Noriko courait le plus silencieusement possible, se cachant de temps à autre et tendant l’oreille afin de s’assurer que personne ne pouvait la repérer. La ville était étrangement déserte, elle n’était pourtant pas partie très longtemps.
Elle décida d’en avoir le cœur net et se rapprocha de la rue principale. Personne. Tout en regardant autour d’elle, elle se dirigea vers le bar où elle avait abandonné ses compagnons.
— Je savais bien que tu risquais pas d’aller bien loin, claqua une voix qui ne lui était pas inconnue.
Elle fit volte-face et se tétanisa lorsqu’elle aperçut le canon d’un pistolet pointé sur elle.
— Tu t’es bien fichue de nous en faisant semblant d’être ivre.
Elle leva des mains tremblantes, sachant pertinemment qu’elle ne serait pas assez rapide pour éviter une balle. Son cœur accéléra sa course lorsque son interlocuteur sourit.
— Attendez, je…
Elle déglutit quand il arma le chien et fit un pas en arrière.
— Meurs, pirate.
Bien que cela fût inutile, Noriko eut le réflexe de se protéger de ses avant-bras. Un courant d’air éleva ses cheveux, mais la détonation attendue ne vint pas.
Elle risqua un coup d’œil lorsque le pistolet tomba à terre et lâcha un hoquet de stupeur.
Son ennemi se tenait toujours debout, les bras le long du corps, un filet de sang coulant de sa bouche ouverte et les yeux perdus dans le vague. Agonisant, il tentait vainement de parler tandis qu’une profonde entaille reliait son épaule gauche à sa hanche droite.
Lorsque ses tripes sortirent de son ventre, Noriko mit ses mains devant la bouche pour s’empêcher de hurler. L’homme s’écroula au sol en toussant et aspergea les chaussures de la manieuse d’eau de postillons ensanglantés.
Ce ne fut qu’à cet instant que Noriko aperçut Zoro derrière lui. De dos, un genou à terre, il rengainait précautionneusement son sabre dans un tintement métallique.
— Ça va ? lâcha-t-il en se tournant vers elle.
Tremblante, elle n’arrivait plus à prononcer le moindre mot. Elle ne l’avait même pas vu agir. Elle sursauta quand il l’attrapa par les épaules pour la secouer.
— Je te demande si ça va ? insista-t-il. T’es blessée ?
Noriko chercha le cadavre à ses pieds et constata que Zoro l’en avait intentionnellement détournée. Elle hocha la tête, le souffle court.
Le bretteur soupira de soulagement.
— Bien, murmura-t-il sans pour autant la lâcher.
Il resserra sa poigne et la secoua de nouveau, plus fort cette fois.
— Qu’est-ce que tu foutais, putain ?
Interloquée, Noriko bredouilla. Pourquoi lui criait-il dessus ?
— T’attendais qu’il te tire dessus pour te défendre ?
— Je sais pas, je… j’ai paniqué, je savais pas quoi fai…
— Tu te fiches de moi ? la rabroua Zoro en la tirant derrière lui. On pointe une arme sur toi et tu trouves le moyen d’accepter qu’on t’abatte comme un chien.
La manieuse d’eau sentit son sang ne faire qu’un tour.
— Me parle pas comme à une gamine, asséna-t-elle en se dégageant de son emprise.
— Je te parle comme tu le mérites, rétorqua-t-il sur le même ton. On sera pas toujours là pour t’aider, surtout si tu t’amuses à aller te balader toute seule.
— Je sais ! s’emporta-t-elle.
Elle avait crié, plus fort qu’elle ne l’aurait voulu, et Zoro la regardait désormais avec mépris.
Elle tourna la tête lorsque ses yeux la piquèrent.
— Il faut vraiment que tu te serves de tes…
Il se tut quand elle renifla, puis soupira.
— L’essentiel, c’est que t’ailles bien, marmonna-t-il en la tirant de nouveau derrière lui pour atteindre l’angle d’une bâtisse.
Noriko se moucha dans sa manche tout en se plaquant contre le mur. Elle avait beau promettre, elle avait beau essayer, elle n’était tout simplement pas une combattante.
— Je croyais que t’étais ivre, souffla-t-elle pour changer de sujet.
Le bretteur siffla entre ses dents.
— Il m’en faut plus pour m’effondrer. Toi en revanche, tu faisais pas semblant.
Elle se sentit rougir.
— Pourquoi faire semblant ? bougonna-t-elle en haussant les épaules. Je peux m’hydrater et redevenir sobre quand je veux.
Il arqua un sourcil.
— Pas à moi, Noriko.
— Bon d’accord, admit-elle, je tiens pas l’alcool, mais au moins, je me remets vite d’une cuite, contrairement aux autres.
Zoro souffla du nez avant de redevenir sérieux. Il scruta longuement la rue, pour s’assurer que personne ne s’y trouvait.
— Eux sont vraiment ivres, mais je suis pas idiot, ça puait le piège à plein nez.
Noriko oublia de respirer un bref instant. Elle le tira par le bras pour le forcer à lui faire face.
— Tu le savais depuis le début ? s’agaça-t-elle.
— J’avais soif.
— T’es complètement inconscient !?
Il leva une main pour qu’elle baisse d’un ton, ce qui eut le don de l’irriter un peu plus.
— Pas au point de risquer de sombrer alors que cette île regorge de chasseurs de primes.
— Curieux, je crois pourtant savoir que vous n’en avez pas encore.
Il manqua de s’étrangler avec sa propre salive tandis qu’elle affichait un sourire innocent, puis la détailla de haut en bas et reprit contenance.
— Ah ouais ? Et ils vont chasser qui, à ton avis ?
Elle blêmit aussitôt et ne trouva rien à redire.
Zoro se racla la gorge avec un air satisfait puis la poussa vers une ruelle sombre.
— Retrouve Nami, ordonna-t-il, je vais assurer tes arrières.
— Nami a disparu !?
— Elle a quitté le bar avant moi, mais t’en fais pas pour elle. C’est la femme la plus vénale que je connaisse, elle doit sûrement être en train de dérober je ne sais quoi je ne sais où.
Noriko leva les yeux au ciel face à cette évidence.
— Tu… Tu vas les combattre seul ?
Il se pinça l’arête du nez, puis dégaina ses sabres.
Quelle question…
— La plupart sont déjà morts ou assommés, j’ai pas perdu de temps avant de te retrouver.
— Toi, tu m’as retrouvée ? répéta-t-elle sans trop y croire.
Zoro rougit en fronçant les sourcils.
— Ça veut dire quoi, ça ?
Elle haussa les sourcils et attendit.
— Je t’ai vue au loin et je t’ai suivie, marmonna-t-il finalement à contrecœur.
Noriko ricana avant de tourner les talons.
— Je serai au Merry avec les autres si j’arrive à les réveiller. Sois prudent, je suppose que c’est pas des novices.
Blessé dans son ego, Zoro bougonna une parole inaudible avant de s’en aller de son côté.