The New Era

Chapitre 22 : Chapitre 22 : Roses et Pourritures

4938 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 09/01/2026 15:39

Le soleil se leva sur Yosei no Toketsu.

Froid. Pâle. Indifférent à ce qui s'était passé la veille.

Dans sa tente, Sohalia ouvrit lentement les yeux. Pendant un instant — un bref et merveilleux instant — elle ne se souvint de rien. Juste le froid qui mordait, la toile de la tente qui claquait dans le vent, la chaleur d'une couverture.

Puis tout revint.

Jef. Son esprit envahissant. Thatch tombant. Le sang. Le couteau. Les yeux de son frère perdant la vie.

Elle inspira brusquement, se redressant d'un coup.

« Calme-toi, yoi. »

Marco.

Il était là, assis près de sa couchette. Exactement où il était quand elle s'était endormie. Ses vêtements étaient froissés, ses cheveux en bataille. Il n'avait pas dormi.

« Tu... tu es resté toute la nuit ? » murmura-t-elle.

« Oui. »

Pas d'excuses. Pas d'explications. Juste cette simple affirmation.

Sohalia sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine. De la gratitude ? Du réconfort ? Elle ne savait pas exactement.

« Comment tu te sens ? » demanda-t-il doucement.

Elle voulut dire « bien ». Mentir. Faire comme si tout allait parfaitement.

Mais c'était Marco. Et il méritait la vérité.

« Mieux, » dit-elle finalement. « Pas complètement bien. Mais mieux. »

Il hocha la tête, comme s'il comprenait parfaitement ce qu'elle ne disait pas.

« Ce que Jef t'a montré... »

« Je sais que ce n'était pas réel, » le coupa-t-elle. « Enfin, si, c'était réel. Thatch est vraiment mort. Mais... » Elle chercha ses mots. « Ce n'était pas mes souvenirs. C'était ceux de Teach. Il me les implantés. »

« Ça ne rend pas les images moins horribles, yoi. »

« Non. » Sa voix se brisa légèrement. « Non, ça ne les rend pas moins horribles. »

Marco tendit la main, hésita un instant, puis posa sa paume sur la sienne. Un geste simple. Apaisant.

« Tu n'as pas à faire ça toute seule, tu sais. »

« Je sais. »

Ils restèrent ainsi un moment, silencieux. Le vent hurlait dehors. Le camp commençait à s'éveiller — des voix, des bruits de pas, le cliquetis du métal.

« On part bientôt, » dit finalement Marco. « Père veut qu'on récupère la Clé ce matin. »

Sohalia acquiesça.

« Je suis prête. »

« Tu es sûre, yoi ? »

Elle le regarda droit dans les yeux.

« Oui. J'ai besoin de faire quelque chose. De me battre. De... » Elle serra les poings. « De ne pas rester là à penser. »

Marco la fixa longuement, comme s'il cherchait à voir à travers elle, à déceler le moindre mensonge.

Mais il ne trouva que de la détermination.

« D'accord. Alors allons-y. »

Dehors, le camp s'activait.

Des pirates s'affairaient autour des feux, préparant un dernier repas chaud avant l'assaut. D'autres vérifiaient leurs armes, ajustaient leurs armures, s'assuraient que tout était en ordre.

Sohalia émergea de sa tente et fut immédiatement accueillie par sa division. Marco était toujours derrière elle, attendant patiemment de passer, mais encore inquiet pour la jeune femme.

« Chef ! » Yori se précipita vers elle, sa trousse médicale à la main. « Comment vous sentez-vous ? Vertiges ? Nausées ? Douleurs ? »

« Yori, je vais bien. »

« Laissez-moi vérifier au moins vos pupilles. »

Elle soupira mais le laissa faire. Il sortit une petite lanterne et la pointa vers ses yeux, les examinant avec attention professionnelle.

« Aucune anomalie, » finit-il par dire, soulagé. « Mais si vous sentez quoi que ce soit d'inhabituel— »

« Je te le dirai. Promis. »

Hade s'approcha, lui tendant une gourde de café fumant et un morceau de pain. Le phénix s'éclipsa discrètement, rassuré de voir Sohalia bien entourée.

« Vous devriez manger quelque chose, chef. »

« Merci, Hade. »

Elle prit la nourriture avec reconnaissance. Le café était fort, brûlant, exactement ce dont elle avait besoin. Le pain était dense, un peu sec, mais elle le mangea quand même.

Kenta vérifia ses armes pendant qu'elle mangeait.

« Votre hallebarde est en parfait état, chef. J'ai vérifié le mécanisme, tout fonctionne. »

« Merci. »

Ikaku s'assit près d'elle, silencieuse. Pas de questions. Pas de sollicitude excessive. Juste sa présence rassurante.

Sohalia regarda autour d'elle. Sa division — non, leur division — se préparait avec efficacité. Chacun savait ce qu'il avait à faire. Ils étaient prêts.

Et elle aussi.

Une heure plus tard, tous les commandants étaient rassemblés devant la tente de Barbe Blanche.

Le vieil homme se tenait debout, imposant malgré le froid, une carte dépliée devant lui. La carte magique qui se mettait à jour au fur et à mesure de leur progression.

« Cette île est sous la protection de Kaido, » commença-t-il sans préambule. « Ses hommes sont présents. Nous le savons. »

Un murmure parcourut les commandants. Tous le savaient, mais l'entendre confirmé rendait la situation plus réelle.

« On ne cherche pas le conflit avec eux, » continua Barbe Blanche. « On récupère le Fragment et la Clé. Compris ? »

Des hochements de tête.

« Répartition des forces, » dit-il en désignant différents points sur la carte. « Marco, reconnaissance aérienne continue. Tu surveilles tout. Le moindre mouvement suspect, tu nous préviens. »

« Oui, Père, yoi. »

« Ace, Sohalia, vous menez l'avant-garde. Jozu, tu les suis de près. Si ça tourne mal, tu assures la défense. »

« Compris. »

« Vista, flanc gauche. Rakuyo, flanc droit. Namur, tu surveilles les approches aquatiques au cas où. Curiel et Izo, arrière-garde. Si on a besoin d'artillerie, c'est toi. »

Chacun acquiesça.

« Objectif principal : la Clé 4. Elle se trouve dans le Temple du Cœur Gelé. » Il tapota la carte où un point brillant indiquait l'emplacement. « Le Fragment 4 est aussi là, quelque part dans une partie plus profonde du temple. Mais il est gardé par les Sentinelles de Glace. »

Sohalia frissonna involontairement. Les Sentinelles. Elles ne les avaient pas encore rencontrées, mais elle sentait qu'elles ne seraient pas amicales.

« Si on les rencontre, on recule, » ordonna Barbe Blanche fermement. « On ne prend pas de risques inutiles. »

« Et les hommes de Kaido ? » demanda Rakuyo.

« On reste calmes. Pas de provocation. Mais si on est attaqués... » Le regard du vieil homme se durcit. « On se défend. »

Un silence lourd tomba. Tout le monde comprenait les implications. Attaquer les hommes de Kaido signifiait déclarer la guerre. Et ils n'étaient pas prêts pour ça. Pas encore.

« Des questions ? »

Aucune.

« Bien. Alors on y va. »

La marche vers la lumière entre les montagnes se fit dans un silence tendu.

Sohalia marchait entre Ace et Marco. Le premier avait insisté pour rester près d'elle, et le second... eh bien, Marco ne la quittait tout simplement pas des yeux depuis ce matin.

« Tu es sûre que ça va ? » demanda Ace à mi-voix.

C'était la troisième fois qu'il posait la question.

« Oui, Ace. Je vais bien. »

« C'est juste que... hier, avec Jef... »

« Je sais. » Elle lui offrit un petit sourire. « Mais je vais mieux. Promis. »

Il hocha la tête, mais elle pouvait voir qu'il n'était pas complètement rassuré.

C'était étrange. Ace — le même qui l'avait fait tomber dans la neige deux jours plus tôt avec une boule de neige, qui la taquinait sans cesse — était maintenant inquiet pour elle. Attentionné. Protecteur.

Quelque chose avait changé entre eux. Depuis qu'elle s'était collée à lui pour avoir chaud, depuis qu'il l'avait vue s'effondrer sous l'attaque de Jef, depuis...

Depuis qu'il avait réalisé qu'elle était aussi fragile que n'importe qui d'autre.

Marco, de l'autre côté, restait silencieux. Mais elle sentait son regard sur elle. Constant. Vigilant.

« Je peux me battre, vous savez, » dit-elle finalement. « Je ne vais pas m'effondrer au premier obstacle. »

« On le sait, yoi, » répondit Marco. « Mais ça ne nous empêche pas de nous inquiéter. »

« Exactement, » renchérit Ace. « C'est notre job de nous inquiéter. Tu es coincée avec nous maintenant. »

Malgré elle, Sohalia sourit.

« Coincée, hein ? »

« Aucune échappatoire. »

La lumière entre les montagnes se rapprochait. Cette lueur argentée, presque irréelle, qui brillait comme un voile entre deux pics enneigés.

Barbe Blanche s'arrêta devant, se retournant vers ses fils.

« De l'autre côté, on ne sait pas ce qui nous attend. Restez vigilants. Restez ensemble. Et quoi qu'il arrive... »

« Oui, Père ! »

Le vieil homme se retourna et franchit la lumière en premier.

Un par un, les autres suivirent.

Sohalia prit une grande inspiration. Puis elle entra.

La sensation était étrange.

Comme passer à travers un rideau d'eau sans se mouiller. Comme traverser un voile entre deux mondes. Froid d'un côté, encore plus froid de l'autre.

Sohalia cligna des yeux, s'adaptant à la lumière différente.

Et découvrit ce qui les attendait de l'autre côté.

Des ruines.

Partout, des ruines.

Sohalia resta figée un instant, absorbant le paysage désolé qui s'étendait devant eux.

Des blocs de pierre jonchaient le sol, à moitié ensevelis sous la neige épaisse. Des arbres morts se dressaient comme des squelettes, leurs branches nues tendues vers le ciel gris. Pas une seule feuille. Pas un soupçon de vert. Juste du bois noir et mort.

Un escalier de pierre montait vers le sommet d'une colline. Ou du moins, ce qui restait d'un escalier. Certaines marches manquaient complètement. D'autres étaient fissurées, sur le point de s'effondrer. La mousse et la glace les recouvraient par endroits, rendant l'ascension périlleuse.

En haut, tout en haut, une arche se dressait encore.

Une arche de pierre en ruine se dresse encore, solitaire, comme un vestige oublié du temps. Ses blocs, autrefois taillés avec précision, sont désormais érodés, creusés de fissures profondes où s'accrochent mousse et lichen. Certaines pierres manquent, laissant des vides irréguliers qui fragilisent l'ensemble, tandis que d'autres semblent tenir par miracle, défiant la gravité.

La courbe de l'arche n'est plus parfaite : elle s'affaisse légèrement, comme fatiguée par les siècles. À sa base, des gravats jonchent le sol, mêlés de poussière et de racines qui s'insinuent entre les pierres. L'ensemble dégage une beauté austère et mélancolique, évoquant à la fois la grandeur passée et l'inéluctable passage du temps.

Au-delà de l'arche, Sohalia distinguait vaguement les contours d'un temple. Ancien. Abandonné.

Le Temple du Cœur Gelé.

« Bordel, » murmura Ace.

« On dirait qu'il n'y a personne depuis des siècles, » dit Vista en observant les lieux avec méfiance.

Mais ce n'était pas l'état des ruines qui troublait le plus Sohalia.

C'était le silence.

Un silence absolu. Oppressant. Anormal.

Pas de cris d'oiseaux. Pas de bruissement d'animaux dans les sous-bois. Pas même le bourdonnement d'insectes.

Rien.

Juste le vent qui hurlait entre les ruines, faisant gémir les derniers arbres morts.

« Vous entendez ça ? » murmura-t-elle.

Marco se tourna vers elle.

« Quoi, yoi ? »

« Justement. Rien. Absolument rien. »

Les autres tendirent l'oreille. Et réalisèrent.

Pas un seul son de vie.

« C'est... inquiétant, » admit Izo.

Un frisson violent traversa Sohalia. Pas juste à cause du froid. C'était plus profond que ça. Instinctif.

« Quelque chose d'horrible s'est passé ici, » murmura-t-elle.

Elle ne savait pas comment elle le savait. Mais elle le sentait dans ses os. Dans son sang. Dans cette partie d'elle qui était connectée à la nature.

Et la nature, ici, était morte.

Barbe Blanche sortit la carte. Elle brillait faiblement, et de nouvelles indications apparurent sous leurs yeux.

Clé 4 — Temple du Cœur Gelé — Niveau principal

Fragment 4 — Chambre Intérieure — GARDÉ

« La Clé est dans le temple devant nous, » dit le vieil homme. « Le Fragment est plus profond. Gardé par les Sentinelles. »

« On récupère la Clé d'abord, » dit Marco.

« Exactement. »

Barbe Blanche leva les yeux vers l'escalier qui montait vers le torii.

« Il faut monter cet escalier. Faites attention. Ces marches ont l'air prêtes à s'effondrer. »

L'ascension fut lente. Prudente.

Sohalia posait chaque pied avec précaution, testant la solidité de chaque marche avant d'y mettre tout son poids. Certaines craquaient dangereusement. D'autres cédaient complètement, forçant les pirates à sauter par-dessus.

À mi-chemin, une marche s'effondra sous le pied de Sohalia.

Elle bascula en arrière avec un cri.

Deux mains l'attrapèrent simultanément — Ikaku à sa gauche, Ace à sa droite.

« Ça va ? » demanda Ace immédiatement.

« Oui. Merci. »

Ils continuèrent, encore plus prudemment.

Enfin, ils atteignirent le sommet. Passèrent sous le torii.

Et découvrirent le temple.

Il était... délabré, mais encore debout.

Comment, Sohalia ne le comprenait pas. La toiture était trouée par endroits, laissant voir le ciel grisâtre. Des poutres pendaient dangereusement. Des tuiles manquaient.

Mais les murs tenaient bon. Couverts de mousse, de glace, de lierre mort. Mais solides.

Les portes principales avaient été arrachées — ou étaient tombées d'elles-mêmes au fil du temps. L'entrée béait, noire, invitant à entrer.

Ou avertissant de ne pas le faire.

« Marco, » dit Barbe Blanche. « Va voir d'en haut. Dis-nous ce que tu vois. »

« D'accord, yoi. »

Le commandant de la première division se transforma en phénix dans une explosion de flammes bleues. Il s'éleva dans les airs, survolant le temple en larges cercles.

Les autres attendirent, observant les alentours avec méfiance.

Marco redescendit quelques minutes plus tard, reprenant forme humaine.

« Le temple est grand. Plusieurs salles. Je n'ai vu personne dehors. Pas de mouvement. »

« Bien. Alors on entre. »

L'intérieur du temple était plongé dans l'obscurité.

Ace alluma une torche avec ses flammes. Puis une autre. Et une autre. Il en distribua aux commandants.

Quand il tendit une torche à Sohalia, il lui adressa un sourire.

Un vrai sourire. Chaleureux. Rassurant.

« Merci, » dit-elle.

« De rien. »

Sohalia leva sa torche, éclairant les murs autour d'elle.

Le temple avait été magnifique, autrefois. On voyait encore les traces de peintures murales — des dragons, des fleurs, des scènes de bataille. Mais tout était passé, écaillé, à peine visible.

Elle avança lentement, explorant.

Et soudain—

Un squelette.

Appuyé contre le mur, comme s'il s'était simplement assis là et n'avait jamais bougé depuis.

Sohalia hurla et recula précipitamment, manquant de lâcher sa torche.

« Bordel ! »

« Qu'est-ce qu'il y a ?! » La voix de Barbe Blanche tonna dans le temple.

« Rien ! » Elle prit une grande inspiration, posant une main sur son cœur qui battait à cent à l'heure. « Rien. Je... je m'attendais pas à tomber sur un squelette. »

Des rires nerveux éclatèrent parmi les pirates. Certains grognèrent. D'autres s'amusèrent à chercher d'autres squelettes.

Aki, bien sûr, faisait partie de ce dernier groupe.

« Hé, chef, y en a un autre ici ! Et là ! Et encore un là-bas ! »

Sohalia le frappa sur le sommet du crâne.

« Arrête ça. »

Mais alors qu'Aki écartait sa torche d'un corps, Sohalia aperçut quelque chose.

Un éclat blanc.

Différent du blanc jaunâtre des squelettes.

Elle s'approcha, levant sa torche.

Et se figea.

« Celui-là... » Sa voix était rauque. « Celui-là, il est frais. »

Le silence tomba immédiatement.

Aki inonda le cadavre de lumière.

C'était un homme. La quarantaine, peut-être. Vêtu d'un uniforme de Marine. Son corps était en décomposition avancée — la peau grise, les yeux creux, les chairs gonflées. Mais ce n'était pas un squelette. Pas encore.

Il était mort récemment. Quelques semaines, peut-être un mois.

« Avancez, » ordonna Barbe Blanche calmement. « Et restez vigilants. »

Ils continuèrent leur exploration.

Et découvrirent plus de corps.

Beaucoup plus.

Certains étaient des squelettes. D'autres étaient en décomposition à différents stades. Récents. Moins récents. Anciens.

La plupart portaient des uniformes de la Marine.

Mais pas tous.

Il y avait aussi des civils.

Des hommes. Des femmes.

Des enfants.

Sohalia sentit la nausée monter.

« Au moins, on sait qu'il y a des disparus sur les îles récemment attaquées, » dit Barbe Blanche d'une voix sombre en s'agenouillant près d'un corps. « Et on sait où ils sont. »

Il écarta doucement les cheveux du visage d'une jeune femme.

Elle était morte les yeux écarquillés. Terrorisée. Son visage était figé dans une expression d'horreur pure. Ses traits étaient tirés, émaciés. Sur ses joues sales, on voyait encore les traces de larmes.

Et de sa bouche ouverte, un ver de terre sortit lentement.

Sohalia hoqueta.

La nausée explosa.

Elle chercha frénétiquement un endroit sans corps — n'importe où — et s'y précipita.

Tomba à genoux.

Et vomit.

Tout son repas du matin. Le café. Le pain. Tout ressortit violemment tandis qu'elle hoquetait et tremblait.

Elle avait déjà vu des cadavres. Elle avait déjà tué.

Mais ça...

Ça, c'était différent.

Ces gens n'étaient pas morts au combat. Ils n'étaient pas morts rapidement.

Ils avaient été piégés ici. Laissés pour mourir. Lentement. Dans la terreur.

Une main se posa sur son dos.

Sohalia sursauta, levant les yeux.

Ace.

Il ne dit rien. Ne fit aucune remarque. Ne la taquina pas.

Il resta juste là, sa main sur son dos, en signe de réconfort silencieux.

Quand elle eut terminé, il lui tendit un mouchoir.

« Merci, » souffla-t-elle en s'essuyant la bouche.

« De rien. » Il l'aida à se relever. « Ce n'est pas ta journée, hein ? »

Il y avait une pointe d'humour dans sa voix, mais elle était douce. Compatissante.

« Je vais faire des cauchemars pendant une semaine minimum, » avoua-t-elle avec une grimace.

Ace sourit tristement.

« On va tous en faire. »

Il retourna vers sa division, la laissant reprendre ses esprits.

Yori s'approchait, accompagné des médecins des autres divisions.

« On va examiner les corps, » dit-il doucement. « Essayer de comprendre ce qui s'est passé. »

Sohalia hocha la tête et s'éloigna, rejoignant le reste de la quatrième division.

Elle se cala contre un mur, entre deux squelettes, fermant les yeux et respirant par la bouche pour ne pas sentir l'odeur de putréfaction qui imprégnait l'air.

Yori et les autres médecins travaillèrent méthodiquement.

Ils examinèrent les corps un par un, notant les causes de mort quand c'était possible.

Certains avaient été tués violemment — des blessures par arme blanche, des coups, des os brisés.

D'autres semblaient morts de causes naturelles. Enfin, « naturelles » dans le contexte. Crises cardiaques provoquées par la terreur. Déshydratation. Famine.

« Ils ont été piégés ici, » conclut Yori d'une voix sombre. « Mort lente. Certains pendant des jours, peut-être des semaines. »

La cruauté de Jef.

Il ne tuait pas rapidement. Il jouait avec ses victimes. Les torturait mentalement jusqu'à ce qu'ils meurent de peur, de faim, ou de désespoir.

Sohalia serra les poings.

Salaud.

« Les enfants ! »

La voix de Barbe Blanche les ramena à la réalité.

Il se tenait devant un mur, la carte à la main.

« La clé se trouve ici, d'après la carte. »

Hogo s'approcha, regardant autour de lui avec dégoût.

« Donc il va falloir fouiller. »

Sohalia eut un mauvais pressentiment.

« En connaissant Jef, » dit-elle lentement, avec une grimace anticipée, « elle est dans les cadavres... »

Un silence horrifié tomba.

« Pas possible, » murmura Izo.

Mais Yori hocha la tête.

« Ça a du sens. C'est exactement le genre de chose qu'il ferait. »

Il s'approcha d'un corps éventré — un homme dont les intestins pendaient hors de son abdomen — et, sans hésiter, plongea ses mains à l'intérieur.

Sohalia sursauta et se détourna immédiatement.

« Oh non. Non non non. »

D'autres pirates se joignirent à la fouille macabre. Aki, bien sûr. Kenta. Quelques membres des autres divisions qui avaient l'estomac assez solide.

Mais pas tout le monde. Il n'y avait pas assez de corps pour que chacun soit obligé de participer.

Sohalia se recala fermement contre le mur, entre ses deux squelettes, et ferma les yeux.

Elle préférait de loin regarder des squelettes que voir ses frères fouiller dans des intestins.

Elle respira par la bouche. Inspira. Expira.

Essaya de penser à autre chose.

N'importe quoi d'autre.

Des moutons. Du chocolat. La mer. Le soleil.

N'importe quoi sauf—

« JE L'AI ! »

Le hurlement de joie d'Aki la fit sursauter.

Elle ouvrit les yeux juste à temps pour le voir extirper sa main d'un cadavre, triomphant.

Entre ses doigts couverts de sang et de morceaux de chair, la Clé 4 brillait.

Dorée. Ornée. Belle.

Et absolument dégoûtante.

« Ô douce délivrance, » murmura Sohalia.

Elle se précipita vers la sortie du temple.

L'air frais.

Jamais, jamais elle n'avait autant apprécié l'air froid d'une île hivernale.

Sohalia sortit du temple et inspira profondément. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Chassant l'odeur de mort de ses poumons.

Chassant les images de ses yeux.

Elle ferma les paupières, se concentrant sur la sensation du vent sur son visage. Du froid qui mordait. De la neige sous ses pieds.

Vivante.

Elle était vivante.

Et ils avaient la Clé.

Un cliquetis.

Sohalia se figea.

Ce son...

Elle connaissait ce son.

Des armes qu'on arme. Des fusils. Des sabres qu'on dégaine.

Oh non.

Elle ouvrit les yeux.

« Eh merde. »

Devant eux, en bas de l'escalier, s'étendait une mer de Marines.

Des centaines.

Ils les encerclaient complètement. Armes pointées. Prêts à tirer.

Et derrière eux...

Une calèche.

Blanche. Immaculée. Tirée par des rennes au pelage blanc.

Accompagnée d'une escorte de soldats en armure verte — les soldats de l'île — et de quelques hommes portant l'insigne de Kaido.

Les hommes de l'Empereur.

« Putain ! » jura Hogo en sortant du temple à son tour.

Les autres suivirent rapidement, découvrant la situation.

Vista dégaina immédiatement ses sabres.

« Marco n'a rien vu ? »

Le phénix atterrit près de Sohalia dans une explosion de flammes bleues, se transformant à mi-chute.

« Désolé, je ne les a pas vu arriver, yoi. » Il désigna la calèche. « Une calèche arrive. Avec une escorte importante. »

Sohalia suivit son regard.

Effectivement. La calèche s'approchait lentement, majestueusement, escortée par les soldats.

Et par les hommes de Kaido.

« Elle ose venir ici avec l'escorte de Kaido ? » gronda Rakuyo.

« Ça sent le piège, » dit Vista, méfiant.

La tension monta d'un cran.

Tous les pirates se préparèrent au combat. Jozu se positionna en défense, son corps se couvrant partiellement de diamant. Rakuyo et Namur prirent leurs positions sur les flancs. Curiel se prépara à utiliser son artillerie si nécessaire.

Izo retroussa ses manches — toujours tachées de sang de la fouille des cadavres — et dégaina ses pistolets.

Marco regarda les manches avec horreur.

« C'est rien, » le rassura Sohalia. « Ils ont fouillé dans des tripes pour trouver la clé. »

Elle expliqua rapidement ce qui s'était passé à l'intérieur.

Marco grimaça.

« Qui a la clé ? » demanda Izo.

« Aki, » répondit Hogo en poussant le pirate concerné vers l'arrière, loin de la première ligne.

Ace fit craquer ses poings, ses bras commençant à s'enflammer légèrement.

« Au moins on va pouvoir se défouler un peu. »

Sohalia soupira.

« Moi, je préfère la simplicité. »

Les Marines en bas se préparèrent aussi. Les soldats de l'île et les hommes de Kaido restèrent en retrait près de la calèche, observant.

La tension était à son comble.

Le moindre geste déclencherait une bataille.

« Et si on s'occupait de nos invit— »

Ace n'eut pas le temps de finir sa phrase.

Une VAGUE d'énergie traversa tout.

Puissante. Écrasante. Terrifiante.

Le Haki des Conquérants.

Sohalia chancela sous la pression, mais tint bon. Autour d'elle, ses frères firent de même — les commandants et les pirates les plus forts résistèrent.

Mais les Marines...

Tous — absolument tous — s'effondrèrent.

Instantanément.

Leurs yeux roulèrent dans leurs orbites. Leurs armes tombèrent de leurs mains. Leurs corps s'écroulèrent sur la neige, inconscients.

Des centaines de Marines. Mis K.O. en une seule vague.

Le silence tomba.

La porte de la calèche s'ouvrit.

Puis, dans ce silence, un bruit de pas.

Calmes. Mesurés. Élégants.

Les soldats de l'île et les hommes de Kaido s'écartèrent respectueusement, restant en arrière-plan.

Aucun d'eux ne bougea. Ils observèrent, silencieux, alors qu'une figure descendait de la calèche.

Une vieille femme.

Elle marcha calmement sur les corps inconscients des Marines, comme si c'était un tapis rouge déroulé spécialement pour elle.

Sohalia la regarda, fascinée malgré elle.

La femme était... majestueuse.

Son visage était marqué de rides profondes — le témoignage d'une longue vie, probablement difficile. Mais malgré cela, elle souriait. Un sourire chaleureux, apaisant, presque maternel.

Ses cheveux étaient d'un blanc pur, longs, tombant jusqu'à sa taille. Ils étaient ornés de roses fraîches — roses, rouges, blanches — tressées dans ses mèches avec soin.

Ses yeux étaient immenses. D'un bleu profond, perçant, intelligent. Le genre de regard qui voyait tout, comprenait tout.

Elle portait une longue robe verte — un vert émeraude riche — ornée de motifs floraux brodés avec une précision incroyable. Des roses, encore. Partout.

Tout en elle respirait la noblesse.

La position de ses mains — détendues mais parfaites. Son dos — droit malgré son âge. Sa démarche — gracieuse, fluide, royale.

Une vraie Reine.

Les hommes de Kaido la regardaient avec un mélange de respect et de... crainte ? Difficile à dire.

Elle s'approcha de Barbe Blanche, s'arrêtant à quelques mètres de lui.

Puis elle s'inclina légèrement.

Pas une révérence profonde. Juste une légère inclinaison de la tête. Un signe de respect entre égaux.

« Toutes mes excuses pour mon retard. »

Sa voix était douce, mélodieuse, mais avec une autorité sous-jacente. Le genre de voix qu'on écoutait naturellement.

« Je suis la Reine Leïko Shizen. »

Elle marqua une pause, laissant son nom résonner dans l'air froid.

« Bienvenue sur l'île Yosei no Toketsu, pirates de Barbe Blanche. »

Le silence qui suivit fut assourdissant.

Puis—

« SHIZEN ?! »

L'exclamation explosa de partout à la fois. Tous les pirates — commandants inclus — s'écrièrent le nom, stupéfaits.

Shizen.

Le même nom que Sohalia.

Comment...

Pourquoi...

Qui...

Marco fixait la Reine, puis se tournait vers Sohalia, puis revenait à la Reine. Ses yeux allaient de l'une à l'autre, cherchant — quoi ? Des ressemblances ? Un lien ?

« Yoi... » murmura-t-il, sous le choc.

Ace écarquilla les yeux.

« Attends, quoi ?! » Il regarda Sohalia. « Elle s'appelle Shizen ?! »

Izo murmura, si bas que seuls ceux près de lui l'entendirent :

« C'est pas possible... »

Rakuyo fronça les sourcils, regardant alternativement la Reine et Sohalia.

« Elle a assommé les Marines... devant les hommes de Kaido. » Il secoua la tête. « Quel est son jeu ? »

Jozu grogna, toujours en alerte malgré le choc.

« Une Shizen sous protection de Kaido qui aide Barbe Blanche ? »

Ça n'avait aucun sens.

Vista gardait ses sabres dégainés, méfiant. Il regardait les hommes de Kaido en arrière-plan, puis la Reine.

« Quel est le lien ? » demanda-t-il à voix haute.

Namur observait l'escorte avec suspicion.

Curiel murmura :

« C'est un piège ? »

Barbe Blanche, lui, resta silencieux. Il observait la Reine intensément. Puis il tourna son regard vers Sohalia.

Et quelque chose passa dans ses yeux. Une compréhension. Une réalisation.

Il savait quelque chose.

Ou du moins, il devinait.

Mais il ne dit rien.

Sohalia, elle, était pétrifiée.

Elle ouvrit la bouche.

La referma.

Aucun son ne sortit.

Son esprit tournait à vide, essayant de comprendre, d'assimiler, de donner un sens à ce qui se passait.

Shizen.

La Reine s'appelait Shizen.

Comme elle.

Comment était-ce possible ?

Qui était cette femme ?

Une survivante ? Une parente ? Une descendante ?

Une...

Non.

Ça ne peut pas être...

Mais avant qu'elle puisse terminer sa pensée, la Reine tourna son regard vers elle.

Leurs yeux se croisèrent.

Et Sohalia sentit son souffle se bloquer.

Parce que dans ce regard...

Dans ce regard bleu profond, ancien, sage...

Il y avait de la reconnaissance.

Pas de la surprise. Pas de la confusion.

De la reconnaissance.

Comme si la Reine la connaissait.

Comme si elle l'attendait.

Un sourire apparut sur le visage ridé de la vieille femme. Pas un sourire menaçant. Pas un sourire moqueur.

Un sourire... nostalgique ? Triste ? Heureux ?

Difficile à déchiffrer.

Mais c'était un sourire qui disait : Je te connais. Je sais qui tu es.

Et dans ce sourire, Sohalia crut voir l'ombre d'un secret. Un secret enfoui depuis des décennies. Un secret qui concernait son passé. Son sang. Sa famille.

Les questions tourbillonnèrent dans son esprit, s'entrechoquant, se bousculant.

Le silence pesait. Lourd. Oppressant.

Personne ne bougeait. Personne ne parlait.

Juste ce regard entre la Reine et Sohalia.

Deux femmes Shizen.

Séparées par des décennies, peut-être des générations.

Reliées par un nom.

Et un secret.

Finalement, ce fut Barbe Blanche qui brisa le silence.

« Reine Leïko. » Sa voix était calme, posée. « Nous apprécions votre... intervention. »

Il désigna les Marines inconscients.

La Reine se détourna enfin de Sohalia, reportant son attention sur le vieil homme.

« Ce n'était rien. Ces hommes n'auraient fait qu'interférer avec notre conversation. »

« Notre conversation ? »

« Oui. » Elle sourit de nouveau. « J'ai beaucoup de choses à vous dire, Capitaine Barbe Blanche. À vous... » Son regard balaya les commandants. « Et à elle. »

Elle regarda de nouveau Sohalia.

Et cette fois, son sourire se fit plus doux. Presque affectueux.

« Beaucoup de choses. »

Dans les profondeurs du Temple du Cœur Gelé, quelque chose bougea.

Quelque chose d'ancien. Quelque chose de puissant. Quelque chose qui avait dormi pendant des années.

La glace craqua. Les murs tremblèrent. L'air se refroidit encore plus.

Et dans l'obscurité, des yeux s'ouvrirent.

Bleus. Glacés. Inhumains.

Les Sentinelles de Glace s'éveillaient.


REECRIT : 09/01/2026

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