Les Dragons et les Veilleurs

Chapitre 7 : Chapitre 7 Partie 1

3757 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/02/2017 18:22

(Commentaire de l'auteur: En fait quand, avant l’introduction, je disais « rythme plus long », la traduction était « il y aura des passages d’une trentaine de page sans scène d’action ». Je suis surprit à quel point les chapitres grossissent vite lorsque je fais de la construction de personnage. Ceci dit, je tiens à rassurer ceux qui aiment les combats : ça ne tardera pas à revenir.)


Lorsqu’Omnica Corporation avait dévoilé son produit phare qu'était les Omniums, la France avait été le seul pays du G20 à refuser qu'il en soit installé sur son territoire. De nombreuses organisations de la société civile avaient protesté, pointant les risques de perte d'emploi, d'impact écologique négatif, le danger des intelligences artificielles, le manque de transparence d'Omnica Corporation et milles autres raisons. Le gouvernement français, au début favorable, avait dû se rétracter face aux grèves et manifestations.

 

La presse mondiale s'était gaussée : « voici ces archaïques français qui, aveuglés par leur chauvinisme et leur réglementation, refusent le progrès ». Puis les Omniums s'étaient révélés dysfonctionnels et plus personne n'avait ri. Et lorsque la Crise eut débuté, le monde entier se mit soudain à envier les Français.

 

Leur pays ne s'en tira pas indemne pour autant. Des troupes furent envoyées soutenir les pays alliés, entraînant de lourdes dépenses pour l'état. Des centaines de milliers de réfugiés tentèrent d’entrer en territoire français. Et en même temps que l'économie mondiale était anéantie, celle de France fut affaiblie par les effets de rebond. Ces facteurs combinés détruisirent la fragile paix sociale : la criminalité explosa et des révoltes éclatèrent partout sur le territoire. Il y eut même, durant un moment, une menace de renversement du gouvernement français, qui ne dut sa sauvegarde qu’à une opération d’Overwatch.

 

Toutefois, une fois la paix revenue, la France fut le pays du G20 à avoir le moins souffert de la guerre. Elle en profita pour dominer économiquement et politiquement l'Europe ainsi que certains pays d'Afrique du nord. Les compagnies françaises sont surreprésentées dans ces régions du monde, protégées par des bases locales de l'armée française, et la plupart des entreprises multinationales n'y sont pas les bienvenues.

 

Encyclopédie universelle d’internet

 

 

- Votre jambe est en bonne voie de guérison. Vous serez de nouveau capable de marcher dans une semaine.

 

- Merci infiniment, docteure.

 

L’anglais de l’homme était hésitant et fortement marqué par son accent tchèque. Angela et lui se trouvaient dans un hôpital improvisé, mis en place par elle et les humanitaires qui l’avaient accompagné à Olomouc. La suisse portait sa tenue de médecin.

 

La docteure aperçut Mei qui lui faisait signe à l’entrée du bâtiment. La climatologue portait toujours son lourd manteau de fourrure, mais pas l’équipement qu’elle avait utilisé en combat. Angela et elle s’était donné rendez-vous pour dîner.

 

- Je vous laisse la gestion de l’hôpital jusqu'à demain, dit la suisse à une autre humanitaire.

 

- Bien sûr, docteur Ziegler, bon appétit à vous.

 

Après le retrait de l’armée de Pranciškus, Angela avait été débordée de travail. Avec les hôpitaux détruits et la bataille qui venait juste de finir, le nombre de blessés à soigner était gigantesque. Quelques jours plus tard, la situation s’était stabilisée et elle pouvait prendre le temps de se détendre.

 

- Bonjour, Mei. Est-ce que tu as pu repérer un restaurant durant ton séjour en ville ?

 

- Bonjour Angela ! Eh bien, pas au début parce qu’ils étaient tous fermés ou détruits. Mais maintenant, j’en ai vu quelques-uns rouvrir, dont un pas loin.

 

- Je te suis.

 

Les deux femmes se mirent en route. Tout autour, la ville portait encore les stigmates du siège : bâtiments en ruine, maisons désertes, impact de tir dans les rues. Mais la vie reprenait ses droits et les rues fourmillaient d’activités. Les habitants étaient heureux de pouvoir enfin sortir après avoir dû rester cloîtrés si longtemps.

 

Beaucoup étaient trop affairés pour prêter attentions aux deux femmes. Mais il y en avait quand même qui les reconnaissaient et s’arrêtaient pour les remercier. Cela mettait Mei mal à l’aise, la faisant rougir ou bafouiller. Angela, de son côté, avait déjà connu ce genre de situation. Cela lui permit de réagir aux compliments avec tact et modestie.

 

- Je suis tellement ridicule, dit Mei.

 

- Tu n’as pas l’habitude de cette situation, lui répondit Angela. Cela viendra avec le temps. Et n’hésite pas à te sentir fière. Tu as risqué ta vie pour ces gens. Cela est beaucoup.

 

Elles arrivèrent au restaurant trouvé par Mei et commandèrent des spécialités locales. On les servit rapidement.

 

- Cadeau de la maison, dit la propriétaire, une vieille femme à l’air robuste.

 

- Je vous en prie, dit Angela. Ce n’est pas nécessaire. Il est normal que nous payions comme tout le monde.

 

- Vous n’avez pas changé, docteur Ziegler. Toujours aussi humble.

 

- Nous nous sommes déjà rencontrées ? demanda poliment la suisse.

 

- Vous ne vous en souvenez probablement pas, mais vous avez opéré ma petite fille lors de l’épidémie de peste de l’hiver. Elle était tellement heureuse de vous avoir rencontrée… Et lorsque je vous ai remerciée de l’aide que vous avez apporté à toute la région, vous avez dit…

 

- …je n’aurais pas pu le faire toute seule, compléta Angela en souriant. Puis vous nous avez offert des biscuits. Je m’en souviens.

 

La vieille femme afficha un visage heureux.

 

- Soyez sûre qu’ici, nous ne croyons pas tous ces mensonges qu’ils disent sur Overwatch.

 

- Votre confiance nous touche. Mais je crains qu’il y ait du vrai dans les critiques formulées contre notre ancienne organisation.

 

Tout en parlant, elle sortit la somme due pour le repas et la mit dans la main de la propriétaire.

 

- En attendant, prenez ceci. J’insiste.

 

La vieille femme hésita une seconde, puis décida d’accepter le paiement. Elle laissa Angela et Mei à leur repas.

 

- Je me souviens de l’époque où tu étais intervenue contre la peste de l’hiver, dit la climatologue, en commençant à manger. Tous les journaux de l’époque disaient qu’Overwatch n’avait pas les moyens de mener une opération pareille, que c’était l’idée stupide d’une jeune femme trop idéaliste.

 

- Ils n’avaient pas totalement tort, répondit Angela avec un petit sourire, amusée de son comportement de l’époque.

 

- Mais ça a été un succès énorme ! Un des plus grands d’Overwatch ! Tu as bien montré à tout le monde ce dont tu étais capable !

 

- Comme je l’ai dit, je n’aurais pas pu y arriver toute seule. Mon rôle dans l’affaire a été très exagéré.

 

- Ah bon ? demanda Mei, surprise.

 

- Oui, dit Angela. Et en plus j’étais parfois difficile à vivre à l’époque, poursuivit-elle en riant doucement.

 

- Raconte !

 

- Eh bien…

 

*Il y a seize ans*

 

Le froid sortit Angela du sommeil bien avant la sonnerie du réveil. Elle resta malgré tout dans son lit, serrant les couvertures contre elle pour tenter de conserver un peu de chaleur, essayant de grignoter encore quelques instants de repos en prévision de la dure journée qui l'attendait.

 

Puis le réveil sonna. Trop tôt à son goût. Elle se sentait encore fatiguée. Mais elle se leva immédiatement. Habitude professionnelle. Elle n'était pas devenue la meilleure chirurgienne de son hôpital pour rien. Cela exigeait rigueur et esprit de sacrifice. Avoir une nuit de sommeil complète était déjà une chose rare. Un médecin pouvait être réveillé n'importe quand. Et un responsable de mission encore plus.

 

Angela se rendit directement à la cantine de leurs installations. Elle y mangea une bouillie de céréale grisâtre, sans goût, qui ne calma pas totalement sa faim. Mais c'était sa portion et elle n'aurait rien de plus.

 

Il était temps de se rendre au travail. La suisse se vêtit chaudement juste avant de quitter les installations où elle et son équipe logeaient. Devant les portes se trouvait une petite troupe de soldats français détachés pour les escorter, elle, ainsi que les autres médecins et infirmiers d'Overwatch. Elle attendit que leur lieutenant lui affecte deux gardes de corps puis elle s’enfonça dans les rue de la ville de Greifswald. La morsure du froid lui fit immédiatement serrer les dents malgré l'épais vêtement qu'elle portait.

 

Leur mission avait officiellement débuté il y avait un mois de cela. Au début tout s'était bien passé : Gérard avait commencé sa tournée et avait obtenu la promesse de protection de l'armée française ainsi que, selon Lutz, des sommes considérables. Ce dernier restait en Suisse pour organiser toute la logistique. De son côté, Ana avait pris quelques équipes de reconnaissance et commencé à repérer le terrain qu'elle aurait à sécuriser, tandis qu'Angela avait mis sur pied des équipes médicales.

 

Mais le souvenir qu'elle chérissait le plus était le moment où Reinhardt l'avait remercié pour « l'aide qu'elle apportait aux habitants d'Allemagne ainsi que ceux des pays proches ». Lorsqu’elle était entrée dans Overwatch, Angela avait tout d'abord était intimidée par la montagne de muscle qu'était l'ancien croisé. Mais en apprenant à le connaître, ce sentiment avait vite disparu. La plupart du temps, elle appréciait le vieil homme, avec ces solides idéaux et son esprit fantasque. Son soutien lui avait fait chaud au cœur. « Si mes devoirs ne me retenaient autant, je vous aurais accompagné », avait ajouté Reinhardt avec une pointe de tristesse.

 

Mais après être arrivée à Greifswald, les choses avaient commencé à se dégrader. Lutz s'était montré incapable d'assurer un ravitaillement total : le trafic était perturbé par des pirates. Ana avait promis de s'en occuper. Mais elle était toujours confrontée au même problème : trop peu d'agent pour couvrir un trop grand espace. Pour chaque pirate que ses équipes éliminaient, un autre prenait sa place dès que les agents d'Overwatch repartaient.

 

Angela avait demandé que soit apporté en priorité le matériel médical. Ce qui expliquait pourquoi elle dormait dans un bâtiment qui n'était pas chauffé et était obligée de manger des portions réduites d'immonde bouillie de céréale. Et cela commençait sérieusement à lui peser.

Elle n'avait jamais été une enfant gâtée. Bien que la Suisse n’ait pas été envahie par les omniums, Angela avait eu ses parents tués : son père dans un bombardement, sa mère au cours d’une mission humanitaire dans un autre pays. Elle avait donc dû grandir orpheline puis supporter les difficultés d'un cursus médical exigeant et d'une vie de chirurgienne dans un hôpital public.

 

Mais elle avait toujours mangé à sa faim et dormi dans un endroit chaud. Or cela lui avait été enlevé au pire moment : alors qu'elle subissait le stress d'être responsable d'une mission difficile, à l'âge de seulement 21 ans. Angela était une prodige mais même les prodiges peuvent craquer sous la pression.

 

Elle toqua à une porte. Une vieille femme l'entre-ouvrit en jetant un coup d’œil prudent. Même ici les bandits étaient un danger, d'où la présence de ses deux gardes du corps.

 

Angela expliqua en allemand qu'elle était venue administrer le vaccin aux habitants, voire soigner ceux qui souffraient déjà de symptômes. Sa carte d'agent d'Overwatch et une bonne dose de patience lui permirent de convaincre la vieille femme. Cette dernière accepta de se laisser vacciner et mena Angela à son petit-fils, déjà atteint par la peste de l'hiver.

 

Cette dernière ne portait pas son nom pour rien : c'était le froid qui activait le virus et déclenchait les symptômes. Ces derniers se caractérisaient par une brusque baisse de température, suivie d'une perte d'énergie. Ensuite venait la partie vraiment dangereuse : apparitions de bubons et engelures, qui pouvaient mener à la perte de membre, voire à la mort.

 

L'enfant n'en était encore qu'au premier stade. L'administration du vaccin, suivi de nanites médicale, suffit à améliorer son état. D'ici quelques jours, les nanites auraient entièrement soigné le corps, lui redonnant sa pleine santé.

 

C'était le développement de cette technologie qui avait permis à Angela de devenir célèbre et de se voir proposer la direction du département médical d'Overwatch. Bien sûr, les nanites, robots à l'échelle microscopique, existaient déjà bien avant elle. Mais il avait fallu en concevoir capables à la fois de circuler dans le corps humain sans causer de dommage, d'identifier les blessures qu'il avait subi et de réparer ces dernières. Tout cela sans qu'ils soient trop coûteux à fabriquer. Angela avait réussi à remplir toutes ces exigences.

 

Elle toqua à d'autres portes tout au long de la journée. Certains ne lui ouvrirent pas mais la majorité le fit. Un mois de présence en ville avait donné une bonne réputation aux équipes d'Overwatch. Elle vaccina de nombreuses personnes, en soigna beaucoup d'autres, même ceux atteints d'autres troubles que la peste d'hiver. Lorsque l'heure du déjeuner arriva, elle continua de travailler : il y avait trop de personnes à aider, il était hors de question de faire une pause ! Les soldats français mangèrent des sandwichs en la suivant.

 

Alors que la fin de la journée approchait, elle se trouva face à un patient qu'elle ne pouvait traiter. Une adolescente victime d'un cas avancé de peste de l'hiver. Elle affichait aux aisselles des bubons gros comme un poing, suppurant de pus, tandis que ses pieds et mains étaient couverts d'engelures.

 

- Il faut l'amener à nos installations, dit-elle en allemand à ses parents. Seule une opération pourra la sauver.

 

Elle lut l'inquiétude dans le vissage des deux adultes : circuler dans la ville pour un aussi long voyage était dangereux, surtout en transportant une malade.

 

- Je ferai envoyez une équipe dès ce soir, ajouta alors la suisse. Avec une escorte. Ils protégeront votre fille sur le chemin. Et au retour aussi.

 

Cela les rassura. Angela donna à la malade quelques antidouleurs et inséra tout de même une dose de nanite : ils ne suffiraient pas à la guérir mais pourraient limiter les dégâts. Malgré tout, vu son état, l'adolescente risquait de perdre quelques doigts, voir une main ou un pied.

 

Alors que ces sombres pensées occupaient son esprit, la docteure croisa le regard d'un de ses gardes du corps. Elle se sentit soudainement en colère contre eux. Angela avait mis au point le vaccin il y avait des mois de cela, et en avait fait envoyer des quantités astronomiques dans la région. Les français auraient pu en assurer la distribution, au moins dans cette ville !

 

- C'est une honte que vous n'ayez rien fait pour endiguer la peste avant notre arrivée, dit-elle, en anglais, au plus gradé des deux, un caporal. Si vous aviez distribué le vaccin dès que je l'ai eu conçu, cette fille ne serait pas dans cet état !

 

- Non...anglais...bredouilla le soldat, avec un air confus.

 

Il était clair qu'il ne parlait pas cette langue et n'avait rien compris à ce qu'elle avait dit. Avec rage, Angela sortit de la maison.

 

Et elle se retrouva face à un Gérard souriant.

 

- Bonjour, docteur Ziegler, dit-il d'une voix joyeuse.

 

Il avait troqué son costume pour une tenue plus adaptée à la marche et au rude climat local. Mais l'ensemble restait extrêmement élégant, le mettant bien en valeur. Il abordait toujours son air détendu et confiant, qui semblait le caractériser. Étant donné les circonstances, le voir, surtout avec cette expression, ne fit que redoubler la colère d'Angela.

 

- Qu'est-ce que vous faites ici ? lui demanda-t-elle de manière agressive.

 

Notant la colère de la docteure, Gérard cessa de parler d'un ton joyeux pour prendre une voix plus calme et apaisante :

 

- Vous deviez dîner avec moi pour que je vous briefe sur la conférence de presse de demain. Nous avions fixé cela à 19 heures. Il est actuellement 20H17.

 

Angela constata avec une certaine honte qu'il avait raison. Prise par son travail, elle avait oublié ce rendez-vous, la conférence de demain, ainsi que le fait même de dîner. Se rendre compte de sa faute apaisa légèrement sa colère. Légèrement.

 

- Pouvez-vous dire à cet imbécile…

 

Elle désigna le caporal du doigt.

 

-...que c'est une honte que votre armée n'ait rien fait pour endiguer la peste depuis tout le temps qu'elle est présente dans cette ville !

 

Gérard ne jeta qu'un rapide coup d’œil au caporal :

 

- C'est un simple soldat de 1e classe qui s’est engagé pour sortir de la pauvreté. Ce n'est pas sa faute si mon gouvernement agit comme une bande de radins égoïstes. Vous défouler sur lui ne changera rien à cela. Tout ce que vous y gagnerez, c'est de la honte et des remords.

 

Il avait visé juste encore une fois. Cela fit baisser la colère d'Angela d'un cran supplémentaire. Elle se mit à marcher vers les installation d'Overwatch.

 

- Excusez-moi, dit-elle à Gérard.

 

Ce dernier lui offrit un sourire compréhensif tout en se mettant à la suivre.

 

- Mais je suis vraiment choquée des actions de votre pays. Ou plutôt de son inaction. La France est la nation ayant le moins souffert de la Crise des Omniums en Europe, peut-être même dans le monde entier. Elle devrait aider davantage les pays plus touchés, comme ici.

 

- Vous prêchez un converti, docteur Ziegler. Je désapprouve totalement la politique qu'a mené mon gouvernement ces dix dernières années. C'est d'ailleurs la raison qui fait que je travaille pour Overwatch.

 

Le ton apaisant du français avait fini par dissoudre totalement la colère que ressentait Angela.

 

- Vous n'avez pas pris d'escorte avec vous ? demanda-t-elle d'un ton redevenu normal.

 

- Je suis très doué en auto-défense. Les petits voyous ne me font pas peur, dit-il avec assurance.

 

- Est-ce que vous pourriez commencer à me briefer maintenant ? J'aimerais finir ce repas au plus tôt. La fille dans cette maison a besoin d'une opération le plus vite possible.

 

Il la regarda avec une mine étonnée :

 

- Et il n'y a personne d'autre qui pourrait s'en occuper ? questionna-t-il.

 

Pour Angela la question était stupide :

 

- Si, mais c'est ma patiente. Si je peux m'occuper d'elle, c'est à moi de le faire.

 

Gérard s'arrêta. Il affichait une mine tellement grave que cela poussa la suisse à faire de même.

 

- Ce que je vais vous dire va être très impoli, prévint le français. Veuillez m'excuser d'avance pour cela. Je vous assure que je ne pense pas à mal.

 

Maintenant, c'était au tour d'Angela de le regarder avec un air étonné :

 

- Vous avez une mine affreuse, poursuivit Gérard. On a l'impression que vous êtes stressée, épuisée, affamée et transie de froid. Ce qui à mon avis, est le cas. La dernière chose dont vous avez besoin est de faire de la chirurgie pendant la moitié de la nuit.

 

- Cette fille a besoin de soin ! Je ne vais pas me défiler parce que je suis fatiguée !

 

- Si vous étiez juste médecin, je comprendrais votre raisonnement. Mais ce n'est pas le cas. Vous êtes responsable de la mission. Cela implique de prendre de la hauteur sur les événements.

 

- De, de prendre de la hauteur ? répéta-t-elle, étonnée.

 

- Si vous deviez rencontrer les journalistes, là, maintenant, pensez-vous qu'ils auraient une bonne image de vous ? Que vous seriez capable de répondre à leurs questions de manière adéquate ?

 

- Je...euh...peut-être...bredouilla-t-elle.

 

- Non, affirma-t-il catégorique. Vous auriez une mine épouvantable et vous vous laisseriez prendre aux pièges de leurs questions. Les journaux sérieux se mettraient à polémiquer plutôt que de parler du but de notre mission. Ceux plus superficiels refuseraient de faire un article sur vous car cela ne se vendrait pas. Résultat, vous donneriez une mauvaise image, nous n'obtiendrions pas suffisamment de dons et la mission échouerait, faute de financement. Pour avoir voulu sauver-vous-même une seule fille, vous en condamneriez des milliers d'autres.

 

Elle le regarda, sonnée par ce qu'il venait de dire. Le fait d'admettre qu'elle avait tort, ajouté à la faim, la fatigue, le froid et le stress, la laissa sans réaction. Cela fit apparaître de la pitié dans les yeux de son interlocuteur :

 

- Vous avez besoin d'un repas chaud, d'une bonne nuit de sommeil et de quelques heures de détente. Si ça ne tenait qu'à moi, je reporterais le rendez-vous avec la presse d'un jour ou deux, mais c'est hors de mon pouvoir. Allez, venez.

 

Ils se remirent à marcher, dans le silence.


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