Noriko

Chapitre 26 : Une sage décision

Par eugegio

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    Noriko se réveilla en sursaut. En sueur, le cœur battant à tout rompre, elle se redressa et passa frénétiquement ses mains sur son cou. Il y a longtemps qu’elle n’avait plus fait ce cauchemar. En panique, elle chercha à tâtons où elle était, et lorsque ses yeux s’habituèrent à l’obscurité, elle constata qu’elle était à bord du Vogue Merry, dans son lit.


    Il fallait qu’elle se calme, elle ne risquait absolument rien. Elle tourna la tête et aperçut Nami qui dormait à poings fermés. Elle ajusta la couverture sur ses épaules et se leva sans faire de bruit. Elle ramassa un sac au sol et se dirigea vers le pont.


    Bien qu’elle soit peu couverte, elle n’avait pas froid. La nuit était douce et le vent avait cessé de souffler, rendant la mer calme et paisible. Elle joignit ses paumes, fit apparaître de l’eau et se nettoya le visage avec. Elle prit une grande bouffée d’air frais et se sentit un peu mieux.


    Lorsqu’elle leva les yeux, elle fut témoin d’un magnifique ciel étoilé. En gardant le nez en l’air, elle songea à tout ce qu’elle avait traversé, à toutes les souffrances qu’elle avait dû endurer.


    C’est en ouvrant son sac que Noriko commença à trembler. Ses mains avaient du mal à défaire le nœud qui le maintenait fermé et elle dut s’y prendre à plusieurs reprises pour y arriver. Au bout de quelques minutes, elle en sortit son butin : des bottes. Celles qu’elle avait volées cette nuit-là au Marine qui avait tenté de la tuer.


    De nouveau, elle était de retour au milieu de cette forêt et de nouveau, elle était allongée, étendue au sol.


    À partir de ce moment-là, ses souvenirs étaient flous.


    Elle se revoyait se relever, trempée de la tête aux pieds, et tituber en toussant jusqu’aux deux soldats affalés sur le sol. Elle tomba à genoux près d’eux et constata qu’ils étaient aussi mouillés.


    Instinctivement et sans réfléchir, elle récupéra la veste du Marine qui l’étranglait quelques instants plus tôt et défit les lacets de ses chaussures.


    Habillée, elle passa une main au-dessus de sa tête et absorba toute l’eau qui était sur elle. Elle fut séchée en moins d’une minute et revigorée par la chaleur qui envahit son corps.


    Sans un regard en arrière, elle tourna les talons et s’enfonça à travers les arbres.


    Son visage était tuméfié, sa gorge la faisait souffrir, son corps meurtri la faisait tanguer à chaque pas, sa cheville douloureuse ne lui permettait pas d’aller vite, les larmes qui coulaient sur ses joues lui brouillaient la vision, mais rien, rien de tout ça ne l’empêchait de continuer d’avancer. Chaque respiration était une torture : une de ses côtes devait être brisée ou fêlée dans le meilleur des cas.


    Ce n’est que beaucoup plus tard, lorsqu’elle se sentit hors de danger, lorsqu’elle tomba de fatigue, qu’elle se permit de craquer. Seule au milieu de la nuit, au milieu de la forêt, elle poussa un grand cri qui se perdit dans le ciel.


    Noriko était accroupie, près de la rambarde, tenant les bottes dans ses bras, les larmes aux yeux. Elle n’avait jamais pris la peine de vérifier le pouls des deux soldats, les angles bizarres que formaient leurs corps après l’impact suffisaient à faire comprendre qu’ils ne respiraient plus.


    C’était elle ou eux, eux ou elle. Si c’était à refaire, elle recommencerait sans hésiter.


    Elle ôterait sans doute la vie à d’autres personnes qui s’en prendraient à elle et n’aurait aucun scrupule à le faire, car ce n’est pas cela qui lui tourmentait l’esprit.


    Ce qui l’inquiétait, c’est qu’elle n’avait aucune idée de ce qui s’était passé. Si les deux hommes étaient trempés, c’est qu’elle avait dû utiliser son pouvoir, et qu’elle l’avait fait sans s’en rendre compte.


    Était-elle réellement à l’origine de leur mort ? Était-ce le choc qui les avait tués ? Ou bien, s’étaient-ils noyés ? Et si ce n’était pas son Fruit du Démon qui en était la cause, qu’est-ce qui l’avait sauvée ?


    Noriko secoua la tête. Elle ne voulait plus se poser ces questions. Elle se redressa et regarda à l’horizon, puis avec une grande inspiration, balança les bottes une par une, aussi loin qu’elle le put. Elle récupéra son sac, tourna le dos à cette partie de son passé et retourna se coucher, le cœur enfin allégé.




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