Les jours qui suivirent perdirent peu à peu leur sens.
Le temps ne s'écoulait plus réellement.
Il glissait.
Entre les murs sombres de ses appartements.
Entre les repas déposés en silence.
Entre les portes qui s'ouvraient uniquement lorsque quelqu'un d'autre décidait qu'elle pouvait sortir.
Hinata n'était pas enfermée par des chaînes.
Personne ne lui criait dessus.
Personne ne levait la main sur elle.
Et pourtant...
Sa captivité n'en devenait que plus réelle.
Elle était organisée.
Calculée.
Presque élégante.
Chaque matin, des vêtements propres apparaissaient dans sa chambre.
Chaque repas était préparé avec une précision parfaite.
Chaque besoin était anticipé avant même qu'elle ne puisse le formuler.
Une prison où tout fonctionnait.
Une prison où tout était fait pour qu'elle n'ait jamais besoin de partir.
L'absence de Sasuke durant la journée aurait dû lui donner l'impression d'être libre.
Mais ce n'était qu'une illusion.
Les écrans silencieux dans ses appartements lui rappelaient constamment sa présence.
Parfois, une lumière apparaissait.
Une notification.
Une mise à jour.
Un changement subtil dans le système de surveillance.
Il n'était pas là.
Mais il était partout.
Le quatrième soir, la porte coulissa exactement à minuit.
Comme toujours.
Sasuke entra.
Cette fois, la fatigue marquait légèrement ses traits.
Son costume était impeccable, mais une odeur discrète de fumée et de papier brûlé imprégnait encore son manteau.
La ville laissait toujours une trace sur lui.
Il ne dit rien en entrant.
Son attention se posa immédiatement sur le vase noir.
Le camélia blanc commençait à perdre ses premiers pétales.
Ses doigts effleurèrent délicatement la fleur.
Un geste presque absent.
Mais Hinata le remarqua.
— Ton père a tenté de modifier certaines clauses du contrat aujourd'hui.
Sa voix était calme.
Trop calme.
Hinata releva lentement les yeux vers lui.
— Et qu'avez-vous fait ?
Sasuke se tourna vers elle.
Son regard sombre ne contenait aucune colère.
Seulement une certitude.
— Je lui ai rappelé que les Uchiha ne reviennent jamais sur leurs décisions.
Il s'approcha.
— Il pensait encore avoir un droit de regard sur ce qui concernait ton avenir.
Un silence.
— Il avait tort.
Sasuke s'assit au bord du lit.
Il prit doucement son poignet.
Exactement au même endroit où leurs mains s'étaient rejointes quelques nuits auparavant.
Un geste familier.
Et c'était précisément ce qui inquiétait Hinata.
— Il a demandé à te voir.
Son souffle se bloqua légèrement.
— Mon père ?
Un léger silence.
Puis :
— J'ai refusé.
Les mots tombèrent sans violence.
Comme une évidence.
Hinata sentit son cœur se serrer.
— Vous n'aviez pas le droit.
Pour la première fois, une pointe de fermeté traversa sa voix.
Sasuke observa son visage.
Comme s'il étudiait cette nouvelle réaction.
Cette résistance.
— Le droit...
Un sourire sans joie effleura ses lèvres.
— Le droit est une notion fragile dans notre monde, Hinata.
Il se rapprocha légèrement.
— Ton père t'a donnée pour protéger son clan.
Ses yeux s'assombrirent.
— Moi, je te garde pour protéger ce qu'il reste de toi.
Elle aurait voulu répondre.
Protester.
Lui dire qu'il ne la protégeait pas.
Qu'il l'enfermait.
Mais les mots restèrent bloqués.
Parce qu'une partie d'elle comprenait quelque chose de terrifiant.
Sasuke ne voyait pas une cage.
Il voyait un refuge.
Et c'était peut-être la chose la plus dangereuse.
Le silence retomba.
La ligne de démarcation venait d'être tracée.
Entre son ancienne vie.
Et celle qu'on avait choisie pour elle.
🌺