Umibe no Ichinichi

Chapitre 1 : Umibe no Ichinichi

Par Lessael

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Umibe no Ichinichi

(Une journée au bord de la mer)




Une plage déserte aux confins de la côte du Pays du Feu, aucune mission urgente au registre de l'Hokage, et plusieurs heures à tuer sous une chaleur étouffante : j'aurais dû comprendre que nous laisser, Kakashi et moi, sans surveillance était une très mauvaise idée.

Le paysage avait tout d'un décor de carte postale. Une forêt de pins au parfum résineux bordait la crique, abritée par de hautes falaises de grès ocre sculptées par les vagues. À perte de vue, l'océan fonçait ses nuances turquoise en un bleu profond sous le soleil de midi. Chauffé à blanc, le sable fin faisait doucement scintiller l'air.

J'avais connu des missions de rang A moins éprouvantes. Et je ne disais pas ça à la légère.

J'avais été poursuivie par des ninjas déserteurs à travers la brume glaciale du Pays des Vagues, enfermée dans une grotte poisseuse pendant deux jours sans ration, empoisonnée une fois, accidentellement, d'après les explications douteuses de Tsunade-sama, et j'avais même passé six longues heures suspendue au-dessus du vide le long d'une falaise d'Iwa, accrochée à une corde en chanvre effilochée qui menaçait de céder toutes les trois minutes.

Pourtant, rien. Absolument rien ne m'avait préparée à ça.

« Kakashi. »

Aucune réponse. Rien qu'un silence rythmé par les vagues s'échouant sur la grève.

Je croisai les bras, calant mes talons dans le sable tiède.

« Kakashi. »

Une page se tourna. Lentement. Très lentement.

Je plissai les yeux, observant le petit coin d'ombre projeté par un parasol en toile blanche et bambou repêché d'on ne sait où. Il était allongé là depuis exactement quarante-sept minutes. Je le savais parce que ma patience avait ses limites et que j'avais commencé à compter chaque seconde d'inactivité.

Un bras replié sous sa nuque, une jambe pliée au niveau du genou dans une nonchalance calculée, et son éternel exemplaire écorné du Paradis du Batifolage calé devant le visage, Kakashi Hatake semblait avoir décidé que notre journée à la plage se résumerait à ne strictement rien faire.

Il avait troqué son équipement habituel pour un simple short de bain sombre, ajusté mais sobre. Mais, fidèle à son obsession névrotique du secret, son masque en tissu noir montait toujours jusqu'au sommet de son nez, couvrant le bas de son visage malgré les trente degrés ambiants. Ses cheveux argentés, d'ordinaire coiffés en épis rebelles vers le ciel, retombaient légèrement sur son front, adoucis par l'humidité ambiante.

Le bruit régulier des vagues emplissait l'espace. Le soleil chauffait le sable jusqu'à m'en brûler la peau. La mer s'étendait devant nous, immense, brillante, magnifique.

Et lui... il lisait.

« Tu comptes rester là toute la journée ? »

« Hm. »

Je fixai la couverture orange criarde de son bouquin.

« C'est une vraie réponse ? »

« Hm-hm. »

« Je pourrais te tuer. »

« Ce serait dommage. »

Une nouvelle page se tourna dans un froissement exaspérant.

« Je n'ai pas terminé mon chapitre. »

Je fermai les yeux et inspirai profondément l'air salé. Respire, Rei. Tu étais une jōnin respectée de Konoha. Une femme parfaitement adulte. Une kunoichi entraînée à conserver son sang-froid face à des maîtres de la torture et dans les situations les plus critiques. Tu n'allais pas assassiner ton coéquipier et meilleur ami à coups de manche de parasol.

Probablement.

« On est à la plage, Kakashi. »

« J'avais remarqué. »

« Il y a la mer. »

« Très observatrice. »

« Du soleil. »

« Beaucoup, même. »

« Et tu lis. »

Cette fois, la tranche du livre s'abaissa légèrement. Son unique œil visible, un iris sombre bordé de fins cils, m'observa au-dessus des pages.

« C'est généralement ce qu'on fait avec un livre. »

Je le détestais. C'était officiel. Des années d'amitié, de batailles rangées et de bols de ramen partagés venaient de prendre fin prématurément sur une crique isolée du Pays du Feu.

« Très bien. »

Son œil se plissa très légèrement. Il connaissait ce ton. C'était celui que je prenais juste avant de faire sauter un camp ennemi au parchemin explosif.

« Rei… »

Je souris, laissant un éclair d'amusement traverser mon regard, puis je bondis.

Mes pieds s'enfoncèrent dans le sable, projetant une gerbe dorée. Il eut juste le temps de relever la main, mais la surprise court-circuita sa vivacité habituelle. Trop tard. J'arrachai le roman grivois de ses doigts fins et pris immédiatement la poudre d'escampette.

« Rei ! »

Je ris à gorge déployée, resserrant ma prise sur le petit livre.

« Tu veux ton livre ? Viens le chercher ! »

Je fonçai droit vers la ligne d'écume. Derrière moi, le craquement sec du sable sous une impulsion soudaine me prévint immédiatement. Oh. Il s'était levé.

Je jetai un coup d'œil distrait par-dessus mon épaule tout en courant, et trébuchai presque. Ce qui était uniquement dû à l'instabilité du terrain. Uniquement.

Kakashi n'avait évidemment pas gardé sa veste tactique verte ni ses protège-tibias pour aller au bord de l'eau. Torse nu sous le soleil ardent, sa peau habituellement dissimulée révélait des épaules larges, une ligne de clavicules marquée et une musculature dessinée avec précision, sculptée par des années de taijutsu et d'entraînements rigoureux. Quelques cicatrices de combat, petites traces blanches en travers de sa poitrine et de ses flancs, ne faisaient que souligner la puissance athlétique du Ninja Copieur.

Je savais que Kakashi était musclé. Évidemment que je le savais. Nous avions grandi dans les mêmes académies, nous nous étions entraînés jusqu'à l'épuisement sur le terrain numéro trois. J'avais recousu moi-même certaines de ses plaies les plus profondes sous la lumière blafarde des tentes médicales. J'avais vu cet homme dans des états infiniment plus compromettants.

Alors pourquoi mon cerveau venait-il brusquement de cesser de fonctionner ?

« Rei ? »

Je me retournai immédiatement pour lui faire face, calant mes talons dans le sable mouillé.

« Quoi ? »

« Tu as failli tomber. »

« Pas du tout. »

« Si. »

« Le sable a bougé. »

Silence. Le vent marin souleva quelques-unes de ses mèches argentées.

« Le sable. »

« Oui. »

« A bougé. »

Je serrai le Paradis du Batifolage contre ma poitrine, ignorant la chaleur désagréable qui me montait aux joues.

« Tu veux vraiment discuter géologie maintenant, Hatake ? »

Son œil se courba en un demi-cercle parfait. Il riait. Ce salaud riait sous son tissu noir.

Je reculai pas à pas jusqu'à sentir la fraîcheur saisissante des vagues venir mordre mes chevilles.

« Un pas de plus et ton livre meurt noyé. »

Kakashi s'immobilisa net. Enfin. Une réaction digne de ce nom.

« Tu n'oserais pas. »

Je levai le précieux recueil au-dessus de l'eau claire.

« Tu le penses vraiment. »

« Rei. »

« Kakashi. »

« Ce livre ne t'a rien fait. »

« Il m'a volé quarante-sept minutes de ma journée ! »

« Tu as compté ? »

Merde.

« Ce n'est pas le sujet ! »

Il avança d'un pas lent, félin. Je reculai d'autant. L'eau marine, limpide et fraîche, m'arriva à mi-mollets.

« Encore un pas. »

Il en fit un autre, son regard rivé sur ma main.

« Je suis sérieuse. »

Un deuxième.

« Hatake ! »

Troisième.

Je levai davantage le bras, prête à tout.

« Je vais le faire ! »

En un clignement d'œil, sa silhouette se flouta avant de disparaître complètement dans un léger crépitement d'air. Mes yeux s'écarquillèrent.

« Oh, espèce de... »

Une main fraîche et ferme verrouilla mon poignet par-derrière. Je poussai un cri de surprise alors que Kakashi réapparaissait dans mon dos, dégageant une odeur familière d'eau de mer et de savon.

« Technique de substitution ? » hurlai-je en pivotant.

« Tu menaçais un innocent », répliqua-t-il d'une voix faussement calme tout près de mon oreille.

« C'EST UN LIVRE PERVERS ! »

Je tentai un coup de coude pour me dégager et récupérer mon équilibre. Mauvaise idée. Mon pied glissa sur un galet mousseux camouflé sous l'écume. Je basculai violemment en arrière, perdant totalement prise. Par pur réflexe de survie, mes mains agrippèrent la première chose à portée de main : les épaules nues de Kakashi.

Dans un grand plouf retentissant, nous tombâmes tous les deux à la renverse.

Le monde devint un tourbillon d'eau bleue, de bulles blanches et de fraîcheur saisissante. La salinité de l'océan me piqua les yeux et les narines.

Je remontai rapidement à la surface en toussant et en suffoquant, secouant la tête pour dégager ma vue.

« KAKASHI ! »

Il émergea à deux mètres de là, crachant un filet d'eau. La scène était tellement surréaliste que le temps sembla se figer : ses cheveux argentés, d'habitude si fiers et dressés dans tous les sens, retombaient désormais totalement détrempés, collés lamentablement autour de son visage et de son masque imbibé d'eau.

Je restai silencieuse. Une seconde. Deux.

Puis j'explosai d'un rire si violent qu'il en devint douloureux pour mes côtes.

« Ne dis rien... » grommela-t-il en essuyant l'eau de son visage.

Je riais tellement que mes épaules en tremblaient, manquant de perdre à nouveau l'équilibre dans les vagues.

« Tes cheveux ! Mon Dieu, Kakashi, tes cheveux ! »

« Rei. »

« Attends, ne bouge surtout pas ! »

Je plaquai une main tremblante contre ma bouche pour tenter, en vain, de contenir mon hilarité.

« C'est magnifique. »

Il me fixa en silence. Je reconnus immédiatement cette lueur noire qui s'alluma dans son œil. Même avec le bas du visage caché par son masque trempé, son expression était sans équivoque.

« Non... » hoquetai-je, mon rire s'éteignant d'un coup.

Il plongea brusquement ses deux mains ouvertes dans la surface de l'eau.

« Kakashi, non ! »

Son œil se plissa. Il sourit sous son tissu.

« Ne fais pas... »

Une immense gerbe d'eau me frappai de plein fouet au visage, me coupant la parole. Je restai figée un instant, l'eau dégoulinant de mes mèches collées sur mon front, la bouche entrouverte sous le choc.

« Tu viens de faire une très grande erreur », murmurai-je.

« Ah oui ? »

Je ripostai immédiatement d'une grande claque dans l'eau. Il esquiva d'un simple mouvement de tête. Je recommençai avec plus de hargne, mais il répliqua en m'envoyant une double vague qui me trempa de la tête aux pieds.

« TRAÎTRE ! »

« Tu as commencé en kidnappant mon livre. »

« Tu as utilisé une substitution en pleines vacances ! »

« Réflexe professionnel », répliqua-t-il avec une mauvaise foi remarquable.

Excédée et amusée à la fois, je malaxai une fine quantité de chakra au creux de mes paumes pour soulever la surface sous mes pieds. Son regard changea du tout au tout, s'aiguisant en une fraction de seconde.

« Rei, ne fais pas ça... »

Je lui adressai mon plus grand sourire sadique.

« Réflexe professionnel ! »

Une véritable lame d'eau haute de deux mètres se souleva sous la pression de mon chakra et s'abattit droit sur lui. Kakashi disparut complètement sous l'impact dans un fracas liquide. Je levai les deux bras au ciel en signe de victoire triomphale.

« OUI ! »

Puis, une seconde plus tard, l'eau juste derrière mon dos bouillonna. Je me retournai en sursaut. Trop tard.

« Suiton... » murmura une voix juste à côté de moi.

« Non... »

« … Suijinheki ! »

« KAKASHI, TU N'OSERAIS PAS... »

Le mur d'eau défensif jaillit du fond de la mer et s'effondra directement sur ma tête. La force du flux me balaya complètement. Lorsque je remontai enfin à la surface, crachant de l'eau de mer, mes cheveux étaient étalés sur mes yeux comme des algues séchées et ma dignité de kunoichi venait très probablement de rejoindre le fond de la fosse des Mariannes.

Kakashi riait. Pas son petit rire discret et poli. Non, il riait franchement, la tête rejetée en arrière, un son clair et rare qui fit rater un battement à mon cœur.

Je le pointai du doigt, furieuse et incrédule.

« Tu as utilisé une technique Suiton de rang moyen contre moi ! »

« Tu avais dégainé ton chakra en première », se justifia-t-il, essuyant une goutte sur sa paupière.

« C'ÉTAIT DU NINJUTSU OFFENSIF ! »

« Tu avais clairement déclaré la guerre. »

« On est censés être en vacances à la plage ! »

« Je n'ai souvenir d'aucune clause dans le code des ninjas interdisant le malaxage de chakra en zone balnéaire. »

Sans réfléchir une seconde de plus, je me jetai littéralement sur lui. Il eut un court mouvement de surprise lorsque mes bras entourèrent fermement ses épaules trempées pour l'entraîner vers le bas.

« Rei... ! »

Je mis tout mon poids vers l'avant. Nous replongeâmes ensemble dans le fracas des vagues. Encore.

Quand nous ressortîmes enfin de l'eau claire, j'étais pliée en deux, morte de rire, essoufflée. Lui aussi laissait échapper de petits rires étouffés derrière la protection moite de son masque.

Et pendant quelques précieuses minutes, il n'y eut plus rien d'autre autour de nous.

Pas de missions de rang S au péril de notre vie. Pas de responsabilités écrasantes envers le village. Pas de morts anciens à pleurer au stèle des héros. Pas de menace imminente au-dessus de Konoha. Seul demeurait le crépitement du soleil sur la mer, et Kakashi et moi au milieu des vagues, à nous comporter comme deux gamins de l'Académie incapables de reconnaître qu'ils avaient dépassé depuis bien longtemps l'âge des batailles d'eau.

Puis, alors que la houle nous rapprochait doucement, ma main tâtonna sous l'eau et trouva la sienne. Par pur accident.

Je m'immobilisai instantanément.

Ses longs doigts humides ne se retirèrent pas ; au contraire, ils se refermèrent doucement mais fermement autour des miens sous la surface. Son œil sombre croisa le mien. L'atmosphère riante s'éteignit soudain pour laisser place à une tension électrique, étrangement lourde.

Quelque chose changea dans l'air. Juste une seconde.

Mon cœur fit une pirouette bizarre et violente dans ma poitrine, m'arrachant presque un hoquet. Prise de panique face à cette sensation inédite, je retirai immédiatement ma main comme si l'eau venait de devenir brûlante.

« Bon ! » dis-je en me retournant vers le rivage.

Ma voix était beaucoup trop aiguë pour être naturelle. Je toussai pour me donner une contenance.

« J'ai faim. »

Kakashi resta immobile un instant dans l'eau, son regard pesant sur mon profil. Puis, reprenant son ton traînant habituel :

« Évidemment. »

« Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? » dis-je en franchissant les derniers mètres vers le sable sec.

« Rien du tout. »

« Kakashi. »

« Tu as toujours une faim de loup après avoir tenté d'assassiner tes coéquipiers par noyade. »

Je me retournai et lui envoyai une dernière gerbe d'eau du pied. Il l'esquiva d'un simple pas de côté en riant doucement. Et la bulle étrange se brisa. Tout redevint normal.

Presque.

Le jour déclinait doucement. À l'horizon, le soleil entamait sa lente descente, embrasant le ciel de lueurs dorées, de rose poudré et de nuances violettes.

Nous étions étendus sur la plage : moi, affalée de tout mon long sur une serviette, et Kakashi, abrité sous l'ombre fraîche du parasol. Il avait réussi à sauver son précieux Paradis du Batifolage grâce à un sceau de protection posé en douce avant notre baignade, et savourait désormais sa lecture à l'abri du parasol.

« Je ne comprends toujours pas comment ce bouquin a pu survivre à une immersion totale », bougonnai-je, les yeux fixés sur les nuages étirés par le vent.

« Le talent, Rei. Le talent pur. »

« C'est du simple papier. »

« Du papier exceptionnel contenant une œuvre d'art littéraire. »

Je tournai la tête sur le côté pour le dévisager.

« Tu as une relation profondément malsaine avec ce truc. »

« Jalouse ? »

Je manquai de m'étouffer avec ma propre salive.

« Pardon ?! »

Il tourna tranquillement une page entre deux doigts experts.

« Tu sembles accorder une attention tout à fait disproportionnée au temps que je lui consacre. »

Je me redressai légèrement, le fixant avec des yeux ronds.

« Je ne suis absolument pas jalouse d'un roman à l'eau de rose pervers écrit par un ermite pas net ! »

« Je n'ai jamais affirmé que tu l'étais », dit-il d'un ton plat.

« Tu viens littéralement de sous-entendre la question ! »

« J'ai posé une simple hypothèse. »

« Je vais t'enterrer vivant dans ce sable jusqu'au cou, Hatake. »

« Voilà qui me semble tout à fait excessif pour un simple débat d'idées. »

Je levai les yeux au ciel avec un soupir théâtral et me rallongeai lourdement sur ma serviette.

La plage s'était vidée du peu de présence qu'elle abritait. Le vent du soir s'était rafraîchi, apportant avec lui l'odeur saline et le doux bruissement des aiguilles de pins derrière nous. Les vagues venaient mourir à quelques mètres dans un murmure régulier et apaisant.

Je fermai les yeux, laissant la fatigue de la journée engourdir mes muscles. Finalement… ce n'était pas si mal.

Je sentais la présence de Kakashi à moins d'un mètre de moi. Familière. Rassurante au milieu de la tempête qu'était notre quotidien de shinobi. Il avait toujours été là. Depuis l'enfance, depuis les drames, depuis les pires guerres et les rares moments de paix.

C'était peut-être ça, le vrai problème. Kakashi faisait tellement partie intégrante de mon paysage mental et de ma vie que je ne savais plus vraiment où s'arrêtait sa présence et où commençaient mes propres habitudes.

Sa voix rauque au réveil. Ses retards légendaires de trois heures sous des prétextes absurdes. Ses silences lourds de sens qu'il était le seul à comprendre. Son foutu livre orange qu'il traînait partout. La manière dont son œil plissé savait immédiatement quand je mentais pour rassurer l'équipe. La manière dont je déchiffrais sans effort la moindre faille dans sa posture quand son sourire caché n'en était pas vraiment un...

La manière dont ma main avait tremblé quand ses doigts avaient frôlé les miens dans l'eau.

Non.

Je fronçai les sourcils, les paupières toujours closes. Pourquoi est-ce que je me mettais brusquement à analyser tout ça ?

« Tu réfléchis beaucoup trop fort », s'éleva sa voix au-dessus du bruit des vagues.

Je rouvris un œil, braquant mon regard sur sa silhouette.

« Je ne savais pas que mes pensées faisaient du bruit. »

« Avec toi, c'est presque assourdissant. »

« Va te faire voir, Kakashi. »

« Hm. »

Un petit sourire étira mes lèvres malgré moi. Je refermai les yeux, me laissant bercer par le clapotis de la mer.

Je ne savais pas combien de temps je dormis ainsi. Quelques minutes, peut-être une demi-heure.

Quand je me réveillai doucement, bercée par le chant du vent marin, quelque chose avait changé. La chaleur cuisante qui tapait sur ma peau s'était évanouie.

Je clignai plusieurs fois des yeux, émergeant du sommeil. L'ombre large du parasol en bambou me recouvrait désormais entièrement, me protégeant du soleil couchant qui rasant l'horizon.

Je regardai la position du soleil, bas sur l'eau. Puis le parasol, qui avait été nettement déplanté et déplacé d'un bon mètre vers la gauche. Puis Kakashi.

Il était toujours assis là, son livre calé entre ses mains. Il lisait. Naturellement. Comme si de rien n'était.

Je me redressai lentement sur les coudes, poussant un soupir ensommeillé.

« Kakashi... »

« Hm ? »

« Tu es planté là à tenir le parasol au-dessus de moi depuis combien de temps ? »

« Faire quoi ? Je n'en ai aucune idée », répondit-il sans lever les yeux de sa page.

Je désignai du doigt le manche du parasol, planté profondément dans le sable juste à côté de son épaule pour que l'ombre tombe parfaitement sur moi. Il ne cilla même pas.

« Kakashi. »

Une page se tourna.

« Tu devrais mettre de la crème solaire si tu comptes te rendormir, Rei. Tu vas attraper des coups de soleil. »

Je restai bouche bée un instant, incapable de trouver une réplique percutante. Puis un sourire incontrôlable m'échappa. Un petit sourire niais, complètement stupide. Heureusement qu'il gardait ostensiblement les yeux rivés sur son chapitre.

Enfin… je pensais qu'il regardait son livre.

« Merci », murmurai-je doucement, retombant sur le dos.

Il ne répondit pas immédiatement. Puis, dans un mouvement fluide, il se laissa glisser un peu plus bas sur le sable. Son épaule vint doucement toucher la mienne lorsque je me réinstallai confortablement à ses côtés.

« De rien. »

Je ne bougeai pas d'un millimètre pour rompre ce contact léger. Lui non plus.

Et tandis que les vagues dorées continuaient de mourir doucement sur le rivage du Pays du Feu, je décidai que tout cela était probablement normal. Parfaitement normal.

Après tout, je n'étais absolument pas amoureuse de Kakashi Hatake.

J'avais simplement passé une quantité parfaitement raisonnable de temps à observer la musculature de son torse sous le soleil. Et mon cœur avait simplement décidé de devenir complètement idiot lorsqu'il avait attrapé ma main sous l'eau. Et j'étais simplement beaucoup trop heureuse qu'il ait pris la peine de bouger ce fichu parasol uniquement pour veiller sur mon sommeil.

Ce qui n'avait, évidemment, absolument rien à voir avec quoi que ce soit.




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