La porte de la chambre se referma dans un souffle presque imperceptible.
Le silence retomba aussitôt.
La pièce était vaste, d'un luxe dépouillé où chaque élément semblait avoir été pensé avec une précision clinique. Les immenses baies vitrées dominaient la métropole, engloutie sous une pluie incessante. Les éclairs découpaient par instants la silhouette des immeubles, avant que la nuit ne les dévore de nouveau.
Pourtant, ce ne fut pas la vue qui retint l'attention d'Hinata.
Face au lit, un pan entier du mur était constitué de miroirs sans tain derrière lesquels s'alignaient plusieurs écrans de contrôle encore en veille.
Ils reflétaient la chambre...
Sans réellement lui appartenir.
Une sensation diffuse d'être observée s'insinua aussitôt en elle.
Hinata s'approcha lentement du lit et y déposa le camélia blanc.
La fleur semblait presque irréelle sur les draps sombres.
Elle retira ensuite les différentes épaisseurs de sa robe de mariée.
Le poids du tissu disparut.
Pas celui de la journée.
Vêtue de sa simple sous-robe, elle éprouva un sentiment de vulnérabilité qu'elle n'avait encore jamais connu.
Minuit était passé depuis longtemps.
Le domaine semblait plongé dans un sommeil absolu.
Mais quelque chose, dans ce silence, refusait de s'apaiser.
Un bruit sourd résonna derrière la porte.
Comme un objet déplacé.
Puis un second.
Plus violent.
Le fracas sec d'un verre éclatant contre une surface dure.
Hinata se redressa aussitôt.
Elle resta quelques secondes immobile, l'oreille tendue.
Plus rien.
Avec précaution, elle fit coulisser la porte.
Le salon était plongé dans une obscurité presque complète.
Seuls les éclairs révélaient fugitivement les contours du mobilier.
Au centre de la pièce, une silhouette demeurait immobile.
Sasuke.
Sa chemise blanche était froissée.
Les manches remontées jusqu'aux avant-bras.
Sa main crispée agrippait le dossier d'un fauteuil avec une telle force que ses jointures en avaient blanchi.
Il fixait un angle vide de la pièce.
Comme si quelqu'un s'y trouvait.
— Je sais que tu es là...
Sa voix n'était plus celle qu'Hinata connaissait.
Elle était plus basse.
Plus rapide.
Presque hachée.
Il inclina légèrement la tête.
Comme s'il écoutait une réponse que lui seul pouvait entendre.
Son regard se durcit.
— Arrête de regarder...
Un silence.
Puis, dans un souffle presque douloureux :
— Le sang a déjà été lavé.
Ses paupières se fermèrent une fraction de seconde.
Lorsqu'elles se rouvrirent, son regard semblait suivre des mouvements invisibles dans la pièce.
Il recula d'un pas.
Puis d'un autre.
Comme si les ombres elles-mêmes s'approchaient de lui.
Hinata avança instinctivement.
Une lame du parquet craqua sous son pied.
Le changement fut immédiat.
Sasuke pivota.
En une seconde, il était devant elle.
Sa main se referma sur son poignet.
Fermement.
Sans brutalité inutile.
Il la repoussa jusqu'à la cloison vitrée.
Le souffle court, il plongea son regard dans le sien.
Ses pupilles étaient dilatées.
Son visage demeurait impassible.
Mais ses yeux...
N'appartenaient plus tout à fait au présent.
— Qui t'envoie ?
Sa voix tremblait légèrement.
— Ton père ?
Son étreinte se resserra.
— Ils veulent reprendre ce qui est à moi...
Hinata sentit son cœur accélérer.
La peur lui nouait la gorge.
Pourtant, elle ne détourna pas les yeux.
Face à elle ne se tenait pas seulement l'homme que toute la ville redoutait.
Elle apercevait, derrière cette froideur, quelqu'un qui semblait lutter contre des ennemis invisibles.
Elle inspira lentement.
— Sasuke...
Sa voix n'était qu'un murmure.
— C'est moi.
Un silence.
Puis, plus doucement encore :
— Hinata.
Le prénom sembla traverser le brouillard.
Ses yeux vacillèrent.
Comme si la réalité reprenait lentement sa place.
Ses doigts desserrèrent leur étreinte.
Sans jamais quitter son poignet.
Au contraire.
Sa main glissa lentement jusqu'à la sienne.
Leurs doigts s'entrelacèrent.
Naturellement.
Comme si ce geste existait depuis toujours.
Son visage retrouva cette immobilité parfaite qu'elle lui connaissait.
Il baissa légèrement les yeux vers leurs mains.
Puis revint à elle.
— Ce n'était pas prévu.
Sa voix était redevenue calme.
Étrangement calme.
Il resta silencieux quelques secondes.
Puis souffla presque pour lui-même :
— Ils chercheront toujours un moyen de m'atteindre.
Ses yeux rencontrèrent les siens.
— Alors je ne leur laisserai rien.
Sa main se referma un peu plus autour de celle d'Hinata.
Ni violemment.
Ni tendrement.
Simplement avec cette certitude inébranlable qui semblait guider chacun de ses gestes.
Au fond de la chambre, le camélia blanc reposait toujours sur les draps.
Immobile.
Comme le seul témoin silencieux de ce qui venait de se produire.