Noriko

Chapitre 19 : Logue Town (1)

Par eugegio

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    — Bien ! Je veux aller voir l’échafaud !


    — L’échafaud ?


    — Là où Roger est mort !


    — Ah oui, eh bien moi, je vais aller acheter des munitions, je vais en avoir besoin pour devenir le plus grand guerrier de tous les temps.


    — Je vais en profiter pour nous chercher davantage de vivres. En même temps, je vais m’assurer que la gent féminine locale est en sécurité.


    — J’ai besoin de nouveaux sabres.


    — Et moi de nouveaux vêtements !


    Tous avaient parlé en même temps et tous… se disputaient en même temps.


    — Ne va pas t’attirer d’ennuis toi !


    — Mais non, je vais juste me promener.


    — Un guerrier ? Commence par oser sortir du Vogue Merry.


    — Il faut bien que quelqu’un prenne soin du navire et reste à bord !


    — Mais bien sûr, la sécurité de la gente féminine. C’est une ville où rôdent tous les pirates du monde, tu ne crois pas qu’une base de la Marine serait sur place ?


    — Dans ce cas, je les protègerai de la Marine.


    — Des sabres ? Avec quel argent ?


    — Encore faudrait-il que tu trouves ton chemin jusqu’à un vendeur.


    — Si tu veux, je t’en prête, mais il y aura des intérêts.


    — Je t’ai pas demandé ton avis, le cuistot du dimanche.


    Perdue dans la contemplation du port qui s’offrait à eux, Noriko avançait sans prendre la peine de participer à la conversation.


    Sans prévenir, les garçons partirent soudainement chacun de leur côté et la manieuse d’eau sursauta lorsque la navigatrice hurla à pleins poumons qu’ils avaient intérêt à se tenir tranquilles, de ne pas se faire remarquer et de revenir à bord sitôt leurs achats terminés.


    — Tu viens avec moi ? s’enquit-elle ensuite en s’accrochant à son bras. J’ai envie de m’acheter des nouveaux vêtements.


    Noriko ouvrit de grands yeux.


Oh, bon sang…


    — Puis toi aussi, non ? continua Nami. Ça ne m’ennuie pas que tu m’empruntes les miens, au contraire, mais tu dois avoir envie de porter des choses qui te plaisent, non ?


    — Non, enfin… Tu sais, j’ai pas un seul Berry en poche, alors…


    — Je peux t’en prêter !


    La manieuse d’eau la toisa d’un air circonspect, fit mine d’être intéressée par l’architecture d’un restaurant.


    — Sans intérêts, précisa aussitôt Nami, promis.


    Noriko laissa échapper un petit rire.


    — Et si tu choisissais pour moi ? hasarda-t-elle. J’aimerais plutôt visiter la ville et je peux toujours te rejoindre après.


    À son grand soulagement, son amie fut enchantée de l’idée et joignit ses mains devant elle.


    — Je vais te trouver des chaussures ! s’émerveilla-t-elle.


    La jeune femme aux cheveux blancs regarda ses pieds. Il était vrai que ses bottines n’avaient pas fière allure et la perspective de s’en débarrasser l’intéressait au plus haut point. En revanche, l’idée de parcourir inlassablement quantités de boutiques sans jamais en voir la fin était toute autre.


    — Je te fais confiance, sourit-elle en levant la tête.


    — T’aurais dû suivre Luffy, songea subitement son amie, ça nous aurait donné un prétexte pour le surveiller.


    — Il est parti en courant et je préfère prendre mon temps.


    Après un signe de main, Nami s’engouffra dans une boutique et Noriko continua son chemin, bien décidée à trouver une bibliothèque.




    — Vous avez un registre de tous les pirates recherchés durant les deux dernières décennies ?


    — Votre demande est plutôt précise jeune fille.


    Noriko avait dû demander son chemin plusieurs fois. À présent, elle se trouvait dans une vieille bâtisse froide et mal éclairée, et la personne qui lui faisait face remplissait tous les critères de la vieille dame acariâtre qui n’avait pas envie d’être dérangée.


    — Je recherche un pirate, précisa-t-elle.


    — Vous êtes une chasseuse de prime ?


    — Oui, c’est ça. Je chasse, euh… les primes.


    — Vous m’en direz tant. Suivez-moi.


    Sans aucune bonne volonté, la dame la conduisit à travers les différentes allées de la salle principale jusqu’à un coin reculé où avait été disposée une vieille table fatiguée et une chaise qui semblait avoir vécu plusieurs jeunesses. Elle lui indiqua plusieurs étals de livres du bout du doigt et l’invita à prendre tout son temps pour les consulter. Sans un mot de plus, elle tourna ensuite les talons et disparut derrière une étagère.


    — Une dame charmante, marmonna Noriko pour elle-même tout en espérant ne pas avoir été reconnue.


    Elle prit un livre au hasard et le feuilleta en vitesse. Elle s’attendait à trouver des avis de recherche collés en vrac et sans logique aucune, mais fut surprise d’avoir une véritable encyclopédie entre les mains. Classés par période et par ordre alphabétique, les différents portraits proposés étaient tous accompagnés d’une légende expliquant pourquoi la personne était recherchée.


    Elle tira la chaise inconfortable – peu rassurée par le grincement strident qui s’en échappa quand elle s’assit dessus – et plongea dans une lecture qui s’annonçait interminable.


*****


    À plusieurs semaines de navigation de Logue Town, sur une île perdue au milieu de nulle part, Mihawk reposait une chope de bière vidée d’une seule traite.


    En cette fin de matinée, il avait accepté la boisson à contrecœur et regrettait amèrement le vin rouge qu’il était habitué à boire. Le liquide tiédasse avalé en trois gorgées pour faire passer son immonde amertume lui avait presque arraché une grimace. Nul doute qu’il faudrait quelque chose de plus fort pour chasser le goût infect qui imprégnait désormais sa langue.


    Il opta donc pour une bouteille de rhum ambré et retira le bouchon de liège à l’aide de ses dents.


    Une claque joyeuse s’abattit sur son dos. Le précieux liquide déborda de son contenant et Mihawk inspira par le nez pour rester calme.


    — Je t’avais bien dit que t’avais soif !


    Tandis que son éternel rival riait grassement de sa propre blague en donnant des coups de coude à l’un de ses camarades, le Grand Corsaire haussa les sourcils et secoua sa main imbibée d’alcool.


    Isolé sur cette île dépourvue de toute civilisation, assis sur un tronc d’arbre à moitié pourri et cerné par des hommes passablement ivres, il se demandait encore comment un Empereur pouvait camper dans un trou pareil.


    — À Luffy ! hurla Shanks le Roux en levant son verre. Il faut fêter sa réussite !


    Tout en l’imitant, ses compagnons manifestèrent joyeusement leur enthousiasme, bien décidés à profiter de cette fête improvisée.


    Mihawk roula des yeux, regrettant presque d’avoir montré l’avis de recherche de Monkey D. Luffy.


    Lors de sa rencontre avec ce dernier et grâce au chapeau de paille qu’il portait, il l’avait tout de suite reconnu comme étant le prodige dont Shanks lui avait longuement parlé. Dans le temps, le couvre-chef avait appartenu à l’Empereur – hérité de son défunt capitaine Gold D. Roger – et il l’avait ensuite confié au jeune garçon il y a plus de dix ans.


    Mihawk s’était passé de commentaire la première fois que celui qu’il considérait presque comme un ami lui avait rapporté cette histoire – un pari sur l’avenir selon lui. Tout ce qu’il avait retenu, c’était que Luffy avait été sauvé par Shanks et que celui-ci y avait laissé son bras gauche. Une blessure ridicule pour le peu de dangers qu’offrait la mer d’East Blue, et surtout, une perte importante qui avait mis un terme à leurs duels légendaires.


    Obstiné, Shanks avait bien évidemment voulu les continuer, mais Mihawk avait refusé sous prétexte que cela lui aurait donné mauvaise grâce de régler de vieux comptes alors qu’il n’était même plus entier.


    Le Grand Corsaire avala une bonne rasade de rhum qui n’était pas aussi mauvais qu’il l’avait pensé. Une autre raison l’avait poussé à venir rencontrer son ancien rival et même s’il n’avait aucune envie d’entendre la moindre remarque sarcastique à ce sujet, il n’avait pas vraiment d’autre choix que d’en débattre avec lui. Avec un profond soupir, il posa la bouteille à ses pieds et fouilla la poche de son long manteau pour en sortir un autre avis de recherche.


    — C’est rare que tu quittes ton île, se moqua Shanks qui l’observait depuis quelques instants.


    — Je n’étais pas venu pour boire, mais force est d’admettre que tu sais te montrer très persuasif.


    Les joues déjà rouges, le capitaine accusa son regard réprobateur et afficha un sourire narquois.


    — Trois ans sans nouvelles et il trouve le moyen de me faire des reproches !


    Mihawk lâcha un souffle amusé, puis glissa l’affiche sur la souche d’arbre qui faisait office de table.


    — Exactement, et permets-moi de te dire que tu n’es pas au bout de tes peines, cingla-t-il en tapotant le portrait.




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