si Hanako n’est pas dans le secteur pour temporiser la chose.
En tout cas, le vendredi soir, je marche en direction de chez Ichiraku pour mon deuxième restaurant avec l’équipe sept cette semaine et je réalise qu’il est temps que je leur parle d’Hanako. Elle est censée rentrer dimanche soir, je n’ai donc plus beaucoup de temps pour tenir ma promesse et leur avouer que je suis fou d’elle.
Lorsque je tourne au coin de la rue, je suis étonné de constater que Naruto est devant avec une femme. Je ralentis l’allure, espérant qu’elle s’en aille avant que je n’arrive mais ils discutent avec entrain alors je n’ai pas trop le choix que de les rejoindre. Elle a de longs cheveux blonds qu’elle porte en queue de cheval haute, des yeux en amande noirs et son nez est constellé de taches de rousseur discrètes. Je suis à peu près sûr de ne jamais l’avoir croisé de ma vie, ce qui est étonnant puisqu’elle fait mon âge d’apparence. Curieusement, je trouve qu’elle a l’air plutôt sympa alors je tâche de ne pas afficher ma tête la plus froide en débarquant.
- Kakashi senseï ! m’accueille Naruto avec un grand sourire.
- Bonjour ! lance la femme avec bonne humeur.
- Bonjour… ? réponds-je d’une voix interrogative.
- Je m’appelle Nakama, précise-t-elle en me tendant la main.
Je la serre sans trop comprendre, elle me dévisage avec un visage ouvert et souriant mais je ne comprends pas ce qu’elle fait là.
- Kakashi, annonce-je.
- Je sais ! J’ai beaucoup entendu parler de toi ! répond-elle avec énergie.
J’ouvre des yeux ronds. Je n’ai pas l’habitude qu’on me tutoie de prime abord et encore moins qu’on me sorte des choses pareilles mais Naruto s’explique enfin :
- Nakama est en séjour à Konoha pour un mois ou deux, elle vient de Suna mais effectue un stage à l’hôpital pour échanger des techniques de soin avec nous ! Je me suis porté volontaire pour être son référent à Konoha.
Voilà qui répond à mes questions silencieuses, je comprends mieux et je ne suis surtout pas étonné que Naruto se soit porté volontaire. Heureusement qu’il y a des gens comme lui, si tous les ninjas de Konoha étaient comme moi, nous n’aurions pas beaucoup d’alliés comme me l’avait justement souligné Hanako.
Naruto s’enfile chez Ichiraku et je suis un peu surpris de constater que Nakama le suit en me lançant un sourire. Ça n’arrange pas vraiment mes affaires et je commence à paniquer, je me vois mal avouer mes sentiments pour Hanako à mes élèves devant une femme que je ne connais pas… or le temps presse et je me flagelle de ne pas leur avoir dit il y a quelques jours. Voilà qui me remet les idées en place, qui me met face à ma procrastination avec violence. Il est inenvisageable qu’Hanako rentre de Shimo sans que j’aie réussi à faire ce que je lui ai promis. Pour l’instant, zéro pointé Kakashi.
Nous nous installons à table et Nakama se glisse en face de moi :
- Alors tu travailles dans les renseignements ? demande-t-elle.
- C’est exact.
Elle hoche la tête en maintenant un sourire poli sur ses lèvres et Naruto me lance un regard presque réprobateur :
- Kakashi senseï est l’un des meilleurs jônin de Konoha, il est le second de notre Hokage, le plus jeune commandant de l’histoire du village ! me vante-t-il.
J’hausse un sourcil en me demandant un peu à quoi il joue, et Nakama enchaine :
- Ça alors, c’est impressionnant Kakashi ! Voilà un joli C.V, commente-t-elle en me faisant un clin d’œil.
Je souris poliment avant de me rendre compte qu’elle ne peut pas le deviner sous mon masque, alors je me racle la gorge pour cacher mon malaise :
- Les deux autres sont en retard, commente-je évasivement.
- Oh ils ne viendront pas, précise Naruto. J’ai annulé notre vendredi soir.
- Quoi ? Mais pourquoi ?! m’étonne-je.
- Je ne sais pas, je me suis dit que ce serait plus intime sans eux, répond-il.
- Plus intime… ? demande-je avec un air ahuri.
- Pour qu’on discute plus facilement, précise Nakama.
- Euh… d’accord, articule-je lentement.
J’interroge Naruto du regard, je commence à me demander sincèrement ce qu’il se trame, je ne comprends rien et il se trémousse sur sa chaise :
- J’ai dit à Nakama que vous pourriez peut-être lui présenter des amis à vous, elle a à peu près votre âge alors autant vous dire que je ne suis pas un référent extraordinaire pour elle…
- Ah ! m’exclame-je avec soulagement en lançant un regard à cette dernière.
- Il voulait que tu me files les bons plans pour sortir à Konoha, plaisante-t-elle.
- Oula ! m’amuse-je. Navré de te décevoir Nakama mais je ne risque pas d’être l’homme de la situation sur ce coup, je n’ai pratiquement pas d’amis et je ne sors jamais.
- Ne vous dénigrez pas comme ça Kakashi senseï ! Vous avez des tas d’amis ! Et vous sortez souvent ! s’écrie Naruto.
- Je te demande pardon ? Tu es sûr de parler de moi ? demande-je.
Nakama éclate de rire :
- Ton senseï m’a l’air plus sauvage que ce que tu m’en avais dit !
- J’aime ma tranquillité, me renfrogne-je.
- Pas moi, répond-elle en riant toujours. Je ne dirais pas que je suis une grosse fêtarde mais disons que j’aime m’amuser !
- D’accord… on commande ? propose-je pour changer de sujet.
Naruto saute sur ses pieds :
- Allez commander, je vais vous laisser, Sakura et Sasuke m’attendent chez lui, lâche-t-il alors.
Je tourne lentement la tête vers Naruto, avec l’impression de sortir de mon corps. Est-il réellement en train de me larguer ici avec une femme que je connais à peine alors que c’est lui-même qui l’a emmené ?!
Il sautille d’une jambe sur l’autre, visiblement mal à l’aise et je comprends que oui, c’est exactement ce qu’il compte faire. Je ne comprends pas ce qui lui est passé par la tête, c’est lunaire, je n’arrive même pas à réaliser ce qu’il est en train de se passer alors qu’il file sans me lancer un regard, prenant très clairement ses jambes à son cou.
Nakama est plongée dans la carte des menus, elle n’a pas l’air de trouver ça bizarre alors que je suis à deux doigts de me sauver en courant moi aussi. Je cherche frénétiquement une excuse pour me sauver d’ici lorsqu’elle relève ses yeux sombres sur moi :
- Tu ne parles pas beaucoup hein ? demande-t-elle gentiment.
- Euh… non, réponds-je avec honnêteté.
- Il faut te détendre Kakashi, je ne vais pas te manger ! s’exclame-t-elle en riant.
J’hausse encore les sourcils, je ne sais pas quoi répondre à ça mais elle enchaine :
- Je vais tenter les ramen au bœuf je crois… Tu t’es décidé ?
- Euh…
Je baisse machinalement le nez sur la carte que je connais pourtant par cœur, me creusant toujours la tête pour me sauver sans la froisser.
- Bon alors, qu’est-ce que tu aimes faire pour t’amuser ? continue-t-elle.
- M’amuser… ? bafouille-je.
- Oui, tu me dis que tu n’aimes pas sortir, alors comment occupes-tu ton temps libre ? insiste-t-elle.
- Je lis.
Elle hoche la tête en replongeant le nez dans sa foutue carte et j’aimerais mourir foudroyé sur place. Elle n’a même pas l’air méchante en plus, il y a même quelque chose que je sens bien chez elle, ce qui est rarissime mais qui me dessert carrément puisque je peine à la planter là sans trouver une excuse acceptable.
Elle me surprend alors en claquant la carte sèchement avant de planter ses yeux francs dans les miens :
- Bon écoute Kakashi, j’essayais de la jouer un peu mystérieuse et polie mais ce n’est clairement pas mon style. Je suis plutôt franche et rentre-dedans alors je vais y aller franchement : Il y a quelque chose qui ne te plait pas ?
Je recule dans mon dossier, abasourdi par ce qu’il est en train de se passer, mais son « rentre-dedans » me permet enfin de reprendre du poil de la bête et je me sens beaucoup moins mal à l’aise. Ses yeux sont interrogateurs mais son visage assuré, elle n’a pas l’air d’être du genre à se vexer facilement ni à tergiverser. Il y a décidément quelque chose que j’aime bien chez elle.
- Quelque chose qui ne me plait pas ? Mais enfin à quel niveau ?! On ne se connait même pas, c’est une drôle de situation quand même ! m’exclame-je donc d’un ton hérissé.
- Ah ! Tu te secoues enfin ! Naruto aurait pu me prévenir qu’il fallait te foutre un coup de pied au cul pour que tu réagisses ! répond-elle.
Je suis tellement surpris par sa réponse que j’éclate de rire et elle rit avec moi. Nos yeux se croisent alors que nous rions et c’est étrange, j’ai l’impression que je connecte avec elle, ça m’est rarement arrivé dans ma vie, trois fois si mes calculs sont bons.
- Mais je ne te permets pas ! m’exclame-je en essayant de calmer mon rire.
- Olala, mais t’inquiètes pas Kakashi, je me permets toute seule ! réplique-t-elle en se marrant toujours.
Mais qu’est-ce donc que cette drôle de fille ?
Elle me lance un regard rieur avant de reprendre :
- Bon, maintenant que la glace est brisée, tu vas peut-être enfin m’en dire un peu plus sur toi ? demande-t-elle.
- T’en dire plus sur moi ? Mais je ne sais pas quoi te dire…, réponds-je.
- Tu aimes lire, qu’est-ce que tu lis ?
Je rougis légèrement lorsque l’image de mon livre préféré s’impose à moi et elle soupire face à mon mutisme :
- Ecoute, je vais être honnête avec toi, je ne pense pas que ça puisse le faire nous deux. Tu es vraiment trop réservé.
- Euh… d’accord c’est noté, réponds-je.
- Ça va ? Je ne te vexe pas trop ? demande-t-elle en grimaçant.
- Pas du tout…
Elle tape la table en affichant un air soulagé au possible et elle m’arrache encore un rire avec son naturel désarmant.
- Wouah tant mieux ! Au moins tu n’es pas susceptible, je me serais mal vu passer tout le repas sans être honnête ! s’exclame-t-elle.
- Oui, ça n’a pas l’air d’être ton genre de ne pas dire ce que tu penses, ricane-je.
- Je ne te le fais pas dire, bon sang, quel enfer ! On t’a déjà dit que tu ressemblais à un ours mal léché ? Non parce que si tu veux un retour honnête, tu peux compter sur moi ! On pourrait s’épargner les politesses et se dire franchement nos défauts, histoire qu’on soit mieux préparé à l’avenir, lâche-t-elle.
Cette fille est sonnée, je ne comprends rien à ce qu’elle raconte.
- Quoi ?! m’exclame-je en riant un peu.
Elle penche alors la tête sur le côté en me regardant pensivement une minute.
- Qu’est-ce que tu imagines que nous faisons là ? demande-t-elle finalement.
- Mais je n’en sais rien, je devais manger avec mes anciens élèves, je ne comprends pas pourquoi Naruto s’est sauvé comme ça…
- Je vois. Donc tu ne savais même pas que je serais là ? demande-t-elle.
- Non… j’aurais dû ? demande-je en fronçant les sourcils.
Elle fixe la table avec un petit rire jaune avant de relever son regard sur moi :
- D’accord, je comprends mieux d’un coup. Naruto nous a arrangé un rendez-vous, ça fait quelques jours qu’il me parle de toi. Il était convenu qu’il nous présente puis nous laisse en tête à tête. Je ne voulais pas particulièrement, mais il avait l’air tellement heureux que je n’ai pas pu lui dire non…
J’en lâche la carte de menu en ouvrant des yeux exorbités :
- Je ne suis pas libre, réplique-je vivement.
- De mieux en mieux !
- Vraiment, je ne sais pas ce qui est passé par la tête de Naruto je… je ne cherche absolument pas à rencontrer quelqu’un, je suis… je ne sais même pas quoi te dire, m’affole-je.
- Panique pas Kakashi ! Ça arrive de merder, même si je dois bien admettre qu’il faut vraiment être zinzin pour arranger un rendez-vous à quelqu’un en couple ! dit-elle en riant.
- Je ne suis pas vraiment en couple, c’est plus compliqué que ça mais ça ne m’empêchera pas d’arracher la tête de Naruto, réplique-je.
- Pas en couple ? Une histoire croustillante à partager peut-être ? pouffe-t-elle.
Elle rit un peu plus face à ma tête défaite et mon mutisme, puis elle se lève :
- Bon, ça ne sert à rien de rester plantés là Kakashi. A moins que tu aies subitement une envie folle de me connaitre…, ricane-t-elle.
Je me lève automatiquement et nous sortons dans la rue où elle me lance un regard gentil :
- Bon, et bien sur ce début de soirée gênant, je te souhaite une belle fin de soirée quand même ! claironne-t-elle.
Ça me fait drôle de la laisser là-dessus, je ne sais pas pourquoi mais ça m’embête presque, j’ai l’impression que j’aime bien cette fille dans le fond et je ne peux pas m’empêcher d’ajouter quelque chose :
- Je suis encore désolé pour la perte de temps, mais si tu voulais rencontrer quelqu’un pour les « bon plans » du village, j’ai un ami qui ferait largement plus l’affaire que moi.
- C’est gentil Kakashi mais je suis une grande fille, je me débrouillerai ! Et s’il est aussi guindé que toi, je passe ! pouffe-t-elle.
- Je crois que l’adjectif « guindé » est l’opposé même de ce qui le définit le mieux, précise-je.
- Impossible qu’il soit ton ami alors ! me taquine-t-elle.
- Va te faire voir ! m’amuse-je.
Elle éclate de son rire franc en s’éloignant dans la rue et je souris. Elle est comme Rinko, elle me bouge les fesses sans m’agacer et je suis sûr que nous aurions pu être amis dans d’autres circonstances.