À bord du Merry, l’ancre avait été levée, les voiles dépliées et Luffy ne tenait pas en place.
— Nami, t’es sûre que tu sais ce que tu fais ? Je veux pas partir sans eux.
— Il n’est pas question de les abandonner, maugréa celle-ci après lui avoir expliqué la situation plus d’une fois. Tant qu’on remonte le canal, ils pourront nous rejoindre.
Elle pinça les lèvres en avisant les alentours. Noriko avait passé de longues années seule et Zoro savait très bien se défendre et elle était donc beaucoup plus inquiète concernant les agents du Baroque Works qui risquaient de les rattraper à tout moment.
Vivi avait été bavarde. Beaucoup trop.
Si Nami avait surpris plusieurs conversations et ainsi compris sa situation, elle ne s’attendait pas à ce que l’organisation criminelle soit dirigée par un Grand Corsaire en personne.
— Et il a fallu qu’un piaf et une loutre dessinent nos visages, bougonna-t-elle.
La peur serrait ses entrailles. Le prix à payer pour connaître l’identité de Mr 0 était la mort et bientôt, tous les agents se lanceraient à leur poursuite.
Elle secoua la tête en songeant au maire Igaram qui était finalement aussi innocent que la princesse aux cheveux bleus, puis fixa cette dernière, regrettant presque d’avoir voulu la faire chanter. Elle se réconforta en songeant à la récompense promise. Elle ne toucherait pas son milliard, mais s’assurerait en personne que le roi serait généreux d’avoir ramené sa fille saine et sauve.
— Nami-chérie ! hurla Sanji dans ses oreilles en s’accrochant à elle. Ne t’inquiète pas, je te protègerai !
— Lâche-moi, crétin ! s’énerva-t-elle en lui donnant un coup de poing sur le crâne. Tu t’es endormi ivre pendant qu’on avait besoin d’aide, je te rappelle !
— Je trouve que tu exagères un peu, intervint fièrement Usopp. T’as pas fait grand-chose toi non plus et t’as autant bu que nous.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ? fulmina aussitôt Nami.
Le menteur invétéré se ratatina sur lui-même.
— Vous vous fichez de moi !? explosa-t-elle. Il y en a pas un pour rattraper l’autre ! Entre toi qui chante jusqu’à en perdre ta voix, lui qui saute sur toutes les femmes qu’il croise, tout ça pour finir aussi ivre l’un que l’autre, Luffy et Zoro qui s’entretuent et qui, au final, manquent d’éventrer Noriko. Bordel, vous êtes tous aussi débiles les uns que les autres, alors estimez-vous heureux que je sois là !
Elle s’étrangla avec sa propre salive quand elle se rendit compte que personne ne l’écoutait.
Luffy était perché sur la tête de Merry à la recherche de ses deux compagnons manquants à l’appel, Sanji était assommé sous ses coups, mais heureux d’avoir eu un contact physique avec elle, et quant à Usopp, il avait fui sa colère et s’était donc caché à l’intérieur de la salle de réunion.
Le cœur de Nami bondissait dans sa poitrine tant elle était furieuse. Son regard se porta sur Vivi et la promesse d’argent la calma aussitôt.
— Tout va bien Vivi ? s’enquit-elle. T’en fais pas, ils sont crétins, mais ils sont très forts. Je suis sûre qu’on te ramènera sans problèmes à Alabasta, tu peux nous faire confiance.
Elle leva un pouce dans sa direction et afficha un sourire rassurant.
Gênée, Vivi déglutit.
— Euh, oui oui… répondit-elle avec terreur.
— LES VOILÀ ! hurla Luffy. EH, ON EST LÀ !
Nami se pencha sur la rambarde et aperçut Zoro et Noriko courir dans leur direction. Un soulagement intense l’envahit en apercevant les longs cheveux blancs flotter au vent.
Elle va bien…
Elle fut rattrapée par la réalité en apercevant son capitaine faire de grands gestes.
— Tu vas nous faire repérer si tu continues !
— Bah, c’est le but, non ? Imagine s’ils nous voient pas.
Vivi dut retenir Nami pour que celle-ci n’étrangle pas Luffy.
*****
Le souffle court, Zoro et Noriko attendaient le long d’une digue. D’ici peu, le Merry croiserait leur route et ils n’auraient que quelques instants pour se hisser à bord.
Durant leur course, le bretteur à trois sabres avait pris le temps d’expliquer la situation à la manieuse d’eau et cette dernière ruminait pour elle-même.
Elle avait senti son cœur exploser dans sa poitrine quand il avait mentionné un Grand Corsaire et reprenait difficilement son calme.
Mr 0. Crocodile.
Comme tous ceux qui partageaient son statut ainsi que celui de Mihawk, elle ne l’avait jamais rencontré et ne le connaissait que de nom.
Elle pinça les lèvres.
Si Mihawk ne parlait jamais de son travail, elle avait toujours su en quoi cela consistait, et lorsqu’il se rendait sur des îles désertes pour ses affaires, elle avait pour ordre de rester enfermée à bord de son navire et de n’en sortir sous aucun prétexte.
Crocodile était-il aussi puissant que lui ?
Nami avait prétexté vouloir escorter Vivi moyennant une contrepartie monétaire, mais Luffy avait accepté de bon cœur de venir en aide à une inconnue. Les Chapeaux de Paille feraient donc voile vers Alabasta d’ici peu.
Et ensuite ?
Noriko imaginait mal Luffy abandonner Vivi dans le premier port venu en sachant qu’elle serait en proie aux agents du Baroque Works et qu’elle serait incapable de vaincre un Grand Corsaire par ses propres moyens.
La manieuse d’eau se pinça l’arête du nez. Si elle voulait les quitter, elle devait prendre une décision. Et plus vite qu’elle ne le pensait.
Elle fut sortie de ses pensées lorsque Zoro jura en l’attrapant par la taille pour la serrer contre lui.
— Cet abruti va recommencer !
Le cœur de Noriko rata un battement lorsqu’elle aperçut le bras de Luffy s’étendre vers eux.
— Il finira par nous tuer, hein ? se désespéra-t-elle.
— Y a des chances.
Elle ferma les yeux au moment où elle fut écrasée contre Zoro et se retint de hurler lorsque ses pieds quittèrent le sol.
Son estomac se retourna. Ses jambes la chatouillèrent. Le rire de Luffy résonna dans ses oreilles.
Les deux amis rencontrèrent violemment la grande voile et Noriko lança deux grosses bulles qui ralentirent leur chute.
Elle serra les dents en attendant l’atterrissage corsé, mais fut surprise de rencontrer un amortisseur inattendu.
— Merci Zoro, grimaça-t-elle en frottant son coude douloureux.
Étalé au sol tandis qu’elle était assise sur son dos, son ami leva faiblement un pouce. Il grogna quand il se leva et étira les muscles de son cou.
— Je vais vraiment finir par le tuer.
Elle suivit son regard et aperçut Luffy qui sautillait sur place avec un immense sourire.
— Fais en sorte de pas le rater cette fois.
Le bretteur s’étouffa tant il fut gêné.
— Un peu trop tôt pour en rire, je l’accorde, ajouta Noriko qui se sentit soudainement très bête.
Son souffle se coupa lorsque Nami lui sauta dessus.
— J’ai eu si peur ! gémit sincèrement celle-ci en enfouissant sa tête dans son cou.
Avec un sourire, la manieuse d’eau tapota l’arrière de son crâne.
— Noriko !
Usopp poussa ouvertement la navigatrice qui râla en retour et s’approcha.
— T’as rien ! hurla-t-il. On a eu la frousse que tu te réveilles jamais !
Noriko serra la mâchoire pour surmonter le sifflement qui perça ses tympans, puis fronça les sourcils.
— Je te croyais ivre.
— Un capitaine n’abandonne jamais ses compagnons, voyons, même pour de l’alcool ou des chansons, exposa fièrement Usopp. Je faisais seulement semblant de dormir pour que nos ennemis baissent leur garde et que je puisse les attaquer au bon moment.
Il décolla soudainement du sol et fut envoyé à deux mètres de là.
— NORI-JOLIE !
Le cuisinier prit son amie dans les bras et l’étouffa presque.
— Tu es plus belle que la plus belle de chaque goutte de rosée qui apparaît au petit matin, aussi brillante qu’elles.
Elle battit plusieurs fois des cils, toujours surprise par la nature de ses propos.
— Je vais te préparer le meilleur repas de toute ta vie !
— Merci, Sanji, souffla-t-elle presque à court d’air.
— Je suis contente de voir que tu vas bien, dit timidement Vivi qui s’était approchée elle aussi.
Noriko essaya de se dépêtrer de l’emprise de Sanji, mais avait plus de mal que prévu.
— Merci…
Elle s’étrangla presque et gigota de plus belle pour emplir ses poumons.
Mais c’est quoi cette force ?
— Sanji, je respire plus, se plaignit-elle en tentant de dégager ses longs cheveux blancs coincés dans un des boutons de la chemise du cuisinier.
— Oh, excuse-moi, Nori-jolie, c’est la joie de te savoir saine et sauve.
Elle prit une grande inspiration quand il desserra légèrement son étreinte.
— J’étais en train de lui parler, je vous signale ! intervint Nami en le poussant pour qu’il la lâche complètement.
— Et moi ? Ça fait cinq minutes que je suis par terre et tout le monde s’en fiche, s’indigna Usopp.
— Oh, ça va, t’as rien, lâcha le cuistot en sortant une cigarette.
— Je me suis fait mal !
Stupéfaite, Noriko les regarda un par un.
Ils étaient tous inquiets pour moi ?
— Bon, vous avez fini de l’étouffer ? bougonna Zoro, vous voyez bien qu’elle va bien.
— Toi ! Espèce de crétin à tête de cactus. Nami-chérie nous a tout raconté. Comment as-tu osé faire du mal à Nori-jolie ?
— T’as un problème, le dragueur de pacotille ? C’était un accident alors pas besoin d’en débattre toute la vie.
Sanji se jeta sur Zoro.
— Je vais te montrer qui va débattre !
— Ah ouais ? provoqua-t-il en l’esquivant. Apprends à tenir l’alcool et on en reparle.
— Approche-toi !
— Me dis pas ce que je dois faire !
Les deux hommes se chamaillèrent bruyamment en s’envoyant des insultes de plus en plus grossières.
— Idiots, commenta Nami. Bon, allez ! On a une île à quitter et un navire à diriger.
— Mais, on… on les laisse comme ça ? demanda Vivi avec des yeux ronds.
— Ils se lasseront, rétorqua la navigatrice en tournant les talons.
— Tu apprendras vite à ne pas t’en occuper, rassura Noriko en se dirigeant vers Usopp. Tu peux te lever ?
— Puisque tout le monde s’en fiche, je reste par terre.
Elle secoua la tête puis chercha du regard celui qui ne s’était pas encore manifesté. Debout à quelques mètres d’eux, Luffy avait assisté silencieusement aux retrouvailles avec un immense sourire.
Il le perdit lorsqu’elle s’approcha.
— Désolé pour l’atterrissage, s’excusa-t-il en se grattant l’arrière du crâne, j’ai mal visé.
Elle étira le coin de ses lèvres, puis secoua la tête.
— Je suis désolé, souffla-t-il quand elle s’apprêta à parler.
— T’as pas à l’être, j’ai été inconsciente de vous avoir sauté dessus et…
— J’ai fait n’importe quoi. T’as été blessée et sans ton pouv…
Il se tut quand elle s’agita et détourna le regard.
Touchée, elle attrapa gentiment sa joue et l’étira.
— Tu sais, c’est pas la première fois que je me prends une raclée et ce sera sûrement pas la dernière.
— D’accord.
— D’accord ? s’étonna-t-elle en lâchant sa peau qui fit le même bruit qu’un élastique qui claque.
— Tu veux pas en parler, alors on n’en parle pas. Je vais pas te forcer.
Noriko sentit son ventre se dénouer.
— Je… merci.
Il inclina la tête et annonça vouloir connaître la prochaine destination auprès de Nami. Lorsqu’il passa à côté d’elle, il posa une main sur son épaule et la pressa doucement.
— On est sur Grand Line.
Elle resta silencieuse.
— Tu fais partie de mon équipage, ajouta-t-il sans la regarder, je l’ai su dès notre rencontre, mais… c’est à toi qu’il revient de l’accepter ou non.
Noriko attendit qu’il s’éloigne avant de laisser couler les larmes sur ses joues. Elle les essuya négligemment et inspira longuement.
Non loin, Sanji et Zoro se diputaient toujours.
Cela lui arracha un faible sourire. Malgré les circonstances, elle était soulagée de constater que l’ambiance à bord du Merry restait inchangée.
À peine les Chapeaux de Paille eurent-ils quitté Whisky Peak qu’ils débattirent sur les innombrables dangers qu’ils seraient susceptibles de rencontrer.
Si certains étaient excités et d’autres apeurés, tous furent surpris lorsqu’ils furent interrompus par l’apparition soudaine d’une femme.
Une femme aux cheveux noirs, coiffée d’un chapeau haut de forme blanc.