The New Era

Chapitre 23 : Magma et Mémoire

7378 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 09/01/2026 23:20

Le silence qui suivit les quelques mots de la Reine fut assourdissant.

Marco se raidit à côté de Sohalia. Ses yeux allaient de la Reine à sa camarade, cherchant à comprendre.

« Mais pas ici, » continua Leïko en désignant les alentours d'un geste élégant. « Dans le froid. Au milieu des morts. »

Elle fit un pas en arrière, sa robe verte bruissant dans le vent.

« Permettez-moi de vous accueillir dignement au palais. Nous avons beaucoup à discuter. »

Son regard revint sur Sohalia, s'y attardant.

« Surtout toi et moi. »


Barbe Blanche hésita.

C'était visible dans la façon dont il plissait les yeux, dans la tension de ses épaules. Ils étaient sur le territoire de Kaido. Cette femme — aussi bienveillante qu'elle semblait — avait des hommes de l'Empereur avec elle.

C'était peut-être un piège.

Barbe Blanche regardait Sohalia.

Elle était troublée. Confuse. Mais aussi... curieuse. Il voyait dans ses yeux cette soif de savoir. Cette nécessité de comprendre.

Et cette Reine... cette Reine qui portait le même nom qu'elle...

Le vieil homme prit sa décision.

« Nous acceptons votre invitation, Reine Leïko. »

Plusieurs commandants se raidirent, mais aucun ne protesta. Barbe Blanche avait parlé.

« Cependant, » continua-t-il, « la moitié de mes hommes restera au Moby Dick. Précaution, vous comprenez. »

Leïko sourit, pas du tout offensée.

« Bien sûr. Je comprends parfaitement. Venez. »

Elle se dirigea vers la calèche, marchant toujours avec cette grâce royale sur les corps des Marines inconscients.

Les pirates échangèrent des regards.

Puis suivirent.


Le trajet vers le palais se fit dans plusieurs calèches et traîneaux, tous tirés par ces magnifiques rennes blancs.

Sohalia se retrouva dans la même calèche que Leïko.

Juste elles deux.

Le silence était tendu. Lourd de questions non posées.

Sohalia observait la vieille femme du coin de l'œil. Elle détaillait chaque ride de son visage, chaque rose tressée dans ses cheveux blancs, la façon dont ses mains reposaient élégamment sur ses genoux.

Qui es-tu ?

La question brûlait sur ses lèvres, mais elle ne pouvait pas la poser. Pas encore.

Leïko, elle, regardait par la fenêtre, observant le paysage enneigé qui défilait. Mais Sohalia voyait bien qu'elle souriait légèrement. Comme si elle savait exactement ce que pensait la jeune femme. Comme si elle attendait.

Finalement, Leïko se tourna vers elle.

Leurs regards se croisèrent.

« Tu me ressembles beaucoup, » dit doucement la Reine.

Sohalia sursauta.

« Pardon ? »

« Tu verras. »

Et elle retourna à la contemplation du paysage, son sourire s'élargissant légèrement.

Sohalia se renfonça dans son siège, complètement déstabilisée.

Cette femme est folle. Ou je le deviens.


Dans les autres véhicules, les pirates murmuraient entre eux.

Marco n'avait pas quitté des yeux la calèche où se trouvait Sohalia. Il la voyait à travers la fenêtre, assise en face de la Reine, visiblement mal à l'aise.

« Elle va bien, » dit Ace à côté de lui. « La vieille ne va pas la manger. »

« Je sais, yoi. »

Mais il ne détacha pas son regard.

Izo, assis en face, échangea un regard éloquent avec Haruta. Le commandant de la douzième leva les yeux au ciel.

Désespérant.


Le palais apparut au détour d'une colline.

Et même les pirates les plus endurcis restèrent bouche bée.

C'était... magnifique.

Une structure massive de glace et de pierre, s'élevant vers le ciel comme une cathédrale de cristal. Des tours élancées, des arches gracieuses, des ponts suspendus entre les différentes sections.

Mais ce qui était le plus impressionnant, c'était la végétation.

Des roses. Des vignes. Des arbres avec des feuilles vertes.

Sur une île gelée.

Cela n'aurait pas dû être possible. Et pourtant, c'était là. Grimpant le long des murs, s'enroulant autour des colonnes, explosant en bouquets de couleurs vives contre le blanc immaculé de la neige.

« Bordel, » murmura Rakuyo.

« C'est... comment c'est possible ? » s'étonna Vista.

Namur secoua la tête, incrédule.

Barbe Blanche, lui, sourit légèrement.

« Le pouvoir des Shizen, » dit-il simplement.

Les calèches s'arrêtèrent devant l'entrée principale. Des domestiques en livrée verte se précipitèrent pour ouvrir les portes, aider les invités à descendre.

Leïko descendit la première, suivie de Sohalia qui regardait autour d'elle avec des yeux écarquillés.

C'est... c'est incroyable.

« Bienvenue dans mon humble demeure, » dit Leïko avec un sourire amusé en voyant leurs expressions.

Humble. Le palais avait tout sauf l'air humble.

Ils entrèrent.

L'intérieur était aussi impressionnant que l'extérieur.

De hauts plafonds voûtés. Des lustres de cristal qui projetaient des arcs-en-ciel sur les murs. Des tapisseries anciennes. Des statues de glace représentant ce qui semblait être des ancêtres.

Et partout, toujours cette végétation impossible.

Des serviteurs s'inclinaient sur leur passage. Des gardes en armure verte les observaient avec méfiance mais ne bougeaient pas. Des nobles en vêtements riches murmuraient entre eux, curieux de ces pirates qui osaient entrer dans leur palais.

Leïko les mena jusqu'à une grande salle — la salle du trône.

Elle était immense. Circulaire. Avec un dôme de verre au-dessus qui laissait entrer la lumière grise du jour. Au fond, sur une estrade, se dressait un trône de glace et d'argent, orné de roses sculptées.

Des chaises avaient été disposées en demi-cercle face au trône.

« Asseyez-vous, je vous prie, » dit Leïko en se dirigeant vers son trône.

Les pirates hésitèrent, puis obéirent. Barbe Blanche s'assit en premier, donnant le signal. Les commandants suivirent.

Sohalia s'assit entre Marco et Ace, sentant le besoin d'avoir ses frères près d'elle.

Leïko s'installa sur son trône avec une grâce naturelle, comme si elle y était née. Ce qui était probablement le cas.

Elle les observa tous un long moment. Puis sourit.

« Je me nomme Leïko Shizen. Je suis la Reine de cette île, Yosei no Toketsu. »

Sa voix résonnait dans la grande salle, claire et autoritaire.

« J'aimerais savoir ce qui vous a amenés ici. »

Elle posa son regard sur Barbe Blanche, puis sur Sohalia.

« Et pourquoi une jeune femme portant mon nom de famille voyage avec vous. »

Certains pirates murmurèrent, regardant alternativement Sohalia et la Reine.

Sohalia grogna intérieurement. Je n'en sais pas plus que vous, bande d'idiots.

Barbe Blanche se racla la gorge.

« Nous sommes ici pour récupérer certains objets. Un Fragment. Un ou deux Clés. »

Il expliqua brièvement — très brièvement — la situation. Jef. Les massacres. La quête des Fragments pour l'empêcher de devenir trop puissant.

Leïko écouta en silence, son expression se durcissant progressivement.

Quand Barbe Blanche mentionna les cadavres dans le Temple du Cœur Gelé, elle ferma brièvement les yeux.

« Ce Mentaru... » Sa voix était froide maintenant. « Il a laissé des cadavres dans mon temple. Dans les ruines sacrées de mes ancêtres. »

Elle rouvrit les yeux, et ils étaient glacés.

« Je n'ai jamais aimé cette Lignée. »

Le mépris dans sa voix était palpable.

Sohalia se redressa légèrement. Lignée ?

« Et pourtant, » continua Leïko avec amertume, « ma fille en a épousé un. »

Silence stupéfait.

« Votre... fille ? » balbutia Izo.

Leïko se tourna vers lui, puis vers Sohalia.

« Oui. Ma fille Emi. Elle a épousé Hachiro Mentaru. »

Le monde de Sohalia bascula.

Emi.

Sa tante.

Cette femme... cette femme était...

« Mais, » continua Leïko, son regard toujours fixé sur Sohalia, « j'avais deux filles. Des jumelles. Emi... et Eri. »

Non.

Non non non non.

« Et j'aimerais, » dit doucement la Reine en se levant, « avoir un moment privé avec la jeune Shizen. J'ai des choses à lui dire. Des choses... personnelles. »

Le silence dans la salle était total.

Tous les regards se tournèrent vers Sohalia.

Elle ne bougeait pas, ne respirait presque plus.

Eri. Elle a dit Eri. Ma mère. Cette femme connaissait ma mère. Cette femme...

« Sohalia ? »

La voix de Barbe Blanche la ramena à la réalité.

Elle leva les yeux vers lui. Il la regardait avec inquiétude, mais aussi compréhension.

« Va, ma fille. »

Marco se leva immédiatement.

« Je l'accompagne, yoi. »

Leïko sourit doucement.

« Si cela la rassure. »

Mais Sohalia secoua la tête.

« Non. » Sa voix était rauque. « J'y vais seule. »

Elle se leva, les jambes tremblantes. Regarda ses frères — Marco, Ace, Izo, tous inquiets — et leur offrit un sourire qu'elle espérait rassurant.

Puis suivit la Reine hors de la salle.


Leïko marchait à côté de Sohalia dans les longs couloirs du palais.

Elles ne parlaient pas.

Le seul son était celui de leurs pas sur le marbre poli et le bruissement de la robe de Leïko.

Sohalia l'observait discrètement. Elle détaillait son profil — le nez droit, les pommettes hautes, les rides qui parlaient d'une vie longue et difficile. Les roses dans ses cheveux qui semblaient fraîches malgré le froid. La grâce de sa démarche malgré son âge.

Qui es-tu vraiment ?

« Tu me ressembles beaucoup. »

La voix de Leïko la fit sursauter.

« Pardon ? »

La Reine sourit sans la regarder. Elle ne répondit pas.

Elles continuèrent de marcher.

Finalement, Leïko s'arrêta devant un mur.

Un mur couvert d'un immense portrait.

Sohalia s'approcha, levant les yeux vers la toile.

Et resta sans voix.

Le portrait montrait une famille. Quatre personnes.

Un homme — grand, imposant, avec des cheveux noirs et une barbe bien taillée. Ses yeux étaient sévères mais pas cruels.

Une femme — jeune, peut-être trente ou quarante ans. Magnifique. Des cheveux blancs comme la neige, des yeux bleus perçants, un sourire doux. Elle portait une robe verte ornée de roses. C'était...

« Vous, » murmura Sohalia.

Leïko hocha la tête.

« Il y a longtemps. »

Et devant eux, deux petites filles. Jumelles. Identiques. Cinq ou six ans peut-être. Cheveux blonds, yeux marron, sourires espiègles. Elles se tenaient la main.

Sohalia ne pouvait détacher ses yeux du portrait.

Leïko, elle, regardait la toile avec une nostalgie palpable.

« La jeunesse est un bien précieux, » dit-elle doucement. « C'est difficile à comprendre pour ceux qui la vivent. Les enfants veulent grandir vite, ne se rendant pas compte qu'ils vont perdre les plus belles années de leur vie. Les vieux râlent en disant que le bon vieux temps était plus respectueux. Les adultes courent en tout sens, perdant des heures de leur vie dans des futilités. »

Elle se tut, gardant son attention sur l'immense tableau.

Sohalia ne dit rien. Elle laissait la vieille femme se perdre dans les méandres de ses pensées.

Les secondes passèrent. Puis les minutes.

Finalement, la curiosité l'emporta sur la patience — le peu qu'elle en possédait.

Sohalia se redressa et fit face à la Reine.

« Qui êtes-vous ? »

Leïko détacha enfin son regard du portrait et le posa sur elle.

« Leïko Shizen, Reine de l'île. » Une pause. « Mère d'Emi et Eri Shizen. »

Le souffle de Sohalia se bloqua.

Mère.

Mère d'Emi. Mère d'Eri.

Ma grand-mère.

« Pour une femme qui est censée être dans un cercueil depuis un moment, » dit Sohalia d'une voix qui se voulait sarcastique mais tremblait légèrement, « vous êtes bien conservée. »

Leïko sourit.

« C'est une longue histoire, mon enfant. »

Mon enfant.

Ce simple mot fit quelque chose d'étrange dans le cœur de Sohalia.

« Mais toi, » continua Leïko en la regardant intensément, « qui es-tu ? »

Sohalia la fixa droit dans les yeux.

« Sohalia Shizen. Chef temporaire de la quatrième division de Barbe Blanche. » Elle marqua une pause. « Princesse du Royaume. Fille d'Eri Shizen et de Kazuo Migi. » Une autre pause. « Et fille de Barbe Blanche. »

Elle dit cela avec aplomb. Défi dans les yeux. Menton levé.

Leïko se raidit.

Elle observa Sohalia intensément, comme si elle la voyait vraiment pour la première fois. Ses yeux balayèrent chaque détail — le visage, les yeux, le nez, la mâchoire, la posture.

Cherchant des ressemblances.

Des traces d'Eri.

Lentement, elle leva ses mains et les posa sur les joues de Sohalia.

La jeune femme se raidit mais ne recula pas.

Leïko ferma les yeux.

Pendant un long moment, elles restèrent ainsi. La vieille femme tenant le visage de la jeune dans ses mains, yeux fermés, comme si elle cherchait quelque chose. Une mémoire. Une confirmation.

« Je ne peux y croire... » murmura-t-elle enfin.

Elle rouvrit les yeux.

Et rencontra le regard de Sohalia.

Ce regard déterminé. Farouche. Plein de feu et de vie.

« Ce même regard, » souffla Leïko, une larme glissant sur sa joue ridée. « Ce même regard farouche que possédait Eri. »

Elle sourit malgré les larmes.

« Ma petite-fille... »

Ses mains tremblaient légèrement en caressant doucement les joues de Sohalia.

« Je pensais que tu étais l'une des filles d'Emi. Mais tu es la fille d'Eri. Ma précieuse Eri. »

Sohalia sentit sa propre gorge se serrer.

Grand-mère.

Cette femme était sa grand-mère.

Sa famille. Son sang.

Quelqu'un qui avait connu sa mère. Qui pouvait lui parler d'Eri. Combler le vide de sa mémoire.

Les larmes montèrent, brûlantes.

Mais elle les retint. Sohalia Shizen en avait marre de pleurer facilement.

« Comment... » Sa voix se brisa. « Comment as-tu fait pour échapper à la mort ? Pour t'enfuir de l'île ? »


Dans la salle du trône, le silence était pesant.

Les pirates étaient assis, mal à l'aise, dans cette grande salle royale. Entourés de gardes. De nobles qui les observaient avec curiosité ou méfiance. De serviteurs qui allaient et venaient.

Barbe Blanche restait calme, mais vigilant. Ses yeux balayaient constamment les alentours, évaluant les menaces potentielles.

Marco fixait la porte par laquelle Sohalia avait disparu.

Il n'avait pas bougé depuis. Ne l'avait pas quittée du regard.

« Elle va bien, tu sais, » dit Ace pour la troisième fois.

« Je sais, yoi. »

Mais il ne détourna pas les yeux.

Ace soupira et échangea un regard avec Izo. Le commandant de la seizième leva les yeux au ciel.

Barbe Blanche observait Marco avec un léger sourire.

Il avait compris depuis longtemps. Probablement avant Marco lui-même.

Mais ce n'était pas à lui d'intervenir. C'était l'affaire de Marco. Et de Sohalia.

Des serviteurs entrèrent, portant des plateaux chargés de boissons chaudes et de nourriture.

« De la part de Sa Majesté, » annonça l'un d'eux en s'inclinant. « Vous pouvez également explorer la ville si vous le souhaitez. La conversation entre la Reine et la jeune Shizen sera longue. »

Certains commandants échangèrent des regards.

« J'ai besoin d'air, » déclara soudain Marco en se levant.

Il se dirigea vers la sortie sans attendre de réponse.

Izo se leva immédiatement.

« J'y vais aussi. Haruta ? »

Le petit commandant soupira mais suivit.


La ville était belle sous la neige.

Des bâtiments de pierre et de bois, décorés de sculptures de glace. Des lanternes suspendues qui projetaient une lumière chaleureuse. Des gens emmitouflés dans des vêtements épais qui vaquaient à leurs occupations.

Marco marchait, mains enfoncées dans ses poches, regardant ses chaussures.

Il ne prêtait aucune attention aux magasins qui l'entouraient. Aux boutiques avec leurs vitrines décorées. Aux marchands qui proposaient leurs marchandises.

Il n'écoutait même pas Izo et Haruta qui conversaient sur les pouvoirs de la famille Shizen.

Il soupira, shoota dans un tas de neige et releva la tête pour voir le palais au loin, là où se trouvait Sohalia.

Puis retourna à la contemplation de ses chaussures.

Une jeune femme lui lança un regard intéressé en passant. Il ne le remarqua même pas.

Izo s'arrêta net, attrapa Marco par les épaules et le secoua violemment.

« MAIS REPRENDS-TOI, BORDEL ! »

Marco sursauta, complètement pris au dépourvu.

« QU'EST-CE QUI— »

« Y EN A MARRE ! » continua Izo en le secouant encore. « Marre de tes soupirs ! Marre de ta mauvaise humeur ! Marre de te voir errer comme un fantôme ! »

« IZO— »

« SOIT TU L'OUBLIES, SOIT TU TENTES TA CHANCE ! MAIS FAIS QUELQUE CHOSE OU JE VAIS FINIR PAR T'ASSOMMER ! »

À bout de souffle, Izo relâcha son frère.

Marco chancela, reprenant ses esprits.

Haruta les regardait tour à tour, un pauvre sourire contrit sur le visage.

« Qu'est-ce qui te prend ?! » s'écria finalement Marco.

Izo fronça des sourcils. Hésita.

Devait-il frapper son frère ? Lui faire un sermon ? Lui donner des conseils ?

Il soupira et se pinça l'arête du nez.

Marco n'avait jamais eu besoin d'aide pour séduire quelqu'un. Pour mettre une fille dans son lit ou la faire tomber sous son charme.

Alors pourquoi était-il si désemparé maintenant ?

Ce n'était que Sohalia !

Elle n'allait pas le tuer s'il essayait quelque chose.

Quoique...

La jeune femme était pleine de surprises.

Izo finit par comprendre le nœud du problème : Sohalia était incompréhensible ! Plus compliquée que toutes les filles d'un soir que Marco avait connues. Avec elles, il avait su que rien ne se passerait à long terme, car il ne les reverrait probablement jamais.

Mais Sohalia faisait partie de l'équipage. Il était condamné à la voir tous les jours. Si elle ne s'éloignait pas de lui, il n'y avait que peu de chance qu'il oublie ses sentiments.

Izo soupira de nouveau, désespéré.

Pire qu'un casse-tête chinois.

Il posa une main sur l'épaule du phénix et secoua la tête, défaitiste.

« C'est censé vouloir dire quoi ça ?! » s'écria Marco.

« Tu n'as vraiment pas de chance, mon pauvre vieux, » déclara Izo en continuant sa route.

« Tu m'aides pas, là ! »

« Sohalia n'est pas si compliquée que ça, » intervint Haruta.

Izo et Marco le regardèrent avec scepticisme.

« Bon, d'accord, » admit le petit commandant. « Ce n'est pas la femme la plus simple du monde. Mais y a pire. »

« Si tu le dis, » soupira Izo, songeant que les femmes étaient vraiment des êtres étranges.

Haruta sourit à Marco, espérant lui donner un peu de réconfort.

Marco soupira et reprit sa marche.

Le commandant de la douzième division tenta de contrôler son exaspération. S'il entendait quelqu'un soupirer encore une fois, il lui enfoncerait la tête dans la neige.

Pourquoi avait-il choisi de se promener avec deux dépressifs ?

« Comment tu as su ?! » s'exclama soudain Marco en se retournant brusquement vers Haruta.

Le petit homme haussa un sourcil.

« Pour commencer, si vous n'avez pas remarqué, je suis à côté de vous depuis une heure déjà. »

« Sans blague, » ricana Izo.

Il se prit une taloche sur le bras — l'une des rares parties du corps qu'Haruta pouvait atteindre sans sauter.

« Ça se voit comme le nez au milieu de la figure que tu es fou d'elle, » continua Haruta en regardant Marco. « Tu ne peux pas t'empêcher de la chercher du regard. De sourire comme un abruti — ce que tu es au passage — quand tu la vois. Tu es sur les nerfs quand elle n'est pas là, ou quand elle est proche d'un autre homme que toi. »

Il débita tout ça d'un trait, sans reprendre son souffle.

Marco grogna.

« C'est si visible que ça ? »

« Pratiquement tout le monde s'en est rendu compte, Marco. »

« Génial ! » railla-t-il en reprenant leur balade.

« Si ça peut te rassurer... » Haruta le rattrapa. « Elle te cherche souvent du regard. Elle aime ta compagnie depuis toujours et elle la recherche encore aujourd'hui. »

Marco s'arrêta net et se retourna.

« Sois direct, Haruta. Je n'ai pas la tête à faire des devinettes. »

« Tiens, ça rime ! » s'amusa Izo. « Ça va, ça va ! Je me la ferme, » ronchonna-t-il en apercevant le regard noir de Marco.

« Je dis simplement, » continua Haruta calmement, « que tu as ta chance avec elle. »

Marco le fixa longuement.

Une lueur d'espoir dans les yeux.

« Pour ça, » intervint Izo avec un sourire moqueur, « il faudrait qu'il fasse autre chose que soupirer ! »


Sur la terrasse privée du palais, Sohalia et Leïko étaient assises face à face.

La vue sur la ville enneigée s'étendait devant elles. Des tasses de thé fumant réchauffaient leurs mains. Elles s'étaient enroulées dans d'épaisses couvertures pour se protéger du vent glacé qui soufflait par intermittence.

Mais ni l'une ni l'autre ne prêtait vraiment attention au froid.

Leïko regardait sa petite-fille avec une tendresse évidente.

Sohalia, elle, essayait de rassembler ses pensées. Ses émotions.

« Comment as-tu fait pour échapper à la mort ? » redemanda doucement Leïko. « Pour t'enfuir de l'île ? »

Sohalia soupira et détourna le regard.

Elle savait ce que cherchait Leïko. Comment Eri était morte. Les derniers moments de sa fille.

« Barbe Blanche a eu vent de la destruction de l'île où Eri et Kazuo s'étaient cachés, » commença-t-elle d'une voix neutre. « Il a envoyé l'ancien commandant de la quatrième division voir ce qui s'était passé. Et pour vérifier que l'île voisine, qu'il avait placée sous sa protection, ne risquait pas d'être prise pour cible également. »

Elle marqua une pause, but une gorgée de thé.

« Thatch m'a découvert dans les décombres. Inconsciente. Il n'y avait nulle trace de survivant. »

Leïko se raidit mais ne dit rien.

« Je ne me souviens de rien, » continua Sohalia. « D'après un médecin, j'ai dû subir un choc physique et psychologique important. Je ne me rappelle ni de ma mère, ni de mon père, ni de cette île. »

Sa voix se brisa légèrement.

« J'ai parfois quelques sensations. Chaleur intense. Douleur. Mélangées avec l'odeur des chairs brûlées et de sang. »

Elle déglutit difficilement et leva enfin les yeux vers Leïko.

La tristesse avait terni le regard bleu de la vieille femme. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues ridées.

« Est-ce que tu as rencontré Emi ? » demanda-t-elle doucement après un long silence.

Sohalia se demanda un instant si elle cherchait à oublier la perte d'une fille en recueillant des nouvelles de l'autre.

« Oui. J'ai vécu avec elle pendant sept ans. »

Leïko releva brusquement la tête, surprise.

« Elle s'est mariée avec Hachiro Mentaru, » continua Sohalia. « Ils ont une fille : Maiya Shizen. Nous sommes devenus la famille royale depuis peu. »

Elle fit une grimace en disant cela.

« Le vieux a finalement passé l'arme à gauche ?! » s'exclama Leïko avec un enthousiasme surprenant. « Et dire que j'attendais ça avec impatience ! »

Sohalia sursauta, choquée par la réaction.

« Il a été assassiné par Jef Mentaru. »

« Ah, je vois... » Le visage de Leïko se durcit. « C'est donc lui qui s'est permis de foutre le bordel sur mon île ! » Elle serra les poings. « Je n'ai jamais aimé cette Lignée. Et dire que ma fille en a épousé un... »

Elle marmonna d'autres insultes à voix basse.

Sohalia cligna des yeux, ébahie.

Foutre ? Bordel ?

Depuis quand une reine insultait aussi directement une autre Lignée ?!

Puis elle sourit en se souvenant de la description de Leïko que lui avait faite Emi autrefois.

« Vous êtes aussi directe que le dit votre fille. »

« Elle n'est pas mieux, » répliqua Leïko en lui faisant un clin d'œil. « Et pour l'amour de je ne sais quel Dieu, arrête avec tes politesses ! Je ne pensais pas rencontrer une Shizen chez les pirates ! Je pensais que tu serais moins polie. »

Elle se pencha en avant.

« Maintenant, tu vas m'expliquer pourquoi un Mentaru sème le chaos dans le monde du Dehors. »

« Une minute ! » coupa Sohalia. « C'est à vous— » Elle se reprit. « C'est à toi de m'expliquer le pourquoi du comment tu n'es pas morte, non ? »

« Vas-tu arrêter de me vouvoyer ?! » s'écria Leïko en se penchant pour pincer la joue de la jeune femme. « Je ne suis pas si vieille que ça ! »

« Aïe ! » Sohalia gigota dans tous les sens pour se libérer. « Lâche-moi ! »

« Quand tu arrêteras de me vouvoyer ! »

« D'accord, d'accord ! »

Leïko la relâcha enfin.

Pour une personne âgée de plus de soixante-dix ans, elle avait une sacrée poigne, la grand-mère Shizen.

Sohalia frotta sa joue endolorie, mais ne put s'empêcher de sourire.

Puis ce sourire se transforma en rire.

Leïko la rejoignit.

Elles rirent ensemble, le son clair et joyeux contrastant avec le vent froid qui soufflait.

Et pour la première fois depuis qu'elle avait appris la mort de Thatch, Sohalia se sentit... légère.

Bien qu'elle ne connaisse pas toute l'histoire, elle était heureuse de rencontrer un autre membre de sa famille.

Certes, ce n'était pas la grand-mère douce et aimable qui vous apprenait à tricoter qu'elle avait imaginée.

Mais ce n'était pas plus mal.

« Je suppose que c'est le moment de t'expliquer pourquoi je me suis fait passer pour morte... » soupira finalement Leïko après que leurs rires se soient calmés.

Elle regarda l'horizon, ses yeux perdus dans des souvenirs lointains.

« La nouvelle de la mort d'Eri et de son mari nous est parvenue très vite. Comme tu dois le savoir, lorsque ta mère a rencontré ton père, il était un marine. »

Sohalia hocha la tête.

« Elle avait toujours eu soif de liberté, d'aventures, contrairement à Emi qui a très vite compris les responsabilités qui pesaient sur leurs épaules. Les jumelles se sont souvent dressées contre le roi Taiyō et ses mesures d'un autre temps. Pour Eri, notre confinement forcé était de plus en plus dur à supporter. Un jour, elle a craqué, et elle a fui l'île. »

Leïko sourit, nostalgique.

« Elle s'est retrouvée sur une île, perdue et ne connaissant rien à ce monde. Elle a caché ses pouvoirs et s'est fait embaucher comme serveuse. »

Elle s'esclaffa.

« Ça a dû être un sacré changement ! Une jeune femme qui avait vécu toute sa vie dans un palais, entourée de domestiques, devenue serveuse ! »

Sohalia sourit aussi, imaginant la scène.

« Ton père a débarqué sur l'île avec son équipage, » continua Leïko. « Il a toujours été un simple soldat. Il n'avait aucune envie de monter en grade. À l'époque, je pensais qu'il manquait d'ambition. Je voulais le meilleur pour ma fille. Elle me ramenait un homme du Dehors, un marine en bas de l'échelle de surcroît... »

Elle secoua la tête.

« Le chef de cet équipage était le jeune Akainu Sakazuki. Un homme avec un grand potentiel, mais un sacré problème mental si tu veux mon avis. »

Le mépris dans sa voix était évident.

« Comme le hasard fait bien les choses, ils ont mangé là où travaillait Eri. Apparemment, ce fut le coup de foudre. À cette époque, Akainu était déjà Vice-amiral, et il était promis à un grand avenir. Il connaissait certains secrets les mieux gardés du gouvernement mondial, si tu vois ce que je veux dire. »

Sohalia fronça les sourcils. Des secrets sur le Royaume ?

« Il a tout de suite repéré Eri. Lorsque les marines sont retournés sur leur navire de guerre, il a prévenu les instances supérieures, qui ont programmé un raid éclair, rapide et discret, pour éliminer Eri. »

Sohalia déglutit, sentant la colère monter.

« Kazuo... » Leïko chercha ses mots. « Comment dire... Je ne l'appréciais que peu. Son plus grand défaut était qu'il venait du Dehors. Son second défaut était son sens de la justice. »

Elle sourit légèrement.

« C'était quelqu'un de responsable, ton père. Un homme bien, malgré son origine. L'assassinat d'Eri, il ne pouvait le comprendre, puisqu'il ne connaissait pas le fin mot de l'histoire. Il s'est dressé contre ce meurtre, qu'il jugeait inhumain, mais il s'est tu. Il a attendu de connaître tous les détails du plan d'action... »

Son sourire s'élargit.

« Et a déserté le navire. Il a volé un bateau de pêche, kidnappé ta mère et a disparu. »

Elle s'esclaffa.

« Imagine la tête de ta mère au petit matin quand elle se réveille, se rend compte qu'elle est sur un navire misérable dans le Nouveau Monde avec un marine ! »

Le rire de Sohalia rejoignit rapidement celui de sa grand-mère.

À la place d'Eri, elle aurait sûrement hurlé et frappé l'inconnu jusqu'à ce qu'il soit inconscient.

« Alors qu'elle le poursuivait, armée d'une poêle à frire, » continua Leïko entre deux rires, « il a tout expliqué. Sous le choc, elle a lâché la poêle... et s'est brisé un orteil. »

« Non ! »

« Si ! Dans son genre, elle n'était pas mal non plus pour s'attirer des ennuis. »

Elles rirent encore.

« Elle a passé un moment à réfléchir sur ce qu'elle devait faire, si elle pouvait faire confiance à cet homme. Au fil du temps, elle s'est rendue compte de ses sentiments et de ceux de Kazuo. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle a décidé de rentrer avec lui. »

Leïko soupira.

« Je ne t'explique pas le scandale quand elle est revenue accompagnée d'un marine du Dehors. Taiyō hurlait comme pas possible. Emi souriait comme si c'était normal, comme si elle ne s'était pas attendue à autre chose de la part de sa jumelle. Quant à ton grand-père, il est tombé dans les choux ! »

Elle rit doucement.

« Moi, j'étais en colère, inquiète et triste, car je savais qu'il ne serait jamais accepté sur l'île et qu'elle le suivrait où qu'il aille. Je savais que je venais de perdre l'une de mes filles. »

Son sourire devint nostalgique. Triste.

Sohalia sourit aussi, réalisant qu'elle ressemblait plus à sa mère qu'elle ne le pensait.

Douée pour se fourrer dans les pires situations. Faisant éclater des scandales. Préférant le monde du Dehors. Soif de liberté et d'aventures.

Une insoumise.

« Comme tu le sais, » continua Leïko, « j'ai dû user de ma position pour que la Lignée toute entière ne se fasse pas bannir. Je n'ai rien pu faire pour Eri et Kazuo et je le regrette encore aujourd'hui. Ils sont partis et je n'ai plus jamais revu Eri en personne. »

Elle regarda sa tasse de thé.

« Elle correspondait souvent avec sa sœur. C'est d'ailleurs grâce à cette correspondance que nous avons compris. Du jour au lendemain, le silence a remplacé les lettres et les photos qu'elle nous envoyait. J'ai vécu les dernières années de la vie d'Eri à travers des images. Elle s'amusait à se prendre en photo durant sa grossesse, puis il y eut le mariage de tes parents au milieu d'une centaine d'images de toi. »

Ses yeux brillaient de larmes retenues.

« Ton grand-père est mort peu de temps après leur mariage. »

Sohalia se rendit compte que Leïko retardait le moment de parler de la mort d'Eri et Kazuo.

Elle sourit, dégagea sa main de la couverture et serra celle ridée par le temps de sa grand-mère.

Elle reçut en retour un magnifique sourire.

« Quand on a appris la mort d'Eri et Kazuo, » continua Leïko après un long silence, « on s'est renfermées sur nous, ta tante et moi. On tenait le conseil et le roi pour responsables, et je continue à le faire encore. »

Sa voix se durcit.

« J'avais besoin de réponses. Alors je suis partie. Je suis arrivée sur l'île... »

Elle frissonna.

« Et j'ai vu ce qu'était devenue cette magnifique île printanière. Elle n'était plus que débris et magma... »

Magma.

Sohalia se raidit et serra inconsciemment la main de Leïko plus fort.

Sa grand-mère le remarqua et caressa doucement le dos de sa main avec son pouce.

« Akainu a fini par les retrouver, » souffla-t-elle. « Et les a tués. »

Les mots tombèrent comme des pierres.

« Ta mère et ton père ont dû lutter un bon moment contre lui pour que l'île soit ainsi détruite. Encore aujourd'hui, elle est couverte de lave. »

Des images flashèrent dans l'esprit de Sohalia. Chaleur. Rouge. Douleur.

Magma.

« Connaissant ton père, » dit Leïko, « il a dû vouloir sauver les habitants de l'île, Eri et toi. Ta mère était plus égoïste : elle devait se concentrer sur Kazuo et toi. Je ne vois que cette explication pour que tu aies survécu. »

Une pause.

« Bien que tu ne sois pas la seule à être sortie de là vivante. »

Sohalia sursauta violemment.

« Pardon ?! »

Leïko hocha la tête.

« Ton père et un enfant ont survécu. Enfin, pas véritablement. Eri a dû utiliser toute son énergie pour créer une protection autour de vous et l'enfant devait se trouver à proximité du champ d'action. Une attaque a dû vous éparpiller. »

Elle inspira profondément.

« Ton père s'est fait arrêter par son ancien chef. Il a été emprisonné à Impel Down pendant un moment... »

Non.

« Puis il s'est fait exécuter. »

L'espoir de connaître son père biologique vola en éclats.

Sohalia ferma les yeux, ravala ses larmes avec difficulté.

Mort. Il est mort aussi.

« Et l'enfant ? » parvint-elle à demander dans un souffle.

Leïko sourit doucement.

« Quand je me suis rendue sur l'île, je l'ai découvert. Je savais que je ne pourrais rentrer sur au Royaume avec lui. Alors je me suis fait passer pour morte et je suis venue ici. J'ai élevé ce garçon comme si c'était mon petit-fils. »

Elle regarda Sohalia.

« Quand le temps sera venu, il prendra ma place. »

Un garçon. Un enfant qui a survécu avec moi. Qui est-il ? Où est-il ?

Mais Sohalia ne posa pas ces questions. Pas encore.

« Pourquoi ici ? » demanda-t-elle plutôt.

Leïko sourit, amusée.

« Tu ne sais pas que c'était l'île de notre Lignée, il y a bien des années ? »

Sohalia écarquilla les yeux.

« Les fées... ? C'était nous ? »

« Oui. Notre végétation était si belle, si abondante qu'ils ont cru qu'on était des fées. »

Elle s'esclaffa.

Sohalia rit aussi, malgré le poids des révélations.

« Mais que s'est-il passé ? » demanda-t-elle en jetant un regard éloquent à la neige autour d'eux.

« Une guerre avec la Lignée Yuki. »

Leïko balaya ce fait d'un geste de la main, comme si ce n'était pas important.

« Ils sont pratiquement tous morts durant cette bataille, mais ont congelé cette île. Avec le temps, la lignée a disparu complètement. »

« Si la végétation peut naître malgré le climat, c'est grâce à toi, n'est-ce pas ? »

« Oui. J'ai fait créer des machines et autres technologies qui ont les mêmes propriétés que nos pouvoirs. Cela permet à l'île de prospérer malgré le froid. »

Sohalia hocha la tête, impressionnée.

« Et Kaido ? » demanda-t-elle en grimaçant.

Leïko sourit largement.

« Je préfère être sous la protection d'un pirate que du gouvernement. »

L'implication était claire. Elle avait choisi Kaido. Pas été forcée.

C'était une stratégie politique.

« Bien, » dit Leïko en se levant, « nous continuerons demain si ça ne te dérange pas. Je dois m'occuper des corps oubliés par ce Mentaru à la noix de pécan. »

Elle s'étira légèrement.

« Et me préparer pour la fête de ce soir. »

« Une fête ? » s'étonna Sohalia.

« Oui. Une tradition de l'île. Le Festival des Lumières d'Hiver. » Son sourire se fit doux. « Après tout ce qui s'est passé, nous avons besoin de célébrer la vie. »

Elle regarda sa petite-fille.

« Vous êtes tous invités, bien sûr. »


Sohalia quitta sa grand-mère peu après.

Elle marcha dans les couloirs du palais, l'esprit en ébullition.

Tant d'informations. Tant de révélations.

Eri. Kazuo. Leur histoire. Leur amour. Leur mort.

Akainu.

Ce nom résonnait dans son esprit comme une condamnation.

Elle s'arrêta devant une fenêtre. Regarda la neige tomber doucement.

« Akainu, » murmura-t-elle.

Le nom sortit comme un serment. Froid. Dur. Implacable.

« Si un jour j'en ai l'occasion... »

Ses poings se serrèrent violemment, ongles s'enfonçant dans ses paumes.

« Je te rendrai au centuple la mort que tu as infligée à ma mère. Et à mon père. »

Sa voix était glacée. Plus froide que la neige dehors.

Elle resta là un long moment, fixant le paysage sans vraiment le voir.

Puis se détourna et retourna vers la salle du trône.


Les pirates étaient toujours là. Certains étaient revenus de leur exploration de la ville.

Dès que Sohalia entra, Marco se leva immédiatement.

« Ça va, yoi ? »

Elle hocha la tête.

Mais il voyait dans ses yeux que quelque chose avait changé. Quelque chose de sombre. De dangereux.

Barbe Blanche l'observait aussi. Il voyait la détermination nouvelle. La colère contenue. La soif de vengeance à peine dissimulée.

Il comprenait qu'elle avait appris quelque chose. Quelque chose d'important. De douloureux.

Mais il ne posa pas de questions.

Pas ici. Pas maintenant.

Leïko revint peu après, accompagnée de serviteurs.

« J'ai fait préparer des chambres pour vous, » annonça-t-elle avec un sourire. « Vous êtes mes invités. »

Elle se tourna vers Barbe Blanche.

« Ce soir, nous célébrons le Festival des Lumières d'Hiver. Une tradition de notre île. Vous êtes tous conviés. »

« Demain, nous pourrons discuter davantage. J'ai des informations qui pourraient vous intéresser. Sur les Fragments. Sur les Clés. Sur... celui qui les cherche. »

Barbe Blanche hocha la tête.

« Nous acceptons votre hospitalité. »

Les serviteurs menèrent les pirates vers leurs chambres respectives.


La chambre de Sohalia était luxueuse.

Un grand lit à baldaquin. Des tapis épais. Des tapisseries au mur. Une cheminée où crépitait un feu chaleureux.

Et sur le lit, étalée avec soin, une robe.

Sohalia la regarda avec méfiance.

Une robe. Longue. Élégante. D'un vert profond qui rappelait les forêts en été. Ornée de broderies délicates représentant des roses.

Elle grimaça.

Une robe. Elle détestait les robes. Vert. Encore et toujours du vert.

Mais c'était une fête royale...

Elle s'assit sur le lit, toucha le tissu. C'était doux. Soyeux.

Elle soupira.

Je suppose que je n'ai pas le choix.

Ses pensées dérivèrent vers tout ce qu'elle avait appris.

Eri. Kazuo. Akainu.

L'enfant survivant — un garçon — élevé par Leïko.

Qui est-il ? Où est-il ?

Leïko. Sa grand-mère. Directe. Forte. Aimante.

Les larmes montèrent.

Mais elle les refoula.

Pas le temps. Une fête m'attend. Je dois être forte.

Pour Leïko. Pour sa famille.

Pour honorer la mémoire de ceux qui n'étaient plus.

Un coup discret à la porte la sortit de ses pensées.

« Oui ? »

« Lia ? C'est moi, yoi. »

Marco.

« Entre. »

La porte s'ouvrit. Marco entra, referma derrière lui.

Il portait toujours ses vêtements habituels. N'avait visiblement pas encore pensé à se préparer pour la fête.

Il la regarda, assis sur le lit, l'air perdu.

« Tu vas bien ? »

Elle leva les yeux vers lui.

« J'ai appris... beaucoup de choses. »

Il s'approcha. S'assit près d'elle sur le lit.

« Tu veux en parler ? »

Elle hésita.

Tant de choses à dire. Tant de douleur à partager.

« Pas maintenant, » murmura-t-elle finalement. « Peut-être... plus tard. »

Il hocha la tête.

« Je suis là, yoi. Quand tu seras prête. »

Elle le regarda. Vraiment le regarda.

Marco. Toujours là. Toujours patient. Toujours prêt à l'écouter.

Quelque chose se serra dans sa poitrine.

Sans réfléchir, elle posa sa tête sur son épaule. Marco se raidit une seconde, surpris, puis se détendit. Lentement, il passa un bras autour d'elle. Ils restèrent ainsi. En silence. Le feu crépitant dans la cheminée. Le vent soufflant dehors.

Juste eux deux.

Sohalia ferma les yeux et s'autorisa ce moment de faiblesse. De réconfort. Marco sentait son cœur battre trop fort. Elle était si proche. Si fragile en cet instant. Il voulait la protéger. De tout. De tous.

Même d'elle-même si nécessaire.

« Merci, » murmura-t-elle après un long moment.

« De quoi, yoi ? »

« D'être là. Toujours. »

Il sourit légèrement.

« Toujours, yoi. »

Un autre coup à la porte les fit sursauter.

« Mademoiselle Shizen ? » Une voix de serviteur. « La fête va commencer dans une heure. »

Sohalia se redressa, un peu gênée.

« Merci ! »

Marco se leva aussi.

« Je devrais... me préparer aussi, yoi. »

Elle hocha la tête.

Il se dirigea vers la porte, s'arrêta et se retourna.

« Lia ? »

« Oui ? »

« Quoi que tu aies appris aujourd'hui... tu n'es pas seule, yoi. »

Elle sourit. Un vrai sourire.

« Je sais. »

Il sortit.

Sohalia resta assise un moment. Puis se leva, regarda la robe et soupira.

Bon. Allons-y.


Une heure plus tard, les couloirs du palais s'illuminaient.

Des lanternes flottaient dans l'air, diffusant une lumière dorée et chaleureuse. Des décorations de roses et de glace ornaient les murs. Des musiciens accordaient leurs instruments quelque part dans le palais.

Le Festival des Lumières d'Hiver commençait.

Les pirates sortaient de leurs chambres, certains dans leurs vêtements habituels, d'autres ayant accepté les tenues formelles proposées par les serviteurs.

Marco sortit de sa chambre. Il avait enfilé une chemise propre, sans plus. Pas de cravate. Pas de veste. Juste une chemise blanche simple.

Il regarda autour de lui, cherchant quelqu'un.

La porte de Sohalia s'ouvrit et Marco oublia de respirer.

Elle portait la robe verte. Celle avec les roses brodées. Ses cheveux blonds — habituellement attachés en queue de cheval — tombaient librement sur ses épaules en boucles souples. Quelqu'un avait dû l'aider à se coiffer.

Elle était...

Elle était magnifique.

Sohalia le vit et grimaça.

« Ne dis rien. Je sais. Je déteste les robes. »

Mais Marco ne disait rien. Il la regardait juste, incapable de détourner les yeux.

« Marco ? »

Il cligna des yeux.

« Tu es... belle, yoi. »

Elle rougit légèrement.

« N'exagère pas. »

« Je n'exagère pas. »

Ils se regardèrent un long moment.

Puis Sohalia se racla la gorge, mal à l'aise.

« On... on devrait y aller ? »

« Oui. Oui, yoi. »

Il lui offrit son bras.

Elle hésita une seconde, puis le prit.

Ensemble, ils descendirent vers la grande salle de bal.


La salle était transformée.

Des milliers de lanternes flottaient sous le dôme de verre, créant un ciel étoilé artificiel. Des tables chargées de nourriture bordaient les murs. Un orchestre jouait une mélodie douce et entraînante. Des nobles en tenues somptueuses dansaient déjà.

Et au fond, sur une estrade, Leïko observait tout avec un sourire satisfait.

Quand elle vit Sohalia entrer au bras de Marco, son sourire s'élargit.

Intéressant.

Les pirates de Barbe Blanche étaient déjà là, profitant de la nourriture et des boissons. Certains regardaient les danseurs avec curiosité. D'autres discutaient avec les nobles — ou essayaient du moins.

Ace repéra Sohalia et s'approcha.

« Waouh, Lia ! Tu es... différente. »

« Je sais. Les robes, ce n'est pas mon truc. »

« Mais ça te va bien ! »

Elle lui sourit.

Marco, à côté d'elle, ne disait rien. Mais son regard ne la quittait pas.

La musique changea, devint plus rapide, plus joyeuse.

Des couples se formèrent sur la piste de danse.

Sohalia regarda, fascinée malgré elle.

« Tu veux danser, yoi ? »

Elle se tourna brusquement vers Marco.

« Quoi ? »

« Tu veux danser ? » répéta-t-il, tendant la main.

Elle hésita.

Puis sourit.

« Pourquoi pas. »


Dans les profondeurs du Temple du Cœur Gelé, loin de la joie et des rires du palais, quelque chose d'autre bougeait.

La glace craquait. Les murs tremblaient.

Et dans l'obscurité totale, les yeux ouverts attendaient le moment où il serait libre.

Bleus. Glacés. Inhumains.

Les Sentinelles de Glace passeraient bientôt à l'action.


REECRIT 09/01/2026

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