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Chapitre 14 : Cicatrices partagées

6284 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/03/2026 12:52

Le soleil continuait de descendre vers l'horizon pendant qu'ils terminaient leur exploration de l'île, peignant le ciel de nuances progressivement plus profondes d'orange et de rose. Les ombres s'allongeaient dans les rues, la température baissait agréablement, et les premières lanternes commençaient à s'allumer aux fenêtres et aux devantures des boutiques.

Marco dut éventuellement les quitter, appelé de retour au navire par un message transmis via escargophone de Barbe Blanche qui avait besoin de lui pour quelque chose d'important. Izou se perdit joyeusement dans une série de boutiques de vêtements et d'accessoires, promettant de les rejoindre plus tard avec "quelques petites choses" pour Ritsu qu'il insistait pour qu'elle accepte comme cadeaux. Vista partit récupérer la hallebarde modifiée chez le forgeron, voulant s'assurer personnellement que le travail avait été fait correctement.

Ce qui laissa Thatch et Ritsu seuls alors que le crépuscule commençait vraiment à s'installer, transformant le monde en nuances de bleu profond et de violet. Ritsu était fatiguée maintenant, vraiment fatiguée après cette longue journée d'exploration et de stimulation constante. Elle avait besoin de calme, de silence, d'un moment pour simplement exister sans avoir à interagir ou à observer ou à réagir constamment à son environnement.

Thatch sembla comprendre instinctivement, comme il comprenait toujours ses besoins non exprimés.

« Viens, » dit-il doucement en touchant légèrement son coude. « Je connais un endroit tranquille où on peut se reposer un moment avant de récupérer ton arme. »

Il la guida vers un petit café niché dans une rue reculée, loin du bruit et de l'agitation du centre commercial principal. C'était un endroit charmant et intime, presque secret, avec seulement quelques tables disposées dans un jardin ombragé où des lanternes commençaient déjà à s'allumer dans la lumière déclinante, créant des piscines de lumière dorée et chaleureuse. L'air sentait le jasmin et quelque chose de légèrement sucré qui venait probablement des fleurs blanches grimpant sur les murs de pierre ancienne, leurs pétales lumineux dans le crépuscule.

Ils s'installèrent à une table dans le coin le plus reculé, presque caché par un treillage couvert de vignes, loin des quelques autres clients présents qui parlaient à voix basse entre eux. Une serveuse apparut rapidement, une jeune femme aux cheveux courts avec des mèches violettes et au sourire professionnel qui prit leur commande de thé sans trop s'attarder même si Ritsu remarqua qu'elle regardait Thatch avec un intérêt évident qui faisait briller ses yeux.

Le thé arriva dans des tasses délicates en porcelaine qui fumaient doucement, libérant une odeur florale et apaisante qui rappelait à Ritsu les après-midis passés avec Izou. Elle en prit une gorgée prudente et sentit la chaleur se répandre agréablement dans sa poitrine, apaisant légèrement la brûlure résiduelle dans sa gorge qui n'avait jamais vraiment disparu depuis ce matin, un rappel constant de l'effort qu'elle avait fait.

Ils restèrent assis en silence confortable pendant un moment, profitant simplement de la tranquillité du jardin et du thé délicieux. Ritsu se sentait presque somnolente, la fatigue de la journée la rattrapant maintenant qu'elle était assise et au calme, ses paupières devenant lourdes.

Ce fut alors qu'elle remarqua quelque chose d'intéressant, quelque chose qui aurait été amusant si elle n'avait pas été si fatiguée. Plusieurs serveuses différentes trouvaient des excuses transparentes pour passer près de leur table, arrangeant des fleurs qui n'avaient pas besoin d'être arrangées, essuyant des tables déjà propres, lançant des regards langoureux et pleins d'espoir vers Thatch qui semblait complètement les ignorer, gardant son attention principalement sur son thé et sur Ritsu, vérifiant occasionnellement qu'elle allait bien mais la laissant surtout se reposer en paix.

Les serveuses semblaient progressivement plus vexées et confuses par ce manque d'attention inhabituel. Ritsu surprit même un fragment de conversation entre deux d'entre elles qui se tenaient non loin derrière une haie basse, pensant probablement qu'elles étaient hors de portée d'oreille mais parlant juste assez fort pour être entendues.

« Et dire que la dernière fois qu'il est venu, il me jurait son amour éternel, » murmura une des serveuses avec amertume évidente, une jolie blonde aux yeux bleus qui continuait de regarder Thatch avec déception et confusion. « Il a dit que j'étais la plus belle femme qu'il avait jamais vue, que mes yeux brillaient comme des étoiles. »

« Il dit ça à toutes, Anna, » répondit son amie avec un soupir résigné, une brunette plus grande qui avait l'air plus cynique. « C'est un charmeur notoire, rien de plus. Profite du compliment quand il vient et oublie-le après. Ils sont tous comme ça, les pirates. »

Ritsu dut mordre l'intérieur de sa joue pour ne pas sourire malgré sa fatigue. Donc Thatch était un coureur de jupons notoire avec une réputation bien établie sur cette île. Ça expliquait toutes ces jeunes femmes qui le regardaient avec espoir partout où ils allaient, toutes ces expressions déçues quand il ne leur accordait pas plus qu'un sourire poli. Elle se demanda vaguement si c'était réel ou juste une façade qu'il maintenait, une image publique de pirate charmeur qui ne correspondait peut-être pas à qui il était vraiment dans sa vie privée.

Une des serveuses, probablement Anna la blonde qui s'était plainte, s'approcha finalement de leur table avec détermination évidente visible dans sa démarche.

« Thatch, » commença-t-elle avec un sourire qui essayait d'être séduisant mais sortait légèrement forcé et désespéré. « Ça fait longtemps. Tu te souviens de moi ? »

« Salut, » répondit Thatch poliment mais sans vraiment d'enthousiasme, son ton restant amical mais distant.

« Tu ne te souviens pas de moi ? » continua la serveuse, son sourire vacillant dangereusement. « On a passé une si belle soirée ensemble la dernière fois que tu étais ici. Tu as dit tant de choses... »

Ritsu remarqua que Thatch se tendait légèrement, son regard dérivant vers elle puis vers la serveuse puis vers les autres clients qui commençaient à regarder avec curiosité cette interaction. Il semblait évaluer rapidement la situation, notant probablement les regards curieux, la façon dont Ritsu devenait légèrement mal à l'aise avec l'attention soudaine concentrée sur leur table, le potentiel pour une scène embarrassante.

« Écoute, » dit-il en se levant avec une grâce fluide, sa voix restant gentille mais ferme, portant une note de finalité. « On peut parler une minute ? En privé ? Je dois clarifier quelque chose. »

Il guida la serveuse vers le bord du jardin, suffisamment loin pour que Ritsu ne puisse pas entendre leur conversation mais assez près pour qu'elle puisse le voir, pour qu'elle se sente toujours en sécurité et pas abandonnée. Elle l'observa parler doucement avec la jeune femme, ses gestes rassurants mais clairs dans leur message, expliquant probablement que tout ce qu'il avait pu dire la dernière fois n'était pas à prendre au sérieux, que c'était juste du flirt innocent sans intention réelle derrière.

La serveuse sembla progressivement comprendre, son expression passant de l'espoir têtu à la déception puis à une acceptation résignée, hochant finalement la tête et retournant vers l'intérieur du café avec les épaules légèrement affaissées.

Pendant que Thatch gérait cette situation délicate avec une diplomatie née de l'expérience évidente, Ritsu sentit une présence s'approcher de sa table depuis l'ombre. Elle leva les yeux lentement, s'attendant peut-être à voir une autre serveuse ou un client curieux, et se figea complètement, son sang se glaçant instantanément dans ses veines.

Un homme se tenait là, habillé en marchand ordinaire avec des vêtements simples et pratiques de couleur brune qui ne le distinguaient en rien de n'importe quel commerçant de l'île. Mais Ritsu reconnaissait ce visage, aurait reconnu ce visage n'importe où même après des mois de séparation, même dans l'obscurité complète.

« Capitaine, » murmura Kenji si doucement que personne d'autre ne pouvait l'entendre, le mot à peine plus qu'un souffle dans l'air du soir.

Ritsu sentit son cœur s'arrêter complètement dans sa poitrine, puis repartir en battant sauvagement, la panique montant immédiatement comme une vague massive qui menaçait de la submerger et de la noyer. Ce visage était lié à Sabaody, à la Marine, à son ancienne vie, à Vadric. Voir Kenji ici, maintenant, dans ce moment de paix relative, déclenchait immédiatement toutes ses alarmes internes, tous ses instincts de survie hurlant au danger imminent.

Kenji sembla voir la panique pure dans ses yeux qui s'écarquillaient de terreur parce qu'il leva immédiatement les mains dans un geste d'apaisement universel, les paumes ouvertes et visibles.

« Je suis seul, » assura-t-il rapidement à voix basse. « Complètement seul. Personne ne sait que je suis ici. Je vous le jure sur mon honneur. »

Il s'assit sur la chaise que Thatch avait abandonnée, ses mouvements lents et délibérés comme s'il approchait un animal blessé et effrayé qui pourrait s'enfuir à tout moment. Son regard la détaillait attentivement, prenant note de tous les changements visibles depuis la dernière fois qu'il l'avait vue, analysant avec l'œil d'un soldat entraîné.

La cicatrice sur sa gorge, impossible à manquer même dans la lumière tamisée du crépuscule et des lanternes. Sa maigreur visible, la façon dont ses vêtements même ajustés pendaient légèrement sur un corps qui avait clairement perdu beaucoup de poids. La perte de muscle évidente dans ses bras et ses mains qui avaient été si forts avant. Ses yeux qui avaient moins d'éclat qu'avant, portant maintenant des ombres profondes qui n'avaient pas été là la dernière fois qu'il l'avait vue commander avec confiance.

Mais il voyait aussi autre chose, quelque chose qui le soulageait visiblement et détendait les lignes tendues de son visage. De la vie. De la détermination. Une étincelle qui suggérait qu'elle n'avait pas été complètement brisée malgré tout ce qu'elle avait clairement traversé, qu'elle se battait encore pour survivre et peut-être même pour vivre vraiment.

« Mon Dieu, capitaine, » murmura-t-il avec une douleur évidente dans sa voix. « Qu'est-ce qu'il vous a fait ? »

Ritsu attrapa son ardoise avec des mains qui tremblaient légèrement, écrivant rapidement avec des lettres irrégulières qui trahissaient son agitation :

Comment m'avez-vous trouvée ?

« Je suis venu sur l'île pour mes propres raisons, » expliqua Kenji à voix basse, jetant des coups d'œil rapides autour pour s'assurer que personne ne les écoutait. « Après une collecte d'informations, contacts avec des informateurs locaux, j'ai compris que Barbe Blanche aller sûrement faire le tour des îles sous sa protection après être revenu dans le Nouveau Monde. Je me suis établi ici en sous-marin en attendant. J'ai vu les commandants de Barbe Blanche dans les rues et je me suis demandé ce qu'ils faisaient ici. Puis je vous ai vue avec eux et... j'avais besoin de savoir si vous alliez bien, si vous étiez en sécurité. »

Vous travaillez toujours pour lui ? écrivit-elle, la question la plus importante qui brûlait dans son esprit comme du feu.

Kenji secoua violemment la tête, son expression devenant féroce et pleine de dégoût.

« Non. Plus maintenant. J'ai intégré son équipage en comprenant qu'il cachait des choses après votre disparition. Quand j'ai compris ce qu'il était vraiment, ce qu'il avait fait non seulement à vous mais à d'autres avant... j'ai commencé à chercher des preuves. À tout documenter. Je suis officiellement en congé longue duré pour problème familiaux. J'ai simulé le décès de ma grand-mère si elle apprend ça, c'est moi qui vais finir dans une tombe… »

Il jeta un coup d'œil rapide autour pour s'assurer que personne ne les écoutait ou ne s'approchait, puis se pencha plus près, sa voix devenant encore plus basse.

« J'ai trouvé son journal, capitaine. Caché dans un compartiment secret de son bureau. Il documente tout avec un détail horrible. Les femmes qu'il appelle ses 'acquisitions'. Des descriptions terribles de ce qu'il leur a fait. J'en ai fait des copies, je les ai fait parvenir à Jinbei qui les a transmises aux pirates de Barbe Blanche comme preuves. »

Ritsu sentit quelque chose de froid et de terrible se tordre dans son estomac. Elle écrivit :

Il sait que vous avez trouvé ça ?

« Non, » assura Kenji avec fermeté. « Je suis très prudent, extrêmement méticuleux. J'ai joué toujours le second loyal pendant qu'en secret je collectais des preuves, j'ai contacté des témoins potentiels, je construis un dossier. Mais capitaine... » Son expression devint encore plus grave, presque lugubre. « Il est proche. Très proche de vous maintenant. »

Le sang de Ritsu sembla se glacer dans ses veines, son cœur manquant plusieurs battements. Elle écrivit avec urgence, les lettres devenant encore plus tremblantes :

Combien de temps ?

« Une semaine, peut-être moins maintenant, » répondit Kenji gravement. « Il voyage avec six hommes, tous loyaux à lui personnellement, tous des combattants expérimentés qu'il a soigneusement sélectionnés. Il planifie quelque chose de sophistiqué. Pas une attaque frontale contre le Moby Dick, ça serait du suicide complet. Un piège probablement. Quelque chose de vicieux et de malin qui exploitera vos faiblesses. »

Ritsu sentit la terreur familière commencer à monter, cette panique qui menaçait de l'engloutir complètement, mais elle la repoussa avec force de volonté pure. Elle avait peur, bien sûr qu'elle avait peur, terriblement peur même, mais elle n'était plus cette femme paralysée par la panique et incapable de penser clairement. Elle écrivit avec détermination :

Je serai prête

Puis après une brève hésitation pendant laquelle elle considéra ses mots soigneusement, elle ajouta :

Merci. Pour les preuves. Pour tout ce que vous faites

Kenji sembla presque pris au dépourvu par sa gratitude, ses yeux s'écarquillant légèrement.

« C'est le minimum que je puisse faire, capitaine. J'aurais dû voir ce qui se passait sous mon nez. J'aurais dû vous protéger, remarquer les signes. J'ai failli à mon devoir envers vous. »

Ce n'était pas votre faute, écrivit Ritsu fermement, les lettres appuyées. Il était très doué pour cacher ce qu'il était

« Peut-être, » murmura Kenji, ne semblant pas vraiment convaincu. « Mais je vais quand même faire tout ce que je peux pour vous aider maintenant. Quand nous l'aurons, quand tout sera fini et qu'il sera capturé, je témoignerai. Je dirai tout ce que je sais devant n'importe quel tribunal et comme ça, on lavera votre honneur, vous pourrez revenir... »

C'est à ce moment précis que Thatch revint, ayant apparemment terminé sa conversation avec la serveuse déçue. Il vit immédiatement l'homme assis à leur table en train de parler avec Ritsu et son expression changea instantanément, devenant protectrice et légèrement menaçante, ses yeux se durcissant.

« Allons, mon bon monsieur, » dit-il avec une politesse froide qui était infiniment plus dangereuse que de la simple hostilité ouverte, s'approchant avec une démarche qui suggérait qu'il était prêt à agir si nécessaire. « On n'embête pas la petite dame. Elle n'est pas intéressée par votre compagnie. »

Kenji se leva immédiatement, reconnaissant le danger potentiel dans la posture de Thatch et ne voulant pas créer une scène qui attirerait l'attention. Leurs regards se croisèrent, se jaugeant mutuellement avec l'œil de guerriers expérimentés. Kenji avait les yeux et la posture d'un homme entraîné au combat militaire, probablement un officier de la Marine si Thatch lisait correctement les signes subtils. Thatch avait la confiance décontractée de quelqu'un qui avait survécu à d'innombrables batailles contre des ennemis redoutables et qui ne doutait pas de ses capacités.

« Je m'en allais justement, » dit Kenji calmement, sa voix ne trahissant aucune peur mais montrant un respect prudent pour le danger évident que Thatch représentait.

« Bonne idée, » répondit Thatch, son ton restant amical en surface mais portant une menace sous-jacente absolument claire pour quiconque savait écouter. « On doit rejoindre Vista pour récupérer quelque chose d'important. Si vous voulez bien nous excuser. »

Pendant qu'ils s'éloignaient, Thatch guidant Ritsu avec une main protectrice légère sur son dos, Ritsu fit quelque chose que Kenji seul pouvait voir clairement dans la lumière déclinante. Elle retourna discrètement son ardoise dans son dos, tenant la surface écrite juste assez longtemps et assez clairement pour qu'il puisse lire les mots qu'elle avait écrits précédemment :

Je vais mieux. Merci.

Kenji réussit à lire ces mots malgré la distance et l'angle, et hocha imperceptiblement la tête, un mouvement si subtil que personne d'autre ne l'aurait remarqué, comprenant le message profond derrière ces mots simples. Elle survivait. Elle guérissait lentement. Elle serait prête pour ce qui venait, aussi terrible que ce soit.

Thatch guida Ritsu hors du café et à travers les rues qui s'assombrissaient progressivement alors que le crépuscule se transformait définitivement en nuit. Les lanternes s'allumaient partout maintenant, créant une lumière dorée et chaleureuse qui donnait à l'île une atmosphère presque magique, irréelle. Des odeurs de dîners en préparation flottaient dans l'air frais du soir, des rires et des conversations joyeuses résonnaient depuis les maisons et les restaurants ouverts, des familles se rassemblant pour partager les repas et les histoires de la journée.

« Tu vas bien ? » demanda Thatch une fois qu'ils furent suffisamment loin du café, sa voix portant une inquiétude sincère. « Cet homme t'a fait peur ? Qui était-il ? »

Ritsu secoua la tête et écrivit sur son ardoise :

Un simple marchand faisant son travail

Thatch fronça les sourcils, clairement pas entièrement satisfait de cette explication minimale mais choisissant de ne pas pousser pour l'instant, respectant sa vie privée et comprenant qu'elle lui dirait plus quand elle serait prête. Ils rejoignirent Vista qui les attendait patiemment près de la boutique du forgeron, adossé contre un mur avec un paquet long enveloppé soigneusement dans du tissu épais.

« Ta nouvelle arme, » annonça Vista avec satisfaction évidente en lui tendant le paquet avec révérence. « Le forgeron a fait un excellent travail avec le mécanisme de pliage. C'est vraiment du bel ouvrage. »

Ritsu déballa soigneusement la hallebarde avec des doigts qui tremblaient légèrement d'anticipation et découvrit que le manche pouvait maintenant se séparer en trois sections égales qui se repliaient les unes contre les autres avec des charnières complexes mais solides, réduisant la longueur totale à quelque chose de beaucoup plus maniable pour le transport quotidien. Un fourreau en cuir de belle qualité protégeait la lame quand elle n'était pas utilisée, avec des sangles ajustables pour le porter sur le dos ou à la ceinture.

Elle assembla l'arme lentement, sentant les sections se verrouiller solidement en place avec des clics métalliques satisfaisants, puis fit quelques mouvements de test fluides. Parfait. L'équilibre n'avait pas changé du tout malgré les modifications complexes, le forgeron ayant fait un travail vraiment exceptionnel.

« On devrait rentrer, » suggéra Vista en regardant le ciel maintenant complètement sombre au-dessus d'eux, étoilé et magnifique. « Tachi va s'inquiéter si on tarde trop, et Ritsu doit être épuisée après cette longue journée. »

Le retour au navire fut tranquille, chacun perdu dans ses propres pensées alors qu'ils marchaient à travers les rues illuminées. Ritsu était épuisée mais aussi satisfaite d'une façon profonde qu'elle n'avait pas ressentie depuis très longtemps. Elle avait passé une journée presque normale, avait vu la vie continuer au-delà de son trauma personnel, avait obtenu une arme magnifique qui lui permettrait de se défendre efficacement. Et elle avait appris que Kenji travaillait à collecter des preuves, que justice pourrait peut-être vraiment être faite.

Quand ils arrivèrent à l'infirmerie, Tachi les attendait effectivement avec une expression mélangée de soulagement visible et de réprimande maternelle légère.

« Vous êtes en retard de presque une heure, » observa-t-elle en consultant l'horloge murale. « J'étais sur le point d'envoyer une équipe de recherche complète. »

Elle guida Ritsu vers sa chambre habituelle et commença un examen médical rapide mais complet, vérifiant sa température avec une main fraîche sur son front, son pouls avec des doigts experts sur son poignet, examinant sa gorge avec une attention particulière qui était effectivement très enflammée après les efforts de la matinée.

« Repos vocal absolu pendant au moins deux jours complets, » ordonna-t-elle avec une fermeté qui ne tolérait aucun argument. « Pas un seul son. Tu as vraiment beaucoup forcé ce matin et ta gorge a besoin de temps pour récupérer. »

Ritsu hocha docilement la tête, trop fatiguée pour protester même si elle l'avait voulu, sentant l'épuisement de la journée s'abattre sur elle comme une couverture lourde. Tachi l'aida gentiment à se changer en vêtements de nuit confortables et à s'installer dans son lit familier qui lui semblait incroyablement accueillant après toutes ces heures debout.

« Je reviens vérifier dans quelques heures, » promit Tachi avant de sortir silencieusement, laissant Ritsu seule dans la petite chambre familière éclairée seulement par une lanterne basse.

Mais elle ne fut pas seule longtemps. Quelques minutes à peine après le départ de Tachi, on frappa doucement à sa porte et Thatch entra avec son sourire habituel, portant un plateau avec du thé chaud qui sentait la camomille et quelques biscuits au miel qui brillaient légèrement dans la lumière.

« Je me suis dit que tu aimerais peut-être quelque chose de réconfortant avant de dormir, » expliqua-t-il en posant délicatement le plateau sur la table de nuit à portée de main.

Ritsu lui fit signe de s'asseoir, reconnaissante pour sa compagnie même si elle ne pouvait pas parler, ne voulant pas être seule avec ses pensées sur Vadric qui se rapprochait. Thatch s'installa dans sa chaise habituelle, celle qu'il avait occupée tant de fois pendant sa longue convalescence.

« Belle journée, hein chaton ? » dit-il en la regardant boire son thé à petites gorgées prudentes. « Première vraie sortie depuis... tout ce qui s'est passé. »

Ritsu hocha la tête et écrivit :

Merci. Pour tout aujourd'hui. Pour avoir compris

« De rien, » répondit Thatch avec un sourire doux qui atteignait vraiment ses yeux. « Ce fut un plaisir, sincèrement. »

Il y eut un silence confortable pendant un moment, juste le son du vent doux dehors et le crépitement occasionnel de la lanterne. Puis Ritsu écrivit quelque chose qu'elle voulait savoir depuis qu'elle avait remarqué sa cicatrice cet après-midi, la curiosité la démangeant :

La cicatrice. Comment vous l'avez eue ?

Thatch toucha instinctivement son visage, ses doigts traçant automatiquement la ligne pâle qui traversait sa peau comme il l'avait fait des milliers de fois au fil des années.

« Ah, celle-là, » murmura-t-il avec un mélange de nostalgie et de respect pour ce souvenir. « C'est une vieille histoire. Tu es sûre que tu veux l'entendre ? C'est pas vraiment joyeux. »

Ritsu hocha fermement la tête, vraiment curieuse et voulant connaître cette partie importante de lui.

« D'accord, » accepta Thatch en se calant plus confortablement dans sa chaise, ses yeux devenant distants. « C'était il y a environ quinze ans, pendant une bataille massive et chaotique contre la Marine. On protégeait une île sous notre territoire que le Gouvernement Mondial voulait reprendre pour des raisons politiques, et ils ont envoyé leur artillerie lourde pour nous déloger par la force. »

Il marqua une pause, ses doigts jouant machinalement avec l'accoudoir de la chaise.

« Garp le Poing était là. Le héros légendaire de la Marine. L'homme était et est toujours un monstre absolu en combat rapproché, probablement un des humains les plus puissants vivants. »

« On s'est battus pendant des heures interminables, » continua-t-il, sa voix prenant un ton presque rêveur en se souvenant. « Tout le monde donnait absolument tout ce qu'il avait, se battant jusqu'à l'épuisement complet. Le ciel était noir de fumée, la mer rouge de sang, les cris des combattants remplissaient l'air. À un moment critique, j'ai été pris entre Garp et un groupe de ses soldats d'élite, complètement encerclé. »

Thatch toucha à nouveau sa cicatrice inconsciemment.

« Garp a lancé un de ses fameux coups de poing météore, cette technique dévastatrice qui peut détruire des navires entiers. J'ai essayé désespérément de l'esquiver mais j'étais trop lent, trop épuisé. Son poing m'a frappé en plein visage avec une force qui aurait dû littéralement me décapiter, qui aurait dû me tuer sur le coup. Ça m'a ouvert le visage du front jusqu'à la joue comme si ma peau était du papier, » expliqua-t-il avec un calme qui contrastait avec l'horreur de la description. « Le sang coulait tellement que je ne voyais presque plus rien, le monde n'était qu'une mer rouge. J'ai cru que j'allais mourir là, sur cette plage sanglante, loin de la famille. J'aurais dû mourir ce jour-là, honnêtement. N'importe qui d'autre serait mort. »

Il sourit légèrement, un sourire qui portait du respect et de la gratitude.

« Mais Marco m'a trouvé dans le chaos de la bataille. Il m'a soigné immédiatement avec ses flammes bleues de phénix, m'a littéralement ramené du bord de la mort alors que je perdais conscience. Il est resté avec moi pendant des heures pendant que la bataille continuait autour de nous, me maintenant vivant par sa seule volonté. J'ai passé deux longues semaines dans l'infirmerie après ça, » continua Thatch. « Délirant de fièvre terrible, voyant des choses qui n'existaient pas, Marco restant à mon chevet presque constamment pour s'assurer que je ne mourrais pas de l'infection ou de complications. Quand j'ai finalement vraiment guéri et repris conscience complètement, cette cicatrice était tout ce qui restait physiquement pour me rappeler à quel point j'avais été proche de mourir. »

Ritsu écoutait avec une attention totale, touchée profondément qu'il partage cette histoire intime et traumatisante avec elle. Elle écrivit :

Vous avez eu peur ?

« Terrifié, » admit Thatch avec une honnêteté brutale. « Dans les rares moments où j'étais conscient pendant ma convalescence, j'étais absolument terrifié. J'ai cru que j'allais perdre mon œil complètement, que j'allais être horriblement défiguré d'une façon qui me rendrait méconnaissable, que je ne serais plus jamais le même homme, que je ne pourrais plus me battre efficacement. Mais tu sais quoi ? » continua-t-il en la regardant directement avec intensité. « Maintenant je la vois comme un badge d'honneur mérité. Une preuve tangible que j'ai survécu à quelque chose qui aurait dû me tuer facilement. Que je suis plus fort que les choses qui essaient de me briser. Que j'ai été testé par le meilleur de la Marine et que je suis toujours là, toujours debout. »

Il se pencha légèrement en avant, voulant qu'elle comprenne vraiment.

« Tes cicatrices, chaton, elles sont exactement pareilles dans leur signification. Elles prouvent que tu as survécu à quelque chose de terrible et de traumatisant, que tu es assez forte pour continuer malgré tout ce que ça t'a coûté. Elles font partie de ton histoire maintenant, de qui tu es devenue, mais elles ne définissent pas qui tu es vraiment au fond. Tu es tellement plus que tes blessures. »

Ritsu sentit des larmes piquer ses yeux à ces mots profonds et sincères. Elle écrivit avec une main qui tremblait légèrement :

Merci de comprendre vraiment

« Toujours, » promit Thatch avec ferveur. « Je comprendrai toujours. »

Ils restèrent assis ensemble encore un long moment dans un silence confortable et apaisant, le seul son étant le vent léger dehors et le crépitement occasionnel de la lanterne. Ritsu sentait ses yeux devenir progressivement plus lourds, la fatigue de la longue journée émotionnelle la rattrapant finalement et inexorablement.

Thatch remarqua la tasse de thé vide qui était dangereusement près du bord de la table de nuit et se leva pour la déplacer avant qu'elle ne tombe. Il s'approcha doucement du lit, tendant la main vers la tasse.

C'est à ce moment que Ritsu fit quelque chose de complètement inattendu.

Elle leva lentement sa main, hésitante, tremblante légèrement, et avant que Thatch ne puisse vraiment comprendre ce qui se passait, elle toucha délicatement sa cicatrice. Ses doigts effleurèrent d'abord son front là où la ligne pâle commençait, puis descendirent lentement, traçant le chemin que la blessure que Garp lui avait infligé il y a quinze ans.

Thatch se figea complètement, son souffle se bloquant dans sa gorge, son cœur s'arrêtant littéralement de battre pendant un instant impossible. Il n'osait pas bouger, n'osait pas respirer, terrifié que le moindre mouvement pourrait briser ce moment fragile et extraordinaire.

C'était le premier contact volontaire qu'elle initiait avec le visage d'un homme depuis l'agression. Pas juste tolérer d'être touchée, pas juste accepter passivement une étreinte, mais choisir activement de tendre la main et de toucher.

Les doigts de Ritsu continuèrent leur chemin délicat, suivant la cicatrice depuis son front jusqu'à sa joue, son toucher si léger que c'était presque une caresse. Ses yeux suivaient le mouvement de sa main, concentrés et attentifs, comme si elle mémorisait chaque courbe, chaque irrégularité de cette marque permanente.

Puis elle retira doucement sa main et sourit légèrement, un petit sourire triste mais authentique qui portait un message silencieux : On est pareils. Marqués mais vivants. Survivants.

Thatch sentit son cœur repartir avec une force brutale, battant maintenant si vite et si fort qu'il était certain qu'elle devait pouvoir l'entendre. Quelque chose de chaud et de presque douloureux se serra dans sa poitrine, une émotion si intense qu'il ne savait même pas comment la nommer.

Il voulut dire quelque chose, voulut exprimer ce que ce geste signifiait pour lui, mais les mots ne venaient pas. Alors il se contenta de sourire en retour, un sourire doux et compréhensif qui, espérait-il, transmettait tout ce qu'il ne pouvait pas dire à voix haute.

« Dors, chaton, » murmura-t-il finalement d'une voix légèrement rauque, gardant pour lui le fait que son cœur battait toujours bien trop vite, que ses mains tremblaient légèrement, que ce simple toucher avait bouleversé quelque chose de profond en lui. « Je veille sur toi. Tu es en sécurité. »

Ritsu voulut protester faiblement, voulut lui dire qu'il n'avait pas besoin de rester toute la nuit, qu'il devait être fatigué lui aussi, mais elle était trop épuisée pour même soulever son ardoise. Elle laissa ses yeux se fermer complètement, s'enfonçant rapidement dans un sommeil profond et heureusement sans rêves.

Thatch resta fidèlement dans sa chaise, la regardant dormir paisiblement dans la lumière douce et dorée de la lanterne. Il pensait à la journée extraordinaire qu'ils avaient passée, à cet homme mystérieux qui avait parlé avec elle et qui était clairement un Marine malgré son déguisement, à comment elle avait touché sa cicatrice avec cette douceur inattendue et bouleversante, à son sourire magnifique quand elle avait tenu la hallebarde pour la première fois et senti sa perfection.

Mais surtout, il pensait à ce que Kenji lui avait dit plus tard, après qu'il l'ait confronté dans une ruelle isolée.

Parce qu'évidemment, Thatch n'était pas dupe du tout. Il savait reconnaître un Marine à des kilomètres de distance même déguisé, et il n'allait certainement pas laisser un Marine déguisé s'approcher de Ritsu sans comprendre exactement pourquoi et s'assurer qu'il ne représentait pas une menace.

Après avoir raccompagné Ritsu à l'infirmerie et s'être assuré personnellement que Tachi prenait bien soin d'elle, Thatch était retourné discrètement en ville sous couvert de l'obscurité. Il connaissait l'île suffisamment bien après tant de visites pour deviner où un Marine essayant de rester discret et caché se planquerait probablement, et il avait finalement trouvé Kenji dans une ruelle sombre et isolée près des docks abandonnés, exactement là où il s'attendait à le trouver.

La confrontation avait été brève mais intensément chargée. Thatch l'avait coincé brutalement contre un mur de pierre froide, un couteau de cuisine pressé dangereusement contre sa gorge avec juste assez de pression pour que Kenji sente le tranchant de la lame, demandant des explications avec une voix basse qui ne tolérait absolument pas le mensonge ou l'évasion.

« Je suis le Capitaine Kenji de la Marine, » avait expliqué l'homme avec un calme remarquable malgré la lame mortelle contre sa peau. « J'étais son second direct. Je travaillais sous le Vice-Amiral Vadric sans savoir ce qu'il était vraiment, sans comprendre le monstre que je servais. Quand j'ai finalement compris la vérité horrible, j'ai commencé immédiatement à chercher des preuves pour le faire tomber. »

Il avait sorti prudemment des papiers pliés de sa veste intérieure, des copies soigneusement faites de pages du journal de Vadric. Thatch les avait lues avec une attention totale, devenant progressivement plus pâle et plus furieux à chaque mot horrible, chaque description clinique et détachée d'actes monstrueux.

Les descriptions étaient absolument dégueulasses, cliniques dans leur cruauté froide, écrites avec le détachement d'un scientifique documentant une expérience plutôt que les crimes terribles qu'elles décrivaient réellement. Vadric documentait méticuleusement ses "acquisitions" avec un détail qui rendait les actes encore plus monstrueux et révoltants. Des notes précises sur comment il les choisissait en fonction de critères spécifiques, comment il les isolait progressivement de tout soutien, comment il les brisait méthodiquement, comment il les faisait disparaître ensuite. Des observations sur leurs réactions à différentes formes de torture, leurs supplications désespérées, leurs tentatives futiles d'échapper.

Il y avait quatre femmes mentionnées dans ces extraits terribles. Trois disparues sans aucune trace, effacées si complètement que même leurs familles avaient probablement abandonné tout espoir. Et Ritsu, la seule qui avait miraculeusement survécu contre toute attente.

« Elle a survécu à ça, » avait murmuré Thatch, la rage pure faisant trembler dangereusement sa voix et sa main qui tenait toujours le couteau. « Elle a vraiment survécu à absolument tout ça. Comment ? Comment est-ce même possible ? »

« Je ne sais pas, » avait admis Kenji honnêtement. « Mais elle est incroyablement forte, plus forte que n'importe qui que je connaisse. Et maintenant Vadric vient personnellement pour finir ce qu'il a commencé. Une semaine maximum. Il planifie quelque chose de sophistiqué et de dangereux. »

Thatch avait finalement abaissé son couteau après avoir lu tous les documents horribles, prenant la décision calculée de faire confiance à cet homme au moins temporairement pour le bien de Ritsu.

« Tu nous préviens immédiatement s'il approche trop, » avait-il ordonné avec autorité. « Tu continues discrètement à chercher plus de preuves. Et quand on l'aura finalement capturé, tu témoigneras publiquement de tout. »

« Avec un plaisir immense, » avait promis Kenji avec une ferveur évidente.

Ils avaient échangé un numéro d'escargophone personnel et sécurisé, établissant une ligne de communication directe et fiable. Puis Kenji était parti rapidement, disparaissant efficacement dans les ombres profondes de la ville portuaire comme un fantôme.

Maintenant, assis dans cette chaise inconfortable en regardant Ritsu dormir paisiblement, ignorante de la conversation qui avait eu lieu, Thatch pensait intensément à tout ce qu'elle avait courageusement enduré, à tout ce qu'elle continuait vaillamment d'endurer. Et il pensait à Vadric qui se rapprochait inexorablement, qui planifiait certainement quelque chose de vicieux et de terrible.

« Je te protégerai, chaton, » murmura-t-il si doucement qu'elle ne pouvait absolument pas l'entendre dans son sommeil profond. « Même si ça me coûte ma propre vie, je ne le laisserai plus jamais te toucher ou te faire du mal. Je te le jure sur tout ce que je suis. »

Il resta là fidèlement toute la longue nuit comme il l'avait fait la nuit précédente, veillant sur elle sans faillir, gardien silencieux et constant contre les cauchemars et les menaces réelles qui pourraient venir. Et quand l'aube commença finalement à pointer timidement à travers la petite fenêtre, peignant progressivement la chambre de lumière douce et rose, Thatch se permit un petit sourire malgré tout.

Elle avait passé une bonne journée hier. Elle avait souri vraiment, avait exploré librement, avait choisi une arme magnifique qui lui convenait parfaitement, avait vécu un peu de normalité précieuse. Et même si des temps terriblement difficiles approchaient rapidement, même si Vadric venait avec ses plans vicieux et ses intentions meurtrières, au moins elle avait eu ça.

Au moins elle avait eu un jour complet de paix et de bonheur relatif avant la tempête inévitable qui se profilait à l'horizon.


— À suivre —


Publié : 08/03/2026


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