Recroquevillée, son bras serré contre elle, Noriko tentait de calmer les sanglots qui rendaient sa respiration difficile. La douleur était atroce et le sang ne cessait de couler de la dizaine d’entailles qu’elle s’était infligée.
Elle ne s’était pas transformée, ses supplications étant restées sans réponse.
Un long moment s’écoula avant qu’elle ne réussisse à se lever, grelottante à cause de l’eau qui n’était plus chaude depuis longtemps.
Elle fit apparaître des bulles pour nettoyer et sécher son corps, puis saisit une serviette qu’elle enroula autour de son bras. Le tissu se teinta aussitôt de rouge.
Avec précaution, elle fouilla de nouveau le placard et en sortit des compresses, des bandes et de l’alcool.
Ses mains tremblèrent quand elle comprit qu’elle avait besoin de points de suture. Elle n’avait aucune compétence dans le domaine médical et se contenta donc d’exercer une pression sur ses plaies en attendant que le saignement daigne s’arrêter.
Plusieurs heures semblèrent s’écouler ainsi.
La nuit était déjà très avancée lorsqu’elle retira le bouchon de la bouteille de désinfectant avec ses dents. Elle inspira, la versa sur sa peau meurtrie et se recroquevilla en sifflant de douleur.
Le souffle court, elle chassa les larmes qui brouillèrent sa vision et pansa maladroitement son bras. Elle plaça l’extrémité d’une bande dans sa bouche, l’enroula de la base de son poignet jusqu’au creux de son coude, puis tira de toutes ses forces.
Un vertige la saisit lorsque son tatouage fut de nouveau masqué. Tant qu’elle ne saignerait pas, son carnage passerait inaperçu.
Elle leva son regard et croisa son reflet. Ses joues avaient perdu plusieurs teintes et elle eut soudainement honte de la stupidité de son geste.
Gênée par sa propre vision, elle ne remarqua qu’à cet instant les innombrables traces de sang qui avaient éclaboussé la salle de bains par endroits.
Noriko jura intérieurement.
Le cœur battant la chamade, elle s’assura que ses habits n’étaient pas tachés avant de les mélanger au linge sale, puis enfila prestement son pyjama. Elle grimaça en sentant les tiraillements dans son bras et souffla longuement avant de pincer les lèvres. La douleur serait encore présente pour les jours à venir, elle devrait donc se forcer à rester impassible en toutes circonstances.
Elle fit ensuite apparaître des bulles d’eau et les dirigea de part et d’autre pour qu’elles absorbent et nettoient toutes les preuves de son passage.
Rattrapée par la fatigue accumulée, Noriko ouvrit l’unique hublot de la pièce et inspira une bouffée d’air frais. Se sentant légèrement revigorée, elle balaya l’air de ses mains. Les bulles d’eau sanglante obéirent et toutes disparurent vers la noirceur de la nuit. Les jambes flageolantes, elle récupéra les compresses et la serviette souillées ainsi que le bandeau orange et les jeta à la mer.
Après un dernier regard autour d’elle, elle s’autorisa enfin à reprendre son souffle. Elle croisa de nouveau son reflet. La déception avait disparu et faisait désormais place à la peur.
L’infection était momentanément écartée, mais d’ici quelques heures, elle devrait de nouveau nettoyer ses plaies et changer son bandage ; et si le sang continuait de couler demain soir, elle devrait faire appel à un médecin.
Noriko avait souvent fait preuve de courage, mais se récoudre seule restait tout simplement hors de sa portée. Surtout à une seule main.
Elle serra la mâchoire et se maudit intérieurement en rangeant la trousse de secours.
Ce qui est fait est fait…
Face au miroir, Noriko bougea son bras de plusieurs façons. Lorsqu’elle réussit à rester de marbre, puis à sourire, elle entreprit d’aller enfin se coucher.
Elle regagna sa chambre le plus silencieusement possible, enjamba le matelas mis à disposition pour Vivi et se glissa sous les draps auprès de Nami – qui bougea à peine lorsqu’elle tira la couette.
La tête enfoncée dans l’oreiller, Noriko ferma les yeux, même si elle savait qu’il lui serait impossible de s’endormir.