Kingdom ninja
PROLOGUE
Europe, janvier 1500
L'hiver régnait sur l'Europe.
Un froid ancien, lourd et silencieux, s'était installé sur le continent depuis plusieurs semaines déjà. Les vents du nord fouettaient les côtes de Bretagne. Les montagnes des Pyrénées disparaissaient sous la neige. Les grands fleuves charriaient des eaux sombres entre des rives gelées, tandis que les forêts semblaient figées sous un manteau blanc.
Partout, les hommes se réfugiaient derrière les murailles des villes, les murs des fermes ou la chaleur des foyers.
Et pourtant, malgré la rigueur de la saison, le continent paraissait plus vivant qu'il ne l'avait été depuis longtemps.
Les routes demeuraient ouvertes.
Les foires continuaient d'attirer des marchands venus de plusieurs royaumes.
Les navires entraient et sortaient des ports malgré les tempêtes hivernales.
Les marchés regorgeaient de marchandises venues parfois de l'autre bout du monde.
Pour la première fois depuis une génération, l'Europe connaissait quelque chose qui ressemblait à la prospérité.
Une prospérité fragile.
Une prospérité récente.
Une prospérité bâtie sur les ruines de la guerre.
Car moins de dix années auparavant, le continent avait traversé l'une des périodes les plus sombres de son histoire.
Trois grandes guerres s'étaient succédé.
Trois conflits dont les conséquences continuaient encore à façonner le monde.
Les vieillards racontaient toujours les colonnes de soldats qui avaient traversé leurs villages.
Les anciens chevaliers évoquaient les sièges interminables, les batailles rangées et les charges de cavalerie qui avaient changé le destin de royaumes entiers.
Partout, les cicatrices demeuraient visibles.
Des forteresses éventrées dominaient encore certaines vallées.
Des villages abandonnés disparaissaient lentement sous les herbes.
Des terres autrefois fertiles n'avaient jamais retrouvé leur prospérité d'antan.
Dans certaines régions, il n'était pas rare qu'un paysan découvre encore une lame rouillée ou un casque brisé en retournant son champ.
Les guerres étaient terminées.
Leurs fantômes demeuraient.
Pourtant, la vie avait repris.
Comme elle le faisait toujours.
Les artisans reconstruisaient.
Les maçons relevaient les murs.
Les forgerons travaillaient jour et nuit.
Les seigneurs restauraient leurs domaines.
Les marchands parcouraient à nouveau les routes.
Et l'or circulait plus vite que jamais.
Jamais autant de richesses n'avaient traversé l'Europe.
Jamais autant de marchandises n'avaient changé de mains.
Jamais les grandes foires n'avaient attiré autant de monde.
Le commerce transformait lentement le continent.
Certaines villes grandissaient à une vitesse impressionnante.
D'autres devenaient des centres d'échanges incontournables.
Des fortunes apparaissaient presque du jour au lendemain.
Des familles autrefois modestes accédaient à des richesses que même certains nobles enviaient.
Le monde changeait.
Et ceux qui savaient observer comprenaient que ce changement ne faisait que commencer.
Le Royaume de France demeurait l'une des principales puissances européennes.
Sous le règne du roi Hiruzen Sarutobi, le royaume avait retrouvé une stabilité remarquable après les années de guerre.
Les récoltes étaient bonnes.
Les routes relativement sûres.
Les armées disciplinées.
Mais derrière cette stabilité se cachait une réalité plus complexe.
La France n'était pas seulement gouvernée depuis son trône.
Elle reposait également sur la fidélité de puissants seigneurs.
Des hommes dont les domaines étaient parfois aussi riches que certains royaumes étrangers.
Des hommes capables de lever des armées considérables.
Des hommes dont l'influence dépassait souvent les frontières de leurs terres.
À l'est, le Saint-Empire dominait toujours le cœur du continent.
Immense.
Peuplé.
Puissant.
L'empereur Onoki régnait sur un ensemble de principautés, de duchés et de cités dont la population dépassait largement celle de ses voisins.
Ses armées pouvaient être gigantesques.
Mais sa taille constituait également sa faiblesse.
Chaque décision nécessitait des négociations.
Chaque campagne exigeait du temps.
Chaque mobilisation dépendait de la volonté de nombreux princes.
Au sud-ouest, le royaume d'Espagne poursuivait son ascension.
Le roi Rasa avait consacré des années à renforcer son autorité.
Ses armées étaient respectées.
Ses forteresses modernisées.
Ses finances solides.
Beaucoup estimaient que l'Espagne deviendrait bientôt l'une des puissances dominantes du siècle à venir.
Plus au nord, l'Angleterre demeurait attentive.
Les guerres du passé avaient laissé des souvenirs que personne n'avait oubliés.
Les traités existaient.
La paix existait.
Mais la méfiance demeurait.
Comme toujours.
Entre les royaumes s'étendaient également de nombreuses puissances secondaires.
Duchés.
Principautés.
Républiques marchandes.
Ordres militaires.
Certaines étaient anciennes.
D'autres plus récentes.
Quelques-unes exerçaient une influence bien supérieure à ce que leur taille pouvait laisser croire.
Parmi elles, l'Ordre du Temple occupait une place particulière.
Leurs forteresses surveillaient des routes stratégiques.
Leurs chevaliers étaient célèbres dans toute l'Europe.
Leur indépendance suscitait autant le respect que l'inquiétude.
Mais aucune de ces puissances n'était à l'origine du plus grand bouleversement de l'époque.
Ce bouleversement venait de la mer.
Depuis plusieurs décennies, les explorateurs repoussaient les limites du monde connu.
Les cartes étaient redessinées.
Les routes maritimes se multipliaient.
Les ports prospéraient.
L'Afrique attirait les marchands.
L'Asie fascinait les souverains.
Des navires revenaient chargés d'épices, de soieries, d'ivoire, de pierres précieuses et de marchandises inconnues quelques générations auparavant.
Chaque voyage enrichissait ceux qui osaient financer ces expéditions.
Chaque découverte ouvrait de nouvelles possibilités.
Et surtout...
Au-delà de l'océan occidental...
De nouvelles terres avaient été découvertes.
Un continent entier.
Immense.
Mystérieux.
Encore largement inexploré.
Peu d'hommes comprenaient réellement ce que cette découverte signifiait.
Mais les plus ambitieux avaient déjà commencé à rêver.
À rêver de richesses.
De colonies.
De gloire.
De puissance.
Le monde devenait plus vaste.
Et avec lui grandissaient les ambitions des hommes.
Partout, les alliances évoluaient.
Partout, les diplomates négociaient.
Partout, les souverains surveillaient leurs voisins.
Les dettes circulaient.
Les promesses également.
Les rancunes demeuraient.
Les vieilles blessures n'étaient jamais totalement refermées.
Sous la paix se cachait une tension constante.
Invisible pour les paysans.
Évidente pour ceux qui gouvernaient.
Les académies militaires continuaient à former de futurs officiers.
Les arsenaux poursuivaient leur production.
Les fortifications étaient modernisées.
Les flottes renforcées.
Comme si chacun savait déjà qu'une nouvelle guerre finirait un jour par éclater.
La seule question était de savoir quand.
Et pour quelle raison.
Mais l'Histoire suit rarement les chemins que les hommes imaginent.
Parfois, les événements qui bouleversent le monde naissent loin des trônes.
Loin des grandes armées.
Loin des capitales.
Ils commencent discrètement.
Presque silencieusement.
Par une décision.
Une erreur.
Une trahison.
Ou un meurtre.
En cet hiver de l'an 1500, un tel événement était sur le point de se produire dans le sud de la France.
À première vue, il ne concernait qu'une province.
Qu'une famille.
Qu'un seul homme.
Pourtant, sa mort allait bientôt entraîner une série de conséquences que personne n'aurait pu prévoir.
Les rois l'ignoraient.
Les généraux l'ignoraient.
Les marchands l'ignoraient.
Même les principaux acteurs de cette histoire l'ignoraient encore.
Mais déjà, les premiers rouages du destin commençaient à tourner.
Et bientôt...
Le sang allait couler en Provence.