— Qu’est-ce qui s’est passé ? bredouilla Usopp. C’était quoi ce… ces choses ? Je veux plus jamais les revoir de ma vie.
— C’est pas gagné, grimaça Noriko, Grand Line en recèle beaucoup.
— Je croyais que c’était que sur Calm Belt.
— Elles vivent principalement ici parce qu’elles sont tranquilles, mais ce sont des Créatures Marines, et comme leur nom l’indique, elles vivent dans l’eau ; bien sûr que tu vas en revoir d’autres.
— Mais c’est pas une vie, ça…
Tous avaient été projetés un peu partout à bord du navire et se relevèrent en gémissant de douleur, en se frottant la tête, un bras, un poignet ou même un genou. Seul Luffy, qui était en caoutchouc, n’avait rien eu et se vantait de leur chance de s’en être sortis indemnes.
— Parle pour toi, commenta Sanji. Tout le monde est là ? Nami-chérie ?
— Oui, répondit-elle, un peu secouée mais je n’ai rien.
— Nori-jolie ?
— Je suis là, Sanji.
— Bien, l’équipage est au complet.
— Et nous alors, s’insurgea Usopp, on peut passer par-dessus bord !?
— Ce serait une triste perte, mais qu’est-ce qu’un voyage s’il comporte pas de risque ? lança le cuistot en s’allumant une cigarette.
— Ça va être toi la perte !
— Laisse tomber Usopp, calma Zoro qui était accroché à l’échelle menant au poste de vigie. Nami, on est où ? Le cap est maintenu ?
— Je vais vérifier ça, dit-elle en se précipitant dans la salle de réunion.
— Le vent est de retour, ce qui veut dire qu’on est sortis de Calm Belt, indiqua Noriko en pointant l’horizon du doigt. Les monstres devraient être par-là vu qu’on a atterri de ce côté.
— On est toujours dans la bonne direction ! cria Nami en revenant avec une boussole et une carte en main.
Une vague de soulagement balaya les Chapeaux de Paille.
Luffy se précipita vers sa place favorite : le sommet de la figure de proue du Merry.
— En avant et cap sur Red Li… Hein ? Euh, c’est normal, ça ?
Ses amis suivirent son regard. Au loin, de gros nuages noirs promettaient une violente tempête.
— Aucun doute sur notre trajectoire, précisa Nami, on se rapproche de notre but. Bien ! Réunion : nous devons organiser notre escalade.
— Escalade ?
L’équipage se pencha sur la carte volée.
— Droit devant nous se trouve Red Line. Ce qui nous intéresse, c’est la Reverse Mountain qui nous permettra d’atteindre Grand Line. Noriko, tu dois savoir comment l’atteindre, non ?
Elle secoua la tête et se rembrunit.
— Je suis née et j’ai grandi sur Grand Line, mais je n’en suis jamais sortie par moi-même. J’étais enfermée quand j’ai rejoint East Blue.
— Oh, excuse-moi…
— Montre-moi la carte, continua Noriko pour chasser de mauvais souvenirs, t’es sûre qu’elle est fiable ?
— Baggy était vert quand je l’ai volée, c’est qu’elle doit être vraie.
— Sacré Baggy, s’amusa Luffy, j’étais content de le revoir.
— Je te rappelle qu’il a failli te tuer et moi avec, cingla Noriko.
— Je me demande si on le reverra, songea Luffy qui écoutait à peine.
— C’est pas notre priorité, rétorqua Nami. On se concentre. Si on en croit la carte, il y a un canal qui remonte la Reverse Mountain, c’est pas très clair, c’est écrit Cap des Ju…
Elle plissa les yeux en pestant contre l’encre à moitié effacée.
Noriko fronça les sourcils : elle connaissait assurément ce nom.
— Donc quand tu parles d’escalade, tu parles de remonter une montagne ?
— T’as tout compris, Zoro.
— Mais c’est impossible, grogna Usopp en récupérant la barre.
— Les forts courants peuvent amener n’importe quel navire à n’importe quel endroit, il ne faut pas sous-estimer leurs capacités.
— Le Cap des Jumeaux ! s’illumina soudainement la manieuse d’eau. Ce passage doit son nom aux deux phares qui se trouvent de l’autre côté.
— Je croyais que tu connaissais pas, se méfia le bretteur.
Elle ignora son regard accusateur.
— Je sais pas comment m’y rendre, mais Mihawk m’a expliqué ce que c’était. Ça me revient maintenant, il faut juste se laisser guider…
— Se laisser guider ?
Noriko hocha la tête avec un air entendu, certaine de ce qu’elle avançait.
— Eh, les gars, interrompit Usopp, vous pourriez m’aider ? Il y a un problème avec le timon.
Sanji se porta volontaire pour lui prêter main forte, mais rien n’y fit, il leur était impossible de changer de direction.
— C’est le fameux courant ? demanda Luffy qui était loin d’être inquiet.
Personne n’eut le temps de répondre, tous firent un bond en avant.
— C’était quoi ça !? s’alarma Usopp.
— C’est bien le courant, répondit Nami en se précipitant dehors. Oubliez la barre, faut d’abord savoir si on est sur la bonne voie !
Ils sortirent en trombe. Dehors, la pluie battait son plein et le Merry était au cœur de la tempête.
— Je pensais pas qu’on était aussi proches de la montagne, s’affola Noriko.
— C’était pas le cas, rétorqua la navigatrice, le courant est juste plus rapide que prévu. Vite, ferlez les voiles !
Tous obéirent sans broncher.
— Wouah ! s’extasia Luffy qui s’était propulsé au sommet du mât. Regardez, c’est Red Line ! Et Grand Line se trouve juste derrière !
Le sourire aux lèvres, tous admiraient la montagne qui s’enfonçait dans les nuages noirs.
— On voit même pas le sommet, constata Sanji.
— De quel côté on doit aller ? demanda Noriko. Si on rate l’entrée, on s’écrasera contre la montagne.
— Usopp, cria aussitôt Nami, cherche une saignée !
— Une saignée ?
— Une brèche, si tu préfères !
Usopp ajusta ses lunettes télescopiques qu’il portait toujours sur la tête et scruta la montagne de son œil affûté malgré la pluie qui rendait la tâche difficile.
— Là-bas, cria-t-il finalement avec fierté.
— On maintient le cap, ordonna Nami, retourne à la barre et attends mes instructions !
Usopp obéit, suivi de Zoro.
Noriko perdit l’équilibre et se rattrapa à la rambarde. Le vent soufflait violemment et secouait le navire.
— Le courant nous aspire !
— Je vois l’entrée du canal, prévint Sanji, elle est ornée d’arches en pierre.
— Trop la classe ! hurla Luffy.
Un mur de rochers s’approchait d’eux.
— Merde, paniqua Noriko, on n’est pas dans l’axe, on va s’écraser !
Le cuisinier se précipita pour aider les garçons à manier le timon, mais ils forcèrent tant que la barre se brisa.
— On va tous mourir ! pleura Usopp.
— Continue de tirer, il reste un bout ! hurla Zoro.
— Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse avec ça !?
— Tais-toi et tire !
— Je m’en occupe ! tonna la voix de Luffy.
Il sauta par-dessus bord, juste devant le Merry, gonfla son ventre et devint énorme, si énorme que le navire rebondit sur lui avant d’être repoussé dans le bon axe.
Sous le coup de l’effort, Luffy se dégonfla et eut le réflexe de tendre la main vers le pont avant de sombrer dans le canal.
Nami et Noriko l’attrapèrent juste à temps et tirèrent de toutes leurs forces pour le hisser à bord.
Le capitaine sortit finalement de l’eau en hurlant de terreur et emporta les deux jeunes femmes avec lui lorsqu’il les percuta de plein fouet.
Il se releva en riant.
— Merci, les filles !
Il ouvrit de grands yeux et rejoignit sa place favorite.
— On va dépasser les nuages !
Emporté par le courant, le Merry filait à vive allure vers le sommet de la montagne. L’équipage dépassa la tempête et l’énorme vacarme qui en résultait, puis fut soudain ébloui par un grand soleil baignant dans le ciel bleu.
— Voilà Grand Line, s’extasia Luffy, la plus grande mer du monde !
— C’est magnifique, souffla Noriko.
Sous ses yeux se découpait la mer qui l’avait vue grandir. Un immense soulagement l’envahit : elle avait réussi à quitter East Blue.
— Et on redescend ! hurla Luffy, débordant de joie.
Le Vogue Merry décolla de plusieurs mètres avant de retomber lourdement sur le canal. Il mena ensuite l’équipage vers la mer à toute vitesse.
La tempête désormais derrière eux, ils furent aveuglés lorsqu’ils traversèrent des nuages blancs.
Un bruit lointain semblable à un grognement résonna dans les airs.
— C’était quoi ça !? s’affola Nami.
Les nuages se dispersèrent et laissèrent enfin apercevoir la mer.
— Nami, interpella vivement Luffy, y a une montagne droit devant !
La navigatrice ouvrit de grands yeux.
— Hein !? Mais c’est impossible !
— J’aperçois les deux phares, avertit Noriko, c’était bien le Cap des Jumeaux ! Mais… mais qu’est-ce que… Pourquoi y a un mur !?
— Une montagne et un mur, vous débloquez ou quoi ? s’agaça Nami.
Le Merry fendit les flots et arriva à l’extrémité du canal.
Noriko manqua de s’étrangler avec sa propre salive.
— C’est… c’est une…
— Une baleine !? s’affola la navigatrice.
— Ça se mange une baleine ? demanda innocemment Luffy.
— T’es stupide ou quoi !? On va s’écraser dessus !
Aussi gros qu’une montagne, le cétacé se tenait debout face au canal et empêchait quiconque de rejoindre la mer en hurlant.
Sans prévenir, Luffy s’enfuit en courant vers la cale.
Noriko repéra un passage sur la droite et alerta aussitôt les garçons qui se démenèrent pour faire bouger le timon cassé.
— C’est trop tard, murmura Nami, on est fichus…
Un coup de canon tonna dans les airs, la navigatrice fut projetée en avant et tomba au sol.
Le Merry avait eu un mouvement de recul et se dirigeait lentement vers la baleine. Il heurta de plein fouet son ventre et le choc décapita la proue du navire. La tête de mouton s’envola vers Nami qui se relevait avec peine. Le sang de Noriko ne fit qu’un tour, une bulle s’échappa de sa main et vint percuter le projectile pour le repousser.
— Ça va ? demanda-t-elle.
La navigatrice tremblait tellement qu’elle fut incapable de répondre.
Sanji sortit en trombe sur le pont.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Un coup de canon, bougonna Zoro en le suivant.
— C’était une idée géniale, commenta Usopp de l’intérieur.
Un éclat de rire attira leur attention : Luffy se tenait à l’entrée de la cale, empli de fierté.
— Ça a marché !
— Luffy !? s’écrièrent-ils d’une même voix.
— Bah quoi ? C’était une bonne idée, non ?
Abasourdis par son réactivité, Nami battit lentement des paupières, tandis que Noriko levait un pouce vers lui pour le féliciter.
— Pourquoi la baleine ne réagit pas ? demanda Usopp.
Désormais immobile, le Merry faisait toujours face à l’énorme cétacé.
— Elle n’a pas dû sentir le boulet, supposa Nami.
— On s’en cogne et on se tire, rabroua Zoro.
— EH, TOI !
Luffy brandissait un poing menaçant.
— T’as bousillé mon siège !
Sans prévenir, il envoya un énorme coup de poing dans l’œil de la baleine.
Son équipage se décomposa, puis hurla d’une seule voix lorsque l’énorme pupille de l’animal bougea dans leur direction.
Noriko ouvrit grand la bouche. L’inconscience du capitaine finirait assurément par la tuer.
Les autres sautèrent sur le Chapeau de Paille.
— LUFFY !
— T’es devenu fou !?
— Qu’est-ce qui te prend, espèce de crétin !?
— Viens te battre ! hurla le capitaine en se dégageant de l’emprise de ses amis.
— Mais tu vas la fermer, oui !?
Un puissant grognement fit taire tout le monde et les obligea à porter leurs mains sur leurs oreilles. L’instant d’après, la baleine ouvrit la bouche.
— Elle va nous bouffer ! Elle va nous bouffer ! hurla Usopp en s’arrachant les cheveux.
Le cœur de Noriko rata un battement.
Depuis quand une baleine a des dents !?
Le navire tangua, emporté par un courant qui se dirigeait vers le gosier de la baleine.
Luffy perdit l’équilibre et passa par-dessus bord.
— Luffy ! cria Nami en se penchant vers lui.
— Pas question de mourir maintenant !
Le Chapeau de Paille se rattrapa de peu à l’une des immenses canines de la baleine, puis se balança vers le sommet du crâne de celle-ci.
Secouée, Noriko tomba assise par terre. La gorge sèche, elle ne put que sentir le souffle chaud de la bête avant que celle-ci ne referme sa gueule et ne les engloutisse.