Dans les airs, proférant des injures envers leur capitaine, Sanji et Noriko étaient déboussolés. Apercevant toujours la ville sous leurs pieds, ils se rendirent compte qu’ils redescendaient dangereusement.
Noriko attendit le bon moment et envoya une énorme bulle d’eau afin d’amortir leur chute.
Sanji battit des jambes pour rester à la surface, tendant sa main vers son amie qui se laissait lentement submerger. Il fut englouti à son tour. Ou plutôt, il resta exactement à la même hauteur, la bulle se soulevant dans les airs, sans pour autant les emporter avec elle. Il comprit et cessa de lutter. Arrivé au fond, il atterrit en toute sécurité sur le sol, tendit les bras et rattrapa Noriko.
— Merci, souffla-t-elle, encore secouée de son voyage.
La bulle s’évapora au-dessus de leurs têtes et disparut.
— Beau réflexe, Nori-jolie. Tu nous as évité un atterrissage corsé.
— Oui, j’en ai profité pour nous sécher, mais vu la pluie, ça ne servira à rien.
— Quand l’eau vient de toi, tu peux y respirer ? C’est une partie de toi, après tout.
— Non, encore un des mystères de mon pouvoir. Ça reste de l’eau et je peux même m’y noyer… euh, Sanji ? Tu vas bien ?
Le jeune cuistot était complètement figé, la bouche grande ouverte, le cœur battant la chamade : Noriko était toujours dans ses bras et il avait les yeux rivés sur sa poitrine. Il fit un tour sur lui-même, si bien qu’elle dut s’agripper à sa nuque.
— Nori-jolie, tu es telle une princesse venant droit d’un conte de fée, et moi je suis ton preux chevalier servant. Soit sans crainte, je vaincrai ceux qui se mettront en travers de notre route et je te protègerai au péril de ma vie. Non, non, ne me dis rien. Je ne veux pas savoir si tu es dans la capacité de marcher ou non. C’est enfin à mon tour de te porter et je remplirai mon devoir à la perfection.
Il regardait au loin, empli de fierté, prêt à défier le monde qui l’entourait.
— Eh bien, jeune chevalier, si tu veux vraiment me sauver, tu devrais peut-être commencer par trouver le port, lui répondit-elle avec un sourire amusé.
— Avec plaisir, ma princesse !
Sur ces mots, il partit en courant et Noriko fut impressionnée de voir la vitesse à laquelle il pouvait se déplacer lorsqu’il était motivé.
Après une course effrénée, ils croisèrent un visage familier qui remontait la rue dans leur direction.
— Qu’est-ce qu’il fiche encore ici, cet abruti ? Eh ! Tête de cactus, on peut savoir où tu vas ?
— Je rejoins le port, comme prévu, rétorqua Zoro d’un ton agacé.
— Mais c’est de là que tu viens, pourquoi tu es en sens inverse ? demanda Noriko.
— Je me suis trompé de chemin au début, je pensais le retrouver en revenant sur mes pas. Pourquoi tu marches plus, toi ?
— Quel idiot, lâcha Sanji.
— T’as encore envie de te battre ?
— Vous ferez ça plus tard, temporisa la manieuse d’eau, il faut qu’on se dépêche, j’ai l’impression que la tempête n’est pas encore terminée.
Sous une pluie désormais battante, ils atteignirent enfin le port. Sanji déposa Noriko au sol et tenta vainement de s’allumer une cigarette.
— Et maintenant ? questionna-t-il, le Vogue Merry devait être là.
— J’espère qu’il n’a pas été emporté par le vent, imagine si…
La jeune pirate aux cheveux blancs n’eut pas le temps de terminer sa phrase et dut se protéger le visage. Une impressionnante rafale de vent manqua de les balayer tous les trois.
— Ça ne peut pas être une tempête naturelle : on n’est même pas sur Grand Line ! expliqua Noriko.
— Il faut qu’on bouge et qu’on trouve les autres ! cria Zoro.
— Vous entendez ? On dirait la voix de Nami-chérie !
— Là-bas !
Au large de la ville, la silhouette du Vogue Merry se découpait et tanguait dangereusement. À bord, Nami et Usopp se démenaient en courant dans tous les sens.
— Ils ont dû prendre la mer par précaution, il faut…
Sanji fut coupé au milieu de sa phrase. Quelqu’un avait atterri non loin d’eux, créant un fracas épouvantable. L’individu se releva, puis se mit à courir dans leur direction, les bras tendus, un immense sourire sur le visage et un chapeau de paille sur la tête.
— EEEEH ! LES AMIS !
— Luffy ? s’étrangla Sanji. Mais qu’est-ce…
— Je me suis envolé !
— Hein ?
— Tenez-vous prêts !
Noriko ouvrit de grands yeux. Les deux mains du capitaine venaient d’agripper un mur tout près d’eux. Les bras tendus, le tout formait une sorte de fronde humaine.
— Il va quand même pas…
— Quel crétin, pesta simultanément Zoro, il a pas intérêt…
— Il va nous tuer à force, s’emporta Sanji. Luffy ! Ne t’avise pas de…
— ON S’ACCROCHE !
Trop tard. Malgré leurs protestations, le Chapeau de Paille fusa brusquement vers eux à une vitesse folle, se servant de son propre corps comme projectile. Il les percuta de plein fouet et les emporta dans son élan.
— Atterrissage réussi ! cria le capitaine en levant ses deux poings.
— T’as failli nous tuer ! hurlèrent ses compagnons d’une seule voix.
Luffy rit aux éclats, évitant les coups de Zoro, Sanji et Noriko.
— Je suis contente que vous n’ayez rien, s’enjoua Nami. On a dû quitter le port pour protéger le navire, ça devenait dangereux de rester près des côtes.
— Allez ! On met les voiles ! ordonna Luffy qui n’écoutait absolument pas.
Tous s’entreregardèrent avant de soupirer de lassitude. Puis, sous les ordres de la navigatrice, ils s’activèrent pour s’éloigner au plus vite de la tempête.
Logue Town étant désormais loin, l’équipage se réunit autour d’un tonneau pour fêter leur avancée vers Grand Line. Malgré la pluie qui tombait toujours à verse, tous affichaient un grand sourire : bientôt, East Blue serait derrière eux.
Luffy leva son chapeau.
— Les amis ! C’est ici que notre voyage commence réellement, alors faisons cette aventure ensemble et atteignons chacun notre plus grand rêve !
Tour à tour, symboliquement, chacun mit son pied droit sur le tonneau.
— Je trouverai All Blue !
— Je deviendrai le Roi des Pirates !
— Et moi, le meilleur sabreur du monde !
— Je cartographierai la terre entière !
— Euh, bah moi, je deviendrai un valeureux combattant des mers !
— Je trouverai mon père !
— En route, alors ! Pour Grand Line ! hurla Luffy.
— Ouais ! crièrent-ils tous ensemble.