Noriko

Chapitre 22 : Logue Town (4)

Par eugegio

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    Le vent s’était levé et soufflait de plus en plus fort. Balayée par une pluie torrentielle, Noriko tituba sur quelques mètres tout en protégeant son visage derrière ses mains liées.


    Elle voyait à peine et n’était même plus sûre de l’endroit où elle se trouvait. L’échafaud était-il toujours tout près ?


    Concentre-toi.


    Elle inspira. La pluie arrêta d’inonder son visage et le saignement de sa plaie reprit de plus bel. Au-dessus de sa tête, un halo invisible s’était créé, déviant les innombrables gouttes de pluie.


    Elle porta ses poignets à ses dents et s’attaqua à la corde qui coupait presque sa circulation sanguine.


    — Elle est là ! hurla une voix.


    Elle n’eut pas le temps de réagir. Une main empoignait déjà ses cheveux tandis qu’un pied s’enfonçait dans l’arrière de son genou pour faire ployer ses jambes. Son seul réflexe fut de mettre ses poings devant sa poitrine pour amortir sa chute.


    Elle voulut se débattre, mais un talon s’enfonça entre ses épaules et lui coupa le souffle.


    — La laisse pas s’enfuir ! aboya une autre voix.


    Elle grogna en gigotant de toutes ses forces. Si elle n’agissait pas tout de suite, elle perdrait connaissance.


    Une puissante montée d’adrénaline parcourut son corps et toute sensation de brûlure autour de ses poignets disparut quand elle plaqua ses paumes sur le sol.


    Son énergie focalisée, elle créa un puissant torrent d’eau et fut étonnée de la force avec laquelle elle se retrouva projetée en arrière – qui entraîna également son assaillant ainsi que plusieurs de ses camarades.


    Noriko atterrit lourdement sur sa hanche et siffla de douleur, tandis que la pluie la trempait de nouveau. Sa respiration retrouvée, elle ne perdit pas de temps et s’éloigna au plus vite.


    Autour d’elle, les pirates gisaient à terre, certains étaient inconscients tandis que d’autres la regardaient avec hargne avant de s’élancer à sa poursuite.


    Désemparée, elle mordit encore ses liens, mais la corde mouillée rendait le nœud impossible à défaire et le rythme emballé de ses battements de cœur l’empêchait de suffisamment se concentrer pour les recouvrir d’eau pour en absorber la totalité.


    Plus Noriko avançait, plus l’adrénaline retombait, laissant place à une douleur lancinante sur le haut de sa tempe.


    Des cris fusaient, des coups de feu résonnaient et, même si cela n’avait aucun sens, il semblait que les pirates se battaient entre eux.


    La manieuse d’eau se figea quand elle crut apercevoir un homme portant un uniforme de soldat.


    Si la Marine était ici, cela expliquait le mouvement de panique de la part de ses ennemis. Elle avait dû avoir vent du grabuge qui se déroulait sur la Grande Place et avait donc décidé d’intervenir.


    Noriko avisa ses bottes, nettoyées par la pluie, et sentit ses jambes trembler. Elle inspira et reprit sa course. Il fallait qu’elle trouve Luffy et qu’ils s’enfuient au plus vite.


    Un homme la plaqua violemment au sol et l’écrasa de son poids.


    — Je la tiens ! Je l’ai, je…


    Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, elle n’eut pas le temps de réagir.


    Une main posée sur sa gorge tranchée en deux, les yeux écarquillés, le pirate agonisa quelques secondes, puis tomba lourdement sur elle.


    D’abord paralysée d’horreur, Noriko paniqua quand elle fut aspergée de sang qui coulait à flots, l’aveuglant complètement.


    Le corps sans vie de son assaillant fut tiré en arrière et elle se débattit lorsque deux mains la redressèrent par les épaules.


    — Regarde-moi !


    Ses yeux furent nettoyés par la pluie, puis vivement essuyés et Zoro apparut enfin dans son champ de vision.


    — Ça va !?


    Soulagée, elle ouvrit la bouche sans réussir à parler.


    Le bretteur fut repoussé d’un coup d’épaule et lâcha un horrible juron.


    — Nori-Jolie !


    — Vous… Vous êtes venus, balbutia-t-elle tandis que Sanji maudissait ceux qui s’en étaient pris à elle.


    — On a fait aussi vite que possible, bougonna Zoro, toute la ville parlait d’une exécution. Maintenant que t’es debout, on dégage.


    — Laisse-lui du temps, merde, grommela aussitôt le cuisinier, tu vois bien qu’elle est pas en état.


    — Ça va, elle est vivante, elle peut marcher, non ?


    — Eh, je te rappelle que sans moi, tu chercherais encore la grande place, alors commence pas à donner des ordres.


    — T’as dit quoi, là ?


    Noriko essuya son visage tandis que ses deux amis se livraient à un combat d’insultes. Son cœur menaçait de briser sa cage thoracique et ses mains tremblaient encore, mais le moment était mal choisi pour se laisser aller. Elle avala sa salive et se força à reprendre son calme.


    — Luffy est sur l’échafaud, indiqua-t-elle. Je crois que la Marine nous encercle et tente d’arrêter tout le monde.


    — On va s’en occuper, avertit Zoro en dégainant deux sabres flambant neufs. Nami et Usopp sont partis lever l’ancre. On récupère l’autre crétin et on fonce vers le port.


    — Si la situation n’était pas aussi grave, je te ferais ravaler ton manque de galanterie.


    Noriko se plaça entre les deux garçons pour éviter une nouvelle dispute.


    — Enlevez-moi ça, dit-elle en montrant ses liens, je vais vous aider.


    Un pirate tomba à leurs pieds, vaincu par un soldat. Ce dernier ouvrit de grands yeux et leva son sabre dans leur direction. Zoro fut plus rapide et le Marine tomba raide mort.


    — Faut pas rester là !


    Sans attendre, il disparut derrière le rideau de pluie et des bruits de lames s’entrechoquant s’ajoutèrent au brouhaha régnant sur la grande place.


    — Tu peux marcher ? demanda Sanji en tentant de défaire les liens.


    Un éclair illumina les lieux. Noriko pâlit instantanément. C’était bref, mais elle avait très clairement reconnu Smoker. Elle attrapa le col de Sanji et serra avec force.


    — Un Colonel se trouve ici ! Je sais pas si on fera le poids contre l…


    Sanji fit soudainement deux tours sur lui-même : Noriko avait posé ses mains sur son torse. Il prit ses paumes dans les siennes et assura avec une fierté non dissimulée qu’il la protègerait, avant de réciter un poème.


    Déconcertée, la manieuse d’eau cligna plusieurs fois des yeux. Comprenant qu’il était sérieux et qu’elle ne serait pas libérée de sitôt, elle soupira de lassitude et le força à la suivre.


    Ils retrouvèrent Zoro, à moitié couvert de sang. À ses pieds gisaient plusieurs corps, dont certains portant l’uniforme de la Marine. Lorsqu’il aperçut le visage hébété de Sanji qui gloussait bêtement, il afficha un air dépité.


    — Qu’est-ce qui lui arrive encore à cet imbécile ?


    — Rien d’inhabituel, rétorqua Noriko en balayant l’air de sa main. On a plus important, un Colonel est sur place et…


    Elle se tut.


    La pluie venait subitement de cesser de tomber.


    Pris de court, tous les pirates et Marines encore en vie avaient momentanément cessé de combattre. Tous s’entreregardèrent, sans comprendre.


    Un silence glacial régnait en maître sur la grande place, très vite brisé par le rire de Luffy, reconnaissable entre mille.


    — Je deviendrai le Roi des Pirates !


    Les trois amis levèrent la tête vers le sommet de l’échafaud, où leur capitaine n’avait pas bougé. Il les aperçut à son tour et afficha un grand sourire.


    — Désolé les gars, je suis mort !


    Ils eurent tout juste le temps de retenir leur souffle au moment où Baggy le Clown abaissa sa lame.




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