The New Era
Chapitre 16 : Chapitre 16 : Peindre les souvenirs
7297 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 04/01/2026 22:06
Sohalia s'était éclipsée discrètement pendant que sa tante et son oncle accueillaient la Lignée des Senrigan dans la salle du trône.
Elle n'avait pas la force d'assister à une nouvelle cérémonie officielle.
Sa cicatrice pulsait douloureusement sous les bandages frais. Les deux derniers jours l'avait épuisée et elle n'avait qu'une envie : retrouver Maiya et se perdre dans ses histoires du Dehors.
Elle traversa les couloirs du palais d'un pas lent, savourant le calme relatif après l'agitation du Conseil.
Demain, les Senrigan seraient présentés officiellement. Demain, le vrai travail commencerait pour intégrer la Lignée bannie.
Mais aujourd'hui... aujourd'hui, elle voulait juste respirer.
Elle poussa la porte du salon privé.
Maiya l'attendait, installée devant son chevalet, pinceaux en main.
« Sohalia ! » s'exclama l'adolescente avec un sourire radieux.
La jeune femme sourit en retour et s'installa confortablement dans le canapé.
« Alors, qu'est-ce que tu peins aujourd'hui ? »
Les yeux de Maiya s'illuminèrent.
« Je voudrais... je voudrais que tu me parles encore du monde du Dehors. »
Sohalia avait passé la plus grande partie de son après-midi en compagnie de sa cousine, qui ne cessait de lui poser des questions sur le monde du Dehors.
Maiya semblait totalement passionnée par l'extérieur, mais, en même temps, terrifiée par l'inconnu. Comme la plupart des habitants de l'île, la jeune adolescente avait appris à craindre le Dehors et les gens qui y vivaient.
Sohalia tentait de faire taire cette peur irraisonnée et stupide, selon elle. Alors, à force de patience et de longues descriptions, elle avait réussi à faire naître en sa cousine un émerveillement attendrissant.
Maiya s'intéressait surtout aux paysages. Sa fibre artistique se réveillait sous les contes de son aînée et elle peignait durant des heures des paysages qu'elle ne pouvait qu'imaginer.
La première fois que la pirate avait vu ses œuvres, elle en avait eu le souffle coupé. C'était d'une ressemblance frappante et la jeune femme pouvait passer des heures à les observer.
En fermant les yeux, elle pouvait se remémorer tous les petits détails de chaque île qu'elle avait explorée. Du goût des spécialités locales, aux senteurs de la flore, du confort de chaque lit qui l'avait accueilli.
Lorsqu'Emi rentra dans le salon privé avec Hachiro à ses côtés, elle découvrit sa fille peignant, posant de temps à autre une question à Sohalia pour perfectionner un détail.
La jeune femme sortait alors de ses pensées puis répondait tranquillement.
Aujourd'hui, la curiosité de Maiya ne s'était pas portée sur les îles, mais sur le Moby Dick. Cet immense navire qui portait depuis des décennies une grande famille, un peu étrange.
Une toile était déjà terminée et reposait dans un coin de la pièce, à l'écart, afin de sécher.
Dessus, on pouvait voir avec précision le bateau sur l'océan. On avait l'impression qu'il frôlait l'eau avec une grâce sans précédent. La luminosité qui l'entourait lui donnait une aura chaleureuse, qui invitait à monter à bord, pour mieux goûter à cette impression. Les voiles déployées semblaient être caressées par le vent avec douceur.
Le couple sourit tendrement en découvrant cette toile, d'où on pouvait ressentir l'amour de Sohalia pour ce navire qui l'avait bercé bien des nuits durant son enfance.
Emi s'approcha silencieusement du tableau en cours et le détailla longuement.
Elle n'eut aucun mal à reconnaître la proue du bateau. Un immense siège reposait sur les planches du navire où était assis le capitaine de l'équipage, Barbe Blanche. Un sourire joyeux étirait ses lèvres alors qu'il regardait ses enfants. Emi pouvait ressentir l'aura d'autorité et de puissance que dégageait cet homme, mais également l'amour vibrant dans ses yeux pour ses vauriens d'enfants.
Sur le bord gauche de la toile, Maiya était en train de peindre Curiel, le commandant de la dixième division.
Elle ne pouvait s'empêcher de balayer la toile des yeux se posant mille et une questions sur ces hommes qui avaient vu grandir Sohalia.
Qui étaient-ils ? Que représentaient-ils pour elle ?
Qui étaient ceux qui avaient séché ses larmes lors de cauchemars ?
Qui étaient ceux qui la distrayaient pendant qu'on soignait ses blessures ou qu'on lui faisait un vaccin ?
Qui étaient ceux qui lui passaient le moindre de ses caprices ?
Qui étaient ceux qui lui imposaient des limites ?
Qui étaient ceux qui la grondaient lorsqu'elle faisait des bêtises ?
La Reine soupira discrètement. Elle savait qu'elle n'aurait pas de réponse.
Sohalia ne se confiait jamais sur sa vie de pirate. Elle gardait précieusement pour elle chacune de ses informations, comme si chacun de ses souvenirs était une pierre précieuse.
À côté du commandant de la dixième division se trouvait Diamond Joz, le commandant de la troisième. C'était un homme imposant et impressionnant. Sa nièce lui avait brièvement parlé de lui. Au départ, elle avait peur de lui. Dès qu'il s'approchait d'elle, elle se mettait à trembler comme une feuille. Puis, tout avait apparemment changé quand il avait sauvé la vie de la fillette. Elle devrait le remercier lui aussi.
Un peu en retrait, il y avait le commandant de la quatorzième division, le commandant Speed Jiru. D'après une histoire racontée à Maiya, il avait sauvé Sohalia lorsqu'elle avait été poursuivie par des cochons sauvages. La fillette se serait moquée de leur couleur étrange et elle se serait attirée leurs foudres. Ça n'avait pas dû être de tout repos d'élever pareille diablesse.
À côté de Speed, il y avait Izo, commandant de la seizième division. Sohalia semblait proche de lui. Il semblait y avoir entre eux une réelle complicité. Pas comme frère et sœur, mais plutôt comme des amis de longue date qui pouvaient rire de tout et de rien.
À côté de lui était placé Portgas D. Ace, commandant de la seconde division. Il était le plus jeune des commandants. Emi ne savait pas grand-chose de lui. Seuls ses traits lui faisaient penser à un certain pirate, bien connu sur l'île.
Derrière ces deux commandants, Maiya avait peint Vista, commandant de la cinquième division.
Il avait été le commandant de Sohalia récemment. Cette dernière regardait le commandant avec un respect infini.
À ses côtés, Namur se tenait près du capitaine. Il était le seul homme-poisson de l'équipage. La tolérance était très présente dans l'équipage et Sohalia l'avait en elle. Elle parlait rarement du commandant de la huitième division, mais, tout comme pour ses autres frères, on pouvait entendre le respect qui suintait de chacun de ses mots. Pour elle, il n'était pas une abomination de la nature, il était un frère, un camarade, un ami, un allié, un partenaire.
Derrière eux, dominant la scène à cause de leur taille, il y avait Fossa et Kingdew.
Le premier était commandant de la quinzième division et le second dirigeait la onzième division. Sohalia paraissait les apprécier, mais Emi n'en entendait que rarement parler.
De l'autre côté de Barbe Blanche, il y avait Atmos. Son apparence faisait penser à un buffle énorme. D'après les rumeurs voguant sur l'océan, il était l'homme de main de Barbe Blanche. Il était redoutable à cause de sa force et de ses deux épées qui balayaient tout sur leur chemin. Un frisson échappa à la reine alors qu'elle détaillait son visage.
Elle ne pouvait s'empêcher de penser que certains de ces hommes étaient des assassins. Rien que d'imaginer Sohalia grandir au milieu de tout ça l'effraya.
Devant le commandant de la treizième division, Marco était représenté. Il y avait dans sa posture quelque chose de nonchalant. Quand on le voyait ainsi, on ne pouvait imaginer qu'il était pirate et, surtout, le second de Barbe Blanche. Pourtant, l'emblème tatoué fièrement sur son torse prouvait le contraire et on pouvait sentir cette autorité naturelle qui émanait de lui. Sohalia était très proche de lui. Lorsqu'elle était revenue au palais, les deux prénoms qu'elle avait prononcés étaient celui du commandant de la première division et celui du quatrième.
À côté du phénix, Rakuyou imitait la nonchalance de son frère. Emi n'aperçut pas une seule arme sur lui. Sa curiosité s'éveilla se demandant quel pouvoir avait cet homme.
À ses côtés, Haruta souriait. Il avait une apparence si féminine que la reine doutait encore de son appartenance au sexe masculin. Même les traits de son visage portaient à confusion. Pourtant, la loi de Barbe Blanche était connue. Aucune femme sur le navire mis à part les infirmières. Sohalia s'était imposée malgré eux, elle s'était fait sa place dans leur famille.
Derrière le commandant de la douzième division, Bramenco riait. Sohalia disait que c'était un farceur. Un homme qui aimait rire des autres et de lui. Son pouvoir avait marqué son corps, le différenciant des autres. Pourtant, lorsqu'il avait été accepté dans l'équipage, ce complexe s'était envolé sous les rires.
Blenheim était l'un des derniers représentés. Elle se demandait avec quoi le cuisinier les nourrissait pour que certains aient cette taille.
Devant ce géant, il y avait un homme qu'Emi avait l'impression de connaître malgré le fait qu'elle ne l'ait jamais vu.
Thatch, commandant de la quatrième division. L'homme que Sohalia considérait plus que quiconque comme son frère aîné. Comme son héro. Elle lui vouait un amour infini, aveugle. Elle avait été chamboulée par sa mort. Emi doutait qu'elle ait réussi à en faire le deuil. Elle aimait tellement cet homme. Encore aujourd'hui, elle dévisageait inlassablement le visage du commandant sur la toile.
La jeune femme lui avait raconté tant de bêtises faites avec lui, tant d'aventures partagées à ses côtés. Toutes ces choses qu'elle n'avait faites qu'avec lui. Rien, ni personne ne pourrait remplacer cet homme dans le cœur de la jeune femme.
Tout comme rien, ni personne ne pourrait combler le vide créé par la mort de sa sœur, Eri.
Maiya se déplaça en souriant et Emi retint son souffle.
Là, juste à côté de Thatch, une Sohalia était dessinée. Une jeune Sohalia que la reine n'avait jamais vue, qu'elle ne connaîtrait jamais.
Elle avait de longs cheveux blonds ondulés. Maiya avait rajouté des feuilles de vigne dans sa chevelure où étaient suspendues des perles rouges. Un rappel de son appartenance aux Shizen. Elle possédait de grands yeux vert où de la timidité était lisible. Cette Sohalia était si différente de celle qu'elle était devenue. Elle semblait si fragile, si précieuse.
Dans sa posture, on pouvait ressentir cette curiosité qu'elle avait toujours envers le monde. Son visage avait encore ses rondeurs d'enfant. Tout en elle respirait l'innocence, l'amour, la douceur.
Ce fut à ce moment précis qu'Emi se rendit compte qu'elle devrait plus que des remerciements aux pirates.
Son regard se posa sur sa nièce qui félicitait chaleureusement sa cousine.
Les rondeurs de l'enfance s'étaient envolées. Ses traits étaient maintenant marqués par l'expérience de la vie. Son regard avait perdu un de ces éclats si particuliers.
L'enfant avait disparu pour laisser place à une femme qui n'appartenait pas à ce monde.
Les yeux de la reine balayèrent à nouveau la toile et elle comprit que ce lien que Sohalia avait avec ces pirates, jamais il ne serait comparable à celui qui liait leur famille.
Bientôt, elle devrait lui dire adieu à tout jamais.
Bientôt, elle devrait se contenter de l'apercevoir dans les journaux.
Elle ne pourrait la retenir plus longtemps à ses côtés.
Les larmes aux yeux, elle prit sa nièce dans ses bras et la berça un instant.
Elle s'écarta et lui sourit afin de faire taire toutes les questions qui commençaient à naître dans ses yeux au sujet de cette étreinte soudaine.
« Nous avons réussi à convaincre le Conseil que tu devais repartir le plus vite possible. Ils veulent que tu restes encore deux jours parmi nous. Penses-tu être capable de tenir le coup ? » annonça la reine.
« Oui ! » s'exclama-t-elle en sautant de sa chaise.
« Mais... »
« Je me doutais bien que ça ne serait pas aussi facile... » soupira-t-elle. « Que veulent-ils ? »
« Ils ont peur pour ta sécurité et ils voudraient que tu suives un entraînement intensif pendant ces deux jours... »
« Intensif ? Attends... Ils m'insultent ? Je n'ai pas besoin d'entraînement ! Vista s'en occupe déjà et... »
« Vista ne connaît rien à ton pouvoir. Cet entraînement te permettrait de mieux le contrôler », intervint Hachiro.
« Bien... » accepta-t-elle. « Ça commence quand ? »
« Demain matin. Il viendra te chercher à une heure décente et vous partirez pour les deux jours que durera l'entraînement. »
« Ça marche ! Tant que je ne vois plus les Kasai ! » dit-elle d'un ton enjoué. « Bon, je reviens tout de suite, il faut que je prévienne le Paternel de mon retour. »
Sans plus attendre, elle fila dans sa chambre en emportant le Den-Den Mushi.
Emi s'assit sur le fauteuil, écoutant Maiya parler des histoires que Sohalia lui avait racontées durant l'après-midi.
Maiya partit dans sa chambre en attendant le dîner, laissant le couple seul.
« Tu ne penses pas que tu aurais dû prévenir Sohalia... » soupira Hachiro avec un sourire narquois.
« Non, je veux lui faire la surprise », répondit la reine avec un air de conspiratrice.
Le roi rit et s'approcha de sa femme. Il lui tendit sa main, attendant qu'elle l'attrape, comme toujours.
« Je doute qu'elle apprécie », lâcha-t-il une fois qu'elle eut placé sa main dans la sienne.
« Je sais », dit-elle, amusée en se levant aidée par son mari.
« Elle va hurler », supposa-t-il en la faisant danser sur un air qu'il percevait depuis la chambre de sa fille.
« Tant mieux », soupira-t-elle en posant sa tête sur son épaule.
Hachiro la questionna du regard, attendant qu'elle daigne lui expliquer ses pensées.
« Je profite juste des moments que je peux avoir encore avec elle. J'ai tellement de mal à la laisser partir », souffla-t-elle dans son cou.
« Je sais, moi aussi. Elle est devenue comme une seconde fille, n'est-ce pas ? » sourit-il en embrassant l'oreille de sa femme, la faisant rire doucement.
« Oui. Elle l'est », murmura-t-elle. « Maiya va être si triste quand elle s'en ira », ajouta-t-elle après un instant de silence.
« Je me doute. Elles sont plus proches que je ne l'aurais imaginé. Sohalia semble avoir la volonté de la protéger du moindre danger. Elle est très attentive à elle. Maiya, elle, la considère comme son héroïne. Son modèle. Elle boit ses paroles. »
« Tu seras triste ? » demanda la reine en plongeant son regard dans celui de son mari.
« Je n'ai aucun lien avec elle, mais je l'ai vu grandir, s'épanouir, s'acharner, combattre, protéger, rire, pleurer, crier. Je ne m'imagine pas la vie sans une de mes femmes. »
Emi sourit tendrement en se serrant un peu plus contre lui. Ils se comprenaient parfaitement.
Hachiro stoppa leur danse et se noya dans les prunelles marron de sa femme.
Du bout de son index, il effleura une mèche de sa chevelure, son front, sa tempe, sa joue, sa mâchoire, son menton, ses lèvres. Emi soupira et ferma les yeux, essayant d'enfermer le souvenir de cette caresse en elle.
Il tentait de marquer à jamais les traits de son visage dans sa mémoire. Il se pencha lentement vers elle et déposa un léger baiser sur ses lèvres.
Kyola pénétra dans le salon, brisant leur bulle et se tint stoïquement devant eux.
Emi soupira fortement et toisa durement le messager.
« C'est fou comme je comprends Sohalia », marmonna-t-elle tandis qu'Hachiro se retenait de rire. « Que se passe-t-il ? »
« La Lignée Senrigan vient d'arriver. Ils sont au complet », annonça-t-il en s'inclinant.
« Bien, amenez-les dans la salle du trône, nous arrivons. Merci Kyola », dit-elle avec un léger sourire.
« À vos ordres, Majesté », se retira-t-il.
Emi soupira et offrit un sourire d'excuse à son mari.
« On va manger en retard », lâcha-t-elle.
« Je peux le supporter », répondit-il en haussant des épaules. « Par contre, ça, ça n'attendra pas », ajouta-t-il avec un grand sourire.
La Shizen s'esclaffa tandis qu'il déposait des baisers papillons dans son cou. Elle redevint sérieuse et l'embrassa rapidement.
Hachiro grogna et l'embrassa à son tour.
« On prévient les filles ? » questionna la Reine.
« Non, laissons-les en paix. Elles en ont déjà bien assez fait aujourd'hui », s'amusa-t-il.
« De toute façon, je doute réussir à faire lâcher le Den-Den Mushi à Sohalia », s'esclaffa-t-elle à nouveau sous le regard complice de son mari.
« Après vous, très chère », dit-il en s'inclinant respectueusement en lui ouvrant la porte.
« Que c'est galant », s'étonna-t-elle faussement.
« Pas du tout. C'est une technique inventée pour mieux détailler les fesses des jeunes demoiselles », expliqua-t-il avec un clin d'œil tandis que sa femme riait aux éclats.
Sohalia referma rapidement la porte de sa chambre et se jeta sur son lit.
Elle composa aussi vite que possible le numéro du navire. Elle n'eut pas le temps d'attendre que son interlocuteur décrocha.
Est-ce qu'ils avaient posté un homme à côté ?
Elle sourit en entendant la voix d'Izo.
« J'espère que c'est une belle blonde à l'autre bout du fil ? » lâcha-t-il.
« Pourquoi ça ? »
« Eh bien, une tête d'ananas commençait à s'impatienter », avoua-t-il dans un murmure.
« Oh, pourquoi n'a-t-il pas répondu alors ? »
« Je l'ai enfermé dans les douches ! » rit-il.
Le rire de la jeune femme rejoignit bien vite le sien.
« Tu n'as pas peur de sa terrible vengeance ? » s'amusa-t-elle.
« Pas du tout ! J'ai une arme imparable ! »
« Oh, dis-moi ! »
« Toi ! » s'exclama-t-il. « Tiens, en parlant du loup... » s'écria-t-il pendant que la Shizen percevait un bruit sourd. « Au fait, Lia-chan, as-tu déjà vu le loup ? »
« Qu'est-ce que tu lui racontes ! Va donc nettoyer les douches, foutu samouraï ! Fous-moi le camp, je te dis ! » s'énerva le phénix.
Malgré ses rires, elle put facilement entendre le cri de douleur du commandant de la seizième division.
Elle mit un moment avant de se calmer.
« Tu as fini de rire comme une baleine ? » demanda tranquillement le commandant de la première division.
« Ça rigole une baleine ? » répliqua-t-elle, amusée.
« J'en sais foutrement rien », marmonna-t-il.
« Ah ! Une chose que tu ne connais pas ! Ça fait du bien de savoir que tu n'es pas parfait ! »
« Et pourquoi ça ? »
« C'est chiant les gens parfaits ! » clama-t-elle avec conviction.
« Tu en connais peut-être ? »
« Hum... Oui ! »
« Qui ? » grogna-t-il, s'imaginant déjà lui infliger mille et une tortures.
« Ma cousine ! »
« Ah... Oui, ça se comprend. Ils t'ont raté, ils ont fait un meilleur exemplaire ensuite ! Tu as son numéro ? » ajouta-t-il tandis qu'elle s'indignait.
« D'un, je t'emmerde, foutu piaf ! De deux, pas touche à ma cousine ! Elle est l'innocence et la pureté incarnée ! »
Il se mit à rire. Ça faisait du bien de lui parler sans qu'ils ne se prennent la tête.
« Que nous veut l'honneur de cet appel ? »
« Oh, j'ai failli oublier ! »
« Dans deux jours, je suis de retour ! Alors, profitez de votre tranquillité ! »
« Je préviendrai le Paternel. On approche de Veilombre », indiqua-t-il.
« Oh, j'ai oublié la mauvaise nouvelle ! Je ne pourrai pas appeler, ni répondre pendant ces deux jours », dit-elle rapidement en espérant que ça passerait mieux.
« Pardon ?! Pourquoi ça ?! Hors de question ! On avait fait un marché ! Si je n'ai pas au moins un appel, je viens te chercher ! »
« Mais oui, mais oui ! Allez bisous, mon ananas ! Pleins de petits cœurs à tout le monde ! »
Sohalia raccrocha et sourit, fière d'elle.
Finalement, c'était passé comme une lettre à la mouette !
Le lendemain, l'aube se levait à peine quand on frappa à la porte de Sohalia.
Elle ouvrit les yeux difficilement, encore engourdie de sommeil.
« Princesse Sohalia, le maître vous attend. »
La voix d'Ume.
Sohalia grogna et se leva péniblement.
Le maître.
Celui qui était censé lui apprendre à mieux contrôler son pouvoir.
Elle ne savait même pas qui c'était.
Sa tante avait refusé de lui dire, prétextant que ce serait « une belle surprise ».
Sohalia détestait les surprises.
Elle s'habilla rapidement d'une tenue simple – pantalon, tunique, bottes – et sortit de sa chambre.
Dans le couloir, un vieil homme l'attendait.
Grand. Maigre. Cheveux blancs attachés en queue de cheval. Visage sévère marqué par les années. Des yeux gris perçants qui semblaient voir à travers elle.
Il portait des vêtements de voyage usés, une cape verte sur les épaules.
« Princesse, » dit-il en s'inclinant légèrement.
Sa voix était rauque, comme s'il n'avait pas parlé depuis longtemps.
Sohalia le dévisagea avec curiosité.
« Vous êtes... ? »
« Kaito. J'étais le mentor de votre mère, Eri. »
Le cœur de Sohalia fit un bond dans sa poitrine.
Le mentor de sa mère ?
« Je... je ne savais pas que... »
« Personne ne le sait. J'ai quitté la ville il y a dix-sept ans, peu après sa mort. Je vivais en ermite dans les montagnes. Votre tante m'a retrouvé et m'a demandé de revenir. Pour vous. »
Il la regarda droit dans les yeux.
« Votre mère avait le même feu en elle que vous. La même soif de liberté. Le même pouvoir incontrôlé. Je l'ai aidée à le maîtriser. Je ferai de même pour vous. »
Sohalia déglutit.
« Où allons-nous ? »
« À la grotte sacrée des Shizen. Là où tous les grands maîtres de votre Lignée ont affiné leur art. »
Il se retourna sans attendre et commença à marcher.
Sohalia le suivit.
Ils traversèrent le palais en silence, sortirent par une porte dérobée et s'enfoncèrent dans la forêt.
Le soleil se levait lentement, filtrant à travers les arbres.
Ils marchèrent pendant plus d'une heure.
Kaito ne parlait pas. Ne se retournait pas. Avançait d'un pas régulier, infatigable.
Sohalia sentait sa cicatrice la lancer à chaque inspiration profonde.
Enfin, ils arrivèrent au pied d'une montagne.
Une ouverture sombre béait dans la roche.
« Nous y sommes. »
Kaito s'enfonça dans l'obscurité.
Sohalia hésita une seconde, puis le suivit.
À l'intérieur, la grotte s'ouvrait sur une immense caverne.
Des cristaux luminescents parsemaient les parois, diffusant une lumière douce et bleutée. Des plantes phosphorescentes grimpaient le long des murs. Une petite rivière souterraine murmurait doucement.
Au centre, un cercle de pierres plates.
L'endroit vibrait d'une énergie ancienne, puissante.
« C'est magnifique... » murmura Sohalia.
Kaito déposa son sac dans un coin.
« Ici, la nature est à l'état pur. Concentrée. C'est le lieu parfait pour apprendre à la sentir, la comprendre, la contrôler. »
Il se tourna vers elle.
« A partir de maintenant, il n'y a plus de privilège dû à ton rang. Je suis ton mentor, tu es l'élève. Assieds-toi. »
Sohalia obéit, s'installant au centre du cercle de pierres.
« Ce que tu as appris sur ton pouvoir dans le monde extérieur n'est pas forcément faux. C'est juste inadapté. Cela fonctionne pour les Fruits du Démon, pas pour nous. Cela ne veut pas dire que tu pars de zéro. »
La pirate acquiesça.
« Ferme les yeux. »
Elle ferma les yeux.
« Respire. »
Elle respira profondément.
Sa cicatrice protesta. Elle grimaça.
« Ignore la douleur. Elle fait partie de toi, mais elle ne te définit pas. »
Facile à dire.
« Maintenant, sens la nature autour de toi. Chaque plante. Chaque racine. Chaque goutte d'eau. »
Sohalia se concentra.
Au début, il n'y avait que le silence.
Puis, lentement, elle commença à sentir quelque chose.
Une présence. Plusieurs présences.
Les plantes sur les murs. Vivantes. Respirant. Les racines sous la pierre. S'étendant profondément dans la terre. L'eau qui coulait. Froide. Claire. Vibrante.
« Bien. Maintenant, touche-les. Pas avec tes mains. Avec ton esprit. »
Sohalia fronça les sourcils.
Elle essaya.
Rien.
Essaya encore.
Toujours rien.
Sa frustration monta.
« Patience, » dit Kaito. « Ta mère a mis des semaines avant d'y arriver. »
Des semaines ?
Elle n'avait que deux jours.
Elle inspira profondément et réessaya.
Cette fois, quelque chose bougea.
Une des plantes phosphorescentes frémit légèrement.
Les yeux de Sohalia s'ouvrirent brusquement.
« Je... j'ai senti... »
« Continue. »
Elle ferma les yeux à nouveau et se concentra.
La plante. Elle la sentait. Son essence. Sa vie.
Doucement, très doucement, elle essaya de la toucher avec son pouvoir.
La plante répondit.
Ses feuilles s'ouvrirent légèrement.
Un sourire étira les lèvres de Sohalia.
« Bien, » dit Kaito. « Encore. »
Ils passèrent toute la journée ainsi.
Sohalia apprenant à sentir, toucher, influencer les plantes autour d'elle, sans bouger un cil comme elle le faisait auparavant.
C'était épuisant. Mentalement. Physiquement.
Sa cicatrice ne cessait de la lancer, la distrayant, mais elle persistait.
Le soir, Kaito alluma un feu.
Ils mangèrent en silence – des provisions simples qu'il avait apportées.
Puis, dans la lueur dansante des flammes, il parla.
« Ta mère était comme toi. Impatiente. Fougueuse. Elle voulait tout maîtriser immédiatement. »
Sohalia leva les yeux vers lui.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Elle a appris. Lentement. Difficilement. Mais elle a appris. Et elle est devenue puissante. »
Il la regarda.
« Puis elle est tombée amoureuse d'un homme. »
Un silence.
« Mon père. »
« Oui. Et elle a choisi la liberté. Elle a quitté l'île. Elle a vécu. Et elle est morte en te protégeant. »
Kaito fixa le feu.
« Elle n'a jamais regretté son choix. »
Sohalia sentit sa gorge se serrer.
« Tu as quelque chose qu'elle n'avait pas, » continua Kaito.
« Quoi ? »
« Tu as déjà vécu cette liberté. Tu sais ce que c'est. Tu n'as pas à choisir entre deux mondes. Tu as déjà choisi. »
Il se leva.
« Repose-toi. Demain sera plus difficile. »
Sohalia s'allongea près du feu, enroulée dans une couverture.
Elle pensa au Moby Dick.
À Marco.
À sa famille pirate.
Elle s'endormit en souriant.
Le deuxième jour commença avant l'aube.
Kaito la réveilla sans ménagement.
« Debout. »
Sohalia grogna mais se leva.
« Aujourd'hui, nous allons plus loin. »
Il la conduisit vers la rivière souterraine.
« Assieds-toi. Pieds dans l'eau. »
L'eau était glacée. Sohalia grimaça mais obéit.
« Maintenant, sens la vie dans l'eau. »
Dans l'eau ?
« Il y a de la vie dans l'eau ? »
« Il y a de la vie partout. Dans l'eau, dans la pierre, dans l'air. Tu dois apprendre à la sentir. »
Sohalia ferma les yeux et se concentra.
Au début, rien.
Puis, très faiblement, elle sentit quelque chose.
De minuscules organismes. Vivant dans l'eau.
Algues microscopiques. Bactéries.
Vie.
« Bien. Maintenant, va plus loin. Suis l'eau. Sens où elle va. »
Sohalia laissa son esprit suivre le courant.
L'eau venait de profondeurs insondables. Remontait à travers la roche. S'écoulait dans la grotte. Repartait vers...
Vers l'océan.
Elle pouvait sentir l'océan.
Loin. Très loin.
Mais là.
Ses yeux s'ouvrirent, émerveillée.
« Je... j'ai senti l'océan... »
« Bien. C'est ce que je voulais que tu apprennes. »
Kaito s'assit à côté d'elle.
« Ton pouvoir ne se limite pas aux plantes que tu vois. Tu peux sentir la vie partout. Dans toute la nature. Et si tu apprends à projeter ta conscience assez loin... »
Il la regarda.
« Tu peux voir à travers les yeux de la nature elle-même. »
Sohalia écarquilla les yeux.
« Vous voulez dire... »
« Que tu peux traquer quelqu'un. N'importe où. Tant qu'il y a de la vie autour de lui. »
Jef.
Elle pourrait traquer Jef.
« Comment... ? »
« Essaie. »
Sohalia ferma les yeux.
Elle se concentra, laissa son esprit s'étendre, sentir les plantes dans la grotte.
Puis celles à l'extérieur.
Dans la forêt.
De plus en plus loin.
C'était difficile. Épuisant.
Sa cicatrice brûlait, mais elle continuait.
Soudain, elle sentit quelque chose.
Une présence.
Au palais.
Emi.
Elle pouvait sentir Emi à travers les plantes du jardin.
Un sourire étira ses lèvres.
Puis elle poussa plus loin.
Chercha Maiya.
La trouva dans sa chambre.
Peignant.
Sohalia ouvrit les yeux, essoufflée.
« Je... j'ai réussi... »
« Oui. Avec de l'entraînement, tu pourras le faire sur de grandes distances. Traquer n'importe qui. »
Il se leva.
« Tu es prête. »
Sohalia se leva aussi, chancelante.
Épuisée.
Mais heureuse.
Elle avait appris.
Elle était plus forte.
« Merci, » dit-elle sincèrement.
Kaito hocha la tête.
« Ta mère serait fière. »
Ils rentrèrent au palais en fin d'après-midi.
Sohalia était épuisée mais sereine.
Elle avait appris. Grandi.
Elle était prête à affronter Jef.
Prête à retrouver le Moby Dick.
Prête pour la suite.
Lorsque Sohalia rentra dans ses appartements, Ume l'attendait avec un bain chaud et des vêtements propres.
« Votre tante vous demande dans la grande salle dès que vous serez prête, Princesse. »
Sohalia fronça les sourcils.
La grande salle ?
Pourquoi pas le salon privé comme d'habitude ?
« Que se passe-t-il ? »
« Je ne peux rien dire, » répondit Ume avec un sourire mystérieux.
Sohalia soupira.
Encore une surprise.
Elle se lava rapidement, enfila une robe verte simple – elle refusait les tenues trop ornementées – et suivit Ume à travers les couloirs.
Plus elles approchaient de la grande salle, plus Sohalia entendait des voix.
Beaucoup de voix.
Son cœur se serra.
Qu'est-ce qu'Emi avait encore inventé ?
Ume ouvrit les doubles portes.
Sohalia s'arrêta net sur le seuil.
La grande salle était décorée de fleurs. Partout. Des roses rouges, des lys blancs, des pivoines roses, des anémones bleues.
Les mêmes fleurs que lors du couronnement.
Et elle était remplie de gens.
Toute la famille élargie. Les Lignées amies – Mizu, Kiku. Les Senrigan, reconnaissants, qui s'inclinèrent à sa vue.
Des serviteurs. Des gardes.
Tous souriaient.
Au centre, Emi, Hachiro et Maiya l'attendaient.
« Surprise... » murmura Emi avec un sourire tendre.
Sohalia sentit sa gorge se serrer.
Une cérémonie d'adieu.
Ils lui avaient préparé une cérémonie d'adieu.
« Tante Emi... »
« Viens. »
Emi lui tendit la main.
Sohalia la prit, les yeux brillants de larmes.
Sa tante la conduisit au centre de la salle.
« Nous sommes tous réunis ce soir, » commença Emi d'une voix forte, « pour célébrer quelqu'un de très cher à nos cœurs. »
Elle regarda Sohalia.
« Notre princesse pirate. »
Des rires affectueux résonnèrent dans la salle.
Emi prit une inspiration tremblante.
« Nous savons qu'elle n'appartient pas vraiment à ce monde. Qu'elle appartient à l'océan. À la liberté. À sa famille choisie. »
Elle sourit à travers ses larmes.
« Et nous en sommes fiers. »
Hachiro s'avança.
« Tu seras toujours la bienvenue ici, Sohalia. Toujours. C'est ta maison. Ton île. Ton peuple. »
Il posa sa main sur son épaule.
« Mais nous comprenons que tu as une autre maison. Et nous te libérons. »
Sohalia ne put retenir ses larmes.
Maiya s'approcha timidement, tenant quelque chose dans ses mains.
La toile.
La toile du Moby Dick.
Soigneusement roulée, attachée avec un ruban vert.
« Pour que tu te souviennes de nous, » murmura la jeune fille. « Quand tu seras loin. »
Sohalia prit la toile avec des mains tremblantes.
« Maiya... »
Elle serra sa cousine dans ses bras.
Maiya éclata en sanglots.
« Tu vas me manquer... »
« Toi aussi, petite artiste. Toi aussi. »
Sohalia s'écarta et caressa les cheveux de sa cousine.
« Continue de peindre pour moi, d'accord ? Peins tout ce que je te raconte. Et un jour, je reviendrai et je verrai toutes tes œuvres. »
Maiya hocha la tête, incapable de parler.
Emi attrapa doucement le bras de sa fille et la tira en arrière.
Puis elle détacha quelque chose de son propre poignet.
Un bracelet.
Tressé avec des fils verts et ornés de petites perles rouges.
« C'était celui de ta mère, » dit-elle doucement. « Elle le portait toujours. Je veux que tu l'aies. »
Elle attacha le bracelet au poignet de Sohalia.
« Pour que tu te souviennes d'où tu viens. Qui tu es. »
Sohalia regarda le bracelet, les larmes coulant librement sur ses joues.
« Merci... »
Emi la serra dans ses bras.
Fort.
Comme si elle ne voulait jamais la lâcher.
« Ma sœur serait si fière de toi, » murmura-t-elle à son oreille. « Tu es exactement ce qu'elle voulait que tu sois. Libre. Forte. Vivante. »
Elle s'écarta légèrement pour regarder Sohalia dans les yeux.
« Tu seras toujours notre princesse. Mais je sais... tu es d'abord une pirate. »
Elle sourit à travers ses larmes.
« Et c'est parfait ainsi. »
Sohalia éclata en sanglots et se jeta dans les bras de sa tante.
« Je t'aime. »
« Je t'aime aussi, ma chérie. Tellement. »
Elles restèrent ainsi un long moment.
Puis Emi se recula et essuya les larmes de Sohalia.
« Maintenant, » dit-elle avec un sourire, « festoyons ! »
La salle explosa en acclamations.
Des tables furent dressées. De la nourriture apparut. De la musique commença à jouer.
Sohalia fut entraînée dans la fête.
Les gens venaient la saluer. Lui souhaiter bon voyage. La remercier.
Les Senrigan en particulier la remerciaient avec effusion.
« Grâce à vous, nous avons retrouvé notre place. »
« Nous ne l'oublierons jamais. »
Sohalia souriait, serrait des mains, acceptait des étreintes.
Mais son regard revenait toujours vers sa famille.
Emi qui dansait avec Hachiro.
Maiya qui la fixait avec adoration.
Sa famille de sang.
Celle qu'elle laissait derrière.
Le dîner fut somptueux.
Des plats qu'elle n'avait pas mangés depuis des années. Des saveurs de son enfance.
Maiya raconta des blagues. Hachiro la taquina affectueusement. Emi garda la main de Sohalia dans la sienne presque tout le repas. Comme si elle avait peur qu'elle disparaisse.
Tard dans la soirée, quand les invités commencèrent à partir, Emi se pencha vers Sohalia.
« Je t'aime comme ma propre fille. Tu le sais, n'est-ce pas ? »
« Je sais, tante Emi. Moi aussi. »
Elles se regardèrent longuement.
Puis Emi l'embrassa sur le front.
« Va. Retourne chez toi. Vis ta vie. Sois heureuse. »
« Je reviendrai. Je promets. »
« Je sais. »
Sohalia retourna dans sa chambre tard dans la nuit.
Épuisée. Émotionnellement vidée.
Mais en paix.
Elle posa précieusement la toile de Maiya dans son sac, caressa le bracelet à son poignet.
Demain, elle repartirait.
Demain, elle rentrerait chez elle.
Sur le Moby Dick.
Elle s'endormit en pensant à Marco.
Le lendemain matin, Sohalia se réveilla à l'aube.
C'était le jour.
Le jour où elle repartait.
Ume l'aida à se préparer en silence.
La dame de compagnie avait les yeux rouges.
« Vous allez me manquer, Princesse. »
« Toi aussi, Ume. Prends soin de Maiya pour moi, d'accord ? »
« Promis. »
Sohalia s'habilla simplement. Pantalon. Tunique. Bottes.
Ses vêtements de pirate.
Pas de robe. Pas de couronne. Pas de bijoux hormis le bracelet de sa mère.
Elle était redevenue elle-même.
Elle prit son sac – contenant la toile de Maiya et quelques affaires personnelles – et sortit de sa chambre.
Dans le couloir, sa famille l'attendait.
Emi. Hachiro. Maiya.
Le messager qui allait la téléporter se tenait en retrait, respectueux.
Ils se dirigèrent tous vers une petite chambre privée au fond du palais.
Pas de cérémonie publique cette fois. Pas de foule.
Juste eux.
La famille.
Dans la chambre, un cercle de téléportation avait été tracé sur le sol.
Sohalia s'arrêta au seuil.
Le moment était venu.
Elle se tourna vers sa famille.
Maiya se jeta dans ses bras en pleurant.
« Ne pars pas... »
« Je reviendrai. Je te le promets. »
« Quand ? »
« Quand Jef sera arrêté. »
Maiya hocha la tête, le visage enfoui dans l'épaule de Sohalia.
Sohalia l'embrassa sur le front et la confia doucement à Emi.
Puis elle se tourna vers Hachiro.
Son oncle la serra dans ses bras.
Fort.
« Prends soin de toi. »
« Promis. »
« Reviens nous voir. »
« Je reviendrai. »
Il s'écarta et posa sa main sur son épaule.
« Que les esprits de nos ancêtres te protègent. Que la nature te guide. Que l'océan te porte. »
Une bénédiction formelle.
Sohalia hocha la tête, touchée.
Enfin, elle se tourna vers Emi.
Sa tante la regardait avec des yeux brillants de larmes.
Elles ne dirent rien, se serrèrent simplement dans les bras l'une de l'autre.
Longtemps.
« Ma sœur serait si fière, » murmura finalement Emi.
« Je sais. »
« Tu seras toujours notre princesse. »
« Mais je suis d'abord une pirate. »
« Je sais. Et c'est parfait. »
Elles s'écartèrent.
Emi posa ses mains de chaque côté du visage de Sohalia.
« Sois heureuse. »
« Je le serai. »
« Reviens-nous. »
« Je reviendrai. »
Emi l'embrassa sur le front.
Une dernière fois.
Puis elle recula, rejoignant son mari et sa fille.
Sohalia inspira profondément et entra dans le cercle de téléportation.
Le messager s'approcha.
« Prête, Princesse ? »
« Prête. »
Elle regarda une dernière fois sa famille.
Emi qui souriait à travers ses larmes.
Hachiro qui la saluait solennellement.
Maiya qui agitait la main, pleurant.
« À bientôt, » dit Sohalia.
Pas adieu.
À bientôt.
Le messager posa sa main sur son épaule.
Son pouvoir s'activa.
La lumière explosa.
Flash.
Lumière aveuglante.
Sensation familière de déchirement.
L'espace se tordit, se plia.
Sohalia sentit sa cicatrice lancer légèrement – elle y était habituée maintenant.
Dans le tourbillon de lumière et d'énergie, une pensée s'imposa.
Je rentre chez moi.
Une image traversa son esprit.
Marco.
Une chaleur se répandit dans sa poitrine.
Puis...
Stabilité.
Sohalia ouvrit les yeux.
Ses pieds touchaient le pont du Moby Dick.
Air marin. Vent chaud. Odeur de sel et de bois.
Chez elle.
Le soleil était haut dans le ciel, illuminant le pont d'une lumière dorée.
Devant elle, l'équipage était rassemblé.
Comme s'ils l'attendaient.
Barbe Blanche assis sur son immense siège, un sourire aux lèvres.
Ace qui lui faisait un grand signe de la main.
Vista qui s'inclinait respectueusement.
Izo qui lui envoyait un baiser moqueur de la main.
Joz qui croisait les bras avec un sourire.
Et Marco.
Marco debout devant tous les autres.
Les bras croisés. Expression neutre.
Mais ses yeux...
Ses yeux disaient tout.
Soulagement.
Joie.
Le silence s'étira pendant quelques secondes.
Puis Sohalia sourit.
Un immense sourire qui illumina son visage.
« Me voilà. »
L'équipage explosa en acclamations.
« SOHALIA EST DE RETOUR ! »
« ELLE EST LÀ ! »
« BIENVENUE CHEZ TOI ! »
Les pirates se précipitèrent vers elle, la soulevant dans leurs bras, riant, criant.
Ace la fit tournoyer.
Izo l'embrassa sur les deux joues.
Vista lui ébouriffa les cheveux.
Joz la souleva comme si elle ne pesait rien.
Dans la cohue joyeuse, elle chercha Marco du regard.
Il n'avait pas bougé, mais il souriait.
Ce sourire rare, authentique, qui n'apparaissait que pour elle.
Ses yeux brillaient d'une émotion qu'elle ne pouvait pas tout à fait identifier.
Sohalia se fraya un chemin à travers la foule de pirates jusqu'à lui, s'arrêta devant lui.
Leurs regards se croisèrent.
« Salut, ananas. »
« Salut, pissenlit. »
Ils restèrent là, se regardant.
Le bruit autour d'eux semblait s'estomper.
Puis Marco tendit la main et ébouriffa ses cheveux affectueusement.
« Bon retour chez toi. »
Chez toi.
Oui.
C'était exactement ça.
Le Moby Dick était chez elle. Ces pirates étaient sa famille. Cet homme devant elle...
Elle ne savait pas encore exactement ce qu'il était.
Mais il était important.
Très important.
« C'est bon d'être de retour, » dit-elle doucement.
Marco hocha la tête.
Puis Barbe Blanche se leva de son siège.
« GURARARA ! Bienvenue, ma fille ! »
Sohalia se retourna et s'inclina respectueusement.
« Père. »
« Viens. Raconte-nous. »
Ils s'installèrent tous sur le pont.
Sohalia raconta brièvement.
L'entraînement dans la grotte. Kaito, le mentor de sa mère. Les nouvelles capacités qu'elle avait apprises.
La cérémonie d'adieu.
Les pirates écoutaient avec attention.
Puis elle sortit la toile de son sac et la déroula doucement.
Le Moby Dick, peint par Maiya.
Les pirates s'approchèrent, émerveillés.
« C'est magnifique... »
« Elle a beaucoup de talent, ta cousine ! »
« On dirait une photo ! »
Sohalia sourit, fière.
« Je vais l'installer dans ma cabine. »
Elle roula soigneusement la toile et la rangea.
Puis elle revint sur le pont.
« Bon, » dit Barbe Blanche en déroulant une carte sur une table improvisée. « Maintenant que notre princesse est de retour, il est temps de parler sérieusement. »
Il pointa un doigt sur la carte.
« Veilombre. »
L'île était marquée d'un X rouge.
« Nous y arriverons dans quelques heures, » continua le capitaine. « D'après nos informations, le troisième Fragment s'y trouve. Caché dans les ruines au cœur de l'île. »
« Mais il y a un problème, » intervint Marco.
« L'île est enveloppée d'une brume permanente, » expliqua Vista. « Navigation dangereuse. Visibilité quasi nulle. »
« Et ce n'est pas tout, » ajouta Ace. « Plusieurs navires ont disparu en tentant d'accoster. On ne les a jamais revus. »
Sohalia fronça les sourcils.
« Jef ? »
« Possible, » admit Barbe Blanche. « Il nous a devancés pour les deux premiers Fragments. Il y a de fortes chances qu'il soit déjà à Veilombre. C'est pourquoi nous devons être prêts. »
« Je le suis, » affirma Sohalia avec détermination.
Marco la regarda et nota la détermination dans ses yeux. L'assurance dans sa posture.
Elle avait changé.
En seulement quelques jours, elle avait changé.
Plus forte. Plus sûre d'elle. Plus concentrée. Prête à affronter ce qui les attendait.
« Bien, » dit Barbe Blanche. « Nous nous préparons. Dans quelques heures, nous débarquons à Veilombre. Et nous récupérons ce Fragment avant Jef. »
Les pirates acquiescèrent.
La réunion se dispersa.
Chacun retourna à ses tâches.
Sohalia resta sur le pont, regardant l'horizon.
Le soir tombait sur le Moby Dick.
Les dernières lueurs orangées du soleil couchant teintaient l'océan de reflets dorés.
Sohalia se tenait à la proue, accoudée au bastingage, regardant l'horizon.
Quelque part là-bas, Veilombre les attendait.
Le Fragment. Jef. Le danger.
Elle caressa machinalement le bracelet à son poignet.
Des pas derrière elle retentirent. Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui c'était.
Marco.
Il s'accouda au bastingage à côté d'elle. Ils restèrent silencieux un moment, regardant l'océan.
Puis Marco parla.
« Nerveuse ? »
« Un peu, » admit-elle.
« Tu vas bien te débrouiller. »
« Comment tu le sais ? »
« Parce que tu es toi. »
Elle tourna la tête vers lui, surprise par le ton de sa voix.
Il la regardait.
Avec cette expression qu'elle ne comprenait pas tout à fait.
Quelque chose de doux. De protecteur. De...
« Merci, » dit-elle doucement. « Pour m'avoir attendue. »
« Toujours. »
Un silence.
Confortable.
Le vent jouait dans leurs cheveux.
Le navire fendait les vagues vers leur destin.
« Marco ? »
« Hmm ? »
« Quoi qu'il arrive là-bas... »
« On sera ensemble, » la coupa-t-il.
Elle hocha la tête.
Ensemble.
C'était tout ce qui comptait.
Ils restèrent là, côte à côte, jusqu'à ce que la nuit tombe complètement.
Les étoiles apparurent une à une dans le ciel.
Et au loin, très loin à l'horizon, une brume grisâtre commençait à apparaître.
À peine visible dans l'obscurité.
Mais là.
Veilombre.
Sohalia inspira profondément.
Elle était prête.
Plus forte qu'avant.
Armée de nouvelles capacités.
Entourée de sa famille.
Protégée par...
Elle jeta un coup d'œil à Marco.
Par lui.
Puis ils rentrèrent ensemble. Vers le réfectoire où leurs frères les attendaient. Vers la chaleur. La lumière. Les rires. Vers leur famille.
L'aventure ne faisait que commencer.
REECRIT : 04/01/2026