The New Era

Chapitre 33 : Chapitre 33 : La Reine des Cendres

8882 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 15/01/2026 17:51

Port de Nanmin no Shima, Moby Dick.


Hagarde, Sohalia resta un instant sans réaction, fixant le corps inerte d'Emi dont la poitrine ne se soulevait plus. Le temps sembla se figer. Puis, lentement, la réalité s'imposa à elle avec une violence brutale.

Elle s'empressa de lâcher la main de Marco — ses doigts glacés glissant hors de sa prise — pour se précipiter vers sa tante. Elle s'effondra à genoux, le bois du pont dur et froid sous ses rotules, et saisit les épaules d'Emi. Le tissu de sa robe était poisseux de sang, encore tiède, l'odeur métallique écœurante emplissant ses narines.

« Emi… Emi, réveille-toi », murmura-t-elle d'abord, sa voix tremblante. « S'il te plaît… »

Elle secoua doucement le corps, puis plus fort, plus désespérément. Les cheveux d'Emi retombaient mollement, sa tête ballottant d'avant en arrière comme celle d'une poupée de chiffon. Ses yeux restaient clos, ses lèvres entrouvertes figées dans un dernier souffle.

« NON ! » hurla soudainement Sohalia, sa voix déchirant la nuit. « Non, non, non ! Tu ne peux pas ! Tu ne peux pas me laisser ! »

Autour d'elle, des pirates accoururent de partout, attirés par ce cri déchirant qui avait retenti sur tout le navire. Des lanternes s'allumèrent, projetant des ombres dansantes sur le pont. Les pas résonnaient précipitamment sur le bois, accompagnés de voix inquiètes.

Le temps ralentit encore une fois. Un déchirement dans l'espace, juste derrière eux. Une distorsion familière. L'air se tordit, crépita. Une nouvelle téléportation.

Un homme apparut à son tour. Un homme ressemblant à Jef. Immédiatement, le commandant de la troisième division s'interposa entre lui et les deux Shizen.

Joz maintenait fermement Hachiro, dont le visage était déformé par l'horreur et le chagrin. Le roi regardait le corps de sa femme, les yeux écarquillés, la bouche ouverte dans un cri silencieux. Ses mains tremblaient violemment, couvertes du sang d'Emi — son sang à elle, versé par ses propres mains contrôlées.

« Lâchez-moi ! » hurla-t-il soudainement, se débattant avec une force désespérée. « Lâchez-moi ! Je dois… je dois aller vers elle ! »

Mais Joz ne relâcha pas sa prise, ses muscles tendus comme de l'acier.

Barbe Blanche arriva à son tour, sa silhouette massive dominant la scène. Ses infirmières le suivaient, Tachi en tête, mais un seul regard sur le corps d'Emi suffit pour qu'elles comprennent qu'il était trop tard.

Marco s'approcha de Sohalia et tenta de poser une main sur son épaule.

« Lia… »

« Ne me touche pas ! » cracha-t-elle en le repoussant violemment, ses yeux fous de douleur. « Elle n'est pas morte ! Elle ne peut pas être morte ! »

Elle retourna secouer le corps d'Emi, de plus en plus fort, de plus en plus désespérément.

« Réveille-toi ! RÉVEILLE-TOI ! »

Yori s'approcha doucement, son visage grave.

« Sohalia… » commença-t-il d'une voix douce.

« NON ! » Elle se retourna vers lui, les yeux brillants de larmes et de rage. « Toi ! Toi tu peux la sauver ! Tu es médecin ! Fais quelque chose ! »

Yori secoua tristement la tête, s'agenouillant près d'elle.

« Lia… Elle est partie. Je suis désolé. »

« NON ! » Sohalia se jeta de nouveau sur le corps d'Emi, la serrant contre elle. « Non, non, non… Pas toi… Pas toi aussi… »

Ses sanglots devinrent incontrôlables, son corps secoué de spasmes. Elle berçait le corps sans vie d'Emi, murmurant des mots incompréhensibles, refusant de lâcher prise.

Marco échangea un regard avec Yori, tous deux impuissants face à cette douleur brute. Le phénix s'avança de nouveau, ignorant le risque d'être repoussé.

« Lia, il faut la laisser partir », dit-il doucement.

« Je ne peux pas ! » sanglota-t-elle. « Je ne peux pas ! C'est ma faute ! »

« Ce n'est pas ta faute », intervint Barbe Blanche d'une voix grave.

Sohalia leva vers lui des yeux rougis, ravagés.

« Si ! Si c'est ma faute ! Si je n'avais pas… si je l'avais… »

Elle ne put finir sa phrase, les sanglots l'étouffant. Marco essaya de nouveau de la toucher, et cette fois, elle se laissa faire. Il l'attira doucement vers lui, essayant de la séparer du corps d'Emi.

« Non ! Lâchez-moi ! » hurla-t-elle en se débattant avec une violence soudaine. « Ne me touchez pas ! »

Elle se débattit si fort que Yori dut venir aider Marco. Ensemble, ils tentèrent de la maîtriser, mais elle était comme possédée par la douleur, se tordant, griffant, hurlant.

Hachiro, toujours maintenu par Joz, sentit quelque chose se briser en lui en entendant ces mots. Il ferma les yeux, les larmes coulant silencieusement sur ses joues. Puis, lentement, il prit une décision.

Il tourna son regard vers Sohalia — sa nièce, maintenant sa reine — et pénétra dans son esprit. Ce n'était pas une intrusion violente comme celle de Jef. C'était doux, presque une caresse, une étreinte mentale.

« Pardon, ma petite », murmura-t-il.

Sohalia sentit une présence familière dans son esprit. Elle reconnut l'essence d'Hachiro, chaleureuse et protectrice. Et puis, comme un voile noir se déposant sur ses yeux, elle sentit la conscience l'abandonner.

« Dors, mon enfant. Tu as assez souffert pour ce soir. »

Son corps s'affaissa mollement entre les bras de Marco et Yori. Le silence retomba soudainement sur le pont, seulement troublé par les sanglots étouffés de certains pirates, émus par la scène, et le clapotis de l'eau contre la coque.

Marco souleva immédiatement Sohalia dans ses bras, la tenant contre lui comme quelque chose de précieux et de fragile. Son corps était léger — trop léger —, son visage déformé par le chagrin même dans l'inconscience. Des larmes continuaient de couler de sous ses paupières closes.

« Merci », souffla Marco à Hachiro.

Le roi hocha faiblement la tête, puis son regard se posa de nouveau sur le corps de sa femme. Joz le relâcha lentement, prêt à intervenir si nécessaire, mais Hachiro se contenta de s'effondrer près d'Emi.

Il prit sa main — si froide déjà — et la porta à ses lèvres. Un sanglot silencieux secoua ses épaules.

« Mon amour… mon cœur… pardonne-moi… »

Barbe Blanche observa la scène, le visage grave. Il regarda Sohalia inconsciente dans les bras de Marco, puis Hachiro effondré près du corps de sa femme.

« Marco », appela-t-il. « Emmène-la dans ta cabine. Yori, va avec lui. »

Le phénix acquiesça et se dirigea vers sa cabine, serrant Sohalia contre lui. Yori le suivit, lançant un dernier regard au corps d'Emi.

Une fois seul avec Hachiro et les quelques commandants présents, Barbe Blanche s'agenouilla difficilement près du roi Shizen.

« Vous avez une fille qui a besoin de vous », dit-il doucement.

Hachiro leva vers lui des yeux rougis.

« Maiya… » murmura-t-il. « Comment vais-je lui annoncer ? »

« Vous trouverez les mots. Mais pour l'instant, laissez-moi appeler votre Royaume. Ils doivent ramener votre femme chez vous. »

Hachiro secoua violemment la tête.

« Pas maintenant. Je vous en supplie. Laissez-moi… laissez-moi la veiller cette nuit. Une dernière nuit. Et laissez Sohalia lui dire au revoir quand elle se réveillera. »

Barbe Blanche hésita, puis hocha lentement la tête.

« Très bien. Une nuit. Ils viendront demain matin. »

Hachiro lui saisit la main avec reconnaissance.

« Merci. »

L'empereur se releva lourdement et donna des ordres à voix basse. On prépara une chambre pour veiller le corps d'Emi. On nettoya le pont. On éloigna les curieux.

La nuit serait longue pour tous.


Cabine de Marco, Moby Dick.


La panique avait saisi le phénix lorsqu'il avait senti soudainement le corps de Sohalia s'affaisser mollement entre ses bras. Il l'avait portée précipitamment jusqu'à sa cabine, Yori sur ses talons, son cœur battant la chamade.

Une fois dans la cabine, Marco avait refermé la porte d'un coup de pied et déposé délicatement Sohalia sur le lit qu'ils avaient partagé la veille — était-ce vraiment la veille ? Cela semblait appartenir à une autre vie, à un autre monde.

Yori l'avait examinée rapidement, vérifiant son pouls, sa respiration. Ses doigts experts avaient palpé son front, écarté ses paupières pour vérifier ses pupilles.

« Elle va bien, physiquement », avait-il murmuré. « Hachiro l'a simplement fait sombrer dans l'inconscience. Elle se réveillera naturellement dans quelques heures. »

Marco avait hoché la tête, incapable de parler, la gorge trop serrée.

« Je reviens dans la matinée avec de quoi la soigner », avait ajouté Yori en posant une main réconfortante sur l'épaule du phénix. « Si elle se réveille avant et qu'elle… si elle a besoin de moi, viens me chercher. »

Puis il était parti, refermant doucement la porte derrière lui, laissant Marco seul avec Sohalia.

Le commandant de la première division était resté debout un long moment, simplement à la regarder. Puis, lentement, il s'était agenouillé à côté du lit.

Les heures avaient passé. Marco n'avait pas bougé. Il était resté là, à genoux près du lit, sa main tenant celle de Sohalia — si froide, si petite dans la sienne. L'astre lunaire filtrait à travers le hublot, baignant la cabine d'une lumière argentée et froide. Le silence était oppressant, seulement troublé par le clapotis régulier de l'eau contre la coque et la respiration lente de Sohalia.

Il avait dégagé ses cheveux de son visage — des mèches blondes collées par la sueur et les larmes — et les avait replacés doucement derrière ses oreilles. Ses doigts avaient frôlé sa joue, encore humide.

Les traits de la commandante de la quatrième division étaient déformés par le chagrin, même dans l'inconscience. Son visage était pâle — trop pâle —, ses lèvres légèrement entrouvertes, ses sourcils froncés comme si elle luttait contre un cauchemar. La douleur, l'abattement, le désespoir… tout cela se lisait sur son doux visage, et cette vision rendait Marco fou de rage.

Une grande partie de cette haine était dirigée contre Jef. Cet homme était celui qui venait de tuer la tante de Sohalia, qui l'avait fait mourir tout près d'elle, comme Hiroshi quelques jours plus tôt. Cet homme avait causé tant de peine autour de lui, mais surtout aux Shizen. Il avait décidé de détruire systématiquement cette famille, de briser Sohalia morceau par morceau.

Marco serra le poing de sa main libre, sentant ses ongles s'enfoncer dans sa paume. Une rage sourde bouillonnait en lui, froide et implacable. Quand il trouverait Jef Mentaru, il le ferait souffrir. Lentement. Douloureusement.

Cependant, une partie de lui culpabilisait. Marco se blâmait de ne pas avoir réagi plus vite, d'avoir perdu l'espoir de sauver Emi avant même d'avoir essayé quoi que ce soit. Il aurait dû appeler Yori immédiatement. Il aurait dû faire quelque chose. N'importe quoi.

Mais le sentiment majeur qu'il ressentait était la tristesse. Une tristesse profonde, lourde comme du plomb, qui lui écrasait la poitrine. Car il savait pertinemment que ce ne serait pas la dernière personne qu'ils perdraient. La mort faisait partie intégrante de la vie de tous, mais pour eux — pour les pirates —, ils flirtaient avec elle bien plus souvent.

Peut-être devrait-il laisser Sohalia s'en aller quand Jef serait mort. Peut-être devrait-il la convaincre de rester sur son île natale, en sécurité, loin des dangers de la mer. Il désirait tant la protéger.

Le pourrait-il ? Pourrait-il vraiment lui dire de partir vivre définitivement loin de lui ? Pourrait-il se résoudre à ne plus jamais la revoir, à ne plus sentir ses lèvres contre les siennes, à ne plus voir son sourire ?

Il soupira et caressa sa joue du bout de son index, traçant doucement le contour de son visage. La texture de sa peau était douce sous son doigt, mais si froide.

Non, il ne le pourrait pas. Il n'avait jamais pu.

Quand elle avait disparu, sept ans plus tôt, Thatch avait emballé tous les souvenirs qu'il possédait d'elle et les avait descendus dans les cales. Les autres commandants s'étaient murés dans le silence, ne parlant plus de la fillette qui avait illuminé leurs existences. Ils avaient choisi d'oublier, ou du moins d'essayer.

Mais Marco, lui, il avait conservé les photos, les cadeaux, les dessins. Certes, il les avait placés en retrait, cachés au fond d'un tiroir, mais il n'était pas rare qu'il se perde dans ses vieux souvenirs. Il ne parlait plus de Sohalia avec ses frères, respectant leur choix de faire leur deuil. Mais il trouvait une oreille attentive auprès de son père, qui comprenait, qui savait.

Depuis le premier jour où il avait vu cette gracile silhouette tenter de s'échapper de Thatch — cette fillette sale et effrayée qui l'avait regardé avec des yeux si grands, si désespérés —, elle avait apposé sur lui une griffe mémorable et inaltérable. Une marque indélébile qu'aucune autre femme n'avait pu effacer.

Il ne concevait pas le Moby Dick être exproprié de sa présence. Le navire avait besoin d'elle. Lui avait besoin d'elle.

Égoïstement, il ferait tout pour la garder à ses côtés, même en sachant que ce mode de vie lui apporterait peine et danger. Même en sachant qu'elle souffrirait. Même en sachant qu'elle pleurerait encore, qu'elle perdrait encore des êtres chers.

Était-ce de l'amour ou de l'égoïsme ? Il ne savait plus.

Lentement, il attrapa délicatement sa main — si petite, si froide — espérant qu'elle sente sa présence et s'en nourrisse, puisant dans sa force pour traverser cette épreuve.

Soudain, il écarquilla les yeux.

Des larmes. Des larmes s'échappaient des paupières closes de Sohalia, glissant lentement sur ses joues pâles, traçant des chemins humides et brillants dans la lumière de la lune.

Il crut, un instant, qu'elle s'était réveillée. Mais non. Sa respiration était toujours régulière et lente, sa poitrine se soulevant et s'abaissant au rythme paisible du sommeil. Ses yeux restaient fermés.

Elle pleurait dans son sommeil.

Marco sentit son cœur se briser. Jamais il n'avait vu quelque chose d'aussi triste, d'aussi déchirant. Elle était comme prisonnière de sa souffrance, même dans l'inconscience, ne connaissant nul repos. Même là, dans les limbes du sommeil, la douleur la poursuivait, la torturait.

Elle semblait si fragile, comme si le moindre choc allait la briser en deux. Comme si elle n'était plus qu'un fil ténu prêt à se rompre.

Le phénix sentit son estomac se nouer face à cette vision, une boule douloureuse se formant dans sa gorge.

Il haïssait la voir ainsi. Pas elle. Non. Elle ne pouvait pas être si mal. Cela lui fendait le cœur. Il pouvait accepter la souffrance de n'importe qui — il avait vu tant de ses frères tomber, pleurer, souffrir —, mais pas elle. Pas Sohalia.

Pas cette pirate forte et féroce qui avait tenu tête à des ennemis deux fois plus grands qu'elle.

Pas cette blonde belle et provocante qui le faisait rire avec ses réparties cinglantes.

Pas cette femme aimante et tendre qui avait pleuré sur la tombe d'Hiroshi.

Pas elle.

Doucement, avec une infinie tendresse, il essuya de son pouce les larmes qui dévalaient les joues de la commandante. Encore et encore. Les larmes étaient tièdes sous son doigt, salées quand il les portait à ses lèvres sans réfléchir.

Le phénix continua à les effacer sans s'arrêter, murmurant des mots doux qu'elle ne pouvait entendre.

« Je suis là, Lia. Je suis là. Tu n'es pas seule. Je te le promets. »

Il resta ainsi toute la nuit, essuyant ses larmes, tenant sa main, veillant sur son sommeil tourmenté. La lumière de la lune se déplaça lentement dans la cabine, dessinant des ombres mouvantes sur les murs. L'aube finit par pointer, teintant le ciel de rose pâle.

Et finalement, enfin, les larmes se tarirent.

Sohalia sembla s'apaiser légèrement, son visage se détendant un peu. Marco posa son front contre sa main, épuisé, mais refusant de la laisser seule.

« Dors, mon amour », murmura-t-il. « Je veille sur toi. »

Et il resta là, à genoux près d'elle, jusqu'à ce que le soleil se lève complètement sur un nouveau jour.


Le lendemain matin.


Sohalia émergea lentement de l'inconscience, comme quelqu'un remontant des profondeurs d'un océan noir. Les ténèbres l'enveloppaient encore, chaudes et protectrices, et une partie d'elle voulait y rester, ne jamais revenir à la surface.

Mais la réalité l'attira inexorablement vers le haut.

Elle ouvrit les yeux, clignant dans la lumière douce du matin qui filtrait à travers le hublot. Sa vision était floue, sa tête lourde comme du plomb. Elle sentait une présence près d'elle, une main tenant la sienne.

Marco.

Il s'était endormi assis sur le sol, la tête posée sur le bord du lit, sa main toujours enroulée autour de la sienne. Son visage était marqué par la fatigue, des cernes sombres sous ses yeux.

Pendant un instant — un bref et merveilleux instant — Sohalia ne se souvint de rien. Elle était juste là, dans cette cabine, avec Marco endormi à ses côtés, et tout allait bien.

Puis, comme un raz-de-marée, les souvenirs déferlèrent.

Emi. Le poignard. Le sang. Le corps froid. Les cris.

Emi était morte.

Sohalia sentit sa poitrine se comprimer, l'air se coinçant dans sa gorge. Elle voulut hurler, pleurer, mais aucun son ne sortit. Sa bouche s'ouvrit dans un cri silencieux, ses yeux se remplirent de larmes qui refusèrent de couler — comme si elle n'en avait plus.

Marco se réveilla immédiatement, sentant le changement dans sa main.

« Lia… » murmura-t-il, sa voix rauque de fatigue.

Elle le regarda, et il vit dans ses yeux une douleur si profonde, si abyssale, qu'elle lui coupa le souffle.

« Elle est morte », souffla-t-elle.

Ce n'était pas une question. C'était une constatation, froide et définitive.

Marco hocha lentement la tête, incapable de mentir.

« Oui. »

Sohalia ferma les yeux, une seule larme — unique et lourde — roulant sur sa joue.

« Et Leïko ? »

Marco se figea. Il devait le lui dire. Maintenant.

« Lia… Il y a autre chose que tu dois savoir. »

Elle rouvrit les yeux, et il vit la peur s'y installer.

« Quoi ? »

Il prit une profonde inspiration, serrant sa main plus fort.

« Jef a… Leïko Shizen est morte. Il l'a tuée. Le matin avant qu'Hiroshi… avant les funérailles. »

Le silence tomba comme une pierre. Sohalia le fixait, sans comprendre, son cerveau refusant de traiter l'information.

« Non », murmura-t-elle finalement.

« Je suis désolé. »

« Non. » Sa voix était plus forte maintenant, vibrant de déni. « Non. Tu mens. »

« Lia… »

« TU MENS ! » hurla-t-elle soudainement, se redressant d'un bond. « Elle ne peut pas être morte ! Pas elle aussi ! »

Marco se leva et essaya de l'attraper, mais elle le repoussa violemment.

« Ne me touche pas ! Laisse-moi ! LAISSE-MOI ! »

Elle tomba du lit, ses jambes ne la portant pas, et s'effondra au sol. Marco s'agenouilla près d'elle, l'attirant contre lui malgré sa résistance.

« Lia, écoute-moi. Écoute-moi. »

Mais elle n'écoutait pas. Elle hurlait, se débattait, frappait sa poitrine de ses poings.

« Non, non, non, non… »

Marco la serra plus fort, l'emprisonnant dans ses bras, la laissant se décharger de sa rage et de sa douleur sur lui. Il sentait ses poings contre son torse, ses ongles griffant sa peau à travers le tissu, mais il ne broncha pas.

Graduellement, ses coups faiblirent. Ses hurlements se transformèrent en sanglots. Et finalement, elle s'effondra contre lui, pleurant dans son cou, son corps secoué de spasmes incontrôlables.

« Pourquoi ? Pourquoi eux ? Pourquoi pas moi ? »

« Ne dis pas ça. »

« C'est ma faute. Tout est ma faute. »

« Non. C'est la faute de Jef. Seulement la sienne. »

Ils restèrent ainsi un long moment, enlacés sur le sol. Marco la berçait doucement, murmurant des paroles apaisantes, essuyant ses larmes quand elle semblait en manquer.

Finalement, elle se calma un peu, sa respiration toujours saccadée mais plus régulière.

« Je veux… » Sa voix était rauque, brisée. « Je veux voir Emi. »

Marco hocha la tête.

« Elle est dans une cabine. Hachiro l'a veillée toute la nuit. Ils viennent ce matin pour la ramener sur l'île. »

Sohalia ferma les yeux et hocha lentement la tête.

« Aide-moi à me lever. »

Marco l'aida à se mettre debout, la soutenant quand ses jambes tremblèrent. Elle se regarda dans le petit miroir de la cabine et grimaça. Ses yeux étaient rougis et gonflés, son visage pâle, ses cheveux emmêlés.

Elle attrapa une brosse et tenta de démêler ses cheveux, mais ses mains tremblaient trop. Marco la lui prit doucement et brossa lui-même ses cheveux, avec une tendresse infinie.

« Merci », murmura-t-elle.

Quand elle fut un peu plus présentable, il la conduisit vers la cabine où reposait Emi.

Hachiro était assis près du corps, tenant la main de sa femme. Il avait vieilli de dix ans en une nuit. Ses yeux étaient vides, cernés, ses cheveux en désordre. Il leva la tête quand ils entrèrent.

« Sohalia… » souffla-t-il.

Elle s'avança lentement, comme dans un rêve. Emi avait été nettoyée, habillée d'une robe blanche propre. On avait refermé ses yeux, croisé ses mains sur sa poitrine. Elle avait l'air paisible, comme si elle dormait simplement.

Mais Sohalia savait qu'elle ne se réveillerait jamais.

Elle s'agenouilla près du corps et prit l'autre main d'Emi — si froide, si raide.

« Je suis désolée », murmura-t-elle. « Je suis tellement désolée. »

Les larmes coulèrent de nouveau, silencieuses cette fois.

« Tu m'as sauvée. Tu m'as accueillie. Tu m'as aimée. Et je… je n'ai pas pu te protéger. »

Hachiro posa une main tremblante sur l'épaule de Sohalia.

« Ce n'est pas ta faute. »

« Si. »

« Non. » Sa voix était ferme malgré sa douleur. « Emi est morte en faisant ce qu'elle devait faire : protéger sa famille. Elle ne le regrettait pas. Et elle ne voudrait pas que tu te détruises avec la culpabilité. »

Sohalia leva vers lui des yeux rougis.

« Maiya… Comment va-t-elle ? »

Hachiro baissa la tête.

« Je ne lui ai pas encore annoncé. Je… je ne sais pas comment. »

« Où est-elle ? »

« Chez les Mizu. En sécurité. »

Sohalia hocha la tête. Elle se pencha et déposa un baiser sur le front glacé d'Emi.

« Au revoir, tante Emi. Merci. Pour tout. »

Elle se releva, chancelante. Marco la rattrapa immédiatement.

Des coups frappés à la porte les interrompirent. Barbe Blanche entra, suivi de plusieurs membres de la lignée des Ryoko, terrifiés. Ils étaient accompagnés d'un messager dont Sohalia se souvenait vaguement.

« Il est temps », dit doucement l'empereur.

Hachiro se leva lentement, tenant toujours la main d'Emi. Il la porta à ses lèvres une dernière fois.

« Je t'aime, mon cœur. À jamais. »

Les Ryoko s'approchèrent avec respect et commencèrent leurs préparatifs pour la téléportation. Barbe Blanche posa une main massive sur l'épaule d'Hachiro.

« Vous êtes le bienvenu ici aussi longtemps que vous en aurez besoin. »

Hachiro secoua la tête.

« Merci, mais je dois retourner auprès de ma fille. Elle a besoin de moi. »

Il se tourna vers Sohalia.

« Maiya est sous ta protection maintenant. En tant que Reine. Je te la confie. »

Sohalia hocha la tête, incapable de parler.

Les Ryoko formèrent un cercle autour du corps d'Emi et d'Hachiro. Leurs chants s'élevèrent, étranges et mélancoliques. La lumière commença à pulser autour d'eux.

« Prends soin de toi, Sohalia », dit Hachiro. « Et n'oublie pas : tu n'es pas seule. »

Puis, dans un éclair de lumière aveuglante, ils disparurent.

Le silence retomba sur la cabine vide. Sohalia fixait l'endroit où se tenait Emi quelques secondes plus tôt, sentant un vide immense s'ouvrir en elle.

Marco la prit doucement par la main.

« Viens. Tu as besoin de te reposer. »

Mais elle hocha la tête, s'accrochant fermement à sa main.


Trois jours passèrent comme dans un brouillard.

Trois jours où Sohalia resta cloîtrée dans la cabine de Marco, refusant de voir quiconque à part lui. Elle restait assise ou allongée, les yeux dans le vide, ne parlant presque pas. Parfois, elle pleurait doucement. D'autres fois, elle restait simplement figée, comme une statue de marbre.

Marco ne la quitta pas. Il dormait peu, veillant sur elle, s'assurant qu'elle mange au moins quelques bouchées, qu'elle boive de l'eau. Il lui brossait les cheveux quand ils devenaient trop emmêlés. Il changeait ses vêtements quand elle ne pouvait le faire elle-même.

Le deuxième jour, il lui avait apporté une robe blanche et l'avait aidée à l'enfiler. Elle l'avait laissé faire sans un mot, comme une poupée de chiffon.

Yori était venu plusieurs fois, vérifiant son état, lui apportant des tisanes calmantes qu'elle ne buvait pas. Il avait échangé des regards inquiets avec Marco, mais n'avait rien dit.

Les autres membres de la quatrième division venaient se tenir devant la porte de Marco, silencieux, impuissants. Ils ne demandaient pas à entrer. Ils restaient juste là quelques minutes, comme pour lui faire savoir qu'ils étaient là, puis repartaient.

Barbe Blanche avait fait comprendre à tout l'équipage que Sohalia avait besoin de temps. Personne ne devait la déranger. Le navire entier semblait retenir son souffle, attendant que leur commandante revienne à la vie.

Marco avait essayé de lui parler, de la sortir de sa léthargie, mais elle répondait à peine. Ses yeux étaient vides, comme si son âme avait quitté son corps.

La nuit, elle dormait peu, et quand elle dormait, elle faisait des cauchemars. Marco la réveillait doucement quand elle gémissait, quand elle se débattait dans son sommeil. Elle se réveillait en sursaut, les yeux écarquillés, cherchant quelque chose — ou quelqu'un — qui n'était plus là.

Le troisième jour, Marco commençait à désespérer. Elle ne pouvait continuer ainsi. Elle allait se briser complètement.

Il était assis à son bureau, la tête entre les mains, ne supportant plus de la voir si brisée, ne supportant plus son impuissance. Que pouvait-il faire ? Comment pouvait-il l'aider ?

Sohalia était allongée au sol — elle avait refusé le lit —, ses longs cheveux blonds emmêlés et détachés entourant sa tête, telle une auréole dorée et terne. Vêtue simplement de la robe blanche que le pirate avait eu le plus grand mal à lui faire enfiler.

Le silence morbide qui régnait depuis trois jours était devenu habituel, presque normal. C'est pourquoi Marco sursauta violemment lorsqu'on frappa à la porte.

Il jeta un coup d'œil à Sohalia et grimaça en remarquant qu'elle n'avait même pas sourcillé face à ce bruit soudain. Elle fixait toujours le plafond, immobile, à peine vivante.

Il se leva, s'essuya le visage — quand avait-il pleuré ? — et ouvrit la porte.

Izo se tenait là, le visage grave.

Et derrière lui, un jeune homme blond aux yeux verts.


Port de Nanmin no Shima, pont du Moby Dick.



Quelques heures plus tôt, Barbe Blanche était sorti de sa cabine, entouré, comme souvent, par ses infirmières, et s'était dirigé vers la poupe du navire, saluant ses enfants qu'il croisait. L'atmosphère sur le Moby Dick était lourde, pesante. Le deuil planait sur le navire comme un linceul.

Whitey Bay était en train d'accoster son navire à côté du sien. Debout sur le pont de son bateau, se tenait un jeune homme blond vêtu de noir, la posture droite malgré la fatigue visible sur son visage.

Akihide Shizen.

Il avait demandé l'asile à l'empereur, et ce dernier avait accepté. Le jeune prince avait fui son île après que son peuple l'eut accusé du meurtre de Leïko. Il n'avait nulle part où aller, personne vers qui se tourner.

Sauf Sohalia. Le dernier souhait de Leïko avait été qu'il la retrouve.

Whitey Bay aida Akihide à monter sur le Moby Dick. Le jeune homme remercia la capitaine pirate d'une voix posée, puis se tourna vers Barbe Blanche.

Le capitaine du Moby Dick s'était installé dans son immense siège, observant l'arrivée du nouvel invité. La majeure partie de ses commandants était là — Marco manquait, bien sûr, toujours aux côtés de Sohalia —, dévisageant ce prince déchu qui ne possédait plus de famille, ni de foyer, ni de fortune.

Il n'était absolument plus rien.

L'absence de Sohalia sauta immédiatement aux yeux du Shizen adoptif. Il salua distraitement le capitaine du navire, tout en gardant sa grâce et son aisance naturelles malgré sa situation désastreuse.

« Bienvenue sur mon navire, gamin », salua l'homme le plus puissant au monde de sa voix grave.

« Merci de m'accueillir parmi vous », souffla le blond en s'inclinant respectueusement.

Barbe Blanche observa le jeune homme un instant. Il voyait la douleur dans ses yeux, soigneusement cachée derrière un masque de politesse. Il voyait les épaules légèrement voûtées, le poids du chagrin et de la trahison.

« Peux-tu nous raconter ce qui s'est passé ? » demanda-t-il.

Akihide prit une profonde inspiration, ses mains se serrant brièvement en poings avant de se détendre.

« Jef Mentaru a tenté de me tuer », commença-t-il d'une voix posée mais tendue. « Leïko Shizen m'a protégé, mais a, malheureusement, perdu la vie au cours du combat. » Sa voix se brisa légèrement sur le dernier mot. « Avant de mourir, elle m'a demandé de rejoindre Sohalia et de rester à ses côtés. »

Un silence respectueux s'installa. Plusieurs commandants baissèrent la tête.

« Je suis désolé pour ta perte », dit Barbe Blanche avec sincérité.

« Merci », marmonna Akihide, trouvant que ces mots ne signifiaient pas grand-chose, car on ne peut décrire la perte, seulement la ressentir. Mais il appréciait l'intention.

Barbe Blanche soupira lourdement.

« Nous avons également connu des derniers jours durs, remplis de tragédies qui ont profondément choqué la commandante de la quatrième division. »

Akihide redressa la tête, une inquiétude soudaine dans les yeux.

« Que s'est-il passé ? »

« J'ai perdu des enfants qui m'étaient chers », répondit gravement l'empereur. « Et Jef Mentaru a également assassiné Emi Shizen, la tante de Sohalia, par le biais d'Hachiro, son oncle qu'il avait possédé. C'est arrivé il y a trois jours. »

Le prince déchu sentit le sang se retirer de son visage. Emi.

Il encaissa la nouvelle en silence, comprenant maintenant l'absence de Sohalia et l'atmosphère de deuil qui planait sur le navire. Il comprit aussi, avec une clarté glaciale, que Jef Mentaru était bien décidé à anéantir cette famille dont il faisait secrètement partie, même si ce n'était que par adoption.

Le capitaine, constatant le mutisme du jeune homme, reprit la parole.

« J'autorise ta présence parmi nous, à condition que tu respectes mes règles. » Il marqua une pause. « Mais rien d'autre. Tu n'es pas fait pour être pirate, gamin. »

Akihide hocha lentement la tête. Il n'avait jamais eu l'intention de devenir pirate. Il ne savait même pas ce qu'il allait devenir maintenant. Un prince sans royaume. Un fils sans mère.

« Je vous remercie », dit-il sincèrement. « J'ai une dernière faveur à vous demander. »

« Je t'écoute. »

« Pourrais-je voir Sohalia ? »

Un silence s'installa sur le pont et tous les regards se braquèrent vers Barbe Blanche. Plusieurs commandants échangèrent des regards inquiets. Joz fronça les sourcils. Atmos secoua la tête.

L'empereur pesa le pour et le contre. Sohalia n'avait voulu voir personne pendant trois jours. Mais peut-être qu'Akihide, qui avait lui aussi perdu Leïko, pourrait l'atteindre d'une manière que Marco ne pouvait pas.

Finalement, il acquiesça.

« Izo va te conduire jusqu'à elle. Cependant, je dois te prévenir qu'elle n'a autorisé, jusqu'à maintenant, que la présence de mon second à ses côtés. »

« Je comprends », répondit Akihide.

Barbe Blanche hocha la tête avec respect.

Akihide fit un signe de tête au vieil homme et attendit patiemment qu'Izo le mène jusqu'à elle. Il suivit le commandant de la seizième division à travers les couloirs du navire, se questionnant brièvement sur le pourquoi du second de Barbe Blanche et pas un autre qui était autorisé près d'elle.

Marco et Sohalia… Il y avait quelque chose entre eux, n'est-ce pas ? Il l'avait senti, lors de leur dernière rencontre sur l'île. La façon dont le phénix la regardait. La façon dont elle rougissait quand il était près d'elle.

Izo se stoppa finalement devant une porte en bois. Il frappa trois coups, puis attendit.

Le jeune prince prit une profonde inspiration et attendit.


Marco se figea en voyant qui se tenait derrière Izo. Akihide Shizen. Il savait qu'il devait arriver aujourd'hui, mais jamais il n'avait imaginé le croiser si tôt. Et surtout, jamais il n'avait imaginé qu'on lui demanderait de le laisser voir Sohalia.

Il sentit son cœur s'embraser de jalousie — une jalousie irrationnelle, stupide, mais bien réelle — et se plaça inconsciemment devant la jeune femme, la cachant à la vue du prince déchu.

« Marco », commença Izo d'une voix douce pour détendre son frère. « Père a autorisé Akihide à rester quelque temps parmi nous… et, également, il lui a permis de voir Sohalia. »

« Elle n'est pas en état », rétorqua Marco aussitôt en serrant les dents, ses mâchoires se contractant.

« Ce n'est pas à toi d'en décider, Marco, mais à elle, et elle seule », répliqua le travesti avec fermeté.

« Elle ne parle pas ! » grogna le phénix, sa voix montant malgré lui. « Elle ne mange pas ! Elle pleure dans son sommeil ! Tu crois vraiment que c'est le moment ? »

Akihide, jusqu'alors silencieux, s'avança légèrement.

« Je ne suis pas venu pour lui faire du mal », dit-il calmement.

Marco le toisa, ses yeux bleus brillant d'une lueur dangereuse.

« Tu crois que tu peux faire mieux que moi ? Tu crois que tu peux l'aider alors que j'ai échoué pendant trois jours ? »

« Non », répondit Akihide avec honnêteté. « Mais peut-être que j'ai quelque chose que tu n'as pas. »

« Quoi donc ? »

« La même douleur qu'elle. J'ai perdu Leïko comme elle a perdu Emi. Nous portons le même deuil. »

Marco serra les poings, voulant répliquer, mais une voix faible l'interrompit.

« Je vais le recevoir. »

Les trois hommes sursautèrent. Marco se retourna vivement.

Sohalia était debout — quand s'était-elle levée ? — ses cheveux blonds emmêlés tombant devant son visage dévasté, l'une des bretelles de sa robe blanche ayant glissé de son épaule. Elle semblait fragile, prête à se briser, mais il y avait quelque chose dans sa voix. Quelque chose qui n'avait pas été là depuis trois jours.

Une volonté.

Marco s'approcha d'elle immédiatement, glissant une main à travers la barrière de cheveux pour la poser sur sa joue. Sa peau était froide sous sa paume.

« Sûre ? » insista-t-il doucement, cherchant son regard.

La Shizen hocha simplement la tête. Pour la première fois depuis trois jours, ses yeux rencontrèrent les siens. Ils étaient toujours remplis de douleur, mais il y avait autre chose. Quelque chose qui ressemblait à de la détermination.

Marco pinça les lèvres, hésitant. Mais il ne pouvait lui refuser ça. Pas quand c'était la première chose qu'elle demandait en trois jours.

Il soupira, se dirigea vers son armoire, attrapa un gilet et le fit mettre à la jeune femme par-dessus sa robe. Sa peau était trop froide. Cette dernière ne réagit pas et se laissa faire comme une poupée.

« Je ne serai pas loin », souffla-t-il en déposant un baiser sur son front. « Si tu as besoin de moi, appelle. »

Sohalia hocha faiblement la tête.

En sortant, Marco lança un regard d'avertissement à Akihide — un regard qui disait clairement « si tu lui fais du mal, je te tue » — puis suivit Izo sur le pont.

La porte se referma avec un bruit sourd, assombrissant de nouveau la pièce. Seule la lumière du hublot filtrait, pâle et grise.

Le silence s'installa, lourd et oppressant.

Sohalia alla s'asseoir sur la chaise du bureau, s'agrippant aux meubles, ne semblant pas avoir confiance en ses jambes pour la porter jusque-là. Ses mouvements étaient lents, hésitants, comme ceux d'une vieille femme.

Akihide la détailla un instant avant de s'installer à son tour sur le lit, gardant une distance respectueuse. Le silence plana un long moment qu'il mit à profit pour observer la pièce. Il arriva rapidement à la conclusion que ce n'était pas la cabine de Sohalia : rien ne lui correspondait. Pas de plantes, pas de livres, pas de touches personnelles. C'était sobre, masculin, pratique.

La cabine de Marco, donc.

« Toutes mes condoléances pour ta tante », lança-t-il finalement, brisant le silence.

La commandante de la quatrième division releva lentement la tête et le laissa voir à quel point cette disparition la terrassait. Ses yeux étaient cernés, rougis, vides. Son visage était pâle, ses lèvres gercées. Elle avait l'air d'un fantôme.

Elle ouvrit plusieurs fois la bouche, mais aucun son n'en sortit. Elle attrapa fébrilement le verre d'eau posé sur le bureau — ses mains tremblaient tellement qu'elle faillit le renverser — et le vida d'un trait. L'eau fraîche sembla lui rendre un peu de vie.

« Moi aussi… » Sa voix était rauque, comme si elle n'avait pas parlé depuis des jours — ce qui était le cas. « Pour Leïko… »

Akihide hocha la tête pour la remercier et détourna le regard, ayant la désagréable impression de se voir dans un miroir. Lui se cachait derrière un masque. Lui faisait de son mieux pour masquer ses sentiments, pour ne pas s'effondrer.

Mais ici, avec elle, peut-être pouvait-il baisser la garde. Peut-être pouvaient-ils porter leur douleur ensemble.

« Que fais-tu ici ? » questionna-t-elle, semblant se forcer pour prononcer chaque mot.

« Barbe Blanche m'a autorisé à rester ici, le temps que je trouve une solution. »

« Une solution ? » répéta-t-elle, ne comprenant pas ce qu'il racontait.

« Mon peuple pense que j'ai moi-même tué Leïko », expliqua-t-il rapidement, sa voix se durcissant. « Ils m'ont chassé. Je suis accusé de régicide et de matricide. »

Sohalia écarquilla légèrement les yeux, la première vraie émotion qu'elle montrait depuis trois jours.

« Quoi ? Mais c'est… c'est absurde ! »

« Je sais. Mais qui me croira ? J'étais seul avec elle quand c'est arrivé. Mon témoignage ne vaut rien. »

« Tu vas être pirate ? » murmura-t-elle, choquée par cette idée.

« Non. » Un sourire amer étira ses lèvres. « Ton capitaine trouve que cela n'est pas fait pour moi. Et je ne peux qu'être d'accord avec lui. Je n'ai rien d'un pirate. »

« Que vas-tu faire alors ? »

Le Shizen adoptif la fixa un moment en se rendant compte que sa voix avait été plus vive, comme si elle reprenait peu à peu vie en se préoccupant des soucis des autres. Il sourit légèrement et se pencha vers elle.

« Pourquoi penses-tu que je suis là ? » dit-il avec une pointe de son ancienne légèreté. « Je viens recevoir tes précieux conseils. Toi seule peux m'aider. »

La jeune femme resta silencieuse un moment, réfléchissant aux problèmes de cette personne qu'elle appréciait. Elle fronça les sourcils, sa concentration revenant lentement, comme un muscle longtemps inutilisé.

Mais avant qu'elle ne puisse répondre, Akihide reprit la parole, plus sérieusement cette fois.

« Sohalia… Comment te sens-tu vraiment ? »

Elle le regarda, surprise par la question directe.

« Je… » Elle s'interrompit. Comment se sentait-elle ? « Vide. Brisée. Coupable. »

« Coupable ? »

« C'est ma faute. » Sa voix se brisa. « Si j'avais tué Jef... Tous… tous sont morts à cause de moi. »

Akihide secoua fermement la tête.

« Non. Ils sont morts à cause de Jef. Pas de toi. »

« Mais si je n'existais pas… »

« Si tu n'existais pas, Leïko n'aurait pas eu de raison de vivre toutes ces années dans l'exil. Emi n'aurait pas eu une nièce qu'elle aimait comme sa propre fille. »

Sohalia le fixa, les yeux brillants de larmes.

« Tu ne peux pas dire ça… »

« Si. » Sa voix était ferme maintenant. « Écoute-moi, Sohalia. Leïko… Leïko est morte en me protégeant, c'est vrai. Mais tu sais ce qu'elle m'a dit, juste avant ? »

Sohalia secoua la tête, incapable de parler.

« Elle m'a dit : "Retrouve Sohalia." » Sa voix se brisa légèrement. « Ce n'était pas un ordre. C'était une supplication. Parce qu'elle savait que je serais en sécurité à tes côtés. »

Les larmes coulèrent librement sur les joues de Sohalia.

« Je ne mérite pas… »

« Tu mérites tout. » Akihide se leva et s'agenouilla devant elle, prenant ses mains dans les siennes. « Tu mérites d'être aimée. Tu mérites d'être protégée. Tu mérites de vivre. »

« Je ne supporte plus tout ça... » sanglota-t-elle. « Comment puis-je continuer quand ils ne sont plus là ? »

« En honorant leur mémoire. En vivant la vie qu'ils voulaient pour toi. En protégeant ceux qu'ils aimaient. » Il serra ses mains plus fort. « Maiya a besoin de toi. Hachiro a besoin de toi. Et moi… » Sa voix se fit plus douce. « Moi aussi, j'ai besoin de toi. »

Sohalia le regarda à travers ses larmes.

« Tu portes la même douleur que moi, n'est-ce pas ? »

« Oui. » Il ne chercha pas à le nier. « Leïko était… elle était tout pour moi. La seule mère que j'aie jamais connue. Et maintenant… maintenant je suis seul. »

« Non. » Sohalia serra ses mains en retour. « Tu n'es pas seul. Je suis là. Je vais t'aider. »

Akihide sourit tristement.

« Et toi, tu n'es pas seule non plus. Tu as ta division. Tu as ton capitaine. Tu as… » Il marqua une pause. « Tu as Marco. »

Sohalia rougit légèrement, la première couleur revenant sur ses joues pâles.

« Marco… »

« Il t'aime, tu sais », dit doucement Akihide. « Je l'ai vu dans ses yeux. La façon dont il te regarde… comme si tu étais la chose la plus précieuse au monde. »

« Je sais », murmura-t-elle. « Et je… je l'aime aussi. Mais j'ai tellement peur. Peur de le perdre aussi. Peur que Jef s'en prenne à lui. »

« La peur ne peut pas dicter ta vie, Sohalia. Tu es plus forte que ça. »

« Je ne me sens pas forte. »

« La force, ce n'est pas l'absence de peur ou de douleur. C'est continuer malgré elles. »

Ils restèrent ainsi un moment, agenouillés l'un devant l'autre, se tenant les mains, partageant leur douleur en silence.

Finalement, Sohalia essuya ses larmes et prit une profonde inspiration.

« Tu as raison. Je ne peux pas… je ne peux pas m'effondrer comme ça. Maiya a besoin de moi. Hachiro a besoin de moi. Et toi… » Elle sourit faiblement. « Toi aussi. »

« Alors aide-moi », dit Akihide. « Aide-moi à retrouver ma place dans ce monde. »

Sohalia réfléchit un instant, son esprit reprenant lentement vie.

« Je dois retourner sur l'île », dit-elle finalement. « Pour l'enterrement d'Emi. Pour régler la succession. Pour prendre ma place en tant que Reine. Et tu vas venir avec moi. »

Akihide la fixa, surpris.

Un bruit soudain à l'extérieur les interrompit. Des cris. De l'agitation.

Sohalia se redressa immédiatement, quelque chose dans ces cris déclenchant une alarme en elle.

« Qu'est-ce que… ? »

Elle se précipita vers la porte, chancelante mais déterminée. Akihide la suivit immédiatement, prêt à la rattraper si elle tombait.


Sohalia sortit sur le pont, Akihide sur ses talons, et fut immédiatement frappée par l'agitation qui régnait. Des pirates couraient dans tous les sens. Des voix s'élevaient. Et au centre du chaos…

Hachiro.

Pourquoi était-il là ? Il devrait être au Royaume avec Maiya. Qu'est-ce que...

Il était là, maintenu fermement par Joz, se débattant avec une violence désespérée. Ses vêtements étaient en désordre, ses cheveux emmêlés. Et sur le pont, à quelques mètres de lui, brillait un fin poignard.

Sohalia se figea en comprenant ce qui avait dû se passer. Son oncle avait tenté de mettre fin à ses jours.

Un frisson l'agita, son cœur s'emballa, et une décharge électrique — de rage, de peur, de détermination — la força à s'avancer un peu plus. Ses jambes, qui tremblaient depuis trois jours, trouvèrent soudainement une force nouvelle.

« Lâchez-moi ! » hurlait Hachiro en se débattant. « Laissez-moi partir ! »

« Vous tuer ne fera pas revenir votre femme à la vie », clama Barbe Blanche d'une voix grave et ferme. Il se pencha et ramassa la lame que l'oncle de Sohalia avait volée — probablement à l'un de ses hommes distraits.

« Laissez-moi mourir en paix ! » supplia Hachiro, sa voix se brisant. « Je ne peux pas vivre ainsi ! Pas sans elle ! Pas après ce que j'ai fait ! »

« Vous n'avez rien fait », intervint Marco qui venait d'arriver. « C'était Jef. Pas vous. »

« Mais c'était ma main ! Ma main qui a tenu le poignard ! Ma main qui l'a poignardée ! » Il sanglotait maintenant, tout contrôle perdu. « Je l'ai tuée ! Je l'ai tuée ! »

Sohalia marcha vers lui, ses pas résonnant sur le bois du pont. Ne s'attendant pas à la voir, Hachiro se tut brusquement. Tous les autres l'imitèrent, curieux de voir la réaction de la commandante de la quatrième division.

Elle s'avança jusqu'à se tenir directement devant lui. Son visage était toujours pâle, ses yeux toujours cernés, mais il y avait quelque chose de différent maintenant. Une flamme. Une détermination.

Sa main fendit soudainement l'air.

La gifle résonna sur tout le pont comme un coup de tonnerre. La tête d'Hachiro tourna violemment sous le choc, une marque rouge apparaissant immédiatement sur sa joue.

Le silence qui suivit était assourdissant.

« Vous êtes un égoïste, mon oncle », siffla Sohalia d'une voix froide et tranchante comme la lame qui gisait dans la main de Barbe Blanche.

Hachiro la fixa, choqué, la main portée à sa joue brûlante.

« Quoi… ? »

« Un égoïste », répéta-t-elle avec plus de force. « Maiya, votre fille, vient de perdre sa mère. » Sa voix monta, vibrant de colère et de douleur. « Elle vient de perdre la personne qu'elle aimait le plus au monde. Et vous… vous n'hésiteriez pas à lui infliger encore plus de souffrance ? Vous osez penser à l'abandonner aussi ? »

« Mais je… »

« Non. » Sohalia le coupa d'un geste sec de la main. « Je ne veux pas entendre vos excuses. Je ne veux pas entendre votre douleur. Croyez-vous être le seul à souffrir ? »

Elle ouvrit les bras, englobant tout le navire.

« Nous souffrons tous ! Mais Maiya est certainement celle qui souffre le plus actuellement. »

Les larmes coulaient librement sur son visage maintenant, mais sa voix ne faiblit pas.

« Maiya a besoin de son père. Elle a besoin de vous. Et vous voulez l'abandonner ? Vous voulez la laisser seule, orpheline, sans personne pour la protéger ? »

Hachiro baissa la tête, la honte marquant son visage.

« Je… je ne peux pas… »

« Si, vous pouvez ! » Sa voix claqua comme un fouet. « Vous le devez ! Parce que si votre amour pour votre fille est si faible qu'il ne suffit pas à supplanter votre désir suicidaire… »

Elle s'avança encore, se tenant maintenant à quelques centimètres de lui, le forçant à la regarder dans les yeux.

« Alors dites-vous que c'est un ordre. Un ordre de votre Reine. »

Le silence retomba, encore plus lourd.

Hachiro la fixa, choqué. Les autres pirates autour d'eux imitaient à la perfection son expression. Sohalia venait de se proclamer Reine. Pas avec cérémonie, pas avec pompe, mais avec autorité.

« Sohalia… » souffla Hachiro.

Elle prit son visage entre ses mains, l'obligeant à la regarder.

« Je vous ordonne de protéger Maiya. Je vous ordonne d'honorer la mémoire d'Emi en étant le père qu'elle aurait voulu que vous soyez. Je vous ordonne de vous battre, de souffrir, de vivre. Parce que c'est ce que nous devons faire. C'est ce que nous faisons tous. »

Sa voix se fit plus douce, mais pas moins intense.

« Et si vous ne pouvez pas le faire par amour… alors faites-le par devoir. »

Hachiro la fixa un long moment, les larmes coulant sur ses joues. Puis, lentement, il se détend dans la prise de Joz. Le combat le quitta, remplacé par quelque chose d'autre. De la résignation ? De l'acceptation ? Un but ?

« Oui, ma Reine », murmura-t-il finalement, inclinant la tête.

Sohalia acquiesça et recula d'un pas. Elle vacilla légèrement — l'effort de cette confrontation l'avait épuisée —, mais se rattrapa. Elle balaya du regard les pirates assemblés.

« Nous allons retourner sur l'île », annonça-t-elle d'une voix claire. « Pour procéder à l'enterrement d'Emi. Pour régler les problèmes de succession. Pour protéger Maiya. »

Elle se tourna vers Akihide qui se tenait légèrement en retrait.

« Et Akihide Shizen nous accompagnera. »

La stupéfaction prit possession du visage du jeune homme. Il n'avait pas eu le temps de lui demander pourquoi elle voulait qu'il vienne.

Barbe Blanche observait la scène avec quelque chose qui ressemblait à de la fierté. Sohalia était déterminée à aller de l'avant. Brisée, mais debout. Souffrante, mais forte.

Mais Marco, lui, s'avança rapidement et empoigna la main de Sohalia.

« Si tu y retournes, tu ne reviendras pas », dit-il d'une voix tendue.

Sohalia se tourna vers lui et, pour la première fois en trois jours, esquissa un faible sourire.

« Je serai Reine. Je ferai ce que je voudrais. »

Mais voyant qu'il ne se détendait pas, voyant la peur dans ses yeux, elle ajouta plus doucement :

« Marco… Fais-moi confiance. »

Elle se tourna complètement vers lui, levant sa main libre pour la poser sur sa joue mal rasée.

« Je dois y retourner », dit-elle. « Pour Emi. Pour Maiya. Pour régler tout ce qui doit l'être. »

Elle se mit sur la pointe des pieds, se rapprochant de lui.

« Mais je te promets… » Sa voix se fit plus douce, plus intime, malgré tous les témoins. « Je te promets que je reviendrai. Parce que ma place est ici aussi. Avec toi. Avec cette famille. »

Une chaleur la réchauffa doucement quand elle plongea ses yeux dans les siens. Elle vit la peur, mais aussi l'amour. Tant d'amour.

Le phénix enserra sa main férocement, la tirant légèrement vers lui. Son cœur s'emballa quand elle se mit sur la pointe des pieds.

Il ferma les yeux en sentant ses lèvres sur les siennes.

Le baiser était doux, tendre, plein de promesses non dites. Ce n'était pas un baiser de passion comme celui de l'autre soir. C'était un baiser d'engagement. Un baiser qui disait « je reviendrai ». Un baiser qui disait « attends-moi ».

Autour d'eux, les pirates commencèrent à siffler et à applaudir. Les premiers éclats de joie depuis trois jours. Depuis qu'Emi Shizen était morte à l'endroit même où ils avaient retrouvé le corps de Thatch.

Quand Sohalia se sépara de Marco, ses joues étaient légèrement rosées, mais son sourire était plus assuré.

« Attends-moi », murmura-t-elle.

« Toujours », promit-il.

Elle se tourna vers son oncle, toujours maintenu par Joz.

« Joz, pourrais-tu... », commença-t-elle.

Joz lâcha immédiatement. Hachiro chancela légèrement, puis se redressa. Il s'inclina profondément devant Sohalia.

« Quand partons-nous ? »

« Demain matin. Cela nous laisse le temps de nous préparer. »

Barbe Blanche se leva de son siège, sa silhouette massive dominant la scène.

Elle balaya du regard tous les pirates assemblés — sa division, les autres commandants, les membres d'équipage. Sa famille.

« Je reviendrai », promit-elle à tous. « Je vous le jure. Le Moby Dick est ma maison. Vous êtes ma famille. Et rien — ni Jef, ni mes devoirs de Reine, ni quoi que ce soit — ne m'empêchera de revenir. »

Les acclamations éclatèrent, fortes et joyeuses.

Sohalia se laissa aller contre Marco, épuisée par l'effort de ces dernières minutes. Il la soutint immédiatement, la serrant contre lui.

« Viens. Tu as besoin de te reposer. »

« Non. » Elle secoua la tête. « Plus de repos. Plus de cachette. Je dois… je dois commencer à me préparer. À parler avec ma division. À m'occuper. »

Marco sourit légèrement.

« D'accord. Mais mange d'abord. Tu n'as presque rien avalé depuis trois jours. »

« Marco… »

« S'il te plaît. »

Elle soupira mais acquiesça.

« D'accord. »

Alors qu'ils se dirigeaient vers l'intérieur du navire, Akihide les regarda partir. Il croisa le regard de plusieurs commandants, dont Joz qui le fixait avec suspicion.

Il allait devoir prouver qu'il était digne de confiance. Qu'il était là pour aider Sohalia, pas pour lui nuire.

Mais il était prêt. Pour Leïko. Pour Sohalia.

Il était prêt.


REECRIT : 15/01/2026

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