Les fantômes du passé
Chapitre 12 : Interlude 02 : Alden Parker
7964 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 02/11/2026 16:14
- Agent Parker. Ici l’agente Etsy. Je devais superviser la protection de l’agente Howard, mais mon fils vient de tomber malade et je dois impérativement me rendre à l’hôpital. J’ai appelé mon confrère, mais il est en vacance avec sa femme. Désolée de vous déranger pendant votre jour de repos, mais je ne sais pas à qui m’adresser.
Sa voix, affolée par l’urgence et l’inquiétude pour son enfant, met fin à ma grasse matinée. Je lui confirme prendre en charge la protection de Syna et souhaite un prompt rétablissement à son fils. De toute façon, ce n’est pas comme si j’avais des choses à faire. J’ai annulé mes réservations suite à ma rupture avec ma compagne. Cela me pendait au nez depuis un moment et je ne peux en prendre qu’à moi-même.
C’était le soir de l’intrusion au domicile de Syna. Nous avions dîné au restaurant avant de venir chez moi pour terminer la soirée. Une semaine que nous ne nous étions pas vus, intimement parlant. C’était ma dernière chance. J’ai vu sa petite veine près de son œil droit pulser de colère quand j’ai répondu au téléphone et que je lui ai dit que je devais y aller.
- C’est terminé, Alden, m’avait-elle dit en se rhabillant. Je veux bien me mettre en retrait pour ton boulot, mais là j’ai l’impression de sortir avec un fantôme. C’était bien le temps que ça a duré, mais je suis fatiguée d’attendre. Au revoir Alden. Prends soin de toi.
Je lui avais juste murmurée que je comprenais et après un bisou sur la joue, elle était partie. La déception dans son regard m’avait fait plus de mal que je ne l’aurais cru. S’arrêter en plein préliminaire, au moment où c’était le plus agréable, ce n’était pas une chose à faire. Surtout pour la personne qui se sent délaissée. Mais je m’en serais voulu de ne pas avoir pris cet appel. Je veux dire ; la vie de deux agents avait été mise en danger, dont l’un a été blessé et l’autre chamboulé. Alors bien que ce soit dur de se faire larguer, je ne regrette pas mon choix. J’ai ressenti même un sentiment de soulagement. Nous n'avions pas la même vision de notre relation. Elle voulait qu’elle évolue en quelque chose de plus approfondi. Moi, je trouvais qu’elle était bien comme elle était.
Sous la douche, je cherche la raison qui fait que mes histoires sentimentales se terminent toujours de la même façon. Mon travail est certes contraignant avec les horaires non-fixes, des déplacements à répétitions ou encore être appelé à n’importe quelle heure de jour comme de nuit. Cependant, je doute que ce soit la seule raison. Alors laquelle ? Moi ? Après tout, je suis le dénominateur commun de toutes ces histoires. J’essaie de m’investir au maximum, dans la mesure du possible, par respect pour mes partenaires. Malheureusement, mes relations ne durent jamais plus que de quelques mois. Sûrement, à cause, du fait que je préfère rester dans une relation simple, sans fioriture et sans m’engager jusqu’au mariage. Il n’y a pas de raison spéciale, juste que je n’éprouve pas le besoin d’officialiser.
Après m’être séché et habillé d’un jean et d’un pull fin blanc des plus classique, je prends le temps de finir de me préparer en mettant du produit sur ma barbe pour la rendre douce aux touchées. Produit recommandé par mon barbier chez lequel je me fais tailler la barbe ou couper les cheveux. Quand un visage féminin se reflète dans le miroir. Un visage que je n’ai pas vu depuis une quarantaine d’années. Une femme que j’ai aimée à la folie, dont l’histoire s’est très mal terminée et que je n’ai pas revue depuis. Pourtant, elle reste dans mes pensées sans que je ne sache pourquoi. Peut-être que je regrette la façon de notre rupture ? Ma responsabilité dans son déménagement ? Je ne sais pas si c’est de l’amour ou de l’affection, mais mon attachement pour elle est tel, qu’elle a une petite place dans mon cœur.
- Merde, je vais être en retard, je grogne à moi-même en regardant l’heure sur la pendule du salon.
Déjà que Syna se retrouve dans une planque depuis hier, isolée dans un petit espace avec une personne assurant sa protection et qu’elle garde tous ses sentiments à l’intérieur comme à son habitude, alors j’aimerais que cette journée soit parfaite. J’ai bataillé pendant des heures avec le directeur pour qu’il accepte cette sortie, au point que je regrette de lui en avoir parlé. Mais je ne peux pas critiquer Syna sur le respect des règles, si je les enfreins moi-même. C’était long, éreintant, mais quand je lui ai dit qu’il fallait lui laisser l’impression qu’elle est une vie normale, il a cédé en me faisant promettre que c’était exceptionnel. Sur le coup, j’ai acquiescé. Mais si je vois que son mental se dégrade, je prendrais le risque de l’emmener quelque part, même si pour cela, je dois passer outre les ordres de Vance. Rien n’est plus important que Syna.
Le temps suspend son cours comme s’il cherchait une explication à ma pensée. Comme s’il y avait une vérité que je refusais de voir, tapis quelque part dans mes tripes. Je secoue la tête pour me revivifier. J’entendais par là, en ce qui concerne sa santé, pas elle en question. Et surtout, il n’y a pas de différence de traitement avec les autres agents sous ma direction. J’essaie d’être à l’écoute de tout le monde et de ne favoriser personne.
On dirait que je me cherche des excuses.
Bref, j’occulte ses pensées parasites, saute dans mon véhicule après avoir pris le soin de fermer ma porte à clé et je me dirige vers le lieu temporaire de résidence de Syna. Il me faut un quart d’heure pour y parvenir. Dehors, l’agent chargé de sa protection attend la relève. Je le vois soulagé de me voir arriver et sans même un salut, se barre le visage terrifié. Qu’est-ce qui a bien pu le mettre dans cet état ? On aurait dit qu’il avait passé la nuit avec un fantôme. Syna peut être une personne difficile, mais pas au point de terroriser quelqu’un. Si ?
Tout en me demandant ce qui a bien pu mettre mon collègue dans cette situation, je toque à la porte. Une seconde plus tard, elle s’ouvre en vitesse que j’ai cru qu’elle allait sortir de ses gonds et une Syna impatiente se trouve face à moi.
- Enfin, je… Parker ?
Son regard exprime la surprise d’avoir une autre personne que l’agent Etsy. En même temps, elle s’attendait à trouver une femme derrière la porte, certainement pas son chef qu’elle évite depuis ce fameux soir. La gêne et la confusion se mêlent à son expression qui fait rougir ses pommettes déjà rouge par le maquillage. Je me surprends à la contempler avec insistance et à espérer que c’est ma personne qui la fait rougir et non la surprise.
- L’agent Etsy a eu un empêchement, je me reprends enfin. Je serai votre chaperon. Vous êtes prête ?
- Je vois. Si elle ne peut plus venir, on n’y peut rien, marmonne-t-elle déconvenue. Il faut que je passe chez moi pour me changer. Si mon amie me voit habillé ainsi, c’est elle qui va me tuer, me sort-elle en rigolant.
Et quel rire ! Il me transperce de part en part, me réchauffant de l’intérieur. La voir ainsi me rassure que j’ai eu raison de convaincre le directeur. Cette journée lui fera du bien, j’en suis certain. Le sourire lui va mieux que les larmes.
- Pas de soucis. Je vous y emmène dès que vous êtes prête.
Le temps de prendre son sac à main et nous voilà parti pour son domicile. Une fois chez elle et après avoir jeté un œil aux alentours de sa maison, j’attends dans son salon avec une tasse de thé, qu’elle finit de se préparer.
J’entends des bruits de vêtement qui se froisse, une voix qui souffle désemparée de ne pas savoir quoi choisir, et même un juron devant le désordre de sa chambre. Je l’imagine les bras croiser sur la poitrine, en train de toiser sa penderie de lui trouver la tenue idéale. Mes lèvres se lèvent d’elles-mêmes, heureux d’assister à ce spectacle du plus ordinaire.
- Parker, lequel à votre avis, sa voix me fait sortir de mes pensées.
Elle superpose deux hauts : un pull fin couleur lavande ou un chemisier aux manches bouffantes. J’ai envie de lui répondre que, quoi qu’elle mette tout lui va, mais son regard sérieux me fait comprendre qu’elle n’acceptera pas une réponse évasive. J’ai beau réfléchir, je n’arrive pas à me décider. Ou plutôt, j’ai envie de la voir avec les deux. Toujours en pleine réflexion, Syna me surprend avec une voix joueuse et des étincelles dans les yeux.
- Si vous avez rendez-vous avec une femme, vous voudriez qu’elle porte lequel ?
- Le chemisier, finis-je par lui dire, après l’avoir imaginée avec les deux.
Elle me remercie et un instant plus tard, elle sort enfin prête. Et…
Waouh !
C’est la première fois que je la vois en jupe et je ne m’attendais pas à être autant déstabilisé. Je ne suis pas un expert en habit féminin, ni en mode et encore moins en concordance des couleurs, mais son ensemble lui va à la perfection. J’ai bien fait de choisir le chemisier qui tranche avec son blanc cassé, la couleur camel de sa jupe courte et le marron foncé de sa veste en daim. Des collants noirs opaques et des bottes hautes noirs complètent sa tenue. Je reste en pâmoison devant elle et sans savoir, comment je me retrouve au volant en train de l’emmener au nouveau centre commercial.
J’ouvre la fenêtre de ma portière, l’air fraiche chasse la chaleur qui englobe nos corps jusqu’à l’étouffement. La température a grimpé au fur et à mesure que la présence de Syna s’est insinuée dans mon enveloppe charnelle. Entendre sa respiration apaisée m’invite à me détendre à mon tour. Sentir son parfum délicat et agréable aux saveurs fleuries composé de pivoine et d’orchidée pour les fleurs et une touche plus fruitée, je dirais de la clémentine. Ma passion pour les plantes a forgé mon nez et j’arrive facilement à découvrir la composition des parfums. Je peux aussi dire s’il est adapté à la personne. Celui que porte ma collègue lui va à ravir, mais des notes plus sensuelles, comme un mélange de gardénias et de bigarades, lui irait également. Je viens de trouver le cadeau idéal, mais c’est toujours délicat d’offrir du parfum à une femme avec qui nous n'entretenons qu’une simple relation professionnelle.
Ces deux éléments me ramènent au soir où elle a reçu cette mystérieuse lettre. Dans un élan protecteur, je l’ai prise dans mes bras ne pouvant plus voir ses larmes coulées ou son corps tremblé par les secousses, j’ai même déposé un baiser sur son front en lui murmurant les premières paroles qui me venaient à l’esprit. Je me demande ce qui se serait passé, si McGee ne nous avait pas dérangés. Rien, mais mon esprit me joue des tours et me faitt rêver de ce moment. Je finis toujours par me réveiller quand nos regards se croisent que je ne sais pas si je suis déçu ou satisfait. Depuis, j’ai l’impression que mes vêtements sont imprégnés de son odeur, mes lèvres de la douceur de ses cheveux et mes mains des tremblements de son corps. J’ai beau tout faire pour oublier ces sensations, rien que de l’avoir près de moi me les faits ressurgir.
Je tourne ma tête vers elle pour voir si elle est accommodée par la fenêtre ouverte, mais elle a le regard fixé droit devant. Des cernes calfeutrés par le maquillage montrent cruellement son manque de sommeil. Est-ce à cause du lieu trop étroit ? Des cauchemars ? Ou bien… Je repense à l’agent partir terrifié et soulagé de cet endroit, comme s’il s’était passé quelque chose.
Si jamais… Je dois savoir
- Est-ce que l’agent de protection vous a importuné ? Car il avait l’air d’avoir vu un fantôme quand il est parti.
- Non, rien de grave.
Elle ment. Je le vois à son regard fuyant et ses doigts qui s’entremêlent entre eux. Peut-être que le mot mensonge est trop fort, mais elle cache quelque chose.
- S’il vous a fait du mal, il faut…
- Ce n’est pas ça, hausse-t-elle la voix, ce qui me surprend. Vous croyez que je suis le genre de femme à me laisser marcher par un homme. Une fois, ça m’a suffi, ébruite-t-elle avant de comprendre qu’elle a révélé un élément qu’elle aurait voulu garder. Oubliez ce que je viens de dire. Bref, il n’arrêtait pas de me bassiner avec des questions sur ma manie à laisser les portes ouvertes, alors comme je ne voulais pas lui dire que j’étais claustro, je l’ai menacé de coller sa bouche avec du ciment. C’est tout.
Maintenant, je comprends mieux son départ précipité
- Je vois. Tant mieux, si ce n’est que ça. Désolé, je ne voulais pas faire mon chevalier, mais vous semblez fatiguée, alors j’ai sauté directement aux conclusions.
- Excuse accepté, mais ne recommençait pas. J’ai juste mal dormi à cause de l’excitation de revoir mes amies. Mais aussi parce que je vais devoir les éloigner de moi jusqu’à ce que l’on attrape ce malade et je sais déjà qu’elles vont être bouleversées et inquiètes.
Elle détourne le regard pour contempler le paysage, comme si elle voulait me cacher les larmes qu’elle retient pour ne pas gâcher son maquillage. Ma main a envie de serrer la sienne, pourtant je les garde toutes les deux sur le volant en le serrant fermement devant mon impuissance. À part la réconforter et lui sortir des promesses en l’air, je ne sais pas quoi lui dire. Je peux juste espérer que la situation se résoudra rapidement.
Une fois sur le parking du centre commercial, je la retiens pour lui parler des règles de sécurité et lui donner une oreillette qu’elle devra laisser active tout le temps. C’est une intrusion dans son espace privé, mais aussi le meilleur moyen de la prévenir d’un potentiel danger. Que j’espère, n’arrivera pas. Durant la conduite, j’ai surveillé les voitures derrière nous et aucune ne nous a suivi assez longtemps pour être considéré comme une menace. Mais il vaut mieux rester vigilant et ouvrir l’œil.
- N’oubliez pas au moindre signal, vous partez vous mettre à l’abri avec mon copines et vous attendez que je vous dise que l’endroit est sûr pour sortir.
- Bien, papa, ironise-t-elle après que je lui ai répété une énième fois les ordres. Ai-je la permission de minuit ? Ajoute Syna le regard mutin.
- J’ai compris. J’en fais trop, je m’excuse en levant les mains. Je la contemple une nouvelle fois et je remarque que je ne lui ai toujours pas dit ce que je pensais de sa tenue. Je toussote pour m’éclaircir la voix : j’ai oublié de vous le dire, mais vous êtes sublime.
- Merci. Je m’en doutais un peu, vu comment vous m’avez reluquée, affirme-t-elle en me faisant un clin d’œil. Vous aussi vous êtes pas mal. Mais si je peux me permettre, je vous préfère en smoking.
Elle l’avait remarqué, alors…
Elle commence à partir, après m’avoir fait un large sourire. Mon corps veut s’élancer après elle, pour la garder près de lui. J’ancre mes pieds sur le sol pour éviter de lui faire honte ou peur et je me dis à moi-même que ma présence n’est pas nécessaire à ses côtés. Une mince douleur pince ma poitrine et dans un moment désespéré, je la retiens de nouveau.
- Hé Syna, je cri pour qu’elle m’entende. Amusez-vous bien !
De nouveau ce sourire. J’attends qu’elle ait disparu de ma vue, pour partir auprès de mon poste d’observation. Faute de mieux, je me posterais à un niveau au-dessus d’elle et tout en gardant mes yeux rivés sur elle et ses amies, je regarderais les environs à la recherche d’individus louches. Ce n’est pas l’idéal, mais avoir une vue plus ouverte et en hauteur me permettra de voir des mouvements suspects.
Le travail de protection ou de filature n’est pas ce qui a de plus fou dans notre métier. Devoir attendre qu’il se passe quelque chose pour pouvoir agir, est fatigant pour la concentration et les nerfs. Surtout si le lieu est bondé par des milliers de personnes et que la cible se trouve être un petit gabarit qui a la bougeotte.
Rassuré de la voir sortir de son dixième magasin, je détends un peu mes globes oculaires en fermant deux secondes mes paupières. À force de rester concentré à avoir les yeux plissés sur l’environnement, mon organe me pique, j’ai la vue qui se trouble et un mal de crâne qui commence. Si la journée continue d’être aussi intense, prendre le volant risque d’être compliqué. Cependant, en la voyant s’éclater, rire, être heureuse, sans avoir un seul regard en arrière ou de l’inquiétude sur son visage, cela vaut toutes les migraines du monde. Le seul inconvénient réside ailleurs. Celui de l’entendre enfiler et retirer les vêtements qu’elle essaye ou encore les commentaires élogieux de ses amies. J’avais l’impression de jouer les voyeurs et d’être avec elle dans la cabine, sans qu’elle ne le sache pas. Pour ma santé mentale, je lui ai dit qu’elle pouvait retirer l’oreillette quand elle était dans une cabine. Sa voix a sursauté en m’entendant pour la première fois et elle a même affirmé qu’elle avait oublié mon existence. Preuve qu’elle était dans son monde, loin du mien. Une déception traverse mon visage, mais je ne lui laisse pas le temps de s’installer.
Dix minutes plus tard, mes prières sont enfin exaucées. Je m’installe à une table d’un café quelconque qui se situe pile-poil au-dessus de celui choisi par les trois amies. Je souris en l’apercevant s’excuser auprès des personnes dont les sacs assomment les autres clients pour réserver une table. Avec le monde présent, la moindre table vide est une guerre sans nom à qui l’aura en premier.
Après avoir commandé un café et un cheesecake saveur fruit rouge, je poursuis ma surveillance. Ne remarquant aucun individu louche, je baisse d’un cran ma vigilance et déconnecte mon cerveau de la conversation qui se déroule un étage plus bas. Enfin, j’essaie, car la voix de Syna résonne dans mon oreille comme un souffle. Comme si elle me murmurait des mots doux rien que pour moi. Son grain, épicé se greffe dans le creux de ma poitrine et je me surprends à l’apprécier de plus en plus.
Au début, la seule chose que je discernais de sa voix, c’était un timbre plus grave et cassant. À la limite de l’horripilant, si je n’avais pas développé une sympathie pour elle. Maintenant que nos conversations sont devenues plus agréables et moins énergiques, sa voix s’est transformée en une douceur acidulée, avec un côté brûlant. Comme un mélange entre un bonbon aux agrumes et celui du caramel fondant.
Toujours plongé dans mon introspection de nos échanges orageux, j’entends une voix énergique s’intéresser à notre relation, entre Syna et moi. Malgré ma réticence, mon cerveau ne peut s’empêcher de s’ouvrir de nouveau et de bifurquer vers l’origine du bruit.
- Bon maintenant que tu as renouvelé ta garde robe de fond en comble. Quand est-ce que tu nous présentes ton nouveau patron ? L’interroge la rouquine, qui s’appelle Kyveli si je ne me trompe pas.
- Pourquoi le ferais-je, lui rétorque-t-elle surprise.
- Parce qu’à force de nous dire qu’il est charmant, je me demandais s’il y avait eu un rapprochement entre vous. Plus que professionnelle, appuie-t-elle comme si elle avait besoin de préciser le fond de sa pensée. Et les fringues que tu as achetés correspondent plus pour un date que pour mettre tous les jours. Alors ?
Je m’étrangle en avalant le liquide chaud de travers, ne m’attendant pas à ce genre de question. J’incite mon cerveau à se débrancher, même si l’envie d’entendre la réponse est aussi grande que mon désir d'être ailleurs qu’ici. Ma lutte intérieure ne dure qu’une petite minute. Entendre ce que pensent mes collègues féminines de ma personne reste très valorisant pour l’égo. Je ne reste qu’un homme après tout.
Syna se dandine sur sa chaise mal à l’aise de répondre ou d’être entendue par le principal intéressé, j’hésite entre les deux. Je suis comme pendu à ses lèvres ou plutôt à mon oreillette pour connaître sa réponse et voir si elle va être sincère ou botter en touche.
- Tu connais ma politique pour les histoires au travail, réaffirme-t-elle sa position.
Elle a préféré choisir la fuite. Je peux comprendre qu’elle veut éviter que je sache ce qu’elle pense de moi. Si j’étais à sa place, je ne saurais pas ce que je répondrais. Enfin, c’était ce que j’avais cru comprendre, ne m’attendant pas à ce qu’elle poursuive la discussion.
- Pourtant je… eh bien, j’apprécie de plus en plus sa compagnie et j’arrive à être moi-même quand il est à mes côtés.
Mon cœur s’emballe en entendant les paroles affectueuses de Syna, au point qu’il risque de sortir de mon torse. Je n’ai pas ressenti cette sensation depuis très longtemps que ma respiration en est difficile. Cependant, mon corps est comme vissé dans sa direction et refuse de rater une information capitale pour lui.
- Préviens-nous si on doit organiser ton mariage, lui balance Kyveli nous prenant de cours tous les deux.
- Mariage ! S’étrangle Syna et tout en lui envoyant sa serviette usagée et en rigolant : pff t’es bête. Il faudrait déjà qu’il… Elle s’arrête en plein milieu de sa phrase et reprend : de toute façon, je suis pas d’humeur à ça en ce moment.
Je saisis rapidement que la seconde partie de sa phrase fait référence aux derniers événements qui la concernent. Bien que j’y décèle un sous-entendu qui pourrait faire penser que si tout allait bien, elle pourrait envisager de s’autoriser à sortir avec quelqu’un. Ma compréhension de la psyché de Syna est incomplète, entre ce qu’elle montre, ce qu’elle veut être et ce qu’elle doit paraître, je m’y perds encore. De plus, il me manque le début de sa phrase, qui me concerne. Que voulait-elle dire ? Qu’est-ce qui faudrait quoi ? Que je l’apprécie ? C’est déjà le cas. Venir tous les matins la chercher, courir avec elle alors que mes genoux me font mal une fois sur deux et la ramener alors qu’il serait plus judicieux que ce soit l’agent en charge de sa protection qui le fasse. Si ce n’est pas une preuve que j’aime passer du temps avec elle, je ne sais pas ce que c’est. Puis, je finis par comprendre en analysant le tout du point de vue de ma collègue. Tout peut être interprété comme du boulot. Pour elle, ce n’est qu’une mission que j’exécute comme un robot et sans prendre de plaisir. Alors que rien que de la regarder sourire finit par me donner plus de plaisirs qu’une pâtisserie le matin. Et j’adore les pâtisseries le matin. Bref, j’arrête ici ma plaidoirie, car elle part dans une direction bizarre et qui pourrait me pousser à lui dire ce que je viens de découvrir moi-même, à l’instant dans le feu de l’action.
Lorsqu’un mouvement étrange pointe à l’orée de ma vision. Un homme blond marche en direction de la table de Syna, le regard rivé vers elle.
- Attention, un individu s’avance vers toi, je la préviens avant de remarquer que la femme qui est installée à deux tables voisines de celle de Syna lève la main pour le saluer. Je m’empresse de contredire mes mots : fausse alerte. C’était juste un gars qui rejoignait sa copine.
Je la vois se détendre après que son corps ait arrêté de respirer. Je m’insulte de lui avoir fait peur comme ça, en me précipitant avant d’avoir analysé toutes les informations. Mais la rapidité est de mise dans un cas comme celui de Syna.
- Un problème ? Lui demande sa seconde amie, Tamara par déduction, qui a remarqué son comportement. Tu es devenue pâle un instant.
- Ce n’est rien, un peu de fatigue. Avec ma pause, je n’ai pas encore repris toutes mes forces. Et mon boulot n’est pas facile. Surtout en ce moment, expire-t-elle la voix tremblante.
Voilà le moment qu’elle redoutait, arrive. Devoir expliquer à ses deux amies qu’elles vont la voir encore moins souvent à cause d’une menace. Pour ne pas les inquiéter, elle décide de travestir la vérité en affirmant que l’individu en a après l’agence ou la Navy et que tant qu’il ne sera pas identifié et interpelé, les agents ont pour ordre d’éloigner leur entourage jusqu’à la fin de la mission. Je la vois rassurer ses amies comme elle peut, avec de la peine dans la voix et une promesse trop dure à porter.
- Pour te faire pardonner, on va dans ce magasin de lingerie, lance Kyveli. Il faut bien des sous-vêtements neufs qui iront avec tes nouvelles tenues !
- Ok ! Allons acheter des sous-vêtements sexy, répond Syna.
- Bien dit ! C’est pas parce que tu sauves le monde, que tu dois oublier de te préparer aux grandes occasions, ajoute Kyv avec fierté.
- Mais je suis toujours parée aux grandes occasions, déclare-t-elle me surprenant une seconde fois dans la journée.
Je m’étouffe après cette déclaration que je ne voulais pas connaître. Pendant toute la durée de leur achat, je sens mon visage rougir devant leur conversation sur la forme et la transparence des dessous féminins. Il me semble que j’ai passé l’âge d’être embarrassé, mais en imaginant Syna…
STOP !!!
Je débranche une nouvelle fois mon cerveau.
Le retour se fait dans le calme et j’allais dire en douceur, mais Syna a pris le volant après avoir remarqué mon visage fatigué et mes yeux rouges. Elle a une conduite très sportive, pour ne pas dire brutale. Je trouve que ça lui correspond bien, mais je me retiens de lui dire, de peur de la froisser. Elle a un petit côté susceptible adorable. Cette information, aussi, je vais la garder pour moi.
- J’espère que vous avez passé une bonne journée, bien que vous l’avez passé à nous surveiller. Être forcé à travailler un jour de repos, pour une mission barbante en plus, je vous plains. Alors que vous avez peut-être des projets.
Comme je m’en doutais, elle ne voit que le côté pessimiste de cette mission, alors que je ne me suis pas ennuyé un seul instant. Et après m’avoir baladé dans un rayon de lingerie fine, j’ai envie de me venger en m’amusant un peu avec elle.
- J’ai passé une agréable journée à vous voir, vous amusez et être vous-même devant vos amies. Et puis, je ne sais pas si on vous l’a déjà dit, mais votre sourire est magnifique à contempler. Par contre, j’aurais pu me passer de ce moment lingerie, je conclus ma petite vengeance.
- Je… Eh bien, vous savez…, panique-t-elle le visage aussi rouge que le soleil descendant, quand Kyveli a une idée en tête, c’est difficile de lui dire non. Moi non plus je ne m’attendais pas à y aller, mais comme c’était pour me faire pardonner, je n’avais pas le choix. Désolée de vous avoir fait subir ce moment gênant.
Adorable
Je pourrais m’arrêter là, mais un côté sadique que je ne connaissais pas, m’invite à pousser plus loin.
- C’était embarrassant, mais pas au point de dire que j’ai subi. J’ai trouvé ça plutôt instructif.
Elle s’excuse de nouveau, la tête toujours en feu et le regard braqué sur la route, jusqu’à notre arrivée.
J’ai été trop loin
Voilà ce que je me dis pendant que je fais la vaisselle. À l’instant où elle a passé le pas de la porte, elle s’est réfugiée dans sa chambre prétextant de la fatigue et pour se détendre avant de passer à table. McGee m’avait prévenu que les compliments trop directs la mettait mal à l’aise. Mais j’ai voulu jouer avec elle. Maintenant, je regrette, car la simple pensée qu’elle ne veuille plus me parler, ne m’enchante guère. J’ai besoin de ma petite dose quotidienne de Syna, que ce soit nos accrochages, nos moments de drague, si je peux appeler les taquineries que nous nous lançons ainsi, et de son sourire. Je ferais n’importe quoi pour le préserver, même retourner la terre entière pour débusquer l’ordure qui lui veut du mal ou bien celui qui lui en a déjà fait. Juste pour ce sourire. Bien qu’elle m’a demandé d’oublier sa petite confession inopinée, rien n’y fais, je n’y arrive pas. L’information s’est scellée dans mon hippocampe et refuse d’y partir. Je joue encore les surprotecteurs, alors que je sais qu’elle n’aime pas ça. Mon ex-femme me l’a aussi critiqué vivement pendant que nous étions mariés ou après le divorce.
Après le repas, elle est retournée dans sa chambre, me souhaitant une bonne nuit. Elle a plutôt bien pris le fait que j’allais rester toute la nuit ici et que c’était une perte de temps que de faire l’aller-retour. Pourtant, si elle avait été contre, j’aurais volontiers appelé un collègue de dernière minute pour me relever, pour son bien-être. Un en qui j’avais pleinement confiance, comme McGee, Torres ou Knight. Principalement pour connaître la raison des cernes. Elle a beau dire que c’était l’excitation de la sortie, je me doute qu’il y ait quelque chose de plus profond. Avec eux, je sais qu’ils me diront si quelque chose ne va pas.
Maintenant que la vaisselle sèche sur l'évier, il est temps de faire mon travail. Devant sa porte entrouverte, je toque pour l’avertir de ma présence. Je n’entendais aucun bruit, alors je pensais qu’elle était déjà en train de dormir, mais je la vois debout près de son lit, téléphone à la main. Elle est vêtue d’un simple débardeur et short arrivant à mi-cuisse.
C’est vrai qu’il fait chaud dans cette planque, je devrais regarder le thermostat pour voir s’il n’est pas détraqué.
Je toussote avant de m’adresser à elle : je vais regarder les alentours avant de commencer la surveillance. Vous pourriez vous détendre comme ça.
Son corps se meut dans la direction opposée au mien, comme si elle voulait me tenir à distance de son état émotionnel. Un peu comme au début. À croire que nous sommes redevenus des étrangers l’un pour l’autre. Ce simple constat enserre la partie haute de ma poitrine. En la détaillant bien, j’ai eu l’impression de déceler de la tristesse dans ses yeux plongés sur l’écran de son téléphone. A-t-elle reçu un message qui l’a bouleversée ? Peu importe la raison. Parce que la cause n’est autre que cette ordure qui lui a fait cette cicatrice sur son épaule droite. D’une largeur d’environ cinq centimètres, elle ressemble à la tête tombante d’un tournesol n’ayant jamais rencontré les rayons du soleil. La peau, d’un rose vif, jurant avec la blancheur de son épiderme, montre l’intensité de l’explosion. Je ne peux m’empêcher de la trouver magnifique, sûrement grâce à sa forme de fleur. Même si n’importe quelle forme n’aurait rien changé au charme de Syna.
Voulant peut-être être seule, je tourne les talons et commence à sortir de sa chambre, lorsqu’une main retient mon t-shirt.
- Restez, souffle-t-elle d’une petite voix que je me demande si je ne l’avais pas rêvé.
Comment interpréter ses propos ? Veut-elle un câlin, du réconfort ou juste une autre présence avant de reprendre constance ? J’attends le corps raide par son audace d’y connaître la raison.
- Je sais que vous avez un travail à faire, mais j’ai besoin de compagnie, s’épanche-t-elle en toute honnêteté, puis dans un murmure sécuritaire : j’ai envie de parler.
Je vois. Si ce n’est que ça, je ne vois pas pourquoi je refuserai, surtout que je suis le premier à l’enjoindre à déballer son bagage émotionnel.
- Bien parlons. Je veux bien rester jusqu’à ce que vous vous endormissiez. Si cela vous va ?
Après avoir reçu son consentement, nous nous asseyons, l’un à côté de l’autre, le dos collé contre la tête du lit. Ses muscles se sont décontractés, voire relâchés, comme si ma présence, ma chaleur, lui était nécessaires et que sans ces deux éléments, elle ne pourrait jamais se relaxer.
- J’ai reçu un message de mes amies disant qu’elles s’étaient éclatées et qu’elles avaient hâte de la prochaine sortie, m’explique-t-elle la raison de son cafard en caressant l’écran de son téléphone. On vient à peine de se dire au revoir qu’elles me manquent déjà, craque-t-elle les larmes contenues inondant ses joues. Déjà que je suis peu présente, à cause du travail, maintenant, je dois les tenir éloigner, tout en restant vague. Je ne peux même pas les rassurer, car je ne sais pas ce qu’il se passe.
- Je comprends votre frustration de les tenir à l’écart, mais au fond d’elles, elles savent que vous faites ça pour les protéger, la rassurant comme je peux. C’est un mauvais moment à passer.
Sa colère explose me surprenant. Elle avait l’air tellement frêle et abattu que je me demande d’où peut venir cette énergie nouvelle.
- Pourquoi moi ? Est-ce que sans le savoir, j’ai bousillé la vie de quelqu’un et maintenant, il veut se venger ? Jusqu’à quand je vais devoir éloigner les personnes que j’aime, me cacher dans ces planques débiles et mettre en danger des personnes qui comptent pour moi. Alors que ce lâche, ce couard, se cache et fait appel à d’autres personnes pour faire le sale boulot. Qu’il vienne et mette fin à ce cauchemar.
Je sers les poings retenant la rage qui bouille en moi. Ce n’est pas contre elle que je le suis, car sa fureur est légitime. Mais contre cet individu. La mettre dans cet état de fragilité, alors qu’elle est en plein doute sur ses capacités et meurtrie par son accident. Alors je prends sa main pour la calmer et lui sors des mots durs pour la secouer.
- Hé, vous devez rester forte. Si vous flanchez, il aura gagné. Ce qu’il veut, c’est instaurer de la peur en vous et que vous doutez de vos capacités. Je sais que vous êtes plus forte que ça. Et surtout, vous n’êtes pas seule.
- Je le sais. Mais dés fois, j’en viens à penser que si j’étais morte au moment de l’accident ou si j’étais passée à l’acte, rien de tout ceci ne serait arrivée.
Quelque chose se brise en moi. Une douleur jamais ressentie encore perce ma poitrine, laissant un trou béant. Un froid parcourt mon corps de part en part. Je relâche sa main et dans un mouvement fluide, mon corps se décolle du mur, se tourne vers elle et mes bras saisissent ses épaules pour qu’elle me fasse face. Pour qu’elle imprime dans sa cervelle ce que je m’apprête à lui dire. Je ne peux pas la laisser dire ce genre de chose ! Ce n’est pas elle ! Et je vais lui faire comprendre !
- Je vous interdis de dire ça ! Je hausse le ton, son corps tremble sous l’impulsion de ma voix. Sans vous, le gosse aurait sauté. Vous lui avez sauvé la vie, à moins que ce que vous lui avez dit n’était qu’un mensonge. Ce que j’en doute au vu de votre implication émotionnelle. Aussi, je peux ajouter que vous manquerez à beaucoup de gens. Vos copines, votre mère, l’équipe et sûrement d’autres personnes que je ne connais pas.
Je remarque son visage se crisper de douleur. Dans ma colère, je n’ai pas fait attention à la pression que j’exerçais sur ses épaules. Je desserre ma prise immédiatement et tout en m’excusant, je reprends mes esprits et me réinstalle dans la position initiale, bien que maintenant, nos épaules se frôlent rendant cette promiscuité gênante.
- Ce que je voulais dire, c’était que beaucoup de personnes tiennent à vous, alors ne dites plus jamais ce genre de chose. Et… Et je ne vous aurez jamais rencontré, je souffle en baissant la voix pour ne pas qu’elle entende cet aveu.
Elle passe ses mains sur son visage pour chasser les dernières larmes restaient accrochées à ses cils et retracer des traits plus confiants. Comme ils sont censés être.
- Merci de m’avoir secoué. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris de dire tout ça. Je pensais que c’était derrière moi, mais je me suis fourvoyée. Bref, désolée de vous avoir retenu aussi longtemps.
Elle s’allonge sur le côté pour signifier que c’était la fin de notre conversation. Comme promis, je reste jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Dans un dernier moment de lucidité, elle marmonne des paroles peu audibles, mais que j’arrive à décrypter.
- Sans moi, vous aurez une enquiquineuse en moins et vous n’aurez pas eu un accident.
- Et je ne serais pas votre doudou, je me surprends à lui répondre.
- Hmm, le meilleur… doudou… du… monde…
Sa respiration s’apaise lentement. Les mouvements de sa poitrine m’informent qu’elle s’est endormie. Pourtant, je reste assis de peur de la réveiller et parce que les dernières paroles m’ont cloué sur place. Ne sachant pas comment réagir, je me penche afin de déposer un baiser sur ses cheveux. Le même que ma mère me faisait pour éloigner les cauchemars.
- Faites de beaux rêves, Syna.
Il me semble mettre jurer de sortir de cette pièce une fois que j’avais la certitude qu’elle dormait profondément. Alors pourquoi, je me retrouve allongé à côté d’elle, si près que je peux sentir son shampooing. Et pour couronner le tout, mon bras est calé sous le sien posé sur son flanc au-dessus de sa hanche.
Je repousse mon désir d’enfouir mon nez dans sa chevelure pour emmagasiner son odeur de vanille, pour réfléchir à comment j’en suis arrivé là. Après avoir embrassé ses cheveux, je l’ai regardé dormir attendant le moment où elle tomberait dans les bras de Morphée pour partir. Mais quelque chose, un bruit agréable m’a bercé et je suis littéralement tombé de fatigue.
Quel idiot !
Dans cette position, je n’arrive pas à voir si Syna dort toujours. Je ne voudrais pas la réveiller en bougeant, alors je reste ainsi jusqu’à ce que j’aperçoive un mouvement m’indiquant qu’elle est réveillée. Elle a plus besoin de repos que moi. Donc je veux bien prendre sur moi encore quelques instants. J’espère juste que ma délivrance arrivera vite. J’ai l’impression que mon corps apprécie plus que de raison la chaleur de ma voisine et il ne faudrait pas qu’il en devienne dépendant. C’est la seconde fois que nous nous retrouvions dans cette situation. Si la première fois ce n’était qu’un malencontreux accident, Syna ne s’est pas rendu compte de ce qu’elle faisait. Là, c’est entièrement de la mienne. Je n’ose pas imaginer sa surprise, ni sa réaction de nous voir enlacer ainsi.
Pendant que je me souviens de la façon dont elle avait sauté du canapé la première fois, un mouvement lent et presque indétectable bouge devant moi. Syna choisit de jouer l’ignorance.
- Bonjour, bien dormi ? Je la surprends en parlant calmement.
Je garde une attitude zen, lui signifiant que nous n’avons rien fait de mal. Nous sommes deux adultes responsables qui ont passé la nuit ensemble, avez zéro sous-entendu, ni gestes déplacés. La voir sur la défensive, comme si elle s’excusait de son existence ou que sa présence dérange, m’agace. Alors que c’est tout le contraire. Ce qui m’agace encore plus.
Alors que je m’attendais à ce qu’elle parte dans la salle de bain comme une furie, son changement de tactique me surprend. Elle me répond tout en s’étirant et se retournant dans ma direction.
- Comme un loir. Avec option doudou apparemment, me lance-t-elle avec son sourire taquin.
- Ce n’était pas voulu, mais en vous regardant dormir et en entendant vos petits bruits adorables, j’ai été happé par le sommeil.
- Je ne fais aucun bruit, s’offusque-t-elle vivement.
- Oh que si vous en faites, je lui apprends en prenant une voix plus chaude. Un mélange entre le gémissement et le marmonnement. C’est très apaisant.
Suis-je étonné de la voir partir se réfugier dans la salle de bain embarrassée jusqu’au pied ? Non. C’est toujours drôle de la voir réagir ainsi. Elle pourrait baisser ses défenses devant moi, juste un peu.
- Dites, Parker. Pouvez-vous préparer le petit-déj, pendant que je me prépare ?
Bien, c’est le signe que la récréation est fini. Je sors de la chambre en prenant soin de ne pas fermer la porte. Puis, je me dirige vers la cuisine pour savoir quoi cuisiner.
- Je ne sais pas ce que vous cuisiniez, mais ça sent drôlement bon.
Je me retourne attiré par le bruit de ses chaussures et de sa voix redevenue normale. Elle a revêtu son habit ordinaire du travail et ses joues sont rosées par la chaleur de la douche.
- Des gaufres, je lui dis quand elle s’approche du plan de travail.
- Des gaufres ?! J’adore, s’exclame-t-elle enthousiaste. En plus, ça fait longtemps que j’en ai pas mangé !
- Ouf, j’avais peur que vous étiez salé le matin.
- Sachez monsieur, que je mange de tout, je ne suis pas difficile.
Elle me fixe du regard, détaillant de haut en bas mon apparence et s’arrêtant sur mon visage.
- Si vous voulez, je peux vous remplacer pour que vous puissiez vous rafraîchir. À moins que vous n’aviez pas de tenu de rechange.
- Bonne idée. J’ai effectivement pris de quoi me changer. Mais vous êtes sur…
- Allez-y, ça va vous faire du bien.
Quand je pénètre dans la cabine, l’odeur du shampooing et du gel douche de Syna se répand dans mes narines. Dire qu’il n’y a même pas cinq minutes, elle se tenait à ma place. Mon esprit retors tente de m’implanter une image de nous deux dans cet endroit exigu. Je la chasse, ne laissant pas le temps à mon cerveau de l’imaginer. Par respect pour elle, il faut que j’arrête de la voir plus qu’une simple collègue et d’espérer plus de son côté. Mais dans mon for intérieur, je sais qu’il est déjà trop tard.