Nouvelles d'Overwatch par

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Continuation / Action / Science-fiction

37 Un Homme de Parole (4 sur 6)

Catégorie: T , 2747 mots
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Les soldats de Jack se levèrent en faisant un salut militaire, avant de quitter la table. Walls s’assit à une des places libérées.


- Général, le salua Jack.


Il réussit à prendre un ton neutre et professionnel. Le temps passé avec ses soldats avait calmé son agitation.


- Capitaine, le salua Walls, plus amical.


Il laissa passer un silence.


- Alors comme ça, vous avez promis à votre vieux de retourner à votre ferme une fois votre service terminé.


- Comment… ?! s’exclama Jack, avant de se calmer. Andrew vous l’a dit.


- En effet. Vous semblez avoir une bien mauvaise image de moi, ajouta Walls, pour penser que je lui demanderai de vous influencer.


- Vous ne me sembliez pas être le genre d'homme à accepter un non pour réponse.


Le général rigola.


- C'est bien vrai !


Son rire disparut peu à peu, tandis que son regard exprimait une certaine sympathie.


- Comme cela doit être difficile pour vous, reprit Walls. D'un côté, le devoir envers le drapeau, vos frères d'armes et l'humanité toute entière. De l'autre, cette promesse à votre père, toujours meurtrie par l'abandon de son ainé…


- Ne vous moquez pas de moi, général, réagit Jack.

Une pincée de colère était réapparue dans ses yeux et sa voix. Ce n'était pas respectueux, pas envers un supérieur hiérarchique. Mais Walls évoquait trop de sujet sensible.


- Ce n'est pas le cas, capitaine, lui dit son interlocuteur d'un ton apaisant.


Jack fit un effort et prit sur lui pour se calmer.


- Mes excuses, général.


- Il n'y a pas de problèmes, capitaine. De mon côté, je m'excuse pour avoir sous-entendu que vous êtes un hypocrite.


Ces paroles achevèrent de détendre Jack. Peut-être avait-il mal jugé Walls après tout.


- Si votre père vous libérait de votre promesse, reprit le général, vous vous réengageriez dans l'armée ?


- Oui, répondit immédiatement Jack.


- Même en sachant que vous serez transféré sous mon commandement ?


- Sauf votre respect, général, vous vous donnez trop d'importance. Vous êtes bien moins désagréable que les omnics et ce ne sont pas eux qui vont me décourager.


Walls rigola.


- Incroyable, vous êtes capable de plaisanter !


Jack sourit.


- Cela en surprend plus d'un.


Puis, son visage s'assombrit.


- Mais mon père ne reviendra pas sur cette promesse. Il est primordial pour lui qu'un Morrison reprenne la ferme.


- Je pourrais lui parler, répondit Walls.


Le regard de Jack se crispa. Il pensa à sa désastreuse première rencontre avec le général.


- Ça... ne me paraît pas une bonne idée.


- Il va bien falloir tenter quelque chose, capitaine, répondit Walls.


- Pourquoi ?


- Parce que vous êtes fait pour être un soldat.


- A cause de mes gènes ? demanda Jack, dubitatif.


- Parfaitement. Vous l’appelleriez peut-être autre chose, le destin ou une connerie du genre. Mais au fond, capitaine, vous savez que votre place n'est pas dans une ferme. Que lorsque vous me répondiez « j'ai eu de la chance », ce n'était que de la modestie. Au final, vous êtes doué pour ça.


- Pensez cela me paraît extrêmement arrogant, général, répondit Jack, de nouveau sur la défensive.


- Vraiment ? Où avais-vous l'impression d'être le plus utile, capitaine ? Dans votre ferme ou au sein de votre unité ?


- Les fermiers ont leur utilité, protesta Jack.


- Je n'ai pas dit le contraire. En fait, je suis même sûr qu'il existe des individus plus utiles dans une ferme que dans une unité militaire. Ma question, capitaine, est : pensez-vous être l'un d'eux ?


Quelques secondes de silences passèrent.


- Non, admit finalement Jack.


- Alors laissez-moi parler à votre père.


- Je...débuta Jack, mal à l'aise. J'ai donné ma parole. Je ne peux pas juste vouloir la retirer au moment où ça ne m'arrange pas.


- De nouveaux éléments sont apparu, qui remettent en cause votre promesse.


- Non, non, répondit Jack, de plus en plus agité. Lorsque je me suis porté volontaire, je savais que je pouvais me révéler doué, recevoir des médailles...apprécier d'être dans l'armée. Mais j'ai quand même juré à mon père de retourner à notre ferme. Si je cherche à revenir là-dessus aujourd’hui, ce ne serait pas à cause de nouveaux éléments. Mais parce que je serai trop faible pour respecter ma parole, maintenant que cela m'en coûte.


- Ce n'est pas seulement à propos de vous, capitaine, reprit Walls. C'est aussi à propos de cette foutue guerre. Est-ce que vous saviez à quel point on était dans la merde, lorsque vous avez fait votre promesse ? Aviez-vous une idée de la menace que les omnics représentent ? Des vies qui sont en jeux ?


- Non. Mais les omnics ne sont plus aussi menaçant qu'avant. Notre victoire ici en est…


- Ils sont loin d'être finit, capitaine, le coupa Walls, une flamme féroce dans le regard. Croyez-moi là-dessus.


- Quand bien même...reprit Jack, d'un ton hésitant. Ce n'est pas moi...je ne vais pas faire...une différence à moi seul.


Il eut aussitôt honte de ces paroles et s'en voulut de les avoir dits. Ce n'était pas le genre de chose auquel il croyait ! Toute cette histoire brouillait tellement ses repères…


- Capitaine...le reprit Walls. Vous n'y croyez pas vous-même.


Jack acquiesça.


- Aucun de nous ne peut faire une différence à lui seul, reprit Walls. C'est notre effort collectif qui permettra de l'emporter. Et pour cela, chacun doit faire de son mieux.


- Je n'aurais pas dit mieux, répondit Jack, un faible sourire aux lèvres.


Il soupira.


- Je...je parlerai à mon père. Pour lui demander de me relever de cette promesse. Cela marchera mieux si ça vient de moi et pas d'un inconnu…


- Très bien, dit Walls. Je suppose que je ne peux pas vous en demander plus.


Jack se leva.


- Vous y allez dès maintenant ? s’étonna le général.


- Attendre ne rendra pas cela plus plaisant.


- Vous devriez prendre un verre avant.


- J'en ai déjà…


- Je pense que vous pouvez, de façon très exceptionnelle, vous autorisez deux verres ce soir, capitaine, le coupa Walls.


Jack hésita quelques secondes.


- Allez, je vous l'offre, reprit Walls, tout en faisant signe au barman.


Jack finit par boire le whisky. Puis, il allât dans ses quartiers. Il s'agissait juste d'une seule pièce, une chambre, avec douche et toilette, assez grande pour contenir un bureau. Cela représentait toujours un luxe, comparé aux dortoirs des soldats.

Jack se mit devant un miroir et prit le temps de répéter ses arguments, en se regardant droit dans les yeux. Avoir un discours clair sans un minimum de préparation était très difficile, encore plus lors d’une conversation ardue. Et puis, cela éloignait le trouble qui le traversait.


Lorsqu'il se sentit prêt, Jack s'approcha de son appareil de communication et appela son père.

Il savait que celui-ci répondrait. Vu l'heure, il avait arrêté de travailler à la ferme et était en train de lire son journal, dans le salon. C'était une personne d'habitude.


La sonnerie ne résonna qu'une poignée de seconde, avant que le visage de Morrison Senior n’apparaisse à l'écran.


- Bonsoir, papa.


- Bonsoir, fiston.


Morrison Senior lui fit un sourire.


- Je viens de lire les nouvelles pour Boston. Beau travail là-bas.


- Merci. Comment se passe les choses à la ferme ?


- Grumpf. Pas trop mal. Les pluies ont été un peu faible et le maïs à moins poussé que je ne l'espérais. Nous avons demandé un supplément d'eau au gouvernement, mais cela prend du temps.


Jack acquiesça doucement. Il prit une grande inspiration, puis se lança.


- Tu sais que mon service militaire prend fin dans un mois.


- Oui. Cela fera du bien de te revoir à la ferme, fiston. Je vieillis et le travail devient difficile pour mes articulations.


- Tu ne me l'as jamais rappelé.


- Et quel besoin y en avait-il ? Je sais que tu reviendrais le moment venu. D'ici là, je n’allais pas faire mon casse pied à te le rappeler.


- Papa…je…


Aller, courage, il avait répété. Bon sang ! C’était tellement plus facile de parler à ses troupes.


- Je voudrais me réengager dans l’armée, finit par dire Jack.


Le visage de son père s’assombrit.


- Tu m’avais promis que tu rentrerais.


- Et c’est pour ça que je t’en parle aujourd’hui. Je suis plus utile dans l’armée que dans une ferme.


- Tu te crois donc indispensable ?


- Personne n’est indispensable, papa, pas moi plus qu’un autre. La question est de savoir où je peux faire le plus de bien pour notre pays.


- Et prendre le plus de risque… Tu as fait ta part, fiston. Inutile de mettre ta vie davantage en danger.


- Il n’y a pas de « part » papa, déclara Jack, qui devenait de plus en plus confiant à mesure que la discussion avançait. Nous combattons dans une guerre pour la survie de notre espèce. Notre devoir est de la mener de toute nos forces, jusqu’à la victoire.


- Et pourtant la présidente a permis aux conscrits de revenir. D’autre vont le faire.


- Toi et moi savons qu’il s’agit d’une mesure politique destinée à calmer des personnes moins patriotiques que nous deux. Or tu m’as toujours dit de faire ce qui était juste, sans me préoccuper de l’avis ou du comportement des autres !


A sa grande surprise, son père baissa la tête.


- C’est vrai, admit-il. Mais notre ferme…tu es le seul qui puisse la reprendre.


- Papa, reprit Morrison, plus doucement. Je sais à quel point la ferme est primordiale pour toi. Et je sais très bien ce que je risque en restant au front. Mais cette guerre est tout simplement plus importante. Nous ne pouvons pas laisser les omnics gagner.


- Oui.


- Alors s’il te plaît, laisse-moi me réengager.


 Morrison Senior resta silencieux un long moment, le regardant d’un air triste.


- J’y pensais depuis le moment où tu avais reçu ta promotion, dit-il finalement, d’une voix lente et…honteuse.


Jack en resta muet de stupéfaction. Jamais il n’avait entendu son père s’exprimer ainsi. Il avait toujours été un homme fier, droit dans ses bottes et prêt à assumer ses choix jusqu’au bout.


- Je me suis alors dit, poursuivit Senior. « Jack est un soldat né, tu devrais lui demander s’il veut faire carrière là-bas. C’est une profession honorable. Il apportera l’honneur à la famille et sera heureux. Qu’importe la ferme ! ».


Il poussa un soupire.


- Je me le suis dit, je me suis convaincu que c’était le mieux pour toi. Et puis…


Jack ne pensait pas qu’il pouvait être encore plus stupéfait. Ce fut pourtant le cas. En voyant les larmes de son père.


- …et puis je nous ai vu, ta mère et moi, deux vieillards dans cette maison, la peinture écaillée, les champs en friches, les pâturages déserts. Ta chambre et celles d’Andrew laissé à l’abandon, une couche de poussière recouvrant les quelques affaires que vous auriez laissée là. Et il n’y aurait que du silence…


- Papa…


- Je sais que c’est égoïste, Jack. Je sais que te demander ça trahit ce que je t’ai enseigné. Mais rentre à la maison, s’il te plaît. J’ai besoin de toi, fiston.


- Papa…je suis désolé.


- Non, Jack. C’est moi qui suis désolé.


Et il coupa là la communication.


Le jeune capitaine s’assit sur son lit, le regard vide. Il aurait pu travailler pour retrouver son calme. Un officier de l’armée avait toujours quelque chose à faire. Mais il était trop choqué même pour cela. Voir son père ainsi…entendre cette demande, formulé de cette manière…

Jamais plus il ne pourra le voir de la même manière.


Une sonnerie le détourna de ses rêveries. Jack consulta sa montre et vit qu’une demi-heure était passé. Puis, il se rapprocha de son communicateur et regarda qui l’appelait. C’était sa mère. Il toucha l’écran pour valider l’appel.


- Bonsoir maman, parvient-il à dire d’une voix à peu près normale.


- Bonsoir Jack.


Son visage exprimait de la pitié. Et une certaine dose de l’inquiétude. Mais tandis qu’elle l’observait, il se modifia pour une inquiétude maternelle.


- Tu ne mérites tellement pas ce que tu traverses, dit-elle.


- Alors…papa t’as parlé.


- Et Andrew. Il m’a appelé après sa discussion avec toi.


- Alors tu es bien en relation avec lui, malgré…


- Oui. Mais Jack, ce soir c’est de toi dont nous devons parler.


- Je ne pense pas qu’il y ait grand-chose à dire, maman.


- Jack, si tu le pouvais, est-ce que tu te réengagerais ?


- Oui. Mais…


- Alors fait le.


Jack eut une expression de surprise. Sa mère, elle, n’avait pas cillé.


- Maman…j’ai donné ma parole…


- Jack…ton père et moi t’avons élevé avec plein de bon sentiment, en nous disant que le reste du monde se chargera bien assez tôt de les ternir. Lorsque nous avons vu que tu t’accrochais à nos valeurs, nous avons ressentie une immense fierté. Tu es quelqu’un de tellement honnête. De tellement juste.


- Ne me dis pas que ça ne doit pas faire de moi un imbécile, répondit Jack en serrant les dents. Vivre en faisant ce qui est juste n’est pas faire l’imbécile.


- Non Jack, je ne dirais pas cela. Je te dis : continu à faire ce qui est juste, reste dans l’armée, sauve des vies, bat toi pour notre pays et le reste du monde. Et sois heureux.


- Je ne peux me parjurer, maman ! Ce serait mal !


- Ce qui est mal, Jack, c’est de te forcer dans cette promesse. Ton père le sait. Mais il n’a pas eu la force de t’en libérer. Alors je le fais à sa place.


A son tour, elle se mit à pleurer.


- Ne crois pas que ce soit facile pour moi. De dire à mon fils de rester sur le front, à risquer sa vie tous les jours, alors que je pourrai l’avoir auprès de moi.


Jack non plus ne put retenir ses larmes.


- Mais je te le dis malgré tout, poursuivit sa mère. Car je pense que c’est ce qu’il y a de mieux, autant pour toi qu’en face de nos valeurs.


- J’ai donné ma parole….


- Alors reprend là. Je sais que c’est contre les règles. Mais parfois, les règles te forcent à faire quelque chose d’injuste. Dans ses conditions, tu as le droit de les briser.


- Ce n’est pas ce que tu m’avais dit quand…


- C’est ce que je te dis aujourd’hui.


Les deux restèrent silencieux quelques secondes, se fixant de leur regard larmoyant.


- Jack, il est temps pour toi de prendre ton envol, lui dit finalement sa mère.


Et elle coupa la communication à son tour.


Tout cela faisait beaucoup trop d’émotions pour une seule soirée. Jack décida d’aller dormir. Demain…demain il prendrait une décision sur tout ceci.

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