The New Era

Chapitre 52 : Chapitre 52 : Mari et Amant

9591 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/01/2026 21:41

Île d'Ohara, Grand Line. Plateforme d'exécution.

Le cœur de Sohalia explosa dans sa poitrine. Le soulagement déferla en elle comme une vague gigantesque, balayant tout sur son passage — la douleur, la peur, le désespoir. Elle ne sentait plus les coupures qui pulsaient sur son torse. Elle n'entendait plus les ordres furieux que Jef aboyait aux soldats autour de lui. Elle ne voyait que les deux navires.

Sa famille. Son peuple. Ils venus les chercher.

Les larmes coulèrent librement sur ses joues, chaudes et salées, mêlées au sang séché qui maculait son visage. Ses jambes tremblaient violemment, et elle fut presque reconnaissante d'être attachée, car sans ces liens cruels, elle serait probablement tombée.

Ils sont venus.

Vraiment venus.

Je ne suis pas seule.

Le Moby Dick se tenait fièrement sur les flots, majestueux et imposant, son étendard battant dans le vent du crépuscule. Elle pouvait presque voir les silhouettes de ses frères sur le pont.

Marco. Ace. Jozu. Vista. Izo. Tous.

Et à côté, émergeant des profondeurs comme une apparition venue d'un autre temps, se tenait le navire de guerre du Royaume.

Neuf cents ans. Neuf cents ans d'isolement qui prenaient fin en cet instant précis.

Pour elle. Pour Hachiro. Pour leur sauver la vie.

Puis elle vit quelque chose qui figea le sang dans ses veines.

D'épaisses branches de bambou surgissaient de la mer, s'élevant à une vitesse vertigineuse devant les deux navires. Le son était assourdissant — un craquement profond et organique, comme si la terre elle-même accouchait de cette forêt instantanée. Les bambous étaient massifs, aussi épais que des troncs d'arbres centenaires, leur surface d'un vert émeraude brillant dans la lumière dorée du soleil couchant. Ils s'entrelacèrent rapidement, tissant un bouclier vivant et impénétrable qui protégeait les navires comme un rempart.

Sohalia reconnut immédiatement ce pouvoir.

Maiya.

Le réconfort qui l'avait envahie quelques secondes auparavant disparut instantanément, remplacé par une terreur glacée qui lui compressa la poitrine.

À côté d'elle, Hachiro hoqueta violemment.

Elle tourna la tête vers lui et vit son visage — pâle comme la mort, les yeux écarquillés par une horreur qu'elle ne lui avait jamais vue.

« Non, » murmura-t-il d'abord, comme s'il refusait de croire ce qu'il voyait. « Non, non, non... »

Puis plus fort, sa voix se brisant en mille morceaux :

« MAIYA ! »

Il se débattit contre ses chaînes avec une violence renouvelée, ses poignets se déchirant contre le granit marin, le sang commençant à couler le long de ses bras.

« MAIYA, NON ! »

Sa voix était celle d'un père qui voit son enfant en danger mortel.

Celle d'un homme qui vient de comprendre que sa fille de quinze ans — sa petite fille qui peignait des fleurs et rêvait du monde extérieur — se trouvait sur un navire de guerre, sur le point d'affronter une armée.

« Sohalia... » Sa voix tremblait de manière incontrôlable. « Dis-moi... dis-moi que je me trompe. »

Sohalia garda le silence durant quelques instants, son esprit tournant à toute vitesse.

Comment Maiya avait-elle...

Akihide devait se trouver sur ce navire. Et Kino également. Pour rien au monde ces deux hommes n'auraient laissé Maiya partir volontairement vers un champ de bataille. Ce qui signifiait qu'elle s'était échappée. Qu'elle avait désobéi. Qu'elle avait trompé la surveillance d'Ume.

Comme moi, réalisa Sohalia avec un pincement douloureux au cœur. Elle a fait exactement comme moi.

Une partie d'elle — une toute petite partie — était fière. Maiya avait grandi. Était devenue forte. Refusait de rester cachée pendant que sa famille se battait.

Mais le reste d'elle — la majorité écrasante — était terrorisée. Parce que Maiya n'était qu'une enfant. Parce que Jef était un monstre. Parce que cette bataille allait être sanglante.

Et que si quelque chose arrivait à sa cousine...

Non.

Elle secoua la tête mentalement.

Maiya n'était pas seule. Kino ne la quitterait pas d'une semelle. Akihide la protégerait de sa vie.

Et elle...

Elle allait tuer Jef le plus vite possible pour que cette bataille se termine.

« Un peuple qui devrait avoir disparu depuis des siècles se montre au grand jour, » continua Hachiro, sa voix montant dangereusement dans les aigus. « Et ma fille — ma petite fille — se trouve sur ce navire de guerre qui s'apprête à combattre une armée. »

Il la fixa avec des yeux suppliants, désespérés.

« Dis-moi que je me trompe. S'il te plaît. »

Sohalia inspira profondément, ferma les yeux pendant quelques secondes, et se força à calmer la peur qui lui tiraillait l'estomac comme des griffes acérées.

Puis elle rouvrit les yeux et répondit aussi tranquillement qu'elle le put :

« Maiya est forte, Hachiro. Plus forte que tu ne le penses. »

J'espère.

« Elle n'est pas seule. Kino est avec elle. Akihide également. Ils ne laisseront rien lui arriver. »

S'il vous plaît.

« Et moi... » Sa voix se raffermit, chargée d'une promesse mortelle. « Moi, je vais tuer Jef. Vite. Pour que cette bataille se termine avant qu'elle ne commence vraiment. »

Elle soutint le regard rongé d'inquiétude de son oncle.

« Tout ira bien. »

Ça doit aller bien.

Parce que je ne survivrai pas si quelque chose lui arrive.


Sur le Moby Dick. Pont principal.

Les pirates qui s'étaient préparés à contrer l'attaque de Jef se détendirent légèrement, leurs armes toujours à portée de main, mais leur attention désormais rivée sur ce navire qui venait de surgir des fonds marins comme une créature mythologique.

L'eau ruisselait encore de sa coque massive. Des algues s'accrochaient à ses flancs. Et sur son mât, un pavillon inconnu se hissait fièrement.

Ace s'approcha doucement de Barbe Blanche et Marco qui discutaient un peu à l'écart, leurs yeux fixés sur le nouveau venu.

« Marco ? » demanda-t-il en gardant un œil vigilant sur le navire. « Qui sont-ils ? On peut leur faire confiance ? »

Le commandant de la seconde division observait le pavillon avec une attention particulière — des armoiries anciennes qu'il n'avait jamais vues auparavant.

« Il s'agit de renforts venant de l'île natale de Lia, » répondit Marco sans quitter le navire des yeux.

Sa voix était tendue.

Contrôlée.

Mais Ace, qui le connaissait depuis des années, détecta immédiatement la tension sous-jacente.

Les autres commandants s'approchèrent progressivement, formant un demi-cercle autour de leur second et de leur capitaine, tous désireux de connaître la marche à suivre.

« Dites, » commença Vista en caressant pensivement sa moustache, ses yeux plissés pour mieux voir à travers la distance, « c'est moi ou la jeune fille qui se tient sur le pont ressemble énormément à notre petite sœur ? »

« Ça doit être sa cousine... Maiya, » murmura Izo alors qu'ils voyaient tous la jeune fille tendre les bras vers le ciel.

Des épaisses branches de bambou jaillirent de la mer dans un spectacle à couper le souffle, se dressant devant les deux navires comme une muraille vivante.

« Impressionnant, » siffla Joz. « Un pouvoir sur les plantes aussi ? »

« Il n'aurait pas été plus sage que la jeune princesse reste au palais ? » questionna Haruta avec une pointe d'inquiétude dans la voix.

« Sohalia ne compte pas mourir aujourd'hui, » déclara Joz fermement. « Et puis, la connaissant, nous savons qu'elle protégera férocement sa cousine. »

« Nous sommes là pour les aider, » ajouta Blenheim simplement.

« C'est incroyable, » murmura Vista sans cesser de caresser sa moustache.

« Regarde ces armoiries, » dit Izo en pointant le pavillon qui flottait au vent. « Anciennes. Nobles. Ce sont des guerriers. »

« Tu as vu la vague qu'ils ont créée ? » demanda Joz avec un respect évident. « Et maintenant ce mur de bambou ? Leurs pouvoirs sont impressionnants. »

« Combien sont-ils, tu penses ? » questionna Haruta.

« Difficile à dire, » répondit Ace en plissant les yeux. « Mais assez pour remplir un navire de guerre. »

« Ils ont du courage, » déclara Blenheim avec un respect profond. « Sortir de leur sanctuaire pour une bataille qui n'est pas vraiment la leur... »

« C'est la leur, » le corrigea Marco doucement mais fermement. « Sohalia est leur reine. Jef menace leur île. C'est autant leur combat que le nôtre. »

Un silence respectueux s'installa pendant quelques secondes.

Puis Rakuyo, qui observait le navire avec attention, laissa échapper un petit rire.

« C'est pas Akihide qui parle avec la gamine ? »

Il avait aperçu Marco se tendre immédiatement du coin de l'œil. Un sourire moqueur étira lentement les lèvres du commandant de la septième division.

« Oh. Intéressant. »

« Quoi ? » demanda Vista avec une innocence parfaitement feinte. « C'est normal qu'il soit là. C'est le mari de notre petite sœur, après tout. »

« Exactement, » approuva Izo, un sourire absolument mauvais illuminant son visage. « D'ailleurs, Marco, tu nous avais dit quoi déjà ? »

Marco lui lança un regard d'avertissement qui aurait fait fuir n'importe quel Marine sensé.

« Izo... »

« Ah oui ! » continua le tireur d'élite en ignorant complètement la menace voilée. « Tu as dit, et je cite textuellement : "J'ai tourné la page. Je comprends son choix. Je ne ressens aucune jalousie envers Akihide." »

Il marqua une pause théâtrale.

« C'est bien ce que tu as dit, non ? »

« C'est ce que j'ai dit, oui, » grogna Marco d'une voix dangereusement basse.

« Ça se voit, non ? » rit Curiel en désignant Marco du pouce.

Le second était tendu comme un arc prêt à tirer, ses mains serrées en poings si serrés que ses jointures étaient blanches, ses yeux fixés sur le navire du Royaume avec une intensité qui aurait pu faire fondre le bois à distance.

« Il est sûrement tendu à cause du combat à venir, » proposa Blameco avec une fausse innocence qui ne trompa absolument personne.

« Bien sûr, » acquiesça Haruta en hochant gravement la tête. « Rien à voir avec le fait que l'homme qui a épousé la femme qu'il aime se trouve à moins de cent mètres. »

« Pas du tout, » ajouta Joz, luttant visiblement pour garder son sérieux.

Ace essaya vaillamment d'intervenir pour sauver son frère :

« Les gars, peut-être qu'on devrait —»

« Vous savez quoi ? » l'interrompit Vista avec un sourire radieux. « Je trouve ça admirable. Vraiment. Cette maturité. Ce détachement émotionnel. Cette capacité à mettre ses sentiments de côté pour le bien commun. »

« Une vraie leçon de vie, » approuva Izo solennellement.

« Un exemple pour nous tous, » renchérit Rakuyo.

« FERMEZ-LA ET REPRENEZ VOS POSTES ! » explosa finalement Marco en se détournant vivement du groupe, ses joues légèrement — très légèrement — teintées de rouge.

L'effet fut immédiat et dévastateur.

Tous les commandants s'esclaffèrent bruyamment, incapables de se retenir plus longtemps. Ace abandonna toute prétention de neutralité et les rejoignit dans leur hilarité, sa main sur son ventre alors qu'il riait à gorge déployée.

Et par-dessus tout ça, dominant tous les autres sons, le rire tonitruant et absolument caractéristique de Barbe Blanche résonna sur tout le pont du Moby Dick.

« Gurarara ! » L'Empereur s'esclaffait encore, ses yeux brillant de malice pure. « Marco, mon fils, tu es aussi transparent qu'une vitre ! »

Le second se tourna vers son père adoptif, le visage toujours légèrement coloré.

« Père... »

« Ne t'inquiète pas, » continua Barbe Blanche avec un sourire entendu et terriblement amusé. « L'amour rend tous les hommes stupides. Même les seconds les plus compétents. »

Il posa une main massive et réconfortante sur l'épaule de Marco, manquant de le faire chanceler sous le poids.

« Mais souviens-toi d'une chose importante : ce qui compte vraiment, ce n'est pas qui porte le titre de mari. C'est qui détient son cœur. »

Marco déglutit difficilement, ne sachant absolument pas quoi répondre à ça.

« Et nous savons tous qui c'est, n'est-ce pas ? » ajouta Barbe Blanche avec un clin d'œil complice avant de retourner calmement à son observation du navire de guerre.


Navire de guerre du Royaume. Pont principal.

Dès que la vague massive créée par l'héritier de la famille des Mizu disparut, avalée par la mer, Maiya s'empressa de tendre les bras vers le ciel et de créer une barrière de végétation composée de bambous.

Elle resta silencieuse, presque en transe, en voyant sa création prendre forme et s'étendre majestueusement devant les deux navires.

C'était...

C'était incroyable.

Son pouvoir répondait à sa volonté avec une facilité qu'elle n'avait jamais connue auparavant. Comme s'il avait attendu toute sa vie ce moment précis.

Akihide apparut à ses côtés, ses yeux inquiets malgré ses efforts pour paraître calme, et la dévisagea avec attention.

« Comment tu te sens ? » demanda-t-il doucement.

« Je vais bien, » répondit-elle, et c'était la vérité. « Je ressens une énergie pulser en moi et un bien-être me bercer. C'est... c'est merveilleux. Sûrement mon pouvoir qui est ravi de pouvoir enfin s'exprimer librement. »

Elle était heureuse. Vraiment heureuse d'être enfin en harmonie avec son pouvoir. De ne plus avoir à le réprimer. De ne plus avoir à se cacher.

« Dès que tu ressens le moindre signe de fatigue, » dit Akihide d'un ton ferme et absolument non négociable, « je veux que tu viennes immédiatement me voir. Je sais comment fonctionnent vos pouvoirs et on ne peut pas se permettre de te laisser en état de faiblesse devant un ennemi tel que Jef. »

Maiya acquiesça silencieusement, comprenant la sagesse de ses mots. Puis, enfin, elle laissa son regard se perdre sur le Moby Dick.

Et son souffle se coupa net.

Oh.

C'était...

Toutes ces années à peindre ce navire d'après les descriptions enthousiastes de Sohalia. Toutes ces heures passées à imaginer ses lignes, sa grandeur, sa majesté.

Rien — absolument rien — ne l'avait préparée à la réalité.

Il était immense.

Plus grand que tout ce qu'elle avait jamais vu dans sa vie.

La coque massive dominait les flots, sombre et imposante, portant fièrement les cicatrices de milliers de batailles. Les voiles se gonflaient magnifiquement dans le vent du crépuscule, créant cette silhouette reconnaissable entre toutes.

Et c'était beau.

D'une beauté brute et sauvage qui lui serra douloureusement la gorge.

C'est vrai, réalisa-t-elle soudainement, les larmes montant aux yeux. Tout ce que Sohalia m'a raconté était vrai. Ce navire existe. Ce monde existe. Et je suis là. Vraiment là.

Ses tableaux ne lui avaient pas rendu justice.

Comment capturer en peinture cette présence, cette aura de puissance brute et de liberté absolue qui émanait du Moby Dick ?

C'était impossible.

Un rêve devenu réalité. Un de ses rêves les plus fous qui se réalisait en cet instant précis.

Ses yeux verts se posèrent ensuite sur l'étendard pirate qui claquait violemment dans l'air. Ce symbole qu'elle avait dessiné tant de fois. Cette marque que Sohalia portait avec une fierté infinie. Un frisson parcourut son échine alors qu'elle prenait pleinement conscience de ce qui était en train de se passer.

Elle était dans le monde du Dehors.

Vraiment.

Elle faisait face avec ses compatriotes à une bataille dans le monde du Dehors. Ils avaient pour alliés l'équipage de l'homme réputé pour être le plus fort du monde.

Neuf cents ans. Neuf cents ans d'isolement qui prenaient fin.

Pour elle. Pour Sohalia. Pour Hachiro. Pour sauver leur famille.

Alors qu'elle allait poser une question à Akihide, un rire retentit soudainement. Pas un rire normal. Un rire qui fit littéralement trembler l'air lui-même.

Profond. Tonitruant. Retentissant comme le tonnerre.

Un rire qui résonnait dans sa poitrine, qui faisait vibrer le pont sous ses pieds, qui semblait emplir tout l'espace entre le ciel et la mer.

Maiya sursauta violemment et se retourna instinctivement vers la source et se figea complètement.

Il y avait... un géant.

Non.

Pas un géant.

LE géant.

Assis sur ce qui ressemblait à un trône massif, dominant absolument tout et tous, entouré d'hommes qui s'esclaffaient joyeusement avec lui, se tenait une figure titanesque.

La première chose qu'elle remarqua fut la moustache.

Blanche. Massive. Formée en un croissant de lune parfaitement caractéristique.

Non. Non, ce n'est pas possible.

Ses jambes commencèrent à trembler incontrôlablement. Son cœur battait si fort et si vite qu'elle était absolument certaine que tout le monde pouvait l'entendre. Sans même s'en rendre compte, elle attrapa vivement le bras d'Akihide, ses ongles s'enfonçant probablement douloureusement dans sa manche.

« Est-ce que... » Sa voix n'était qu'un souffle étranglé. « Est-ce que c'est... »

Elle ne pouvait même pas finir sa phrase. Les mots refusaient de sortir.

Akihide suivit son regard et un doux sourire attendri étira ses lèvres devant la mine absolument ébahie de la jeune fille.

« Oui, » répondit-il gentiment. « C'est lui. »

Barbe Blanche. Edward Newgate. L'homme le plus fort du monde. L'Empereur des mers. Le père adoptif de Sohalia.

Elle l'avait vu dans les rares journaux que les espions rapportait parfois, secrètement. Elle l'avait dessiné d'après les descriptions détaillées de sa cousine.

Mais rien — absolument rien — ne l'avait préparée à... ça.

À cette présence écrasante. À cette aura de puissance absolue qui émanait de lui comme des vagues de chaleur.

« Il est... » Elle cherchait désespérément ses mots, encore complètement sous le choc. « Il est gigantesque ! »

Les mots jaillirent dans un murmure étouffé et presque enfantin qui déclencha un rire silencieux mais sincèrement amusé chez Akihide.

« Impressionnant, n'est-ce pas ? » demanda-t-il.

Impressionnant était un euphémisme monumental.

Terrifiant. Majestueux. Incroyable. Absolument irréel.

Mais surtout...

Surtout, c'était réel. Barbe Blanche était réel. Le Moby Dick était réel. Le monde du Dehors était réel.

Et elle était là, à seulement quinze ans, témoin privilégiée de quelque chose que personne de son île n'avait vu depuis neuf cents longues années.

Je suis vraiment sortie. C'est vraiment en train d'arriver. Je fais partie de l'Histoire.

Un frisson intense parcourut son échine — mi-terreur absolue, mi-excitation pure.

« Votre Altesse, » intervint soudainement la voix respectueuse de Nostradamus en s'inclinant devant elle. « Nous venons de repérer la reine et votre père sur l'échafaud. Jef se trouve également avec eux. Kyola a été repéré avec les soldats préparant une nouvelle salve de tirs. »

Maiya détourna immédiatement son attention de Barbe Blanche pour essayer de détailler la plateforme d'exécution au loin. Mais au vu de la distance considérable qui les séparait, tout ce qu'elle discernait était des formes floues et indistinctes. Elle regarda Kino s'avancer difficilement vers eux en se cramponnant désespérément au bastingage, toujours aussi pâle et visiblement misérable.

« Quels sont tes ordres ? » s'enquit-il d'une voix faible.

La princesse déglutit discrètement en s'apercevant soudainement que tous les regards — absolument tous — étaient rivés sur elle, attendant qu'elle prenne une décision. Qu'elle les dirige. Qu'elle leur dise quoi faire.

Elle n'avait que quinze ans. Elle n'avait jamais commandé personne de sa vie. Elle avait passé toute son existence cachée dans un palais, protégée, surprotégée, à l'abri de tout.

Et maintenant...

Maintenant, des centaines de personnes dépendaient de ses ordres.

Son père et sa sœur étaient sur une plateforme d'exécution.

Un monstre voulait détruire son peuple et son île.

Et elle devait décider quoi faire.

« Votre Altesse ? » appela doucement Lux Kizu, visiblement hésitante.

Maiya se tourna vers elle.

Lux était difficile à ignorer — grande et élégante, avec des cheveux noirs magnifiquement frisés qui encadraient un visage aux traits délicats, et des yeux gris perçants qui semblaient tout analyser constamment.

Maiya savait que derrière cette beauté enviée se cachait un esprit vif et calculateur. Lux ne parlait jamais sans raison valable.

« Oui ? » répondit Maiya en essayant de garder un ton calme malgré son cœur qui battait encore à toute vitesse.

« J'ai une proposition à vous suggérer... » commença Lux doucement. « Étant donné les liens unissant notre reine à ces pirates, ainsi que notre ennemi commun dans cette bataille, peut-être pourrions-nous rentrer en contact avec eux et coordonner nos attaques afin d'être plus efficaces et de ne pas nous gêner mutuellement ? »

La proposition de Lux était intelligente. Extrêmement intelligente. Coordonner avec les pirates. Ne pas se gêner mutuellement. Être plus efficaces.

Mais ça signifiait envoyer des émissaires. Risquer des vies. Faire confiance à des étrangers.

Elle jeta un coup d'œil rapide à Kino qui, malgré sa pâleur maladive, lui fit un hochement de tête discret mais encourageant.

Puis à Nostradamus qui souriait légèrement, comme s'il savait déjà exactement quelle décision elle allait prendre.

D'accord. Je peux faire ça. Je DOIS faire ça.

Elle redressa les épaules, releva fermement le menton, et sa voix sortit beaucoup plus ferme qu'elle ne s'y attendait :

« Très bien. Vous allez vous rendre auprès de Barbe Blanche pour discuter avec lui. Je veux que vous emmeniez le roi consort, Akihide, avec vous, qui sera notre porte-parole. »

Akihide sursauta visiblement à ses côtés, clairement peu ravi d'être désigné pour une mission qui le rapprocherait dangereusement de Marco.

« Princesse Maiya, » intervint-il rapidement, « je ne suis pas sûr que ce soit une excellente idée... »

Il imaginait parfaitement le phénix lui en coller une dès le moment où il frôlerait le pont du Moby Dick.

« Si Lux y va seule, ils pourraient prendre cela comme une attaque, » expliqua Maiya calmement. « Ils te connaissent et te voir avec elle devrait les rassurer. »

Akihide sourcilla, absolument certain que sa présence ne réconforterait en rien le second de Barbe Blanche.

Bien au contraire.

« Bon, d'accord, » ajouta Maiya plus discrètement, baissant légèrement la voix pour n'être entendue que par ceux qui étaient au courant de la liaison entre Sohalia et le phénix, « il y a également une forte probabilité pour que Marco te salue de manière... glaciale. »

Kino et Nostradamus échangèrent un regard avant d'éclater de rire. Akihide leur lança un regard noir.

« Qui plus est, » reprit Maiya plus fort, revenant à un ton officiel, « le roi consort, Akihide Shizen, devrait être présent pour la première rencontre historique entre notre peuple et ces pirates du Dehors. C'est une question de protocole. »

L'argument était imparable.

Akihide toisa Kino et Nostradamus qui riaient ouvertement de sa situation délicate. Puis il soupira profondément et acquiesça à la demande de Maiya. Il s'approcha de Lux, se préparant mentalement à affronter une mort potentiellement douloureuse.


Moby Dick. Pont principal.

Un coup de vent soudain força Marco à se retourner vivement, ses flammes s'allumant instinctivement, prêt à se défendre contre une éventuelle attaque. Il ne se détendit absolument pas en apercevant Lux et Akihide matérialisés sur leur pont.

Ace détailla rapidement le duo durant un court instant avant de les rejoindre par mesure de sécurité, remarquant immédiatement la grimace visible du mari de Sohalia.

Il garda volontairement une expression détendue et avenante en se plaçant stratégiquement à côté de son frère, le forçant discrètement mais fermement à se redresser et à détendre légèrement sa posture agressive.

« Akihide ! » lança-t-il gaiement en tendant sa main avec un sourire sincère. « C'est un plaisir de te revoir, même si on aurait tous aimé que ce soit dans une situation radicalement différente. »

« Ravi également, Ace, » répondit Akihide en acceptant l'étreinte chaleureuse. « Marco. »

Lux détailla silencieusement et attentivement les trois hommes du Dehors tour à tour, s'attardant énormément sur le lien électrique presque palpable qui pulsait dangereusement entre le phénix et le roi consort.

L'époux de la Shizen restait visiblement sur ses gardes, appréhendant clairement la réaction du second de Barbe Blanche.

« Akihide, » dit Marco en tendant à son tour sa main. « Ta venue est une surprise. »

Le roi consort observa cette main tendue pendant quelques secondes interminables. Il savait exactement ce qui allait se passer. Il savait que dès que leurs paumes se toucheraient, Marco allait lui faire mal.

Parce que c'était plus fort que lui. Parce qu'Akihide portait le titre qui aurait dû être le sien. Parce qu'Akihide dormait chaque nuit aux côtés de la femme que Marco aimait. Et même si Marco avait dit avoir tourné la page, même s'il avait accepté la situation, même s'il comprenait intellectuellement le choix de Sohalia...

Il restait un homme.

Et les hommes ont leurs limites.

Akihide prit finalement la main tendue. Pour ne pas éveiller les soupçons de Lux. Pour maintenir les apparences diplomatiques. Pour montrer qu'il n'avait pas peur.

Leurs paumes se rencontrèrent et immédiatement, Marco serra.

Fort.

Très fort.

Beaucoup trop fort.

Les os d'Akihide craquèrent dangereusement sous la pression implacable. La douleur remonta dans son bras comme une décharge électrique brûlante. Il pâlit visiblement malgré tous ses efforts, ses lèvres se pinçant en une fine ligne blanche alors qu'il luttait désespérément pour ne pas crier.

Marco le regardait droit dans les yeux.

Pas de sourire. Pas de colère visible sur son visage. Juste cette pression constante et implacable.

Message reçu, pensa Akihide en soutenant courageusement son regard. Tu la veux. Je l'ai. On est tous les deux malheureux.

L'échange silencieux dura peut-être trois secondes, mais pour Akihide, ça sembla une éternité douloureuse.

« Tu es venu accompagné, » intervint soudainement Ace avec un sourire peut-être un peu trop large et forcé, attirant délibérément l'attention de Lux qui commençait à froncer les sourcils. « Qui est cette magnifique jeune femme ? »

La pression se relâcha instantanément.

Akihide récupéra sa main endolorie, luttant héroïquement pour ne pas la secouer ou la masser de manière trop visible. Il reprit contenance aussi vite que possible, ignorant la douleur lancinante.

« Messieurs, » dit-il d'une voix qu'il espérait ferme, « je vous présente Lux Kizu. Elle siège, avec sa famille, au Conseil dirigeant l'île. »

« Belle et intelligente, » complimenta immédiatement Ace afin de détourner efficacement l'attention de la mine particulièrement revêche du commandant de la première division. « C'est un honneur. »

« Qu'est-ce que vous faites ici ? » interrogea Marco d'un ton peut-être trop brusque.

« Son Altesse Royale, Maiya Shizen, nous a demandé de venir discuter avec vous d'un plan afin que nous soyons plus efficaces dans cette bataille, » répondit Lux professionnellement.

« Je vois, » acquiesça Ace. « Ce n'est pas une mauvaise idée de s'organiser. Suivez-nous, on va vous mener jusqu'à notre capitaine. »

Il guida gentiment la jeune femme, abandonnant temporairement Akihide au regard particulièrement sombre du phénix.


Moby Dick. Pont principal, près de Barbe Blanche.

La discussion dura plusieurs longues minutes.

Marco et Lux débattaient avec une intensité croissante et visible, aucun des deux ne voulant céder le moindre pouce de terrain. Un accord de base avait été rapidement trouvé : Marco et Lux se retrouveraient sur l'échafaud et libéreraient ensemble les deux prisonniers.

Mais c'était là que les choses se compliquaient dangereusement. Lux désirait ardemment — presque désespérément — être celle qui délivrerait la reine. Marco refusait catégoriquement de confier cette tâche cruciale à quelqu'un d'autre que lui-même. Ace essayait vaillamment de médier entre les deux, mais sans grand succès visible. Barbe Blanche observait tout ça en silence, un léger sourire amusé aux lèvres.

Et Akihide...

Akihide était resté volontairement en retrait durant toute la conversation houleuse, assis sur une chaise légèrement à l'écart du groupe. Silencieux. Il observait attentivement, écoutant chaque mot, analysant chaque argument.

Il savait exactement où cette discussion allait inévitablement mener. Il savait que ni Marco ni Lux ne céderaient de leur propre chef. Parce qu'ils avaient tous les deux raison, à leur manière.

Marco aimait profondément Sohalia et refusait absolument de confier sa sécurité à quelqu'un d'autre. Lux voulait prouver sa valeur et gagner la faveur précieuse de sa reine.

Deux motivations parfaitement compréhensibles. Mais totalement incompatibles.

Quelqu'un devait trancher. Quelqu'un devait prendre la décision finale. Et ce quelqu'un...

Akihide soupira doucement et se releva lentement de sa chaise. Le mouvement, bien que parfaitement discret, attira immédiatement toute l'attention.

Lux se tut brusquement au milieu d'une phrase particulièrement véhémente. Marco se tourna vers lui, surpris. Ace et Barbe Blanche l'observèrent avec un intérêt nouveau. Akihide garda délibérément les yeux fermés pendant qu'il réajustait avec une lenteur calculée son long manteau noir.

Pas par nervosité.

Mais par calcul pur.

Pour créer un moment de suspense parfait. Pour leur faire comprendre clairement que quelque chose venait de changer. Que le diplomate effacé et silencieux qui s'était tenu respectueusement en retrait venait de disparaître.

Quand il rouvrit finalement les yeux, son regard n'était plus celui d'un homme qui observe passivement. C'était celui d'un prince. D'un consort royal. D'un Shizen. D'un homme qui avait autorité.

« Lux, » dit-il d'une voix parfaitement calme mais qui ne tolérait manifestement aucune contradiction possible. « Vous vous chargerez de Hachiro. »

Il marqua une pause délibérée et significative.

« Marco s'occupera de libérer Sohalia. »

Le silence qui suivit fut absolument assourdissant.

Lux le dévisagea, bouche légèrement entrouverte, comme si elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle venait d'entendre. Puis ses yeux se rétrécirent dangereusement. Son corps se raidit visiblement. Son menton se releva avec défi.

Akihide connaissait parfaitement cette expression. C'était celle de quelqu'un qui s'apprêtait à défier ouvertement un ordre. Alors il plongea ses yeux directement et intensément dans les siens.

Contact visuel direct. Intense. Soutenu. Absolument non négociable.

Lux eut un sursaut visible — un mélange troublant de surprise et de dégoût face à cette audace inouïe. Sur l'île, on ne regardait jamais les gens dans les yeux ainsi. Surtout pas quand on leur donnait des ordres directs. C'était considéré comme une forme d'agression. D'intimidation. De manque de respect flagrant.

Mais Akihide n'était pas de l'île. Il n'avait pas grandi avec ces règles strictes. Et il était absolument fatigué de jouer éternellement le rôle du mari faible et effacé.

« Vous comptez laisser des pirates, » cracha Lux avec mépris, le mot "pirates" prononcé comme la pire des insultes, « des hommes du Dehors, protéger notre reine ? »

Elle le dévisageait avec une hauteur calculée qui cherchait clairement à lui rappeler brutalement sa place. Lui, l'étranger. Lui, l'intrus. Lui, celui qui n'était pas vraiment des leurs.

Akihide ne broncha absolument pas.

« Dois-je véritablement vous remémorer, » répondit-il avec un calme absolument glacial, « que Sohalia est mon épouse ? »

Il ignora — difficilement — le regard absolument meurtrier que Marco lui lança immédiatement à ces mots.

Puis il fit un pas délibéré vers Lux. Puis un autre. Utilisant toute sa hauteur considérable pour la dominer physiquement, la forçant à lever les yeux vers lui. Un sourire satisfait apparut sur son visage quand elle recula instinctivement.

Bien. Maintenant tu comprends.

« Dois-je également vous rappeler où est-ce que vous vous trouvez en ce moment même ? » continua-t-il, sa voix se durcissant progressivement.

Il fit un geste large et englobant du bras, incluant le navire, l'équipage, tout.

« Vous êtes sur le Moby Dick, dirigé par l'Empereur Barbe Blanche. »

Il marqua une pause délibérée, laissant les mots s'imprégner profondément.

« Cet homme, » il pointa respectueusement Barbe Blanche, « a recueilli Sohalia quand elle n'avait que cinq ans. Il l'a protégée. Nourrie. Entraînée. Aimée comme sa propre fille pendant dix longues années. Dix ans pendant lesquels notre île — notre peuple — l'avait complètement abandonnée. »

Lux se raidit visiblement à ces mots accusateurs, mais Akihide ne lui laissa absolument pas le temps de formuler une réponse.

« Je ne laisserai pas ma femme entre les mains d'une gamine arrogante, » le mot sortit comme un véritable coup de fouet cinglant, « qui met le nez dehors pour la toute première fois de sa vie et qui pense pouvoir tirer profit de cette situation désespérée pour s'attirer les bonnes grâces de la reine. »

La gifle verbale fit visiblement pâlir Lux.

« Vous voulez prouver votre valeur ? » demanda Akihide d'un ton froid. « Parfait. Sauvez l'ancien roi. Ramenez Hachiro sain et sauf à sa fille. C'est une mission tout aussi importante que celle de sauver la reine. Peut-être même plus importante, car Maiya a désespérément besoin de son père en ce moment. »

Il se tourna alors lentement vers Marco et quelque chose changea subtilement dans son expression.

La dureté s'adoucit légèrement, remplacée par quelque chose qui ressemblait presque à... de la compréhension mutuelle. De l'acceptation. Du respect.

« Qui plus est, » dit Akihide en soutenant fermement le regard intense du phénix, « j'ai toute confiance en Marco. »

Le silence fut absolument total. On aurait pu entendre une plume tomber sur le pont. On aurait pu entendre le battement d'ailes d'un papillon.

« Je sais, » continua-t-il doucement mais avec une conviction absolue, « qu'il ramènera Sohalia au péril de sa propre vie. »

Marco le dévisagea, visiblement et profondément surpris. Ils n'avaient jamais vraiment parlé avant aujourd'hui. Jamais eu de véritable conversation honnête. Ils s'étaient évités aussi soigneusement que possible. Parce que c'était infiniment plus facile ainsi. Plus simple. Moins douloureux.

Mais en cet instant précis, alors que Sohalia était en danger mortel immédiat... Les titres n'avaient soudainement plus aucune importance.

Mari ou amant. Prince ou pirate. Homme de l'île ou homme du Dehors.

Peu importait vraiment.

Ce qui comptait — la seule chose qui comptait vraiment — c'était qu'ils voulaient tous les deux exactement la même chose.

La sauver. La protéger. La ramener vivante.

« Parce que tu l'aimes, » ajouta Akihide dans un murmure à peine audible que seul Marco put clairement entendre. « Et je sais parfaitement que tu mourrais plutôt que de la laisser entre les mains de Jef. »

Marco hocha lentement la tête, quelque chose de nouveau et d'inattendu brillant clairement dans ses yeux bleus. Du respect. De la compréhension. De la gratitude. Un accord tacite mais solide entre deux hommes qui aimaient désespérément la même femme. Qui se détestaient probablement pour ça. Mais qui, en ce moment précis et crucial, se comprenaient parfaitement.

Akihide se redressa et revint à un ton plus formel et professionnel, s'adressant clairement à tous les présents :

« Et connaissant parfaitement Sohalia, nous savons tous qu'elle va rester obstinément sur place pour combattre Jef. Elle ne fuira pas lâchement. Elle n'abandonnera jamais. »

Un sourire amer et résigné étira ses lèvres.

« C'est... c'est simplement ce qu'elle est. »

Il regarda à nouveau Marco qui acquiesça silencieusement.

Oui. C'était exactement ce qu'elle était. Courageuse. Têtue. Impossible à contrôler.

« Maiya va vouloir voir son père, » continua Akihide. « Elle sera absolument terrifiée pour lui. Elle aura désespérément besoin de savoir qu'il est sain et sauf. »

Il se tourna à nouveau vers Lux, son expression redevenant dure.

« Vous irez donc libérer Hachiro et le ramènerez immédiatement sur le navire auprès de sa fille. »

Son ton ne laissait absolument plus aucune place à la moindre discussion.

« C'est un ordre. »

Un silence pesant plana durant plusieurs longues secondes. Personne ne bougeait. Personne ne parlait. Personne n'osait même respirer trop fort.

Akihide et Marco s'observaient mutuellement. Deux hommes si profondément différents. Deux mondes si terriblement éloignés. Mais liés inexorablement par la même femme extraordinaire.

Et, pour la toute première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, ils se comprenaient vraiment. Parfaitement. Il n'y avait plus de jalousie brûlante dans le regard de Marco. Juste du respect profond pour un homme qui mettait courageusement ses sentiments personnels de côté pour faire ce qui était objectivement juste. Pour un homme qui faisait confiance à son rival avec ce qu'il avait de plus précieux au monde.

Du coin de l'œil, Akihide vit Ace et Barbe Blanche échanger un sourire parfaitement entendu. Ils avaient compris. Ils avaient vu exactement ce qui venait de se passer. Pas juste un simple ordre donné.

Mais un véritable accord. Un pacte silencieux mais solide. Une compréhension mutuelle et respectueuse.

Lux, elle, était complètement figée. Son visage montrait une succession rapide d'émotions contradictoires : choc, humiliation cuisante, colère... puis, lentement, progressivement, acceptation. Elle venait d'apprendre une leçon extrêmement importante. Qu'être une héritière de lignée prestigieuse ne suffisait pas automatiquement. Qu'il fallait gagner honnêtement le respect, pas juste l'exiger arrogamment. Que l'arrogance ne menait absolument nulle part.

Elle s'inclina finalement respectueusement devant Akihide. Profondément. Beaucoup plus profondément qu'elle ne l'avait jamais fait auparavant.

« Comme vous désirez, Votre Altesse, » dit-elle d'une voix qui, bien que clairement réticente, contenait maintenant une note indéniable de respect réel et mérité. « Je vais vous ramener immédiatement sur le navire. »

Elle cacha soigneusement son étonnement — et peut-être même une pointe d'admiration nouvelle — derrière un masque professionnel de froideur. Elle se tourna ensuite vers Marco, son expression redevenant parfaitement neutre.

« Je vous rejoins d'ici quelques secondes afin que je parte au moment précis où vous atteindrez notre reine. »

Marco eut un bref mais clair hochement de tête.

« Compris. »

Un accord. Simple. Professionnel. Efficace. Exactement comme ça devait être.

Alors que Lux préparait mentalement sa téléportation, Barbe Blanche se mit soudainement à rire. Pas fort. Pas moqueur. Juste... profondément amusé. Et visiblement fier.

« Gurarara ! Bien dit, jeune prince. Très bien dit. »

Il regarda Akihide avec un respect nouveau et sincère brillant clairement dans ses yeux.

« Tu as du cran. Et tu es beaucoup plus intelligent que tu n'en as l'air au premier abord. »

Akihide s'inclina légèrement et respectueusement.

« Merci, Empereur. »

« Barbe Blanche suffit largement, » corrigea gentiment l'Empereur avec un sourire chaleureux. « Tout homme qui fait passer le bien-être de ma fille avant son propre ego mérite amplement mon respect. »

Il posa une main absolument massive et incroyablement lourde sur l'épaule d'Akihide, manquant de le faire chanceler dangereusement sous le poids considérable.

« Prends soin d'elle. »

Ce n'était manifestement pas une demande. C'était un ordre direct. Mais aussi... une bénédiction paternelle.

« Avec ma vie, » promit Akihide avec une sincérité absolue.

Barbe Blanche hocha la tête, visiblement satisfait de la réponse. Puis il se tourna vers Marco.

« Toi aussi, mon fils. Ramène-la. Vivante. »

« Oui, Père. »

Marco n'avait jamais été aussi déterminé de toute sa vie.


Île d'Ohara. Plateforme d'exécution.

Jef se retourna vivement et violemment vers Sohalia qui détourna immédiatement les yeux des deux navires salvateurs. Les yeux du Mentaru brillaient d'une fureur presque palpable. Il attrapa brutalement une mèche de ses cheveux blonds, attirant cruellement son visage tout près du sien.

« Je ne sais pas comment tu as fait pour faire sortir ces oisillons pathétiques de leur cage dorée, » siffla-t-il avec une rage à peine contenue, « mais ça ne servira strictement à rien. Ils périront tous ou se soumettront à moi. Ils n'auront pas d'autre choix quand je t'aurai arraché le cœur de la poitrine. »

« Je n'ai pas eu à les forcer, » répondit Sohalia avec un sourire absolument mauvais. « On a simplement utilisé ton arme de prédilection : la manipulation. Et puis, l'idée de te tuer en a ravi plus d'un. Tu leur as généreusement donné un ennemi commun qui les a forcés à travailler ensemble et à se battre pour se protéger, pour survivre. Même si tu me tues, tu ne pourras jamais les empêcher de combattre férocement pour protéger leur sanctuaire. Comme tu l'as si bien dit toi-même : c'est une cage dorée et ils l'affectionnent tellement. »

Jef la dévisagea durant quelques longues secondes, intérieurement complètement ébahi par ce qu'elle était parvenue à accomplir. Puis il la relâcha brutalement, comme si toucher ses cheveux le brûlait physiquement.

Il appela Kyola sans jamais quitter des yeux les orbes verts de Sohalia qui lui faisait toujours face avec une insolence manifeste.

« Prends un navire de guerre, des hommes et coule-moi ce navire après avoir méthodiquement tranché la gorge de toutes les personnes présentes, » ordonna-t-il froidement, appréciant visiblement l'éclat d'inquiétude qui vint momentanément étinceler dans le regard de la Shizen. « Je te retrouverai en enfer, Sohalia, » souffla-t-il en caressant distraitement une des nombreuses coupures qu'il avait infligées sur son ventre. « Tuez-la, puis Hachiro, » intima-t-il aux soldats avant de s'éloigner vers les ruines sans un seul regard supplémentaire pour ceux qu'il venait froidement de condamner.

Sohalia croisa le regard absolument horrifié de son oncle qui se débattait de nouveau désespérément contre ses chaînes impitoyables, alors que les deux soldats levaient lentement et inexorablement les épées d'exécution dans les airs.

La blonde ferma férocement les yeux et déglutit péniblement, appréhendant la douleur imminente.

Un grondement caractéristique dans les airs attira soudainement l'attention aiguisée de son Haki de l'observation, mais elle repoussa mentalement l'avertissement.

Un boulet, ou des lames, la sentence est exactement la même : la mort, pensa-t-elle en frissonnant.

Pourtant, ce sifflement était effectivement tout aussi destructeur qu'un tir de canon meurtrier, mais le son était indubitablement plus délicat.

Plus familier.

Il dégageait un pouvoir absolument redoutable et une chaleur merveilleusement réconfortante.

Non. Ce n'est pas possible.

Le sifflement se rapprochait rapidement. Sohalia connaissait parfaitement ce son. Elle l'aurait reconnu entre mille. Entre des millions.

Marco.

Elle se força à rouvrir ses yeux qu'elle avait fermés en attendant résignée la mort et le vit, descendant majestueusement du ciel comme un ange vengeur. Ses ailes de flammes bleues spectaculairement déployées dans toute leur magnificence, créant un halo de lumière irréelle et magnifique dans le crépuscule sanglant.

Il était absolument magnifique. Puissant. Furieux. Terrifiant.

Il se posa directement devant elle avec une grâce surnaturelle qui contrastait violemment avec la brutalité de son arrivée. Le vent créé par son atterrissage fit violemment voler ses cheveux, claquant sa robe ensanglantée contre ses jambes tremblantes.

Puis elle le sentit : le Haki. Pas le sien. Le sien.

Une vague massive de Haki des Rois déferla depuis Marco comme un tsunami absolument dévastateur. L'air lui-même sembla se solidifier dangereusement sous la pression écrasante. Sohalia haleta, ses genoux auraient certainement fléchi si elle n'avait pas été fermement attachée.

Les quatre soldats qui les entouraient n'eurent absolument pas cette chance. Leurs yeux se révulsèrent instantanément. Leurs armes tombèrent de leurs mains soudainement inertes. Et ils s'effondrèrent tous les quatre en même temps, inconscients avant même de toucher le sol dur.

Marco ne leur avait même pas accordé un seul regard. Ses yeux étaient entièrement fixés sur Sohalia. Uniquement sur Sohalia.

Et l'intensité brûlante de ce regard...

Ça la fit trembler violemment jusqu'aux os.

Marco s'approcha lentement d'elle. Pas de précipitation visible. Pas de panique apparente. Juste cette démarche parfaitement mesurée de quelqu'un qui se retenait de toutes ses forces considérables.

Sohalia vit ses yeux s'attarder longuement sur son torse déchiré. Sur les multiples estafilades qui ornaient douloureusement sa peau. Sur le sang séché et frais qui tachait irrémédiablement sa robe. Sur les ecchymoses qui commençaient déjà à se former en motifs violacés.

Elle vit sa mâchoire se crisper dangereusement. Ses poings se serrer convulsivement. Ses flammes vaciller de manière inquiétante.

« Ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air, » mentit-elle faiblement.

Marco releva immédiatement les yeux vers son visage ensanglanté. Et elle se tut instantanément. Parce que dans ces yeux bleus qu'elle connaissait si intimement bien... Il y avait une véritable tempête. Colère. Inquiétude. Soulagement. Amour. Tout mélangé en un cocktail émotionnel si intensément puissant qu'elle en eut littéralement le souffle coupé.

« Votre Majesté, » intervint soudainement une voix féminine professionnelle derrière Marco.

Sohalia cligna des yeux, sortant difficilement de sa transe. Lux Kizu se tenait respectueusement devant Hachiro, ayant déjà efficacement coupé toutes ses chaînes. Son oncle la regardait avec une expression complexe de soulagement immense mêlé de culpabilité déchirante.

« J'emmène votre oncle sur le navire, » continua Lux avec un professionnalisme parfait. « Avez-vous un message à transmettre ? »

Sohalia dut faire un effort conscient considérable pour se concentrer sur les mots.

Un message.

Oui. Il y avait quelque chose d'extrêmement important.

« Kyola, » dit-elle, sa voix sortant beaucoup plus rauque qu'elle ne l'aurait souhaité. « Kyola part en mer avec un navire afin de vous poursuivre et de vous tuer. »

Elle soutint fermement le regard de Lux.

« Anéantissez-les. »

Le ton était parfaitement calme, mais l'ordre était absolument clair.

Pas de prisonniers. Pas de pitié. Pas de quartier.

Lux resta quelques secondes visiblement interloquée — probablement surprise par la froideur glaciale de l'ordre. Puis elle hocha professionnellement la tête.

« Compris, Votre Majesté. »

Elle posa une main délicate sur l'épaule d'Hachiro.

« Dites à Maiya... » commença Sohalia, puis s'arrêta brusquement.

Que pouvait-elle dire ?

Désolée de t'avoir entraînée dans tout ça ?

Je t'aime plus que tout ?

Fais attention à toi ?

Tout semblait terriblement insuffisant.

« Dites-lui simplement que je vais bien, » dit-elle finalement. « Et que je la rejoindrai très bientôt. »

Lux acquiesça silencieusement. Puis elle et Hachiro disparurent instantanément dans un pli invisible de l'espace.

Laissant Sohalia et Marco complètement seuls.

Enfin.

Sohalia retourna lentement son attention sur Marco. Il n'avait absolument pas bougé. Toujours là, si incroyablement proche. Si proche qu'elle pouvait sentir la chaleur qui émanait naturellement de lui. Sentir son souffle qui allait et venait doucement sur sa peau hypersensible.

Elle ne put s'empêcher de remarquer que ses cheveux — cette coupe si étrange qu'elle avait appris à aimer — étaient maintenant si proches de ses seins qu'il lui suffisait de se pencher très légèrement pour...

Non.

On se concentre.

« Marco, » murmura-t-elle doucement.

Il ne répondit pas immédiatement. Juste continua de la regarder intensément. Comme s'il buvait avidement sa vue. Comme s'il voulait s'assurer qu'elle était vraiment là.

Vraiment vivante.

Vraiment...

Ses mains se posèrent alors délicatement sur sa taille. Doucement. Presque avec hésitation. Comme s'il avait peur qu'elle ne se brise sous ses doigts. Il effectua une légère pression, testant, vérifiant qu'elle était bien réelle. Puis il releva lentement ses yeux vers elle.

Et Sohalia oublia complètement comment respirer.

« Tu comptes me détacher ? » demanda-t-elle finalement dans un murmure.

Parce qu'il fallait bien que quelqu'un brise ce silence lourd. Même si une partie d'elle voulait qu'il dure éternellement. Ses doigts furent parcourus d'un spasme involontaire. Une envie absolument irrépressible de plonger dans ces cheveux blonds. De les sentir glisser entre ses doigts. De le toucher. Enfin.

Marco inclina très légèrement la tête, un fantôme de sourire jouant dangereusement sur ses lèvres.

« Je sais pas... » répondit-il d'une voix traînante qui envoya des frissons incontrôlables le long de sa colonne vertébrale. « Je te trouve bien là... »

Il marqua une pause délibérée, ses yeux descendant lentement sur son corps attaché avant de remonter vers son visage.

« C'est plutôt poétique... »

Oh.

Il la taquinait. Au milieu d'une zone de guerre active. Alors qu'elle était couverte de sang et attachée à une croix. Typique. Absolument typique.

« D'accord, » dit-elle en essayant de paraître agacée mais échouant lamentablement. « Tu es furieux. »

« Furieux est un euphémisme monumental, » murmura-t-il en plongeant sa main dans une besace qu'elle n'avait pas encore remarquée.

Avant qu'elle ne puisse répondre quoi que ce soit, elle sentit quelque chose de froid et désagréablement piquant toucher une de ses nombreuses coupures. Elle ne put retenir la petite exclamation de douleur qui lui échappa.

« Désolé, » murmura Marco sincèrement, mais il ne s'arrêta absolument pas.

Ses doigts travaillaient avec une efficacité parfaitement professionnelle, tamponnant méticuleusement chaque blessure avec du désinfectant. Mais il y avait quelque chose dans sa façon de faire. Une douceur inattendue. Une attention presque révérencieuse. Comme s'il ne soignait pas juste des coupures superficielles. Comme s'il essayait de réparer quelque chose de beaucoup plus profond.

« Je ne suis pas sûre que ce soit le moment, » commença Sohalia, sa voix tremblant légèrement — pas à cause de la douleur physique, « de m'expliquer ta façon de penser ou de me dorloter ainsi... »

« Si, » la coupa-t-il avec une fermeté absolue.

Il leva les yeux vers elle et ce qu'elle vit dans ce regard...

« Tu vas retourner dans ces ruines pour affronter et probablement tuer ton premier amour, » dit-il doucement. « Laisse-moi au moins te soigner correctement afin qu'il ne puisse pas utiliser ces coupures comme une faiblesse exploitable. »

Ton premier amour.

Jef.

Oui.

Elle allait devoir affronter Jef. Le combattre. Le tuer probablement. Mettre fin définitivement à cette histoire tragique une fois pour toutes.

« D'accord, » murmura-t-elle en acceptant.

Marco commença à bander soigneusement son ventre meurtri, ses mains travaillant avec une précision née de longues années d'expérience. Mais au milieu du processus médical, ses doigts s'égarèrent. Délibérément. Intentionnellement. Frôlant de leur pulpe le dessous sensible de ses seins.

Sohalia ferma immédiatement les yeux. Pas à cause de la douleur. Mais à cause de la chaleur. Cette douce et merveilleuse chaleur qui se propagea depuis le point de contact, traversant tout son corps comme une vague bienfaisante. Ses muscles se détendirent progressivement. La tension qu'elle avait portée pendant des heures interminables — des jours ? — commença enfin à se dissiper lentement.

En cet instant précis, avec Marco si proche, ses mains expertes sur elle... Elle se sentait en sécurité. Vraiment en sécurité. Pour la première fois depuis qu'elle avait quitté le Moby Dick.

Marco s'accroupit ensuite pour s'occuper méticuleusement de ses chevilles. Ses mains défaisant les chaînes avec une lenteur absolument délibérée.

Puis il se redressa. Lentement. Très lentement. Trop lentement. Sans jamais enlever complètement ses mains de son corps. Ses doigts glissèrent langoureusement le long de ses jambes. Sur ses cuisses. Le long de ses hanches. Remontèrent vers sa taille. Caressant chaque centimètre de peau accessible à travers le tissu déchiré de sa robe.

Ce n'était absolument pas nécessaire. Pas du tout. Mais Sohalia ne protesta pas. Parce que c'était exactement ce dont elle avait désespérément besoin.

Cette connexion physique. Ce toucher. Ce rappel qu'elle était vivante. Qu'il était là. Qu'ils étaient ensemble.

Enfin, ses doigts atteignirent les menottes qui retenaient encore son poignet droit. Un clic métallique. Et soudainement, sa main était libre.

Pendant une fraction de seconde, elle ne sut absolument pas quoi faire de cette liberté retrouvée. Puis son corps prit la décision pour elle. Sa main retomba immédiatement, s'enroulant autour du cou de Marco. Ses doigts s'enfoncèrent avidement dans ses cheveux — enfin, enfin — sentant leur texture si étrange et si familière.

Marco haleta doucement au contact. Son bras vint agripper sa taille presque violemment, maintenant son corps fermement pressé contre le sien. Comme s'il avait peur qu'elle ne s'envole. Ou qu'elle ne disparaisse. Ou que tout ça ne soit qu'un rêve cruel.

Il libéra ensuite son autre poignet. Et cette main-là aussi vint immédiatement profiter de son indépendance retrouvée. Se perdant dans ses cheveux. Explorant. Caressant. Agrippant.

Pendant ce temps, les jambes de Sohalia s'enroulèrent instinctivement autour de la taille du phénix. Un mouvement parfaitement instinctif. Naturel. Comme si son corps se souvenait parfaitement de cette position. De ce contact. De cette intimité.

Marco posa deux mains possessives sur ses hanches. La maintenant fermement contre lui. Si proche. Si incroyablement proche. Sohalia pouvait sentir chaque muscle de son torse contre le sien. Sentir la chaleur qui émanait de lui. Sentir son cœur battre — rapide, irrégulier. Exactement comme le sien.

Elle le vit rapprocher lentement son visage du sien. Très lentement. Lui donnant mille occasions de reculer. De refuser. De mettre fin à ce moment dangereux.

Mais Sohalia n'en fit rien.

Au contraire, elle resserra la prise de ses jambes autour de lui. Le tirant plus près. Plus proche. Toujours plus proche. Créant une friction délicieuse et douloureuse qui la fit gémir malgré elle.

Un son bas. Presque animal.

Les yeux de Marco s'assombrirent dangereusement à ce son. Ses mains se crispèrent sur ses hanches. Ses lèvres n'étaient plus qu'à quelques centimètres. Quelques millimètres. Une décharge électrique parcourut tout le corps de Sohalia.

Puis, soudainement, un éclair de lucidité la frappa violemment. Elle se recula brusquement — autant que ses jambes toujours enroulées autour de lui le permettaient.

Marco la regarda avec une expression profondément incrédule. Blessé. Confus.

« Je ne porte plus le bracelet, » murmura-t-elle précipitamment, le souffle terriblement court.

Le bracelet. Elle l'avait enlevé, laissé dans ses appartements au palais.

Et sans lui...

Sans lui, si elle et Marco...

Marco cligna des yeux. Puis un lent sourire étira ses lèvres.

« Moi, si. »

Il leva son poignet, le désignant d'un signe de tête.

Et là, brillant doucement dans la lumière mourante du crépuscule, se trouvait le fin bracelet argenté.

Son bracelet.

« Prévoyant, » chuchota Sohalia en souriant, une chaleur différente se propageant dans sa poitrine.

Pas du désir.

Enfin, pas seulement.

Mais de l'amour. Pur et simple. Parce qu'il avait pensé à ça.

Au milieu de tout. Au milieu de la bataille, du chaos, de la peur, de l'urgence. Il avait pensé à protéger leur avenir. À s'assurer qu'un moment comme celui-ci serait possible.

« Toujours, » murmura Marco en réduisant à nouveau l'écart qu'elle avait créé.

Et cette fois, quand leurs lèvres se rencontrèrent enfin...

Ce fut comme rentrer à la maison après un long, long voyage.

Le baiser commença doucement. Presque avec hésitation. Comme s'ils réapprenaient. Comme s'ils redécouvraient.

Les lèvres de Marco étaient chaudes contre les siennes. Douces malgré toute sa dureté habituelle. Sohalia soupira dans le baiser, s'abandonnant complètement. Ses mains dans ses cheveux le tirèrent plus près. Toujours plus près. Jamais assez proche.

Le baiser s'approfondit progressivement. Devint plus urgent. Plus désespéré. Toutes les peurs. Toutes les inquiétudes. Toute la terreur des dernières heures. Tout se déversa dans ce baiser.

Marco goûtait comme le sel et la fumée et quelque chose d'indéfinissablement lui. Quelque chose qu'elle avait oublié à quel point elle avait terriblement manqué. Ses mains sur ses hanches la serrèrent plus fort, la soulevant légèrement, changeant l'angle du baiser.

Sohalia gémit à nouveau — un son qui fut immédiatement avalé par sa bouche. Elle sentit plus qu'elle n'entendit le grondement qui résonna profondément dans sa poitrine en réponse.

Le temps n'existait plus. L'endroit n'avait plus d'importance. La bataille. Jef. Le danger.

Tout disparut.

Il n'y avait que ça.

Que Marco. Que la sensation de ses lèvres sur les siennes. Que ses mains qui la tenaient comme si elle était la chose la plus précieuse au monde. Que cet amour qui les consumait tous les deux. Quand ils se séparèrent enfin — par nécessité plus que par envie — ils étaient tous les deux complètement à bout de souffle.

Front contre front. Yeux fermés.

Essayant désespérément de reprendre leur souffle. Essayant de retrouver leurs esprits.

« Je t'ai cru morte, » murmura Marco d'une voix brisée.

« Je sais. »

« Ne refais jamais ça. »

« Je ne peux rien promettre. »

Il s'éloigna légèrement pour la regarder directement dans les yeux.

« Sohalia... »

« Je sais, » répéta-t-elle en caressant doucement sa joue. « Mais c'est qui je suis. C'est ce que je fais. Je protège les gens que j'aime. Même si ça signifie me mettre en danger. »

« Alors laisse-moi te protéger aussi, » supplia-t-il. « S'il te plaît. »

« D'accord, » accepta-t-elle doucement.

Ce n'était pas une vraie promesse. Ils le savaient tous les deux.

Parce qu'elle allait retourner affronter Jef dans quelques minutes. Parce qu'elle allait se mettre en danger encore et encore. Parce que c'était sa nature.

Mais pour l'instant, dans ce moment volé... Elle pouvait lui donner ça.

« D'accord. »


REECRIT : 25/01/2026

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