Sad Song
Chapitre 21 : Pain chaud et ombres froides
9736 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 26/03/2026 17:41
Ritsu n'arrivait pas à dormir.
Elle était allongée dans son lit à l'infirmerie, fixant le plafond dans l'obscurité, et les pensées tourbillonnaient dans sa tête sans répit. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle revoyait Thatch effondré sur la plage, la tête dans ses mains, sa voix brisée parlant de Sohalia et de six ans de recherches infructueuses.
"Il y a des jours où j'aimerais que ce soit vrai. Qu'elle soit morte. Au moins je pourrais faire mon deuil."
La douleur dans sa voix avait été insupportable.
Il portait ce poids tout seul, année après année, se culpabilisant pour quelque chose qui n'était pas sa faute, sacrifiant son propre bonheur et son propre repos pour continuer à chercher quelqu'un qui était peut-être perdue à jamais.
Et elle — qui lui devait tellement, qui avait été sauvée par lui, soignée par lui, protégée par lui — elle ne faisait rien pour alléger ce fardeau.
Ritsu se redressa dans son lit, la décision se formant dans son esprit avec une clarté soudaine.
Elle voulait l'aider. Devait l'aider.
Et il y avait une chose qu'elle pouvait faire.
Elle savait que Thatch se levait très tôt chaque matin pour préparer les repas de l'équipage — des centaines de pirates affamés qui comptaient sur lui pour les nourrir trois fois par jour. Elle savait aussi que pour pouvoir venir lui tenir la main pendant ses injections, il devait se lever encore plus tôt pour avancer son travail.
Si elle pouvait le soulager ne serait-ce qu'un peu, lui donner quelques heures de sommeil supplémentaires ou un moment de répit dans sa journée, alors peut-être qu'il aurait plus de temps. Plus d'énergie. Plus de ressources pour chercher Sohalia.
La rousse se leva avant que l'aube ne pointe à l'horizon, alors que le ciel était encore d'un noir d'encre parsemé d'étoiles. Elle s'habilla rapidement dans l'obscurité, enfilant une tunique simple et un pantalon confortable, puis attacha ses cheveux en queue de cheval haute pour qu'ils ne la gênent pas.
Ses mains tremblaient légèrement tandis qu'elle nouait l'élastique.
Elle n'était pas une cuisinière extraordinaire. Elle savait se débrouiller — sa mère lui avait appris les bases avant de mourir, et elle avait continué à cuisiner pour elle-même et Kenji pendant toutes ces années — mais elle n'était certainement pas au niveau de Thatch.
Mais elle pouvait l'assister. Être son commis. Faire les tâches simples pour qu'il puisse se concentrer sur le reste.
Si seulement il acceptait son aide.
Ritsu sortit de l'infirmerie sur la pointe des pieds, refermant doucement la porte derrière elle. Les couloirs du Moby Dick étaient plongés dans le silence, déserts à cette heure matinale. Seul le bruit lointain des vagues contre la coque accompagnait ses pas feutrés.
Elle arriva devant la porte de la cuisine et s'arrêta net, la main sur la poignée.
Et si elle faisait plus de mal que de bien ? Et si Thatch était fâché qu'elle s'immisce dans son espace sans permission ? Et si elle cassait quelque chose d'important ou gâchait un plat crucial ? Et si...
La tigresse secoua la tête violemment, chassant ces pensées.
Elle faisait ça pour lui. Pour l'aider. Et même s'il refusait son aide — et elle savait qu'il le ferait probablement, parce que c'était exactement le genre de chose que Thatch ferait, refuser l'aide qu'on lui offrait tout en se tuant à la tâche pour aider les autres — au moins elle aurait essayé.
Elle poussa la porte et entra.
L'intérieur de la cuisine était plongé dans l'obscurité, sentant encore vaguement les épices et le pain de la veille. Ritsu chercha à tâtons l'interrupteur et alluma les lumières, clignant des yeux face à la luminosité soudaine qui inonda l'espace.
La cuisine de Thatch était organisée avec une précision méticuleuse qui ne la surprit pas vraiment. Chaque ustensile avait sa place exacte sur les murs ou dans les tiroirs étiquetés. Les épices étaient rangées par ordre alphabétique dans des pots identiques. Les couteaux étaient alignés sur une barre magnétique, du plus petit au plus grand.
C'était le domaine d'un perfectionniste, d'un artisan qui prenait son métier au sérieux.
Elle avança lentement dans la pièce, observant tout avec une attention presque révérencieuse. Sur le grand comptoir central, elle trouva un menu écrit de la main de Thatch pour la journée :
Petit-déjeuner : pain frais, œufs brouillés, bacon, saucisses, fruits de saison, yaourt, café
Déjeuner : ragoût de bœuf aux légumes, riz pilaf, salade verte, pain à l'ail
Dîner : poisson grillé, pommes de terre rôties, haricots verts, tarte aux pommes
À côté du menu, il y avait une liste de préparations à faire à l'avance et des notes sur les quantités nécessaires pour nourrir l'équipage entier.
Ritsu étudia le menu pendant un long moment, puis prit une décision.
Elle pourrait commencer par le pain.
C'était quelque chose qu'elle savait faire — pas aussi bien que Thatch certainement, mais suffisamment bien pour que ce soit mangeable. Et le pain devait être préparé tôt pour avoir le temps de lever.
Elle retroussa ses manches et se mit au travail.
Trouver les ingrédients fut la première étape. Elle ouvrit plusieurs placards avant de localiser la farine, la levure, le sel. L'eau était facile — il y avait un grand évier dans le coin de la cuisine. Elle chercha une recette, mais ne trouva rien d'écrit. Thatch devait tout faire de mémoire.
Tant pis. Elle ferait avec ce qu'elle se rappelait.
Elle mesura les ingrédients avec soin, les versant dans un grand bol en métal qu'elle avait trouvé sous le comptoir. Farine, eau tiède, levure, sel, une touche de sucre pour aider la levée. Ses mains se mirent au travail presque automatiquement, mélangeant d'abord avec une cuillère en bois puis avec ses doigts quand la pâte devint trop épaisse.
C'était étrange d'être dans cette cuisine immense et professionnelle alors qu'elle avait l'habitude de cuisiner dans de petits espaces miteux. Mais il y avait quelque chose de réconfortant dans le processus familier — pétrir la pâte, sentir sa texture changer sous ses mains, la regarder devenir lisse et élastique.
Elle ne savait même pas si Thatch voudrait de son aide. Il dirait probablement qu'elle devrait se reposer, qu'elle se remettait encore de ses blessures, qu'elle n'avait pas à se lever si tôt pour travailler.
Mais peut-être qu'il comprendrait. Peut-être qu'il verrait que ce n'était pas par obligation qu'elle faisait ça, pas par gratitude ou par dette.
Mais parce qu'elle voulait l'aider. Parce qu'il comptait pour elle.
Parce que le voir porter ce poids tout seul lui faisait quelque chose dans la poitrine qu'elle n'arrivait pas à nommer mais qui lui donnait envie d'être là pour lui comme il avait été là pour elle.
Ritsu pétrit la pâte avec une détermination silencieuse, seule dans la cuisine endormie, pendant que le ciel à l'extérieur commençait lentement à s'éclaircir.
Thatch se réveilla dans sa cabine alors que le ciel virait du noir au gris pâle de l'aube naissante. Il s'étira, bâillant largement, puis se leva avec les mouvements automatiques de quelqu'un qui faisait ça tous les matins depuis des années.
Il s'habilla rapidement — pantalon de travail, chemise blanche simple qu'il ne craignait pas de salir, tablier qu'il mettrait une fois dans la cuisine. Ses cheveux refusaient obstinément de se discipliner malgré ses efforts pour les coiffer, se dressant dans toutes les directions comme s'ils avaient leur propre volonté.
Il abandonna après quelques tentatives et se dirigea vers la porte.
Il s'était réveillé plus tôt que d'habitude ce matin — encore plus tôt que son horaire déjà matinal — pour avoir le temps de faire avancer son travail avant l'injection de Ritsu. C'était la troisième et normalement la dernière. Après ça, si tout allait bien, sa voix devrait commencer à revenir progressivement.
Le commandant de la quatrième division marcha dans les couloirs encore endormis, ses pensées dérivant inévitablement vers la veille.
La plage.
L'informateur qui lui avait dit, une fois de plus, que Sohalia était probablement morte.
Le poids écrasant de six ans de recherches infructueuses qui s'était abattu sur lui comme une vague.
Et puis Ritsu.
Ritsu qui avait posé sa tête sur son épaule sans un mot. Ritsu qui s'était rapprochée de lui pour offrir son soutien silencieux. Ritsu qui s'était mise à ronronner — putain, elle s'était mise à ronronner — juste pour le faire sourire.
Quelque chose avait changé hier sur cette plage. Quelque chose s'était ouvert dans sa poitrine, quelque chose de dangereux et de merveilleux et d'absolument terrifiant.
Il ne voulait plus faire semblant que ce qu'il ressentait pour elle était juste de l'affection fraternelle ou de la sollicitude amicale.
C'était tellement plus que ça.
C'était de cette manière que son cœur s'accélérait quand il la voyait sourire. De cette manière qu'il voulait être celui qui séchait ses larmes et allégeait ses fardeaux. De cette manière que tenir sa main pendant les injections lui donnait l'impression d'être à sa place exacte dans l'univers.
C'était pour ça qu'il avait passé la moitié de la nuit à se retourner dans son lit en pensant à elle.
Thatch secoua la tête, essayant de chasser ces pensées pour se concentrer sur la journée à venir. Il avait du travail. Des centaines de pirates affamés comptaient sur lui pour leur premier repas de la journée.
Il arriva devant la porte de la cuisine, encore plongé dans ses pensées confuses, et la poussa.
Puis il se figea complètement.
Ritsu.
Dans sa cuisine.
À quatre heures et demie du matin.
En train de pétrir de la pâte avec une concentration intense, ses cheveux attachés en arrière en une queue de cheval haute qui dégageait son visage, de la farine déjà sur ses mains et — il cligna des yeux pour être absolument certain qu'il ne rêvait pas — sur le bout de son nez.
Pendant une seconde terrifiante, il pensa qu'il avait complètement perdu la tête. Que ses pensées obsessives à propos d'elle l'avaient fait craquer au point d'halluciner sa présence partout. Que son cerveau fatigué lui jouait des tours et qu'il voyait ce qu'il voulait voir plutôt que la réalité.
Puis elle se retourna.
Le vit.
Et lui offrit un sourire radieux qui illumina tout son visage pendant qu'elle levait une main couverte de farine pour le saluer dans un petit geste qui lui coupa littéralement le souffle.
« Chaton... » Sa voix sortit rauque, encore marquée par le sommeil et la surprise. « Qu'est-ce que tu fais là ? »
La rousse ouvrit la bouche pour répondre, puis se figea, réalisant visiblement qu'elle n'avait pas son ardoise. Ses joues prirent une teinte rose légère et elle ferma la bouche, embarrassée.
Puis elle pointa la pâte devant elle.
Thatch cligna des yeux.
« Tu... cuisines ? »
Elle hocha vigoureusement la tête.
« Maintenant ? »
Nouveau hochement enthousiaste.
« Pourquoi ? »
La tigresse hésita, puis pointa vers lui avec son doigt couvert de farine.
« Pour... moi ? »
Elle acquiesça, puis fit un geste comme si elle portait quelque chose de très lourd sur ses épaules, son visage prenant une expression exagérée d'effort.
Thatch fronça les sourcils, essayant de comprendre cette pantomime matinale.
« Je porte... quelque chose de lourd ? »
Elle hocha la tête avec enthousiasme, puis fit semblant de chercher quelque chose, sa main au-dessus de ses yeux comme une visière, tournant la tête de gauche à droite.
« Je cherche... »
Il s'interrompit, la compréhension arrivant soudainement comme un coup de poing dans l'estomac.
« Sohalia. »
Le sourire de Ritsu devint plus doux, plus triste, plus tendre. Elle hocha la tête lentement.
Puis elle pointa à nouveau la pâte, le menu sur le comptoir, fit un geste circulaire englobant toute la cuisine, et enfin le désigna lui.
« Tu veux... m'aider ? » Sa voix tremblait légèrement. « M'aider en cuisine... pour que j'aie plus de temps ? »
Elle acquiesça, et quelque chose dans la poitrine de Thatch se serra si fort qu'il eut du mal à respirer pendant une seconde.
« Pour que j'aie plus de temps pour... la chercher ? »
Nouveau hochement, ses yeux bleus fixés sur les siens avec une intensité qui le cloua sur place.
« Chaton... »
Il ne savait même pas quoi dire. Les mots se bousculaient dans sa gorge, refusant de sortir dans un ordre cohérent.
Personne ne s'était jamais soucié de ça. Personne ne lui avait jamais offert de l'aide pour qu'il puisse avoir plus de temps pour chercher Sohalia. Tout le monde lui disait d'abandonner, de passer à autre chose, d'accepter qu'elle était morte.
Mais Ritsu — qui le connaissait depuis quelques mois, qui avait ses propres traumatismes et sa propre guérison à gérer — s'était levée avant l'aube pour venir l'aider dans sa cuisine.
Pour qu'il puisse avoir du temps.
Pour Sohalia.
Pour lui.
« Tu n'es pas obligée de... » commença-t-il, mais elle secoua frénétiquement la tête et pointa à nouveau la pâte, puis lui, puis fit un geste qui semblait vouloir dire "ensemble".
Ensemble.
Elle voulait travailler avec lui.
Thatch sentit quelque chose se briser dans sa poitrine et se reformer dans une configuration différente, quelque chose de plus chaud et de plus doux et de plus dangereux.
« D'accord, » murmura-t-il, sa voix à peine audible. « D'accord, chaton. On travaille ensemble. »
Le sourire qu'elle lui offrit aurait pu illuminer tout le Moby Dick.
Travailler avec Ritsu s'avéra être à la fois étrangement naturel et complètement déstabilisant.
Thatch lui montra où se trouvaient les différents ingrédients, les ustensiles, les casseroles et les poêles. Elle apprenait vite, mémorisant l'organisation de la cuisine avec une attention impressionnante, hochant la tête pour montrer qu'elle comprenait.
« Le paprika est dans l'armoire du haut, troisième étagère à gauche, » expliqua-t-il en pointant. « À côté du cumin et du curry. Les épices chaudes ensemble, les herbes fraîches dans le frigo. »
Elle suivait son doigt, observant, enregistrant chaque information.
« Les couteaux, tu ne les mets JAMAIS dans le lave-vaisselle. Jamais. Ça les abîme. Tu les laves à la main et tu les sèches immédiatement. »
Un hochement de tête ferme. Elle avait compris. C'était une règle absolue.
« Et si tu renverses quelque chose sur le sol, tu nettoies tout de suite. Un sol glissant dans une cuisine, c'est comment on se retrouve à l'infirmerie avec une commotion. »
Un petit sourire en coin, presque taquin. Comme si elle disait : Tu parles d'expérience ?
Le pirate rit doucement.
« Peut-être. »
Ils développèrent rapidement un système de communication non verbal qui fonctionnait avec une efficacité surprenante. Des gestes, des regards, des hochements de tête. Ritsu pointait quelque chose et Thatch confirmait ou corrigeait d'un mouvement de tête. Il lui montrait une technique et elle reproduisait, ajustant selon ses indications muettes.
Quand elle ne savait pas où se trouvait quelque chose, elle levait l'ustensile en question avec une expression interrogative. Il pointait l'endroit approprié. Quand il avait besoin d'un ingrédient mais avait les mains occupées, il inclinait la tête dans la bonne direction et elle le lui apportait sans qu'il ait besoin de demander.
C'était comme une danse silencieuse, leurs mouvements se synchronisant progressivement à mesure que les minutes passaient, trouvant un rythme commun dans le chaos organisé de la cuisine.
Il y eut des moments où leurs mains se frôlèrent — attrapant le même couteau en même temps, leurs doigts se rencontrant sur le manche. Se passant un bol, leurs paumes se touchant brièvement. Ajustant la température d'un four, leurs épaules se cognant doucement quand ils se penchaient tous les deux en même temps.
Chaque contact était comme une petite décharge électrique qui remontait le long du bras de Thatch et se logeait quelque part près de son cœur, chaud et déstabilisant.
La première fois que leurs mains se touchèrent vraiment — quand il tendit la main pour attraper un bol exactement au même moment qu'elle — ils se figèrent tous les deux pendant une seconde qui sembla s'étirer à l'infini.
Leurs yeux se croisèrent.
Elle rougit légèrement et retira rapidement sa main, lui laissant le bol.
Lui resta là comme un idiot, le cœur battant trop vite, se demandant si elle avait senti la même chose que lui.
Le commandant de la quatrième division la regardait travailler quand elle ne le voyait pas, et il se rendait compte qu'il était complètement foutu.
La concentration sur son visage quand elle hachait des légumes avec soin, suivant ses instructions à la lettre pour obtenir des morceaux de taille uniforme. La façon dont elle mordillait légèrement sa lèvre inférieure quand elle essayait de se rappeler où il avait dit qu'était rangé le paprika. Le petit froncement de sourcils quand elle goûtait quelque chose et réfléchissait à l'assaisonnement nécessaire.
Le petit sourire satisfait qui illuminait ses traits quand elle réussissait quelque chose correctement — quand la sauce épaississait à la bonne consistance, quand les légumes étaient coupés parfaitement, quand le pain sortait du four avec une croûte dorée idéale.
Elle était magnifique dans sa cuisine, couverte de farine et concentrée, et il devait faire un effort conscient pour ne pas la fixer comme un idiot amoureux.
Amoureux.
Le mot résonna dans sa tête comme un coup de gong.
C'était ça, n'est-ce pas ?
Ce sentiment écrasant qui lui comprimait la poitrine à chaque fois qu'elle souriait. Cette envie irrépressible d'être près d'elle, de la toucher, de la faire rire. Cette douleur sourde quand il la voyait triste ou effrayée. Cette joie débordante quand elle venait vers lui de son plein gré.
C'était de l'amour.
Putain.
Il était amoureux de Ritsu.
Le cuisinier ferma brièvement les yeux, essayant de reprendre le contrôle de ses pensées qui galopaient dans toutes les directions.
Ce n'était pas le bon moment. Elle guérissait encore. Elle avait vécu un trauma horrible. Elle avait besoin d'un ami, d'un protecteur, pas d'un idiot qui tombait amoureux d'elle alors qu'elle était vulnérable.
Mais son cœur s'en fichait du timing ou de la logique.
Son cœur voulait ce qu'il voulait.
Et il voulait elle.
Il sursauta, ouvrant les yeux pour découvrir que Ritsu le regardait avec inquiétude, la tête légèrement inclinée.
Elle tenait une cuillère en bois couverte de sauce et la pointait vers lui avec une expression interrogative.
Il comprit immédiatement. Elle voulait qu'il goûte.
« Ah, oui. Désolé, j'étais... ailleurs. »
Il s'approcha et elle leva la cuillère vers sa bouche. Il goûta la sauce — un ragoût de bœuf qu'elle avait préparé suivant sa recette — et ferma les yeux pour se concentrer sur les saveurs.
Parfait équilibre entre les épices. Bonne consistance. Viande tendre.
« C'est parfait, » dit-il en rouvrant les yeux.
Le sourire qu'elle lui offrit aurait pu illuminer toute la cuisine.
D'autres cuisiniers commencèrent à arriver environ une heure plus tard — trois hommes d'autres divisions qui l'aidaient régulièrement pour les repas de l'équipage. Robert, un homme massif avec une barbe rousse. Jin, petit et nerveux mais excellent avec les desserts. Et Samuel, le plus jeune, qui apprenait encore.
Ils se figèrent tous en voyant Ritsu, surpris, puis échangèrent des regards éloquents entre eux avant de se tourner vers Thatch avec des expressions qui oscillaient entre l'amusement et la curiosité intense.
Le commandant leur lança un avertissement silencieux avec ses yeux : Ne dites rien. Faites comme si c'était normal. Un seul commentaire déplacé et je vous fais éplucher des patates pendant un mois.
Ils comprirent le message immédiatement.
« Bonjour, mademoiselle, » salua Robert avec un grand sourire et un hochement de tête respectueux. « Bienvenue dans notre chaos organisé. »
Ritsu lui rendit son sourire et fit une petite révérence de salutation.
« Besoin d'aide pour quelque chose ? » demanda Jin en enfilant son tablier.
La rousse secoua la tête et pointa le ragoût qu'elle surveillait, puis fit un geste circulaire qui semblait vouloir dire "tout est sous contrôle".
« Parfait, » dit Samuel en se dirigeant vers sa station habituelle. « On s'occupe du reste alors. »
La cuisine se remplit progressivement de bruit et d'activité — le sifflement du bacon dans les poêles que Robert manipulait avec expertise, le bouillonnement du café sur le feu que Jin préparait en sifflotant, les conversations des cuisiniers qui se chamaillaient amicalement à propos de la meilleure façon de faire cuire les œufs.
« Je te dis que les œufs brouillés doivent être cuits à feu doux, » argumentait Jin.
« Et moi je te dis que personne n'a le temps pour ça quand on nourrit trois cents pirates affamés, » répliquait Robert.
« C'est pour ça que les tiens sont toujours caoutchouteux ! »
« Mes œufs ne sont pas caoutchouteux ! »
Thatch secoua la tête avec amusement, habitué à leurs disputes quotidiennes.
Et à travers tout ce chaos familier, il était constamment conscient de Ritsu qui travaillait à ses côtés. Sa présence était comme un point d'ancrage dans le tourbillon matinal, quelque chose de solide et de réconfortant et de parfaitement à sa place.
Il la vit aider Samuel quand le jeune homme avait du mal à ouvrir un bocal particulièrement récalcitrant. Elle le prit simplement de ses mains, l'ouvrit avec une facilité surprenante, et le lui rendit avec un clin d'œil complice.
Samuel rougit jusqu'aux oreilles et bafouilla un remerciement.
Le pirate dut réprimer un sourire. Apparemment, il n'était pas le seul à être charmé par la tigresse.
Plus tard, quand Robert se plaignait de ne pas trouver le thym, elle pointa calmement l'étagère du haut où les herbes étaient rangées.
« Ah ! Merci, petite. Tu apprends vite. »
Elle sourit et retourna à sa tâche.
Ils travaillèrent ensemble pendant encore deux heures dans une harmonie presque parfaite. Ritsu suivait les instructions de Thatch, anticipait ses besoins, apprenait à naviguer dans la cuisine comme si elle y avait toujours appartenu.
À un moment, alors qu'elle se penchait pour attraper quelque chose dans le four du bas et que lui se penchait simultanément pour prendre un plat sur l'étagère au-dessus d'elle, ils se retrouvèrent dans une position étrangement intime — son corps courbé au-dessus du sien, si proche qu'il pouvait sentir le parfum subtil de ses cheveux mélangé à l'odeur de farine et de pain frais.
Ils se figèrent tous les deux.
Elle se redressa lentement, se retournant vers lui, et soudainement ils étaient face à face, à quelques centimètres l'un de l'autre.
Ses yeux bleus étaient immenses dans la lumière dorée de la cuisine.
Le cœur de Thatch battait beaucoup trop vite.
Il aurait pu se pencher. Juste un tout petit peu. Et leurs lèvres se seraient touchées.
« Thatch ! Le bacon brûle ! »
La voix de Robert brisa le moment comme un seau d'eau froide.
Thatch recula précipitamment, se cognant contre le comptoir, et se précipita vers la poêle fumante pour sauver le bacon avant qu'il ne devienne du charbon.
Quand il se retourna quelques secondes plus tard, Ritsu avait les joues roses et évitait soigneusement son regard.
Putain.
Il était tellement foutu.
Quelques heures plus tard, alors que le petit-déjeuner était presque prêt et que la cuisine bourdonnait d'activité fébrile, Thatch s'essuya les mains sur son tablier et se tourna pour chercher Ritsu.
Il la trouva près du comptoir de préparation, en train de disposer des fruits fraîchement coupés dans de grands bols avec une précision méticuleuse. Elle était légèrement essoufflée, ses joues rosies par l'effort et la chaleur de la cuisine qui devenait étouffante avec tous les fours allumés. De la farine maculait sa joue droite, le bout de son nez, et même une mèche de cheveux qui s'était échappée de sa queue de cheval pour retomber sur son visage.
Elle était magnifique.
Le pirate resta figé pendant un moment, juste à la regarder, et sentit quelque chose se gonfler dans sa poitrine — quelque chose d'énorme et d'incontrôlable et d'absolument terrifiant qui menaçait de déborder à tout moment.
Je l'aime.
Je suis amoureux d'elle.
Complètement. Irrémédiablement. Désespérément.
« Hé, » dit-il doucement pour attirer son attention, sa voix sortant un peu plus rauque qu'il ne l'aurait voulu.
La rousse se retourna vers lui, un sourire aux lèvres, et il dut se rappeler de respirer.
« C'est bientôt l'heure. » Il tapota doucement sa propre gorge pour indiquer ce qu'il voulait dire.
La compréhension passa sur le visage de Ritsu, suivie immédiatement d'une grimace qui aurait été comique dans d'autres circonstances.
Elle hocha la tête et commença à retirer son tablier, le pliant soigneusement avant de le poser sur le comptoir.
« Tu as été incroyable ce matin, » dit Thatch alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie. « Vraiment. Tu m'as aidé plus que tu ne peux l'imaginer. Merci. »
Elle lui offrit un petit sourire timide, ses joues rougissant légèrement — et il ne put s'empêcher de se demander si c'était à cause de ses paroles ou de la chaleur persistante de la cuisine.
« À tout à l'heure, mademoiselle ! » lança Robert depuis sa station. « Revenez quand vous voulez ! »
« Ouais ! » renchérit Jin. « On pourrait s'habituer à avoir de l'aide compétente ! »
Samuel leva juste une main timide en guise d'au revoir, encore trop intimidé pour parler directement à Ritsu.
Ils saluèrent les autres cuisiniers en partant et se dirigèrent ensemble vers l'infirmerie, marchant côte à côte dans les couloirs qui commençaient à s'animer avec le réveil progressif de l'équipage.
Yori et Tachi étaient déjà dans l'infirmerie quand ils arrivèrent, préparant le matériel pour la troisième injection.
« Bonjour, » salua Yori chaleureusement. « Dernière injection aujourd'hui normalement. Comment tu te sens, Ritsu ? »
La tigresse haussa les épaules d'un air fataliste qui disait clairement : Aussi bien que possible pour quelqu'un qui va se faire enfoncer une aiguille dans la gorge.
« C'est l'esprit, » dit Tachi avec un petit rire. « Allez, installe-toi. On va faire ça rapidement. »
Ritsu s'allongea sur le lit et Thatch prit automatiquement sa place dans la chaise à côté d'elle, attrapant sa main dans la sienne avec un geste qui était devenu presque naturel maintenant.
« Prête ? » demanda Yori.
Elle hocha la tête, serrant déjà la main de Thatch de façon préventive.
« Regarde-moi, » murmura le commandant de la quatrième division, attirant ses yeux vers les siens. « Tu sais ce que j'ai entendu dire hier ? »
L'aiguille perça la peau.
La rousse se raidit, ses doigts se refermant comme un étau autour de sa main.
« Apparemment, Vista a décidé qu'il voulait apprendre à danser, » continua Thatch comme si de rien n'était. « Tu imagines ? Vista. Le maître d'épée le plus élégant du Nouveau Monde. Qui veut apprendre à danser. »
Yori enfonçait l'aiguille plus profondément, injectant lentement le médicament. Des larmes se formaient au coin des yeux de Ritsu mais elle ne bougeait pas, gardant obstinément son regard fixé sur celui de Thatch.
« Donc il a demandé à Izou de lui apprendre. Parce qu'Izou est gracieux et tout ça. Et Izou a accepté. »
« Presque fini, » murmura Yori.
« Sauf que Vista, » continua le pirate avec un sourire qui s'élargissait, « refuse catégoriquement d'être le partenaire qui suit. Il insiste pour mener. Donc maintenant on a Izou — qui fait une tête de moins que lui — essayant de suivre Vista qui le fait tournoyer dans tous les sens comme un sac de pommes de terre. »
Tachi pouffa depuis son coin de la pièce.
« Marco dit qu'ils ont failli démolir la bibliothèque hier. Izou a percuté une étagère et tous les livres se sont effondrés sur eux. »
« C'est terminé, » annonça Yori en retirant l'aiguille.
Ritsu laissa échapper un long souffle tremblant, son corps entier se détendant progressivement. Des larmes coulaient sur ses tempes mais quelque chose passa dans son regard — un éclat d'amusement malgré la douleur.
« Dernière, » dit Yori en appliquant un nouveau pansement. « Ta voix devrait commencer à revenir dans les prochains jours. Peut-être pas complètement au début, mais progressivement. »
La tigresse hocha la tête, essuyant ses larmes d'un geste las.
Thatch lui pressa doucement la main.
« Tu as été courageuse. Comme toujours. »
Yori rangea son matériel puis se tourna vers Thatch.
« Vous avez besoin de quelque chose, commandant ? »
« Non, je vais bien. Merci. »
Le médecin en chef de l'équipage hocha la tête et se dirigea vers la porte, mais Tachi ne le suivit pas.
Elle resta debout à côté du lit, les mains jointes devant elle, avec une expression qui fit immédiatement dresser tous les cheveux sur la nuque de Thatch.
« Ritsu, » dit-elle doucement. « J'aimerais te parler. En privé. Si ça ne te dérange pas. »
Le cœur du pirate se serra.
« Tout va bien ? » demanda-t-il, la regardant avec inquiétude. « Il y a un problème ? »
« Non, non, » s'empressa de répondre Tachi. « Tout va bien. Je veux juste discuter de quelque chose avec elle. Rien de grave. »
Thatch se tourna vers Ritsu qui attrapa son ardoise sur la table de nuit et écrivit rapidement.
Ça va. Tu peux y aller.
Il hésita, ne voulant pas vraiment partir mais ne voulant pas non plus insister si elle avait besoin d'intimité.
« Tu es sûre ? »
Elle hocha la tête et lui offrit un petit sourire rassurant.
« D'accord. » Il se leva lentement, pressant une dernière fois sa main avant de la lâcher. « Je serai dans le réfectoire si tu as besoin de moi. »
Elle acquiesça et il sortit de l'infirmerie, suivi par Yori.
Dès que la porte se referma derrière eux, Tachi prit la chaise que Thatch venait de libérer et s'installa avec un soupir.
« Ritsu, » commença-t-elle, et son ton était doux mais sérieux. « Je sais que tu as eu beaucoup de choses à gérer ces derniers jours. Le trauma de l'attaque, la guérison de tes blessures, les injections... »
La tigresse hocha la tête lentement, se demandant où elle voulait en venir.
« Mais il y a quelque chose dont je dois te parler avant que ça ne te vienne à l'esprit et que tu paniques. »
Le cœur de Ritsu se serra dans sa poitrine. Elle attendit, soudainement nerveuse.
Tachi prit une grande inspiration.
« Tu n'as pas eu tes règles depuis l'attaque. »
Le monde entier sembla s'arrêter de tourner.
Ritsu se figea complètement, ses yeux s'écarquillant d'horreur.
Oh non.
Oh non non non non.
Elle pourrait être...
Elle pourrait avoir...
La pièce sembla soudainement trop petite, l'air trop épais. Son cœur battait trop vite dans sa poitrine, si fort qu'elle pouvait l'entendre dans ses oreilles. Les murs se refermaient sur elle, l'étouffant, et elle ne pouvait pas respirer, elle ne pouvait pas...
Un bébé.
Le bébé de Vadric.
Non.
NON.
Elle allait vomir. Elle allait s'évanouir. Elle allait...
« Ritsu, respire. »
La voix de Tachi semblait venir de très loin.
Mais elle ne pouvait pas respirer. Ses poumons refusaient de fonctionner correctement. La panique montait dans sa gorge comme une vague, menaçant de la submerger complètement.
« Ritsu ! »
Tachi lui saisit doucement les épaules, la forçant à la regarder.
« Écoute-moi. Tu n'es pas enceinte. »
Le monde s'arrêta à nouveau, mais différemment cette fois.
« Quoi ? »
Le mot se forma sur ses lèvres sans son, juste un mouvement de bouche désespéré.
« Tu n'es PAS enceinte, » répéta Tachi fermement, tenant le regard de Ritsu avec une intensité qui ne laissait aucune place au doute. « Yori et moi nous en sommes assurés dès le début. Nous avons fait tous les examens nécessaires quand tu es arrivée. Tu n'es PAS enceinte. »
Ritsu s'effondra contre les oreillers, tremblante de soulagement. Des larmes jaillirent de ses yeux — pas de douleur cette fois, mais de soulagement pur et absolu.
Pas enceinte.
Pas enceinte.
Pas enceinte.
Le mantra tournait dans sa tête comme une prière exaucée.
« Je sais que c'est effrayant, » continua Tachi doucement, lui tendant un mouchoir. « C'est pour ça que je voulais t'en parler maintenant, avant que tu ne le remarques toi-même et que tu paniques toute seule. »
La rousse hocha la tête frénétiquement, essuyant ses larmes d'une main tremblante.
« Le corps réagit parfois ainsi après un trauma violent, » expliqua l'infirmière. « Il se concentre sur la guérison, sur la survie, et met certaines fonctions en pause temporairement. C'est une réaction de stress. Ton corps est encore trop occupé à guérir — physiquement et mentalement — pour maintenir un cycle normal. »
Ritsu écoutait, absorbant chaque mot, s'accrochant à cette explication rationnelle.
« C'est normal, » insista Tachi. « Ça peut durer quelques semaines, parfois quelques mois. Mais ça reviendra. Une fois que ton corps aura fini de guérir les blessures principales et que ton esprit sera dans un état plus stable, ton cycle se régularisera naturellement. »
La tigresse acquiesça, le soulagement la rendant presque étourdie.
Tachi hésita, puis ajouta plus doucement :
« Même si ton cycle n'est pas régulier en ce moment, il est théoriquement possible de tomber enceinte. Pas probable, mais possible. Donc si jamais... dans le futur... tu deviens intime avec quelqu'un... il faudra faire attention et utiliser des protections. »
Ritsu secoua vigoureusement la tête, ses mains se levant pour former un "non" catégorique.
Non. Elle n'était pas prête pour ça. Pas du tout. L'idée seule la faisait paniquer. Laisser quelqu'un la toucher de cette façon après ce que Vadric avait fait... non. Juste non.
Et puis avec qui de toute façon ?
L'image de Thatch surgit immédiatement dans son esprit — ses mains douces tenant les siennes pendant les injections, son sourire taquin quand elle avait ronronné sur la plage, la façon dont il la regardait parfois comme si elle était précieuse et importante.
Ses mains à lui sur sa peau. Sa bouche sur la sienne. Son corps contre le sien, doux et patient et...
La rousse chassa violemment cette pensée, ses joues s'embrasant instantanément.
Non. Non non non. Elle ne pensait pas à ça. Elle ne pensait PAS à ça.
Tachi l'observait avec une expression douce et compréhensive.
« Je sais que c'est beaucoup à assimiler. Prends ton temps. Il n'y a aucune urgence. Je voulais juste que tu sois informée. »
Ritsu hocha la tête, essayant de se ressaisir, de chasser l'image de Thatch qui persistait traîtreusement dans son esprit.
« Tu peux y aller maintenant si tu veux, » dit Tachi en se levant. « Repose-toi un peu ou va rejoindre Thatch. Fais ce qui te fait du bien. »
La tigresse se leva lentement, encore un peu tremblante, et Tachi lui pressa gentiment l'épaule avant de sortir.
Une fois seule, Ritsu s'assit sur le bord du lit et prit plusieurs grandes respirations, essayant de calmer son cœur qui battait encore trop vite.
Pas enceinte.
Le soulagement était si intense que c'en était presque douloureux. Comme si un poids énorme avait été soulevé de sa poitrine, lui permettant enfin de respirer complètement.
Elle n'était pas... elle n'avait pas...
Les larmes revinrent, mais différentes cette fois. Pas de panique ou de terreur, mais de soulagement pur et absolu.
Pendant un instant horrible dans cette infirmerie, elle avait vraiment cru que Vadric lui avait laissé une dernière marque. Un dernier moyen de la détruire même de loin. Un bébé qu'elle n'avait jamais voulu, conçu dans la violence et l'horreur.
Mais non.
Elle n'était pas enceinte.
Son corps était juste en train de guérir. De se remettre du trauma. C'était normal. Temporaire.
Ritsu essuya ses larmes d'un geste tremblant et se leva lentement.
Mais les autres paroles de Tachi résonnaient encore dans sa tête, refusant de se taire.
"Si jamais tu deviens intime avec quelqu'un..."
La tigresse secoua violemment la tête, chassant cette pensée.
Elle ne voulait pas penser à ça. Ne voulait pas imaginer laisser quelqu'un la toucher de cette façon après ce que Vadric avait fait.
L'idée seule la faisait paniquer. Sentir des mains sur sa peau. Un corps contre le sien. Être vulnérable et exposée...
Non. Elle n'était pas prête pour ça. Ne le serait peut-être jamais.
Et puis avec qui de toute façon ?
L'image de Thatch surgit immédiatement dans son esprit avant qu'elle ne puisse l'arrêter.
Thatch avec ses mains douces qui tenaient les siennes pendant les injections, qui respectaient toujours ses limites.
Thatch avec son sourire taquin qui la faisait se sentir normale malgré tout.
Thatch qui s'était effondré sur la plage et qui l'avait laissée le réconforter.
Thatch ce matin dans la cuisine, surpris de la voir là, touché par son geste.
Ses mains à lui sur sa peau...
Sa bouche sur la sienne...
Son corps contre le sien, mais pas violent cette fois, pas brutal, juste doux et patient et...
Les joues de Ritsu s'embrasèrent violemment.
NON.
Elle ne pensait pas à ça. Elle ne pensait PAS à ça.
Thatch était son ami. Son protecteur. Ce n'était pas... elle ne devrait pas...
Mais l'image persistait traîtreusement.
Comment il la regardait parfois — comme si elle était précieuse. Importante. Désirée.
Son cœur qui s'accélérait quand il lui souriait.
Cette envie d'être près de lui.
Ce qu'elle avait ressenti hier soir sur la plage, voulant rester dans ses bras pour toujours.
La rousse enfouit son visage dans ses mains avec un gémissement silencieux.
Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ?
Elle venait à peine de découvrir qu'elle n'était pas enceinte du violeur qui l'avait torturée, et son cerveau traître pensait déjà à Thatch...
Elle secoua violemment la tête. Non. Elle devait arrêter.
Thatch ne la voyait probablement même pas comme ça. Il était gentil avec tout le monde. Ce n'était rien de spécial.
Et même si par miracle il ressentait quelque chose pour elle, elle n'était pas prête. Ne le serait peut-être jamais. Vadric avait cassé quelque chose en elle qu'elle ne savait pas comment réparer.
La tigresse se leva brusquement, attrapa son ardoise, et sortit de l'infirmerie avant que ses pensées ne puissent la torturer davantage.
Elle devait trouver Thatch.
Non pas parce qu'elle pensait à lui de *cette* façon.
Juste parce qu'elle... qu'elle voulait être près de lui.
C'était normal.
Complètement normal.
Le réfectoire était déjà bondé quand Ritsu arriva, résonnant du bruit joyeux de centaines de pirates affamés qui dévoraient leur petit-déjeuner. L'odeur de pain frais, de bacon grillé et de café fort emplissait l'air.
Elle repéra immédiatement Thatch dans la cuisine ouverte, servant des assiettes avec son efficacité habituelle, riant avec les autres cuisiniers. Il avait l'air détendu, heureux, dans son élément.
Puis il la vit.
Son visage s'illumina d'un sourire qui lui coupa littéralement le souffle.
« Chaton ! » Il déposa rapidement l'assiette qu'il tenait et contourna le comptoir pour venir vers elle. « Comment ça s'est passé ? Tout va bien ? »
Elle hocha la tête, lui offrant un sourire rassurant.
Il la dévisagea pendant un moment, ses yeux scrutant son visage comme s'il cherchait des signes de détresse, puis hocha la tête, apparemment satisfait.
« Bien. Tu as faim ? Viens, je vais te servir. »
Il la guida vers une table où étaient déjà installés plusieurs commandants — Marco, Izou, Vista, et Jozu qui se voûtait légèrement pour paraître moins intimidant.
« Ritsu ! » salua Izou chaleureusement. « On m'a dit que tu avais aidé Thatch ce matin en cuisine. Impressionnant. »
Elle haussa les épaules avec un petit sourire modeste.
« Elle a été incroyable, » confirma Thatch en revenant avec deux plateaux chargés de nourriture. Il en posa un devant elle et garda l'autre pour lui. « J'ai presque envie de la recruter de façon permanente. »
« Hey, » protesta Marco avec un sourire en coin. « On commence à peine à la connaître, tu vas pas nous la voler déjà. »
« Je ne la vole pas, » répliqua le cuisinier. « Elle est venue de son propre chef. »
« Parce que tu l'as charmée avec tes talents culinaires, » dit Vista avec un clin d'œil. « C'est de la triche. »
Ritsu observait ces échanges avec amusement, prenant une bouchée de pain encore chaud qui fondait dans sa bouche.
C'était bon.
Non, c'était extraordinaire.
Elle jeta un coup d'œil à Thatch qui mangeait tranquillement à côté d'elle, et se demanda comment il pouvait créer quelque chose d'aussi délicieux tous les jours sans effort apparent.
« Alors, » dit Marco en sirotant son café. « L'injection s'est bien passée ? »
La tigresse hocha la tête.
« Dernière, » ajouta Thatch. « Sa voix devrait commencer à revenir dans les prochains jours. »
« C'est une bonne nouvelle, » dit Izou. « On a hâte de t'entendre parler de nouveau. »
Ritsu sourit mais quelque chose dans son estomac se noua légèrement.
Sa voix qui revenait signifiait qu'elle n'aurait plus besoin des injections. Plus besoin que Thatch vienne tenir sa main chaque matin. Plus besoin de ces moments d'intimité partagée où il lui racontait des histoires stupides pour la distraire.
C'était ridicule de se sentir triste à ce sujet. Sa voix qui revenait était une bonne chose. Une excellente chose.
Mais une petite partie d'elle allait regretter ces matins.
« Hey, » murmura Thatch doucement, juste pour elle. « Tout va bien ? Tu as l'air pensive. »
Elle se tourna vers lui et hocha rapidement la tête, chassant ces pensées.
Il ne sembla pas convaincu mais n'insista pas.
Le reste du petit-déjeuner se passa dans une atmosphère détendue et joyeuse. Les commandants plaisantaient entre eux, se chamaillaient amicalement, racontaient des histoires de leurs dernières aventures.
Et Ritsu restait assise là, observant, souriant, se sentant pour la première fois depuis longtemps comme si elle appartenait quelque part.
L'après-midi était bien avancé quand Thatch suggéra une promenade en ville. Ils avaient terminé le service du déjeuner, nettoyé la cuisine avec l'aide des autres cuisiniers, et le pirate avait remarqué que Ritsu semblait encore pensive, ailleurs.
« Tu veux sortir un peu ? » avait-il proposé. « Prendre l'air ? Le temps est magnifique aujourd'hui. »
Elle avait hoché la tête, reconnaissante pour la distraction.
Maintenant ils marchaient côte à côte dans les rues animées de Hand Island, naviguant entre les étals de marché et les passants. Le soleil brillait dans un ciel d'un bleu éclatant, une brise légère apportant l'odeur salée de l'océan mélangée aux parfums des fleurs vendues par les marchands.
C'était une journée parfaite.
Mais quelque chose n'allait pas.
Thatch le sentait. Ritsu marchait à côté de lui, acquiesçant aux bons moments, souriant quand il fallait, mais son regard était distant. Ailleurs. Perdu dans des pensées qu'elle ne partageait pas et qui semblaient la tourmenter.
Ce n'était pas le silence confortable qu'ils avaient développé ensemble au fil des jours. C'était quelque chose de plus lourd, de plus préoccupé, de plus troublé.
Il l'observait du coin de l'œil pendant qu'ils marchaient. Elle mordillait légèrement sa lèvre inférieure. Ses sourcils se fronçaient comme si elle se débattait avec quelque chose de difficile. Ses bras restaient croisés sur sa poitrine dans une posture défensive.
Quelque chose que Tachi lui avait dit ce matin la tracassait. Mais quoi ?
« Hé, » dit-il en s'arrêtant devant un étal de fleurs particulièrement coloré. « Regarde ça. »
La rousse s'arrêta aussi, suivant son regard vers les bouquets éclatants de roses, de lys, de tulipes et d'orchidées.
« Quelle est ta fleur préférée ? » demanda-t-il.
Elle observa l'étal pendant un moment, puis pointa doucement les pivoines blanches — les mêmes qu'il lui avait offertes quelques jours plus tôt.
Quelque chose dans la poitrine de Thatch se réchauffa.
« Bon choix, » murmura-t-il. « Les pivoines symbolisent la guérison et la bonne fortune. Et aussi... »
Il s'interrompit, réalisant qu'il était sur le point de dire "l'amour et la romance" et que ce serait probablement très inapproprié.
« Et aussi quoi ? » demanda-t-elle silencieusement avec ses lèvres, levant les yeux vers lui avec curiosité.
« Et aussi la compassion, » improvisa-t-il rapidement. « La gentillesse. »
Elle sourit doucement et se tourna à nouveau vers les fleurs.
Le marchand, un vieil homme avec une longue barbe grise, leur sourit chaleureusement.
« Pour la belle demoiselle ? »
Thatch hésita une seconde, puis hocha la tête.
« Un bouquet de pivoines blanches, s'il vous plaît. »
Ritsu se tourna vers lui avec surprise, secouant la tête comme pour protester, mais il leva une main.
« C'est pour te remercier, » dit-il simplement. « Pour ce matin. Pour ton aide en cuisine. »
Elle ouvrit la bouche, puis la referma, ne sachant visiblement pas comment argumenter sans pouvoir parler.
Le marchand prépara un magnifique bouquet enveloppé dans du papier brun et le tendit à Ritsu avec un clin d'œil complice.
« Votre jeune homme a bon goût. »
Les joues de la tigresse s'empourprèrent instantanément.
Thatch toussa, ses propres joues chauffant légèrement.
« On est juste... on est amis. »
« Bien sûr, bien sûr, » dit le vieil homme avec un sourire qui suggérait clairement qu'il ne les croyait pas du tout.
Ils s'éloignèrent rapidement de l'étal, Ritsu tenant le bouquet contre sa poitrine, évitant soigneusement le regard de Thatch.
« Désolé pour ça, » murmura le commandant. « Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise. »
Elle secoua la tête vigoureusement et lui offrit un petit sourire timide qui disait clairement qu'elle n'était pas fâchée. Juste embarrassée.
Ils continuèrent leur promenade, passant devant des boutiques de vêtements, des librairies, des cafés bondés. Thatch essayait de maintenir une conversation légère, pointant des choses intéressantes, racontant des anecdotes stupides sur ses frères.
Mais il voyait bien que Ritsu n'était toujours qu'à moitié présente. Une partie de son esprit était ailleurs, tournant en boucle autour de quelque chose qui la tracassait visiblement.
« Hé. »
Il s'arrêta au milieu de la rue, se tournant vers elle.
La rousse s'arrêta aussi, surprise, et le regarda avec une expression interrogative.
« Tout va bien ? » demanda-t-il doucement, incapable de garder l'inquiétude hors de sa voix. « Tu as l'air... ailleurs. Depuis ce matin. Depuis que Tachi t'a parlé. »
Il vit quelque chose passer dans ses yeux — une brève lueur de panique peut-être, ou d'embarras, ou de quelque chose qu'il ne pouvait pas identifier — avant qu'elle ne se ressaisisse rapidement.
Elle hocha vigoureusement la tête, lui offrant un sourire qu'elle voulait rassurant mais qui ne montait pas tout à fait jusqu'à ses yeux.
« Tu es sûre ? » insista-t-il, se rapprochant légèrement. « Parce que si Tachi t'a dit quelque chose qui t'inquiète ou qui te fait peur, tu peux m'en parler. Tu sais que tu peux tout me dire. Je suis là pour toi. Toujours. »
Ritsu le dévisagea pendant un long moment, et il vit une lutte se jouer sur son visage — l'envie de parler combattant contre l'embarras ou la peur ou quoi que ce soit qui la retenait.
Puis elle sortit son ardoise d'une main légèrement tremblante et écrivit rapidement.
Tout va bien. Juste fatiguée. C'était une longue matinée.
Ce n'était pas tout à fait un mensonge, réalisa Thatch. Elle était fatiguée. Il voyait les cernes légers sous ses yeux. Mais ce n'était pas non plus toute la vérité.
Il la dévisagea pendant un long moment, ses yeux scrutant son visage comme s'il cherchait à percer ses secrets, à comprendre ce qui se cachait derrière ce sourire forcé.
Puis il soupira doucement.
« D'accord. Mais si tu as besoin de parler... même si c'est difficile ou embarrassant ou quoi que ce soit... je suis là. Toujours. Et je ne te jugerai jamais. D'accord ? »
Elle hocha la tête, ses yeux devenant légèrement humides, et lui offrit un sourire plus authentique cette fois.
« Bien, » dit-il en lui tendant son bras. « Alors continuons notre promenade. Il y a une pâtisserie incroyable deux rues plus loin. Leurs éclairs au chocolat sont à tomber. »
La tigresse glissa timidement sa main dans le creux de son bras et ils continuèrent leur marche.
Mais même avec le soleil chaud sur son visage et le bouquet de pivoines dans son bras libre, Ritsu ne pouvait pas s'empêcher de repenser à sa conversation avec Tachi.
Pas enceinte.
Le soulagement la submergeait encore par vagues chaque fois qu'elle y pensait.
Mais la petite voix traîtresse continuait de murmurer :
Peut-être avec la bonne personne... Quelqu'un de doux... Patient...
Son regard dériva malgré elle vers Thatch qui marchait à ses côtés, pointant quelque chose d'intéressant dans une vitrine, souriant de ce sourire qui illuminait tout son visage.
Elle détourna immédiatement les yeux, ses joues s'embrasant.
Non. Elle ne pensait pas à ça. Elle ne pensait PAS à ça.
Elle secoua violemment la tête, chassant ces pensées.
« Chaton ? »
Thatch la regardait avec inquiétude.
« Tu es sûre que ça va ? Tu viens de secouer la tête comme si tu essayais de chasser des mauvaises pensées. »
Elle hocha la tête rapidement, trop rapidement, et pointa la pâtisserie qu'il avait mentionnée pour changer de sujet.
Il ne sembla pas convaincu mais la laissa détourner la conversation.
Ils entrèrent dans la pâtisserie qui sentait divinement bon le sucre chaud et le beurre. Thatch commanda deux éclairs au chocolat et un café pour lui.
Ils s'installèrent à une petite table près de la fenêtre et Ritsu mordit dans l'éclair, fermant les yeux face à l'explosion de saveurs.
C'était extraordinaire.
Quand elle rouvrit les yeux, elle trouva Thatch qui la regardait avec une expression douce, presque tendre.
« Bon, hein ? »
Elle hocha la tête vigoureusement, souriant pour de vrai cette fois.
« Je savais que ça te plairait. »
Ils mangèrent en silence confortable, et pour un moment, Ritsu réussit à oublier ses pensées troublées et à juste profiter de l'instant.
Juste elle et Thatch dans une pâtisserie ensoleillée, partageant des éclairs au chocolat.
Ça aurait pu être parfait.
Ça aurait pu être...
Elle chassa à nouveau cette pensée avant qu'elle ne puisse se former complètement.
La nuit était tombée sur Hand Island quand Kenji se faufila dans les ruelles sombres près du port, sa capuche relevée pour cacher son visage autant que possible.
Il avait passé toute la journée à ça. À poser des questions discrètes dans les bars miteux, les arrière-boutiques louches, les coins sombres où se réunissaient les types qui vendaient des informations pour quelques pièces.
« Tu connais le Vice-Amiral ? Vadric ? »
« Il est passé par ici récemment ? »
« Quelqu'un sait où il pourrait être maintenant ? »
Toujours les mêmes questions. Toujours les mêmes réponses évasives.
Personne ne voulait parler de Vadric. Ceux qui le connaissaient avaient peur. Ceux qui ne le connaissaient pas ne voulaient rien savoir.
Mais Kenji ne pouvait pas abandonner.
Pour Ritsu. Il faisait ça pour Ritsu.
Elle méritait de savoir que ce monstre ne la traquerait plus jamais. Elle méritait d'être en sécurité. De pouvoir dormir sans faire de cauchemars. De pouvoir vivre sans regarder constamment par-dessus son épaule.
Si Kenji pouvait découvrir où était Vadric, s'il pouvait obtenir des informations sur ses plans ou ses mouvements, alors peut-être qu'il pourrait aider. Peut-être qu'il pourrait faire quelque chose d'utile pour une fois au lieu d'être juste le gosse qui s'était fait capturer et qui avait dû être sauvé.
Le dernier bar qu'il avait visité — un trou crasseux qui sentait la bière rance et la sueur — un type au bar lui avait dit quelque chose d'intéressant.
« Reviens ce soir. Après la tombée de la nuit. J'aurai peut-être quelque chose pour toi. »
Alors Kenji était revenu.
Il avançait rapidement dans l'ombre maintenant, évitant les zones trop éclairées, gardant la tête baisse. Les rues étaient presque désertes à cette heure, juste quelques ivrognes titubant vers chez eux et quelques prostituées appelant les marins de passage.
Le bar était au bout d'une ruelle étroite et sombre. Kenji pouvait voir la lumière faible qui filtrait à travers la fenêtre crasseuse.
Presque arrivé.
Puis il entendit un bruit derrière lui.
Des pas.
Trop proches.
Trop rapides.
Trop délibérés.
Son instinct hurla un avertissement. Il se retourna brusquement, la main allant instinctivement vers le petit couteau qu'il gardait toujours à sa ceinture depuis l'attaque.
Trop tard.
Des mains le saisirent — violentes, brutales, professionnelles. Trois hommes, peut-être quatre, sortant des ombres comme des fantômes qui avaient attendu exactement ce moment. Un sac fut jeté sur sa tête avant qu'il ne puisse crier, plongeant tout dans l'obscurité.
Il se débattit férocement, donnant des coups de pied dans toutes les directions, essayant de griffer, de mordre, de faire n'importe quoi pour s'échapper.
Mais ils étaient trop forts. Trop nombreux. Trop bien entraînés.
Une main se plaqua sur sa bouche à travers le tissu, étouffant ses cris avant qu'ils ne puissent vraiment sortir. Ses bras furent tirés brutalement derrière son dos, une corde enroulée autour de ses poignets si serrée qu'elle coupait la circulation.
« Tiens-toi tranquille, gamin, » grogna une voix qu'il ne connaissait pas.
Grave. Menaçante. Le genre de voix qui appartenait à quelqu'un qui avait fait des choses terribles et qui n'hésiterait pas à les refaire.
« Le patron veut te parler. »
La terreur glaciale envahit Kenji, se répandant dans ses veines comme du poison.
Non.
Oh non non non.
Pas le patron.
Pas...
« Ouais, » continua la voix avec un rire mauvais qui donna la chair de poule et fit se hérisser tous les poils sur la nuque de Kenji. « Le Vice-Amiral a entendu dire qu'un petit morveux posait trop de questions sur lui dans tout le port. Il veut savoir pourquoi tu t'intéresses tant à sa personne. »
Kenji sentit son sang se glacer dans ses veines.
Vadric.
C'étaient les hommes de Vadric.
Il avait été tellement stupide. Tellement naïf. Il pensait qu'il était discret, qu'il posait ses questions intelligemment, qu'il restait en sécurité.
Mais évidemment que Vadric avait des yeux et des oreilles partout. Évidemment qu'il surveillait. Un gamin qui posait des questions sur Le Vice-Amiral — ça ne passait pas inaperçu.
« Et il veut savoir, » ajouta un autre homme avec un ricanement cruel qui glaça le sang de Kenji, « ce que tu sais exactement sur la petite tigresse blanche. Où elle se cache. Avec qui elle est. Tous les petits détails intéressants. »
La réalisation le frappa comme un coup de poing dans l'estomac, lui coupant le souffle.
Il avait mené Vadric directement à Ritsu.
En posant toutes ces questions, en cherchant des informations sur Le Vice-Amiral dans toute la ville comme un idiot, il avait attiré son attention. Il avait révélé qu'il y avait quelqu'un qui s'intéressait à lui. Quelqu'un qui avait un lien avec la tigresse blanche. Quelqu'un qui savait qu'elle était en vie et qui la cherchait.
Et maintenant ils allaient le torturer pour lui arracher l'information. Pour savoir où elle était. Pour découvrir qu'elle était avec les Pirates de Barbe Blanche sur le Moby Dick. Pour le forcer à trahir Ritsu de la pire façon possible.
Kenji essaya de se débattre à nouveau, désespéré, terrifié, mais les mains qui le retenaient étaient comme de l'acier. Ils le soulevèrent du sol comme s'il ne pesait rien, ses pieds battant inutilement dans le vide.
« Allez, on l'emmène, » ordonna la première voix. « Le patron attend. Et il n'aime pas attendre. »
« Qu'est-ce qu'on fait du corps si le gosse refuse de parler ? » demanda une troisième voix, plus jeune mais tout aussi froide.
« Le Vice-Amiral a été clair. Si le gamin parle pas, on le découpe en morceaux et on envoie les morceaux à la tigresse blanche. Un morceau à la fois. Jusqu'à ce qu'elle sorte de sa cachette pour nous supplier d'arrêter. »
Des rires mauvais résonnèrent dans la ruelle.
Kenji sentit les larmes brûler dans ses yeux sous le sac.
Ritsu.
Il était tellement désolé.
Il avait juste voulu l'aider.
Et maintenant il allait la tuer.
Ils le traînèrent dans l'obscurité, loin des rues éclairées, de toute aide possible, de toute chance de salut.
Et Kenji sut, avec une certitude absolue et terrifiante, qu'il venait de commettre la pire erreur de sa vie.
Une erreur qui pourrait coûter la vie de Ritsu.
— À suivre —
Publié : 26/03/2026
Kenji va-t-il mourir ou survivre ?
Merci d'avoir lu !
J'ai très hâte de savoir ce que vous avez pensé du chapitre.👀