Bien que sa nuit ait été agitée, Noriko se réveilla en pleine forme. Elle secoua Nami afin de l’inviter à lui montrer tout ce qu’elle avait acheté. Même si la navigatrice ne fut pas ravie de ce réveil surprise, elle retrouva rapidement le sourire à l’idée d’exposer toutes ses trouvailles.
Après s’être assurées que les garçons ne feraient pas de bêtises pendant leur absence, elles passèrent une partie de la matinée à essayer de nouvelles tenues. Comme convenu, Nami lui avait acheté de nouvelles chaussures.
— Je pense qu’elles te plairont, lui avait-elle dit la veille avant d’aller se coucher.
En effet, Noriko ne fut pas déçue et désormais, elle portait aux pieds de nouvelles bottes noires, à sa taille cette fois.
— Je t’ai également pris trois paires de chaussures différentes au cas où celles-ci te rappelleraient trop les anciennes.
Nami farfouilla dans un grand sac.
— Je t’ai même pris des sandales, elles sont…
— Je les adore !
Noriko était encore en train d’admirer ses pieds chaussés et ne prêtait même plus attention à ce que lui montrait son amie.
— Vraiment ?
— Oui, merci ! Je te rembourserai dès que possible.
— Je te les offre.
— Alors je te rembourserai le reste, rétorqua-t-elle en se déchaussant.
Nami coupa court à la conversation qui devenait embarrassante.
— On en reparlera une autre fois, je dois aller m’assurer que le cap est toujours maintenu. Je fais pas trop confiance aux quatre idiots qu’on a laissés sans surveillance.
Noriko voulut protester, mais la navigatrice avait déjà claqué la porte.
C’était certainement la première et dernière fois que Nami refusait de l’argent. Ayant toujours l’intention de la rembourser, Noriko haussa les épaules.
C’était la première fois qu’elle avait autant d’affaires. Au milieu de tous ses nouveaux vêtements éparpillés sur le sol et sur le lit, elle ne savait même plus où donner de la tête.
Au bout d’une bonne vingtaine de minutes, elle avait fait son choix et s’observait dans le miroir. Vêtue d’un pantalon marron avec plusieurs poches sur les jambes et d’un débardeur noir à fines bretelles qui laissait apparaître son ventre, elle passa une chemise blanche sur son dos pour compléter sa tenue. Elle prit le temps de retrousser ses manches, ferma deux boutons au niveau de sa poitrine et noua ensemble les deux pans du vêtement devant son nombril.
Nami avait également acheté un ruban orange pour couvrir son tatouage. Même si la manieuse d’eau n’aimait pas cette couleur, elle l’accrocha autour de son bras pour lui faire plaisir et faire ainsi preuve de sa reconnaissance.
— Elle a pensé à tout, murmura-t-elle avec amusement.
Face à son miroir, elle recoiffa une mèche de sa longue chevelure blanche puis tapota ses joues pour les rosir.
Pour la première fois depuis très longtemps, Noriko s’autorisa à penser qu’elle se trouvait jolie. Sa confiance en elle s’accroissait de jour en jour et elle en était satisfaite. Elle se sourit à elle-même et s’encouragea intérieurement.
Après avoir machinalement caché son collier sous son débardeur, elle chaussa ses nouvelles bottes. Tandis qu’elle nouait son deuxième lacet, son regard fut attiré par son bracelet à perles rouges qui ne la quittait jamais.
Elle l’observa comme si elle le voyait pour la première fois et le caressa du bout des doigts. Son rythme cardiaque s’accéléra.
Bientôt…
Elle souffla longuement pour retrouver son calme. Même si elle se languissait, elle devait rester patiente et se concentrer sur son propre objectif, comme elle l’avait promis.
— Noriiiii !
Sortie de ses pensées par l’appel de son capitaine, elle se leva d’un bond et rejoignit ses camarades.
Une fois sur le pont, elle remarqua tout de suite ce qui n’allait pas. Un coup d’œil aux voiles confirma ses craintes.
— Me dites pas qu’on est sur Calm Belt ? s’étrangla-t-elle.
— Tu connais cette mer ? demanda Usopp. Nami vient de nous expliquer ce que c’était.
Cernant Grand Line de part et d’autre comme deux immenses couloirs, Calm Belt empêchait quiconque d’atteindre la mer de tous les dangers sans passer par Red Line. Personne n’y naviguait, et pour cause, l’absence de vent rendait toute manœuvre impossible.
— Il faut partir d’ici tout de suite ! paniqua Noriko en se précipitant vers Nami.
— C’est ce que je me tue à leur dire, s’agaça la navigatrice, mais ils comprennent pas l’urgence de la situation !
— Pourquoi vous êtes aussi…
Zoro n’eut pas le temps de finir sa phrase. Le Vogue Merry fut projeté dans les airs. Luffy, qui était monté sur le mât, manqua de tomber et se rattrapa de justesse. Tout l’équipage fut secoué et chacun s’accrocha à ce qu’il pouvait en hurlant.
Se tenant fermement à une rambarde, Noriko regarda autour d’elle et écarquilla les yeux de terreur. Autour du navire, des dizaines de Créatures Marines – communément appelées Rois des Mers – avaient fait leur apparition. Féroces, dévorant tout ce qui se trouvait sur leur chemin, leur taille devait avoisiner les cent mètres de haut et plus du double concernant leur longueur.
C’était la première fois que Noriko en voyait en vrai et elle comprenait enfin le vrai risque de naviguer sur Calm Belt. Il s’agissait tout simplement de leur territoire et les Chapeaux de Paille venaient tout juste d’y faire irruption.
La manieuse d’eau déglutit et réfléchit à toute vitesse. Durant ses sessions d’études, Mihawk lui avait appris à faire la différence avec les Monstres Marins qui eux, étaient beaucoup plus petits et pouvaient même se montrer dociles. Elle repensa à Meuh-Meuh qu’Arlong avait apprivoisé et songea avec ironie que même si elle l’avait aperçue volant dans les airs, elle l’avait trouvée énorme et avait bien été contente de ne pas avoir eu à l’affronter.
Noriko se força à reprendre ses esprits. Elle regarda par-dessus la rambarde et constata que le Merry ne touchait plus la surface de l’eau. Sortir les rames serait donc inutile.
Un mouvement attira son regard. Lorsqu’elle se retourna, son estomac tomba dans ses talons et un cri s’échappa de sa bouche : un œil géant lui faisait face.
— Arrêtez de bouger ! aboya Zoro, vous allez attirer leur attention.
— Tu vois bien que c’est trop tard, pesta Sanji, ils savent très bien qu’on est là !
— OUAIS, C’EST TROP GÉNIAL ! s’extasia Luffy en sautant dans tous les sens.
Nami et Usopp étaient pétrifiés et se contentaient de rester allongés à même le sol, blancs comme du linge, tout en se tenant les mains.
— Je veux rentrer chez moi, c’est pas une vie, je veux plus être pirate, se lamenta la navigatrice.
— Je viens avec toi, je veux retourner sur East Blue, renchérit le menteur invétéré.
— Vous croyez que c’est le moment !? s’emporta Noriko en brandissant un poing menaçant. On est littéralement sur le nez d’un de ces monstres !
— Luffy, je sais que t’es content, mais faut faire quelque chose, pressa Sanji.
— Je pourrais le découper, proposa Zoro.
— Tu serais capable de le rater, rétorqua amèrement le cuisinier.
— Laissez passer ! clama le capitaine en les poussant de son chemin.
Malgré les protestations de ses camarades, Luffy se jeta par-dessus bord, uniquement retenu par l’une de ses mains agrippant le bastingage. Son bras s’étendit et son corps disparut dans la narine de la Créature Marine sur laquelle ils étaient perchés.
Lorsqu’il remonta, il riait aux éclats.
Le navire trembla dangereusement et tous furent secoués.
— Qu’est-ce que t’as foutu, crétin !? fulmina Zoro.
— Je lui ai arraché un poil du nez ! répondit joyeusement le Chapeau de Paille.
Noriko se décomposa face à l’idée stupide de son capitaine.
— Putain de bordel de…
Sans prévenir, le Roi des Mers remua la tête, puis éternua d’une force phénoménale. Personne n’eut le temps de réagir.
Dans un immense fracas, le Vogue Merry fut projeté à plusieurs kilomètres.
Fendant les cieux à une vitesse folle et appréhendant l’amerrissage, l’équipage hurla, tandis que le rire de leur capitaine résonnait inlassablement à travers le ciel.