Chapitre répondant au Défi Nocteller : "Dispute avec ton ennemi.e" par Agathe_JF
(Les mots que je n’ai jamais pu dire)
Le premier coup m’envoya contre la pierre.
La roche de cet espace dimensionnel, un vide stérile aux teintes violacées, encombré de monolithes cubiques suspendus dans le néant, était glaciale. Je sentis le choc avant la douleur. Elle vint une seconde plus tard, profonde, brutale, remontant le long de ma colonne jusqu’à ma nuque. L’air quitta mes poumons dans un sifflement rauque. Ma main chercha instinctivement le sol de roche grise tandis que je retombais sur un genou, le tissu sombre de mon uniforme jonin déchiré à l'épaule.
Quelques gouttes rouges éclaboussèrent la poussière blanchâtre qui tapissait le sol. Je les regardai. C’était plus facile que de le regarder, lui.
Pendant des années, j’avais imaginé Obito sous un rocher de la falaise de Kusa. Pas son corps. Jamais son corps broyé. Seulement une main tendue vers moi, un sourire trop grand illuminant ses joues tachées de camouflage, et ces lunettes orange ridicules dont je me souvenais avec une précision que je détestais. J’avais enterré un garçon sans cadavre. J’avais parlé à son nom gravé dans la stèle de granit du Mémorial. J’étais arrivé en retard à chaque rendez-vous parce que je passais mes matinées prostré devant ce nom.
Maintenant, ce mort respirait devant moi.
Je relevai la tête. La lumière blafarde du Kamui éclairait son visage. Ce n'était plus un enfant, mais un homme aux traits durs, la moitié droite du visage ravagée par un réseau de cicatrices pâles et crevassées, souvenirs indélébiles du cataclysme d'autrefois. Son ample manteau noir brodé de nuages rouges flottait légèrement dans l'air immobile de cette prison de pierre.
Je cherchais encore l'enfant dedans. C'était peut-être cela, le plus insupportable.
Obito attaqua de nouveau. Cette fois, j'esquivai. Mon corps savait quoi faire. Il avait été forgé par la guerre. Un pas sur le côté, le bras remonté, le kunai d'acier sombre sorti du fourreau dans un déclic métallique avant même que ma pensée ait rattrapé le mouvement.
Nos lames se heurtèrent dans une étincelle courte. Le bruit du métal me traversa. Son visage se retrouva tout près du mien. Je pouvais sentir son souffle chaud, irrégulier, et percevoir la haine pure qui contractait ses mâchoires. Son œil rencontra le mien.
Non. Le sien rencontra le sien.
Deux billes écarlates ornées du même motif complexe à trois branches oscillent l'une contre l'autre. Cette pensée me fit hésiter. Une fraction de seconde. Assez.
Son poing ganté de noir s'enfonça dans mon ventre. Je reculai en suffoquant, mes bottes crissant sur la roche plate. La douleur était presque bienvenue. Elle avait quelque chose de simple. Un coup faisait mal. Une côte pouvait casser. Une plaie pouvait saigner. Il suffisait de serrer les dents. J'avais appris cela très jeune, dans l'ombre du croc blanc de Konoha. Mais, personne ne m'avait jamais appris quoi faire lorsqu'un fantôme revenait vous demander des comptes.
Alors, je frappai. Une fois. Il para du bras. Deux fois. Il esquiva par une rotation du buste. À la troisième, mes phalanges rencontrèrent sa joue gauche, la chair saine. Je sentis sa peau sous mes doigts. Chaude. Vivante.
Je retirai ma main comme si je venais de toucher un brasier.
Vivante. Obito avait été vivant. Toutes ces années. Le Mémorial. Les lys blancs déposés sous la pluie. Les conversations murmurées devant une pierre froide alors que le village s'éveillait à peine. Les anniversaires que je n'avais jamais cessé de compter en silence. Toutes ces fois où j'avais fermé mon œil droit et posé deux doigts sur le tissu de mon bandeau, comme si ce simple geste sur le Sharingan pouvait me rapprocher de lui.
Il avait été vivant. Quelque chose monta dans ma poitrine. Pas exactement de la colère. La colère était insuffisante pour contenir ce gouffre.
Je me jetai sur lui. Nos corps se percutèrent. Cette fois, je ne cherchai plus à combattre comme le Ninja Copieur méthodique. Mon épaule heurta la sienne. Son coude frappa ma mâchoire avec un bruit sourd. Je saisis l'étoffe de son col, il attrapa mon poignet avec une force surhumaine, nous tombâmes et roulâmes dans la poussière grise comme deux gamins de l'Académie incapables de savoir lequel avait commencé.
Sauf que nous n'étions plus des enfants. C'était bien là tout le problème.
Lorsque nous avions douze ans, je trouvais Obito insupportable. Trop bruyant dans sa tenue bleue à col montant. Trop sentimental. Toujours en retard sous prétexte d'aider une grand-mère. Toujours prêt à abandonner une mission majeure pour quelqu'un qu'il connaissait à peine. Moi, je connaissais le code shinobi sur le bout des doigts. Lui connaissait le cœur des personnes. J'avais mis trop longtemps à comprendre lequel de nous deux avait raison. Lorsqu'enfin je l'avais compris, dans la pénombre de cette grotte qui s'effondrait, il était mort. Du moins, je l'avais cru.
Obito me renversa, prenant le dessus. Son avant-bras couvert de bandages s'écrasa contre ma gorge, me clouant au sol. Je sentis progressivement l'air me manquer, la vue se bordant de noir. Son visage au-dessus du mien, encadré par des cheveux noirs coupés court et hérissés, se brouilla légèrement.
« Tu m'avais promis de la protéger. »
Sa voix était grave, cassée par la rancœur. Tout s'arrêta. Le silence du Kamui devint suffocant. Il n'avait pas besoin de prononcer son nom.
Rin était partout. Dans l'air vicié. Dans ma main droite qui conservait la mémoire de l'électricité. Dans mon œil gauche. Dans le sang au goût de fer que je pouvais encore sentir au fond de ma gorge certains soirs d'orage, alors que des années s'étaient écoulées.
Mon bras droit devint soudain lourd. Beaucoup trop lourd. Je revis un éclair bleu aveuglant, le crépitement sourd du Chidori. Un sourire triste et résigné sur des lèvres tachées de sang. Puis cette résistance atroce, inoubliable, lorsque ma main avait traversé sa poitrine, touchant quelque chose qu'elle n'aurait jamais dû toucher.
Je n'entendis plus Obito. Je n'entendis plus la guerre qui faisait rage dehors. Seulement le bruit de ma propre respiration. Cette vieille question qui m'érodait l'âme : pourquoi moi ? Pourquoi étais-je toujours celui qui restait ?
Mon père, Sakumo. Obito. Rin. Minato. Chaque fois, quelqu'un disparaissait dans l'abîme et je demeurais là, debout au milieu des absents, les mains vides, avec une nouvelle tombe à visiter au petit matin.
S'il y avait bien une chose sur laquelle il se trompait lourdement, c'était ça. Cette promesse, je ne l'avais jamais enfouie. Elle me hantait chaque nuit, gravée au fer rouge dans ma mémoire. J'aurais vendu mon âme au diable pour réussir à l'effacer.
Mes doigts se refermèrent brusquement autour de son poignet. Dans un sursaut d'énergie désespéré, je frappai. Je ne sus même pas où. Je sentis simplement son poids quitter mon corps. Je roulai sur le côté, inspirai violemment l'air sec du vide, et me relevai. Mes jambes tremblaient sous le poids de la fatigue et de la culpabilité. Je détestai qu'il puisse le voir. Je détestai davantage encore qu'il sache exactement pourquoi.
« Je sais. »
Deux mots. Ma voix raillée les supporta à peine. Obito se figea, à trois pas de moi. Je baissai les yeux vers ma main droite. Elle tremblait de façon incontrôlable. Alors, je la refermai en un poing serré. Je n'avais jamais eu besoin de lui pour me rappeler ce que j'avais fait ce jour-là sous la pluie. Je n'avais jamais eu besoin de personne. J'étais devenu particulièrement doué pour me condamner tout seul.
Longtemps, j'avais pensé que survivre signifiait avancer. J'avais accepté des missions suicide. J'étais entré dans le masque de porcelaine de l'ANBU. J'avais tué sans hésiter. J’avais obéi. J'avais enseigné à la nouvelle génération. J'avais même appris à plisser mon œil unique pour sourire suffisamment sous mon masque afin que les autres cessent de demander si tout allait bien.
Mais, certaines parties de moi étaient restées agenouillées dans cette forêt du Pays de l'Eau. D'autres pourrissaient devant le Mémorial. Une autre encore avait douze ans et regardait, liquéfiée de terreur, un garçon mourir écrasé sous des tonnes de roche.
Je levai enfin les yeux vers Obito. Il attendait probablement que je me défende. Que je lui explique la stratégie des ninjas de Kiri, le djinjuuriki forcé, le sacrifice choisi de Rin. Que je cherche une excuse. Je n'en avais aucune. Rin était morte par ma main. Cette vérité m'appartenait.
Mais, ce qu'il avait fait de sa douleur lui appartenait à lui.
Alors je regardai autour de nous, matérialisant en pensée ce qui se déroulait hors de cette dimension. La Quatrième Grande Guerre Shinobi. Les milliers de morts. Naruto avait grandi ostracisé, sans jamais connaître la chaleur de ses parents. Minato, dont je n'avais même pas pu sauver le fils unique de la solitude. Toutes ces vies fracassées parce qu'un garçon brisé avait souffert au point de décider que le monde entier devait sombrer dans l'illusion pour étancher son propre chagrin.
Soudain, au milieu de la roche grise et froide, je compris pourquoi j'étais en colère. Pas parce qu'Obito était devenu le leader de l'Akatsuki. Pas parce qu'il était mon ennemi. Parce qu'il avait trahi celui qu'il avait été.
Je me souvenais d'un garçon au cœur tendre qui s'arrêtait pour aider une vieille femme à porter ses sacs. D'un imbécile au grand cœur qui pleurait facilement derrière ses lunettes orange. D'un ninja médiocre mais obstiné qui voulait imprimer son visage sur la montagne des Hokage. De celui qui m'avait enseigné la plus importante leçon de ma vie : ceux qui abandonnent leurs camarades sont pires que des racailles.
Cet Obito-là aurait détesté l'homme sombre et sans pitié debout devant moi.
Mon poing partit avant que je puisse y réfléchir. Il atteignit son visage. Obito chancela sous l'impact. Je frappai encore, guidé par une rage pure et triste. Pas pour Rin. Pas pour moi. Pour tous ceux qu'il avait transformés en dommages collatéraux de son deuil personnel.
Il riposta. Sa main droite, celle faite de cellules de Hashirama, heurta mes côtes. Quelque chose craqua nettement sous ma veste. Je continuai. Chaque coup échangé faisait remonter un souvenir, net. Une équipe de trois enfants sous le soleil de Konoha. Un maître aux cheveux jaunes éclatants. Une photographie cornée au cadre de bois. Rin au milieu, souriante. Obito, qui boudait en détournant la tête, était l'un des quatre sur cette photo. Moi qui regardais ailleurs, les bras croisés.
Nous étions quatre sur cette photo. J'étais le seul à être resté dans la lumière du monde réel.
Cette pensée me coupa le souffle davantage que son prochain coup au foie. Je tombai à genoux, le menton sanglant. Obito resta debout devant moi, la poitrine soulevée par une respiration rauque. Essoufflé. Blessé. Les épaules cassées par l'effort.
Pendant quelques secondes, aucun de nous ne bougea. Puis mon regard remonta lentement le long de son manteau déchiré jusqu'à son œil unique.
« Rin aurait eu honte. »
Je le vis. Le coup psychologique que je venais de porter ne laissa aucune marque sur sa chair. Pourtant, Obito recula d'un demi-pas. Son œil noir s'écarquilla légèrement, la pupille rétrécie. Je regrettai immédiatement mes mots. Pas parce que c'était faux. Parce que j'avais voulu lui faire mal. Délibérément. J'avais repéré l'endroit le plus fragile de son âme dévastée et j'y avais enfoncé mon kunai mental.
À la guerre comme à la guerre. Voilà ce qu'on disait dans les manuels d'art militaire. Mais, certaines victoires verbales avaient un goût de cendre froide.
Obito fonça sur moi, le visage tordu par une fureur monstrueuse. Je ne tentai même pas de l'éviter. Son poing lourd heurta ma pommette. Puis un autre s'écrasa sur ma mâchoire. Je tombai à plat ventre dans la poussière. Il m'attrapa par le col de mon uniforme et me releva à hauteur de ses yeux. Sa respiration tremblait violemment. Je connaissais ce tremblement des lèvres. J'avais le même chaque fois que le nom de nos morts refaisait surface.
« Ne prononce pas son nom », cracha-t-il, la voix menaçante mais fêlée.
Je regardai son visage de près. Et sous la chair striée de cicatrices, sous la noirceur de Madara, sous la haine de la terre entière, sous les cadavres empilés et les mensonges du Mugen Tsukuyomi... je le vis enfin. Le garçon. Il était là. Enfoui, mais vibrant encore.
Cela me fit infiniment plus mal que si je n'avais retrouvé qu'un monstre vide. Parce que cela signifiait qu'Obito n'avait pas totalement disparu. Il avait simplement choisi de s'enterrer vivant sous son ressentiment.
Je pensai à Rin. À la douceur de sa voix lorsqu'elle nous regardait nous disputer pour un rien. À Minato et à son sourire confiant. À cette équipe que j'avais cru éternelle parce que j'étais encore assez jeune et stupide pour penser que la jeunesse ne finissait jamais.
Ma colère s'effondra d'un coup, ne laissant qu'un terrain vague. Il ne resta que la fatigue. Une fatigue immense, lourde de deux décennies de deuil porté en solitaire.
« Tu étais mon ami. »
Les mots sortirent dans un murmure, presque sans voix. La main d'Obito qui tenait mon col se crispa à en déchirer le tissu. Je continuai pourtant, le regard fixe.
« Mon rival. »
Ma gorge se serra brutalement. Il y avait tellement d'autres mots qui se bousculaient derrière mes dents. Frère. Camarade. Modèle. Regret. Fantôme. Je n'arrivai pas à les prononcer sans m'effondrer. Alors, je fis ce que j'avais toujours fait depuis la mort de mon père : je les gardai verrouillés en moi.
Mais, Obito me connaissait autrefois mieux que quiconque. Peut-être les entendit-il vibrer dans le silence.
Je portai lentement ma main gauche à mon bandeau bleu de Konoha. Mes doigts ensanglantés hésitèrent sur le métal rayé. Puis je le relevai doucement sur mon front. Le Sharingan apparut, sa lueur rouge perçant l'ombre. Pendant des années, j'avais cru que cet œil greffé était tout ce qu'il me restait de lui. Je l'avais protégé de ma propre vie. Utilisé jusqu'à l'épuisement. Détesté parfois pour la douleur qu'il m'infligeait. Chéri davantage que je ne l'aurais jamais admis devant quiconque.
Obito fixa la pupille rouge qui reflétait la sienne. Je vis une ombre d'hésitation glisser dans son regard sombre. Je ne cherchai pas à analyser ce que c'était. Je n'en avais plus la force.
« J'ai essayé de devenir quelqu'un dont tu aurais été fier », murmurai-je.
Ma voix se brisa net sur la dernière syllabe. Ce fut presque imperceptible pour toute autre oreille, mais pas pour lui. Presque. Mais, cette fois, terrassé par la fatigue, je ne tentai pas de le cacher sous mon masque d'impassibilité.
« Et toi… »
Je dus m'arrêter. La poitrine me brûlait. Parce que cette phrase-là faisait trop mal. Obito ne bougeait plus, sa main toujours agrippée à mon col, figé. Je regardai l'homme brisé qu'il était devenu. Puis le garçon rêveur que je continuais malgré moi à chercher derrière ses cicatrices.
« Qu'est-ce que tu as fait ? »
Ce n'était pas une accusation lancée avec hargne. C'était pire. Une question. Une véritable question posée depuis le fond de mon âme épuisée.
Qu'est-ce que tu as fait de toi ? Qu'est-ce que tu as fait de nous ? Qu'est-ce que tu as fait du garçon courageux qui voulait devenir Hokage pour protéger le village ? Pourquoi m'as-tu laissé pleurer pendant dix-sept ans quelqu'un qui respirait encore ? Pourquoi m'as-tu laissé porter ton souvenir comme une croix pendant que tu détruisais dans l'ombre tout ce pour quoi tu étais mort sur le pont de Kannabi ? Pourquoi es-tu revenu comme ça ?
Je ne prononçai rien de tout cela. Mes lèvres restèrent scellées. Je n'en eus pas besoin. Le silence lourd et glacial du Kamui le fit à ma place.
Obito lâcha lentement mon col et détourna les yeux vers le sol de pierre. Ce simple mouvement d'évitement me détruisit plus sûrement qu'un coup de poing. Parce que pendant une fraction de seconde, ce ne fut plus le chef d'orchestre de la guerre qui se tenait devant moi. C'était le gosse de douze ans, incapable de me regarder en face lorsqu'il savait, au fond de lui, avoir eu tort.
Mes doigts engourdis se desserrèrent. Mon kunai glissa et tomba. Le métal tinta brusquement contre le sol. Je baissai les yeux vers lui. J'aurais pu le ramasser d'un geste. Continuer le combat. Le tuer pour sauver l'Alliance Shinobi. Peut-être était-ce même ce que le jōnin de Konoha était censé faire. Un ninja accomplit sa mission sans faillir. Un ninja ne laisse jamais ses sentiments interférer avec le devoir.
Mon père était mort, stigmatisé pour avoir enfreint la philosophie du ninja. Obito m'avait appris, sous les décombres, à la rejeter pour toujours. L'ironie tragique de la situation me donna presque envie de rire d'un rire jaune. Presque.
Je relevai les yeux vers lui, apaisé par une triste certitude.
« Je n'y arrive pas. »
Obito fronça les sourcils, surpris. Je regardai une dernière fois son Sharingan droit, puis je fermai mon œil gauche.
« Je n'arrive toujours pas à te considérer comme un ennemi. »
Et voilà. Après toutes ces années de rigueur et de sang, c'était peut-être ma plus grande faiblesse en tant que shinobi. Ou la toute dernière chose profondément humaine qu'il me restait après tant de pertes.
Je rabaissai lentement mon bandeau sur mon œil gauche, replongeant le Sharingan dans l'obscurité. Puis je lui tournai le dos.
Chaque instinct de shinobi gravé dans ma chair depuis l'enfance me criait de ne jamais offrir ainsi mon dos découvert à un adversaire de ce niveau. Mais, Obito n'avait jamais été seulement un adversaire.
Je fis un pas sur le sol poussiéreux. Puis un autre, le corps perclus de douleurs.
Il ne m'attaqua pas dans le dos. Il ne bougea pas.
Je fermai les yeux un court instant. Pendant une seconde impossible, hors du temps et de la guerre, nous avions de nouveau douze ans sous le soleil de Konoha. Rin riait en nous regardant. Minato nous attendait au terrain d'entraînement, son éternel sourire aux lèvres. Obito protestait à voix haute parce que j'avais encore critiqué son retard habituel. Personne n'était mort. Personne n'avait encore eu besoin d'être pardonné.
Puis j'ouvris les yeux sur la réalité grise de la dimension. Il ne restait que la guerre absolue au-dehors. Derrière moi, immobile parmi les rochers suspendus, le fantôme d'un garçon qui respirait encore.