Sad Song
Le reste de l'après-midi passa tranquillement. Ritsu se reposa dans sa chambre, ses muscles fatigués protestant contre le moindre mouvement après l'entraînement intense avec Vista. Elle lisait un livre qu'Izou lui avait prêté, quelque chose sur l'histoire des îles du Nouveau Monde, mais ses pensées continuaient de dériver malgré elle.
Elle pensait à ce que Marco avait dit ce matin sur le choix, sur comment ce qui comptait n'était pas le passé qu'on ne pouvait pas changer mais le futur qu'on choisissait de construire. Elle pensait à l'entraînement avec Vista, à comment son corps se souvenait toujours malgré les semaines de faiblesse forcée. Elle pensait à Thatch et à son sourire chaleureux ce matin, à comment il était toujours là exactement quand elle avait besoin de lui sans jamais être étouffant.
Le soleil commençait à descendre vers l'horizon, peignant le ciel de nuances orangées et roses qu'elle pouvait voir à travers sa petite fenêtre. C'était beau d'une façon qui faisait presque mal, ce rappel que le monde continuait d'être magnifique même quand tout semblait sombre et terrible.
C'est alors qu'elle l'entendit. Une alarme, pas d'urgence mais d'alerte, sonnant à travers tout le navire. Des pas précipités dans les couloirs, des voix appelant des ordres. Son cœur se serra immédiatement dans sa poitrine, la panique familière montant avant même qu'elle sache ce qui se passait.
Elle se leva rapidement malgré ses muscles protestants et sortit dans le couloir où elle vit plusieurs membres d'équipage courir vers le pont principal. Elle attrapa le bras d'un jeune homme qui passait.
Il se tourna, la reconnaissant.
« Navire de la Marine approche, » expliqua-t-il rapidement. « Drapeau blanc. Ils veulent parlementer apparemment. »
Le sang de Ritsu se glaça dans ses veines. Marine. Drapeau blanc. Parlementer. Ça ne pouvait signifier qu'une chose.
Vadric.
Ses jambes bougèrent d'elles-mêmes, la portant vers le pont malgré chaque instinct hurlant qu'elle devrait se cacher, qu'elle ne devrait pas le voir, qu'elle ne pouvait pas le confronter. Mais quelque chose de plus fort que la peur la poussait en avant, un besoin de savoir, de voir de ses propres yeux ce qui se passait.
Elle émergea sur le pont principal pour trouver pratiquement tout l'équipage déjà rassemblé, formant une foule dense de pirates regardant tous vers le navire de la Marine qui approchait lentement avec son drapeau blanc flottant clairement visible. Les commandants étaient tous là, formant une ligne protectrice près du bastingage, et derrière eux, imposant et massif comme une montagne vivante, se tenait Barbe Blanche lui-même.
Ritsu se faufila à travers la foule, son cœur battant si fort qu'elle pouvait à peine entendre autre chose que le sang rugissant dans ses oreilles. Elle finit près de Vista qui se tenait avec ses bras croisés et une expression sévère, sa hallebarde d'entraînement toujours dans ses mains depuis leur session précédente.
Le navire de la Marine s'approcha jusqu'à être à portée de voix, puis jeta l'ancre en maintenant une distance respectueuse. Une passerelle fut étendue entre les deux navires après un moment de négociation tendue, et puis...
Vadric monta à bord du Moby Dick.
Il portait son uniforme de Vice-Amiral impeccablement blanc avec ses décorations brillant au soleil déclinant. Six hommes le suivaient, tous des Marines en uniforme avec des expressions neutres et professionnelles. Ritsu scanna rapidement leurs visages, cherchant désespérément Kenji parmi eux, mais il n'était pas là. Ça la soulagea. Il ne lui avait donc pas menti, il ne travaillait plus pour lui.
Vadric s'arrêta à quelques mètres de Barbe Blanche, ne montrant aucune peur évidente même face au pirate le plus puissant du monde. Son visage portait un sourire professionnel et poli qui ne montait pas jusqu'à ses yeux.
« Edward Newgate, » salua-t-il avec une voix mielleuse et formelle. « Je suis le Vice-Amiral Vadric de la base Marine de Sabaody. Merci de m'accorder cette audience. »
Barbe Blanche ne dit rien, le fixant juste avec une expression qui aurait fait fuir la plupart des hommes. Mais Vadric continua sans fléchir.
« Je viens réclamer une criminelle recherchée qui se trouve actuellement sur votre navire, » continua-t-il. « La Capitaine Ritsu, désertrice de la Marine et fugitive du Gouvernement Mondial. Vous protégez une criminelle, ce qui constitue en soi un acte contre la loi internationale. »
Il marqua une pause, son sourire s'élargissant légèrement.
« Je demande formellement et officiellement que vous me remettiez cette femme pour qu'elle puisse faire face à la justice pour ses crimes. »
Barbe Blanche rit, un son profond et roulant comme le tonnerre.
« Justice, » répéta-t-il avec dérision évidente. « Vous, parler de justice. »
Sa voix devint dure comme l'acier.
« Cette femme est sous MA protection. Elle est une de mes filles maintenant. Elle ne quittera pas ce navire. Et vous ne l'approchez pas. »
L'autorité absolue dans sa voix ne permettait aucune discussion, aucune négociation. C'était un fait absolu, immuable comme la gravité ou la marée.
Vadric inclina légèrement la tête, acceptant apparemment le refus sans argument.
« Je vois. C'est regrettable mais noté. »
Puis ses yeux commencèrent à balayer la foule rassemblée de pirates, cherchant clairement quelqu'un. Ritsu sentit le moment où son regard la trouva, se verrouillant sur elle avec une intensité qui la frappa physiquement.
Leurs yeux se croisèrent à travers la distance et la foule, et le monde sembla se rétrécir jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que lui. Ce regard. Ce sourire cruel et possessif. Cette promesse silencieuse de violence et de douleur.
Son regard la parcourut lentement, cliniquement, évaluant les changements depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. Notant qu'elle était debout, qu'elle avait clairement repris du poids et de la force, que ses cheveux étaient soignés et ses vêtements propres. Remarquant la cicatrice visible même à cette distance, la marque permanente de ce qu'il lui avait fait.
Et son sourire s'élargit.
« Tu as l'air bien, Capitaine Ritsu, » appela-t-il, sa voix portant clairement à travers le pont silencieux.
Le sous-entendu non dit était clair : tu n'aurais pas dû survivre.
« Ta gorge a bien guéri ? » continua-t-il avec une sollicitude fausse qui rendait les mots encore plus obscènes.
C'était une menace à peine déguisée : je pourrais refaire ça. Je veux refaire ça.
Ritsu sentit sa respiration s'accélérer, devenir laborieuse. Sa vision commença à se rétrécir sur les bords, le monde devenant flou et lointain sauf pour Vadric qui restait horrifiante net. Sa main vola à sa gorge, couvrant la cicatrice dans un geste de protection automatique.
Elle recula d'un pas involontaire, ses jambes tremblantes menaçant de céder sous elle. Le monde basculait, le pont semblant bouger sous ses pieds d'une façon qui n'avait rien à voir avec le mouvement normal du navire. Elle commençait à dissocier, à glisser dans cet endroit terrible dans sa tête où Vadric vivait éternellement, où la douleur et la terreur étaient tout ce qui existait.
C'est alors qu'une présence se matérialisa devant elle, bloquant sa vue de Vadric. Quelqu'un de plus grand qu'elle, avec des cheveux noirs et une posture protectrice évidente.
Ace.
Il se plaça directement devant elle, ses bras croisés sur sa poitrine dans une pose qui criait le défi silencieux. Il ne dit rien, ne la toucha pas, se contenta de devenir un mur vivant entre elle et Vadric, bloquant complètement le regard du Vice-Amiral.
Ritsu cligna des yeux, la présence soudaine d'Ace la ramenant légèrement de sa dissociation naissante. Elle ne le voyait pas vraiment, trop concentrée sur sa propre panique pour vraiment enregistrer qui exactement la protégeait, mais la simple présence de quelqu'un entre elle et Vadric aidait.
Vadric remarqua le geste, bien sûr. Son sourire se tordit en quelque chose de calculateur.
« Je vois que vous prenez bien soin d'elle, » commenta-t-il d'un ton léger. « Ça ne durera pas. »
Il se tourna vers Barbe Blanche.
« Très bien. J'ai fait ma démarche officielle et légale. Vous avez refusé. C'est noté et sera rapporté au Gouvernement Mondial. Les conséquences pour abriter une criminelle recherchée sont maintenant sur vous et votre équipage. »
« Sortez de mon navire, » gronda Barbe Blanche, sa voix portant une menace qui fit frémir l'air lui-même.
Vadric s'inclina légèrement, faussement respectueux.
« Bien sûr. Merci pour votre temps. »
Mais avant de partir, il jeta un dernier regard vers où Ritsu se cachait derrière Ace. Même sans pouvoir la voir directement, son sourire communiquait clairement son message : à bientôt.
Puis il partit, descendant la passerelle avec ses six hommes et retournant à son propre navire. L'équipage du Moby Dick resta tendu et silencieux, regardant le navire de la Marine retirer sa passerelle et commencer à s'éloigner lentement.
Ce ne fut que quand le navire fut à une distance sûre que Barbe Blanche parla.
« Marco. »
« Yoi. »
« Double les gardes. Personne ne sort seul désormais. » Sa voix était comme le grondement avant une tempête. « Ritsu n'est jamais sans escorte. Au moins deux commandants en tout temps. »
« Compris. »
« Si ce bâtard revient, on est prêts. » Barbe Blanche regarda l'équipage rassemblé. « Personne ne touche notre famille. Jamais. »
Un rugissement d'approbation monta de l'équipage entier. Mais Ritsu l'entendait à peine, toujours figée derrière Ace qui n'avait pas bougé de sa position protectrice.
Thatch arriva rapidement, ayant probablement couru depuis la cuisine dès qu'il avait entendu l'alarme. Il vit immédiatement l'état de Ritsu et écarta doucement Ace avec un « merci » murmuré.
« Ritsu. Chaton. Regarde-moi. » Sa voix était douce, apaisante. Il prit délicatement son visage entre ses mains, la forçant à le regarder plutôt que de fixer l'espace où Vadric avait été. « Il est parti. Tu es en sécurité. Tu m'entends ? Tu es en sécurité. »
Ritsu cligna des yeux plusieurs fois, sa vision se clarifiant lentement. Thatch. C'était Thatch. Pas Vadric. Sécurité. Famille.
« Viens, » murmura Izou qui était apparu à ses côtés. « On rentre à l'intérieur. Tu as besoin de t'asseoir. »
Ils la guidèrent doucement loin du pont, Thatch gardant une main légère sur son dos tandis qu'Izou marchait près d'elle au cas où ses jambes tremblantes céderaient. Vista les suivait à quelques pas, sa présence silencieuse mais rassurante.
Dans sa chambre, Ritsu s'effondra sur son lit, tout son corps tremblant violemment maintenant que l'adrénaline commençait à se dissiper. Elle attrapa son ardoise avec des mains qui tremblaient tellement qu'elle pouvait à peine écrire, griffonnant frénétiquement des mots qui débordaient de panique pure.
Il sait où je suis
Il va revenir
Il va me trouver
Je ne peux pas - je ne peux pas le revoir
Il va me tuer cette fois
Il va finir ce qu'il a commencé
Les mots devenaient de plus en plus erratiques, les lettres tremblantes et à peine lisibles. Thatch lut chacune d'elles, sentant son cœur se briser un peu plus à chaque ligne terrifiée.
« Non, » dit-il fermement, prenant l'ardoise de ses mains et la posant de côté pour qu'elle soit forcée de le regarder. « Écoute-moi. On ne le laissera pas. Tu m'entends ? Il ne te touchera jamais plus. »
Il prit ses mains tremblantes dans les siennes, les tenant fermement.
« Tu as Pops maintenant. Tu as Marco, Vista, Izou, moi. Tu as un équipage entier de pirates qui te protégeraient jusqu'à leur dernier souffle. Vadric devra passer à travers nous tous pour t'atteindre. Et ça n'arrivera pas. »
Ritsu voulait croire ça, voulait désespérément y croire, mais la terreur était trop fraîche, trop immédiate. Elle avait vu Vadric, avait vu ce regard, ce sourire. Il venait pour elle. C'était inévitable maintenant.
« Je sais que tu as peur, » continua Thatch plus doucement. « C'est normal d'avoir peur de quelqu'un qui t'a fait ce qu'il t'a fait. Mais tu n'es plus seule, chaton. Plus jamais. »
Izou toucha légèrement son épaule.
« Je vais chercher du thé, » murmura-t-il. « Quelque chose de calmant. »
Vista hocha la tête.
« Et je vais informer les autres commandants. On organisera les rotations de garde ce soir. »
Ils sortirent, laissant Thatch seul avec Ritsu dans la chambre qui semblait soudainement trop petite, trop confinée. Ritsu continuait de trembler, ses yeux fixés sur quelque chose que Thatch ne pouvait pas voir, probablement prisonnière de souvenirs qu'elle ne pouvait pas échapper.
Le soir tomba lentement, le ciel passant de l'orange au violet puis au noir profond parsemé d'étoiles. Le Moby Dick continuait de naviguer régulièrement vers sa prochaine destination, les vagues se brisant contre sa coque dans un rythme apaisant qui normalement aurait calmé Ritsu.
Mais pas ce soir. Elle était allongée dans son lit, fixant le plafond dans l'obscurité, incapable de fermer les yeux même pour une seconde. Chaque fois qu'elle essayait, elle voyait Vadric. Son sourire. Ses yeux. Elle entendait sa voix mielleuse posant des questions sur sa gorge guérie comme s'il se souciait vraiment.
Elle savait ce qu'il planifiait. Il n'avait pas fait cette visite "officielle" par respect pour la procédure ou la loi. Il avait voulu la voir, confirmer qu'elle était vraiment là, évaluer sa condition. C'était de la reconnaissance, de la préparation. Il reviendrait, et bientôt.
Un coup léger à sa porte la fit sursauter violemment malgré le son doux. Elle se redressa rapidement, son cœur battant à tout rompre.
« C'est moi, chaton, » appela la voix de Thatch doucement à travers la porte. « Je peux entrer ? »
Ritsu descendit du lit et ouvrit la porte pour révéler Thatch debout dans le couloir faiblement éclairé, tenant un plateau avec une théière fumante et une assiette de biscuits. Il sourit légèrement en la voyant, même si l'inquiétude était clairement visible dans ses yeux.
« Je me doutais que tu dormais pas, » dit-il en entrant quand elle s'écarta pour le laisser passer. « Donc j'ai pensé qu'un peu de compagnie serait bien. »
Il posa le plateau sur la petite table près de son lit et servit le thé dans deux tasses. L'odeur qui montait était apaisante, quelque chose de floral et doux qui lui rappelait les soirées qu'ils avaient déjà passées comme ça, Thatch veillant sur elle quand les cauchemars étaient trop forts.
Au lieu de s'asseoir dans la chaise comme il le faisait habituellement, Thatch hésita un moment puis s'assit au bord du lit lui-même, assez proche pour être réconfortant mais pas assez pour être envahissant. « Tu veux parler ? Ou juste de la compagnie silencieuse ? »
Ritsu attrapa son ardoise et écrivit lentement :
J'ai peur de dormir. Je vais le voir
Thatch lut les mots et hocha la tête, compréhensif.
« Alors on reste éveillés ensemble, » décida-t-il. « Je te raconterai des histoires jusqu'à ce que tu sois trop fatiguée pour avoir peur. »
Il lui tendit une tasse de thé qu'elle accepta avec gratitude, sentant la chaleur se répandre dans ses mains froides. Ils burent en silence pendant un moment, le seul son étant le crépitement occasionnel de la lanterne et le bruit lointain des vagues.
« L'île où on va s'appelle Hand Island, » commença Thatch après un moment, sa voix prenant ce ton de conteur qu'il utilisait quand il voulait distraire. « Elle a une forme bizarre vue d'en haut, comme une main géante avec cinq doigts qui s'étendent dans la mer. C'est pour ça qu'elle porte ce nom. »
Ritsu écoutait, se concentrant sur sa voix plutôt que sur les images terrifiantes qui voulaient envahir son esprit.
« L'île est connue dans tout le Nouveau Monde pour ses artisans exceptionnels, » continua Thatch. « Des gens qui font les plus belles choses que tu puisses imaginer. Des bijoux si délicats qu'ils semblent faits de lumière plutôt que de métal. Des sculptures qui ont l'air vivantes. Des armes qui sont des œuvres d'art en elles-mêmes. »
Il sourit légèrement.
« L'île est aussi magnifique elle-même. Pleine de jardins soignés avec amour, de fontaines et de petites places paisibles. Il paraît qu'ils ont des pivoines blanches absolument magnifiques en cette saison. Les plus belles du Nouveau Monde selon certains. »
Quelque chose dans sa voix quand il mentionnait les pivoines attira l'attention de Ritsu. Elle le regarda curieusement, se demandant pourquoi il avait mentionné cette fleur spécifiquement.
« C'est une fleur intéressante, la pivoine, » murmura Thatch, presque pour lui-même. « Elle prend des années à vraiment s'épanouir complètement. Semble délicate mais survit aux hivers les plus rudes. A des couches et des couches de pétales, complexe et belle. »
Il la regarda directement.
« Qu'est-ce que tu veux faire là-bas ? Sur l'île je veux dire. »
Ritsu pensa un moment, puis écrivit :
Je sais pas. Voir les jardins peut-être ?
« On pourrait faire ça, » acquiesça Thatch. « Se promener tranquillement, voir les pivoines, peut-être visiter quelques ateliers d'artisans. Ce serait bien. Paisible. »
Il continua à parler doucement, décrivant l'île en détails qu'il avait probablement collectés lors de visites précédentes ou d'histoires entendues d'autres pirates. Sa voix était apaisante, monotone d'une façon délibérée qui était destinée à calmer plutôt qu'à exciter.
Ritsu sentait ses paupières devenir progressivement plus lourdes malgré sa résistance. La fatigue de la journée longue et émotionnellement épuisante la rattrapait, et la voix douce de Thatch l'enveloppait comme une couverture chaude.
Sans vraiment réfléchir, opérant sur pur instinct et besoin, elle tendit lentement sa main vers lui. Thatch la vit bouger et arrêta de parler, regardant avec des yeux légèrement écarquillés alors qu'elle prenait sa main dans la sienne et serrait fort.
Le message était clair même sans mots : ne pars pas.
Le cœur de Thatch fit quelque chose de compliqué dans sa poitrine, s'arrêtant puis repartant à un rythme bien trop rapide. Elle initiait le contact, le cherchait activement, le voulait près d'elle. C'était énorme, monumental même, cette confiance qu'elle lui accordait.
« Je pars pas, chaton, » promit-il, sa voix légèrement rauque avec émotion. « Je reste aussi longtemps que tu as besoin. Toute la nuit s'il le faut. »
Il serra sa main en retour, pas trop fort, juste assez pour qu'elle sache qu'il était là, qu'il ne la lâcherait pas.
Ils restèrent comme ça un moment, mains jointes, le silence confortable s'installant entre eux. Ritsu se sentait plus calme maintenant, la présence de Thatch ancrant solidement dans le présent plutôt que dans les terreurs du passé ou les peurs du futur.
Elle le regarda vraiment pour la première fois depuis qu'il était entré, remarquant les détails qu'elle ne voyait pas toujours quand sa panique ou sa fatigue brouillaient sa vision. Ses cheveux en désordre comme toujours, son sourire doux qui n'atteignait pas tout à fait ses yeux ce soir à cause de l'inquiétude qu'il portait pour elle.
Il continua à parler doucement, retournant à ses descriptions de Hand Island et des merveilles qu'ils pourraient y voir ensemble. Sa voix était apaisante, délibérément monotone pour encourager le sommeil plutôt que l'attention.
Les yeux de Ritsu se fermèrent progressivement, sa respiration ralentissant et s'approfondissant. Sa prise sur la main de Thatch - qu'elle n'avait jamais vraiment lâchée - se détendit légèrement mais ne lâcha pas, même dans le sommeil qui la réclamait finalement et inexorablement.
Thatch sentit le moment où elle s'endormit vraiment, son corps se relaxant complètement pour la première fois depuis des heures. Il arrêta de parler, laissant le silence s'installer doucement.
Il resta assis au bord du lit pendant un long moment, regardant son visage endormi qui semblait si jeune et vulnérable dans la faible lumière de la lanterne. Elle tenait toujours sa main, refusant de lâcher même inconsciente.
Lentement, prudemment pour ne pas la réveiller, Thatch se déplaça du bord du lit au sol à côté, s'installant aussi confortablement que possible sur le plancher dur. Il garda sa main dans la sienne, son bras s'étirant légèrement pour maintenir le contact pendant qu'elle dormait au-dessus de lui dans le lit.
Ce n'était pas confortable. Le plancher était dur et froid, et sa position était tordue d'une façon qui promettait des douleurs terribles le matin. Mais il ne s'en souciait pas. Elle avait besoin de lui, avait cherché sa présence, et il mourrait plutôt que de la laisser tomber.
Il resta comme ça toute la longue nuit, parfois s'assoupissant légèrement mais jamais vraiment dormant, toujours conscient de sa main dans la sienne, toujours vigilant au cas où elle se réveillerait effrayée. Les heures passèrent lentement, marquées par le changement progressif de la lumière à travers la petite fenêtre, de noir profond à gris foncé puis aux premières lueurs roses de l'aube.
Thatch pensait beaucoup pendant ces heures silencieuses. Il pensait à la conversation avec Marco dans la cuisine, à ses propres sentiments compliqués qu'il ne savait pas vraiment comment nommer. Il pensait à Vadric et à la menace qu'il représentait, à la promesse silencieuse que le Vice-Amiral avait faite avec ce dernier regard.
Mais surtout, il pensait à Ritsu endormie au-dessus de lui, tenant sa main même dans ses rêves, lui faisant confiance pour la garder en sécurité. C'était un honneur, cette confiance. Un privilège qu'il ne prendrait jamais pour acquis.
« Je te protégerai, chaton, » murmura-t-il si doucement qu'il était certain qu'elle ne pouvait pas l'entendre. « Même si ça me coûte ma propre vie, je ne le laisserai plus jamais te toucher ou te faire du mal. Je te le jure sur tout ce que je suis, sur la mémoire de Sohalia, sur le nom de Barbe Blanche. »
La lumière de l'aube continua de grandir, peignant progressivement la petite chambre de rose et d'or. Ritsu dormait toujours paisiblement, sans cauchemars cette nuit grâce à la présence protectrice de Thatch. Et Thatch restait à son poste au sol, veillant fidèlement, gardien silencieux contre tous les dangers qui pourraient venir.
Plus tard cette nuit-là, après que tout le monde soit allé dormir, Ace se retrouva debout sur le pont avant du navire, regardant les étoiles et l'océan sombre qui s'étendait à l'infini dans toutes les directions.
Il ne pouvait pas dormir, son esprit tournant sans cesse autour du moment sur le pont quand Vadric était monté à bord. Le moment où il s'était placé devant Ritsu sans réfléchir, opérant sur pur instinct protecteur.
C'était la première fois qu'il avait été proche d'elle depuis qu'elle avait essayé de le transformer en steak sur ce même pont il y a quelques semaines. Il avait été intentionnellement derrière elle pendant que Vadric parlait, se tenant dans son angle mort parce qu'il ne voulait pas la voir paniquer en le remarquant.
Mais quand ce bâtard de marine avait commencé à la fixer avec ce regard horrible, quand Ace avait vu la terreur pure sur son visage, il n'avait pas pu rester caché. Il s'était placé devant elle, bloquant la vue, la protégeant de la seule façon qu'il pouvait.
Et elle... elle n'avait pas paniqué en le voyant.
Oh, elle était en panique, ça c'était évident. Mais pas à cause de lui. Elle était trop terrifiée par Vadric pour même vraiment enregistrer qui se tenait devant elle. Pour elle dans ce moment, Ace n'était pas le déclencheur de son trauma, juste une présence protectrice générique.
C'était... quelque chose. Pas le pardon, certainement pas ça. Mais peut-être le tout premier pas microscopique vers quelque chose qui pourrait éventuellement devenir du pardon si Ace était patient et chanceux et ne faisait pas d'erreurs stupides.
« Tu peux pas changer le passé, yoi, » dit une voix derrière lui.
Ace se retourna pour voir Marco s'approcher, ses mains dans ses poches et son expression calme comme toujours.
« Mais tu peux choisir comment tu agis maintenant, » continua Marco en venant se tenir à côté de lui au bastingage. « Elle a besoin de protection. Tu lui as offert ça aujourd'hui. C'était bien. »
« Elle me déteste toujours, » murmura Ace.
« Probablement, » admit Marco sans détour. « Ou du moins elle associe toujours ton visage avec la pire nuit de sa vie. Mais les sentiments changent avec le temps si tu leur donnes une raison de changer. »
Il regarda Ace directement. « Continue juste à faire ce que tu as fait aujourd'hui. Protège-la quand tu peux. Respecte sa distance quand elle en a besoin. Ne force rien. Et peut-être qu'un jour elle te verra comme quelque chose d'autre que le gars de Sabaody. »
Ace hocha lentement la tête, voulant croire ça.
« Dors un peu, » conseilla Marco. « On a tous besoin d'être alertes. Vadric est là dehors quelque part, planifiant. »
Il s'éloigna, laissant Ace seul avec ses pensées et les étoiles et l'espoir fragile qu'un jour, peut-être, Ritsu pourrait le regarder sans voir un monstre.
— À suivre —
Publié : 12/03/2026
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