Noriko pesta intérieurement. Reconnaissable à ses longs cheveux bleus, Mrs Wednesday – Vivi – se trouvait au bout de la rue, perchée sur une sorte de canari géant.
On aura tout vu.
Elle alla à sa rencontre malgré elle.
— Ne m’approche pas, cracha la princesse quand elle fut interpellée.
Noriko leva ses mains en signe de reddition sans la quitter des yeux.
— Je suis là pour vo… pour t’aider, rassura-t-elle. Nami m’a dit qui tu étais vraiment.
Vivi se tendit et sa monture s’agita.
— Je… J’ignore de quoi tu parles.
La manieuse d’eau roula des yeux, ayant tout sauf du temps à perdre.
— Je suis au courant, d’accord ? Une princesse en perdition qui a infiltré le Baroque Works pour tenter de se débarrasser du tyran qui a mis la main sur son royaume, mais…
Elle s’interrompit en remarquant que Vivi la regardait avec terreur.
— Comment tu… Comment sais-tu tout ça ?
Putain, on va pas y passer la nuit.
— T’as promis un milliard de Berrys à Nami si on t’escortait.
— Mais enfin, c’est ridicule ! la rabroua Vivi. Je n’ai pas autant d’argent et je n’ai jamais passé le moindre accord avec elle !
La manieuse d’eau battit plusieurs fois des cils. La situation lui échappait complètement, mais elle savait cependant qu’elle allait étrangler celle qui faisait office de navigatrice. Elle inspira pour conserver son calme.
— Est-ce qu’elle a au moins raison sur un point ? demanda-t-elle simplement.
La princesse regarda autour d’elle. Ses mains tremblaient.
Noriko laissa couler son regard sur les corps éparpillés. Tous portaient des traces de coups de sabre.
— Si Zoro arrête son carnage, tu finiras par être tuée.
Le canard s’agita à nouveau et battit des ailes.
— Il est là pour te sauver, insista Noriko, et je…
— Ce ne sont pas eux qui m’inquiètent ! s’emporta-t-elle brusquement. Ce ne sont que de vulgaires chasseurs de primes et rien d’autre !
La manieuse d’eau la dévisagea silencieusement.
— Les agents sont toujours par deux et… ils sont beaucoup plus coriaces qu’eux. Cette organisation, c’est… Ils vous tueront si vous en savez trop.
Noriko se pinça l’arête du nez. C’était décidé. Sa navigatrice ne passerait pas la nuit.
— Ils savent qui tu es. J’ignore comment Nami l’a su, mais ils te laisseront certainement pas les détruire de l’intérieur.
Elle haussa les sourcils et tourna les talons.
— Tu mourras si tu restes ici. Profite de la confusion pour t’enfuir.
— Je n'abandonnerai jamais mon pays ! cracha Vivi d’une voix haineuse.
La manieuse d’eau ferma les yeux une seconde de trop mais se força à avancer. Tout ceci ne la concernait pas. Elle avait d’autres priorités et ne risquerait certainement pas de se mettre un réseau criminel à dos.
Elle se jeta au sol lorsqu’une énorme explosion retentit derrière elle. Sur le qui-vive, elle avisa la princesse qui tentait de retenir sa monture après en avoir été éjectée.
— Doucement, Kaloo !
Merde…
Noriko se précipita vers eux, puis s’arrêta devant la bâtisse qui venait de s’écrouler.
— T’es blessée ?
Vivi toussa à cause de la poussière et s’essuya le visage.
— Je vais bien.
Une silhouette apparut dans les décombres d’un mur. Un homme se relevait péniblement.
Poussée par un instinct qu’elle maudit, Noriko se plaça devant la princesse et plissa les yeux pour identifier le nouveau. Elle ouvrit grand la bouche l’instant d’après.
— Luffy !?
Celui-ci ne prit pas la peine de répondre et bondit sur ses pieds.
— JE VAIS LE MASSACRER !
Il s’enfuit tellement vite que l’appel d’air provoqué par sa vitesse décoiffa Noriko.
— Mais attends !
— Il est retourné combattre, affirma Vivi en tirant sur les rênes de Kaloo pour s’approcher.
— Quelle merveilleuse déduction, pesta-t-elle.
— Je me suis enfuie parce que j’ai cru qu’il allait me tuer après.
— Je veux pas te vexer mais tu serais morte si ça avait été le cas.
Noriko poussa un profond soupir pour rester concentrée. Luffy était suffisamment dégourdi pour retrouver le chemin du Merry, contrairement à une certaine personne.
— Bon. Je dois retrouver Zoro, lâcha-t-elle en avisant les alentours. Tu devrais quitter cette île avant que les agents te trouvent.
— Il est en train de combattre aussi.
— Pour couvrir mes arrières, je sais.
— Non, je veux dire, avec ton capitaine.
Le cœur de Noriko rata un battement.
— P… Pardon ?
— C’est pour ça que j’ai fui, se justifia Vivi. Ils m’ont fait peur et…
La manieuse d’eau l’empoigna si violemment par le col pour la secouer que Kaloo paniqua.
— Et t’attendais QUOI pour me le dire, que ton canard le fasse pour toi !?
— Je-suis-vrai-ment-dé-so-lée…
Elle la laissa tomber sur les fesses sans la moindre douceur et s’éloigna prestement.
— Je dois les arrêter, rumina-t-elle. Reste ici, pars ou fais ce que tu veux, je m’en fiche.
— Mon dos…, gémit la princesse tandis que Noriko se mettait à courir.
Sans se soucier des plaintes, elle tourna à l’angle de la rue et fonça dans la même direction que Luffy. Elle n’attendit pas longtemps avant d’entendre une nouvelle explosion à l’opposé de là où elle se tenait.
Ils sont trop rapides…
Les mains posées sur ses genoux, elle reprit son souffle.
— Eh ? chuchota une petite voix.
Noriko hurla et crut mourir d’un arrêt cardiaque. Elle fit volte-face et se trouva nez à nez avec Kaloo qui portait Vivi.
— Pardon, je ne voulais pas te faire peur.
Une main sur sa poitrine, elle la fusilla du regard.
— Mais putain, tu pourrais prévenir quand tu t’approches !
— Désolée, Kaloo peut être très silencieux quand il veut.
— Coin !
Elle leva un sourcil.
— Il comprend ce que tu dis ?
— Bien sûr, il est très intelligent.
— Coin !
Noriko afficha un sourire crispé lorsque le canard plongea son regard dans le sien et se demanda comment il pouvait être aussi énorme. Elle secoua la tête et reporta son attention sur la princesse qui enroulait ses cheveux bleus autour de ses doigts.
— Tu… Tu es toujours d’accord pour m’aider ? Je n'ai pas menti en disant que les caisses royales n’avaient pas autant d’argent mais… j’ai vraiment besoin de rentrer, alors…
La manieuse d’eau se tendit nerveusement.
Non, non, non, non, non. T’as pas le temps, putain, tu la connais pas.
— … peut-être qu’on… qu’on pourrait trouver un arrangement, continua Vivi.
Noriko leva une main pour l’arrêter.
— J’ai pas de navire, trancha-t-elle. C’est Luffy le capitaine et la décision lui revient.
Vivi pinça les lèvres et parut subitement vulnérable.
Une nouvelle explosion attira le regard de Noriko vers le bout de la rue. Elle se maudit intérieurement pour ses prochaines paroles.
— Je dois les arrêter avant qu’ils ne s’entretuent. Tu peux venir avec moi tant que tu te fais pas repérée par tes précieux agents.
— Tu es sûre de faire le poids face à tes amis ? Tu n’as pas l’air de savoir ce que tu fais et…
Elle cessa de parler face au regard assassin de son interlocutrice.
Noriko souffla pour se retenir de l’étrangler.
— Tu me fais peur, gémit Vivi.
Un bruit fracassant les fit sursauter. Une maison termina de s’écrouler à quelques mètres d’elles. Des cris résonnèrent. L’instant d’après, ce fut au tour de Zoro d’émerger des décombres.
— Cette fois, je le découpe en rondelles ! s’exclama celui-ci.
Noriko courut vers lui.
— Mais à quoi vous jouez !?
Pour toute réponse, son ami grogna et évita de justesse un coup de pied de Luffy qui éclata le sol.
Noriko se protégea le visage en pestant à voix haute.
— Luffy, arrête !
— Je vais lui faire sa fête, rétorqua ce dernier en reprenant son souffle.
— Mais laisse-moi t’expliquer, putain ! hurla le bretteur.
— J’en veux pas de tes explications, ils nous ont accueillis et tu les as trahis !
Ils se foncèrent dessus, s’attrapèrent par le col et luttèrent l’un contre l’autre pour rester debout.
Noriko les regarda avec incompréhension, ses nerfs menaçant de lâcher d’un instant à l’autre.
— Vous croyez que c’est le moment ? tenta-t-elle.
Elle poussa un cri quand elle se jeta au sol pour éviter un toit qui s’effondra.
— Vous allez vous entretuer et moi avec !
Elle se redressa en maugréant, puis avisa Vivi qui la fixait avec stupéfaction.
Le corps de Luffy s’écrasa aux pieds de Noriko.
— Reste pas là, pesta-t-il en faisant volte-face, tu nous gênes !
Il évita Zoro qui fonça sur lui et le bretteur manqua de percuter la manieuse d’eau.
— Pousse-toi, Noriko, s’exaspéra-t-il en joignant son geste à la parole.
— Vous êtes idiots ou vous le faites exprès !? cria-t-elle en se relevant une nouvelle fois. On doit s’en aller d’ici au plus vite !
Les deux garçons continuèrent leur combat sans lui prêter la moindre attention.
Mais putain !
Elle fit apparaître des bulles d’eau qu’elle leur envoya sur le crâne dans l’espoir de les calmer.
Ce fut vain. Trempés de la tête aux pieds, Luffy continuait de balancer ses poings tandis que Zoro parait les coups du plat de ses lames.
— Si vous continuez, je vous noie tous les deux !
— Je vais te montrer qui est le plus fort, menaça le bretteur.
— Tu mordras la poussière bien avant !
— Tu piges que dalle ? J’ai fait ça pour nous sauver !
— Ils sont tous morts, je te le pardonnerai jamais !
Ne sachant plus quoi faire, Noriko leva les yeux au ciel et s’approcha de la princesse en fulminant.
— Pourquoi j’ai pas autant d’autorité qu’elle, putain…
— Tu devrais essayer de les frapper, c’est ce qu’elle fait.
— Merci, Vivi.
Cela lui donna cependant une idée.
— Je vais appeler Nami, menaça-t-elle, vous savez comment elle…
Elle les pointa du doigt en cherchant désespérément de l’aide auprès de la jeune femme aux cheveux bleus.
— Ils m’écoutent même pas !
De rage, elle envoya une plus grosse bulle d’eau à leurs pieds.
— Tu vas nous lâcher, oui !? vociféra Zoro en se tournant vers elle. Cet abruti veut pas me laisser en placer une !
— Je t’ai dit que je voulais rien savoir !
Les deux jeunes hommes s’immobilisèrent un bref instant pour reprendre leur souffle.
Loin d’avoir dit son dernier mot, Noriko fonça s’interposer en posant une main sur leur torse respectif.
— C’est bientôt fini vos conneries ? Vous êtes pires que des enfants !
— C’est quoi que tu comprends pas, Nori ? se lamenta Luffy.
— Il a eu raison de les tuer, coupa-t-elle, il…
— Tu l’as aidé !?
Elle resta abasourdie, mais n’eut pas le temps de rétorquer. Son capitaine sauta par-dessus sa tête pour se ruer sur le bretteur. Ce dernier riposta et l’envoya se fracasser contre un mur.
— J’en ai marre de perdre mon temps, siffla Zoro en décrochant le bandana à son bras. Il veut un vrai combat, il va l’avoir.
— T’es pas sér…
— Ferme-la !
Elle resta muette quand il ancra un regard méprisant dans le sien.
— T’en mêle pas, putain. Et si tu veux vraiment prouver ta valeur, dégage simplement d’ici.
Noriko resta interdite face à la violence de ses propos et demeura immobile lorsqu’il s’éloigna.
Au même moment, Luffy émergea des gravats, hors de lui.
— Je vais t’exploser la tronche !
Le menton tremblant, Noriko retint des larmes, puis crispa la mâchoire. Non. Elle ne laisserait pas s’entretuer les seules personnes qui comptaient un tant soit peu pour elle.
Sans prévenir, Luffy et Zoro se foncèrent dessus, poings levés pour l’un, sabre dégainé pour l’autre, chacun bien décidé à remporter ce combat ridicule.
— ASSEZ !
Tout se déroula en une fraction de seconde.
Haletante, Noriko se tenait entre les deux garçons, une main empoignant fermement leur col. Face à elle, Luffy était figé d’effroi, tandis qu’elle sentait Zoro trembler nerveusement hors de son champ de vision.
— Assez, répéta-t-elle d’une voix faible.
— No… Noriko, réussit à articuler le capitaine.
Il ne l’appelait que rarement par son prénom. Elle fronça les sourcils, puis grimaça lorsqu’elle sentit une gêne au niveau du ventre.
— Z… Zoro, interpella-t-il cette fois, elle… elle…
Le regard de la manieuse coula vers le bas. Elle se décomposa lorsqu’elle aperçut une lame sortir de son abdomen ainsi que le sang couler à flot.