Le claquement sourd de la portière étouffa aussitôt les bruits du monde extérieur.
Le silence qui suivit fut presque brutal.
À l'arrière de la berline noire, l'air était frais, imprégné de cuir neuf, d'une odeur discrète de tabac froid et des dernières traces de pluie que les manteaux avaient ramenées avec eux.
Hinata demeurait parfaitement immobile.
Ses mains crispées retenaient les plis immaculés de sa robe.
Sous son masque, sa respiration était devenue son seul repère.
Un souffle trop rapide.
Trop irrégulier.
Elle s'efforçait de le maîtriser.
À ses côtés, Sasuke Uchiha restait silencieux.
Son profil se découpait dans les reflets mouvants des néons qui glissaient sur la vitre teintée. Il observait la ville sans un mot, comme s'il en connaissait chaque rue, chaque ombre, chaque secret.
La voiture quitta progressivement les grandes artères de Konoha.
Les immeubles laissèrent place à des avenues désertes, puis à des quartiers privés où les barrières de sécurité se succédaient dans un calme inquiétant.
Ils entraient sur le territoire des Uchiha.
Le trajet semblait ne jamais devoir finir.
Chaque ralentissement.
Chaque virage.
Chaque silence.
Tout renforçait cette étrange impression d'être coupée du reste du monde.
À travers les fines ouvertures de son masque, Hinata distinguait mal l'espace qui les séparait.
Pourtant, elle sentait parfaitement la présence de Sasuke.
La chaleur discrète de son corps.
Sa respiration lente.
Maîtrisée.
À l'opposé de la sienne.
Puis, presque imperceptiblement, il tourna la tête vers elle.
Son regard s'arrêta sur le masque.
— Tu peux l'enlever.
Sa voix était basse.
Paisible.
Comme s'il énonçait une évidence.
Hinata hésita.
Selon la tradition, elle n'aurait dû retirer son masque qu'après avoir franchi le seuil de sa nouvelle demeure.
Mais dans cette voiture...
Les traditions paraissaient déjà appartenir au passé.
Ses doigts tremblèrent légèrement lorsqu'ils défirent les attaches de soie.
Le masque glissa lentement entre ses mains.
L'air frais caressa son visage.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Sasuke l'observait.
Longuement.
Son regard parcourut chacun de ses traits avec une attention presque dérangeante.
Comme si son visage n'était pas seulement quelque chose qu'il regardait...
Mais quelque chose qu'il mémorisait.
Un léger déclic électronique rompit le silence.
La cloison opaque séparant le chauffeur de l'habitacle arrière s'éleva lentement.
Le conducteur ne tourna même pas la tête.
Il continua de conduire, comme si rien n'avait changé.
Ils étaient désormais seuls.
Vraiment seuls.
Sasuke glissa une main à l'intérieur de sa veste.
Son geste était lent.
Délibéré.
Lorsqu'il la retira, une fleur reposait entre ses doigts.
Un unique camélia blanc.
Impeccable.
Aucun pétale froissé.
Hinata le reconnut immédiatement.
C'était celui qui reposait sur sa coiffeuse.
Celui que les couturières n'avaient jamais osé toucher.
Celui que son père avait ignoré.
Sasuke contempla quelques instants la fleur avant de reprendre la parole.
— Ton père pensait pouvoir choisir ce qui avait sa place auprès de toi.
Sa voix demeurait parfaitement calme.
Il déposa délicatement le camélia sur le masque blanc qu'Hinata tenait encore contre elle.
Ses doigts effleurèrent à peine le tissu.
— Il oublie une chose.
Le silence retomba.
Son regard noir ne quittait plus celui d'Hinata.
— Rien de ce qui t'appartient ne sera laissé derrière.
Hinata resta figée.
Elle ne savait plus si cette phrase devait la rassurer...
Ou l'effrayer davantage.
À l'extérieur, un portail monumental s'ouvrit dans un lent grondement métallique.
La berline s'engouffra sur une longue allée bordée d'arbres parfaitement alignés.
Le mécanisme du portail se referma derrière eux.
Le claquement des lourdes grilles résonna jusque dans l'habitacle.
Cette fois...
Il n'y avait plus aucun chemin vers l'arrière.