- Nous sommes piégés comme des rats ! Dit Barbossa en regardant le mur de pierres tout autour d'eux.
- Ce vieux tas d'os cachait bien son jeu, dit Jack. Je suis même étonné qu'il ne nous ait pas dévoilé ses talents plus tôt !
- Vous l'avez entendu, dit Philippe. Il avait besoin de nous, où du moins de l'un d'entre nous.
- Mais à quelle fin ? S'interrogea Grooves pensif.
- Je l'ignore mais mieux vaut fuir d’ici au plus vite.
- Et que suggérez vous ? Demanda Barbossa.
Barbe Noire s'avança alors, tout le monde le regarda.
- N'allez rien imaginer, je fais avant tout cela pour moi.
Il porta les mains aux mèches de sa barbe, une pluie de poudre y afflua alors.
- Ça devrait être suffisant.
Il disposa la poudre en une ligne précise et se tourna.
- Jack ?
- Ne pourrions-nous pas...
- Non !
Jack soupira et sortit de son manteau une bouteille de rhum qu'il remit à Barbe Noire.
- Merci.
- Oh de rien !
Il disposa la bouteille au bout du chemin de poudre qu'il alluma d'une étincelle. La piste de flammes atteignit la bouteille qui explosa et... ce fut tout.
La déception fut grande, surtout pour Jack !
- Gâcher ainsi une si bonne bouteille, ça me désespère ! Heureusement qu'il y en a d'autres...
- Où ça ? Demanda Barbossa.
- Là où je les ai trouvées.
- Où ?
- Pourquoi tu veux encore me voler la seule chose qu'il me reste ?
- Sparrow réponds, où sont les bouteilles de rhum ? Demanda Barbe Noire.
- Là-bas ! Dit-il en désignant l'un des cercueils ouvert. Barbossa s'y précipita et vit en plus d'un squelette, des petits tonneaux de rhum. Il éclata d'un rire sinistre.
L'explosion fut bruyante, les rochers volèrent partout. La voie était enfin dégagée. Ils descendirent dans le passage qui menait à une immense salle où se trouvait un véritable paradis pour pirates : des montagnes d'or et de bijoux dans des coffres remplis à ra-bord ! Un large sourire se dessina sur le visage de Jack.
- Mon histoire est liée à cette île, nous ne faisons qu'un pour ainsi dire.
Ponce de Léon s'engouffrait dans les ténèbres avec le roi Ferdinand.
- Alors vous savez ce que sont ces bestioles et cette étrange force.
- Oui. Cette force me maintenait prisonnier avec ma malédiction. La malédiction de vieillir et mourir instantanément si je partait.
- Comment vous êtes-vous échappé ?
- Cela a demandé beaucoup de force et de temps. A chaque minute, mon corps mourrait un peu plus, l'eau de vie m'a aidé à tenir suffisamment longtemps pour vous trouver et revenir.
- Pourquoi avez-vous besoin de moi ?
- Pour lever à jamais cette malédiction et me permettre de retrouver la liberté. Si nous réussissons, vous aurez la récompense de votre vie.
- Et je finirais comme votre équipage ? Je ne sais plus ce que je dois croire mais je n'ai pas confiance !
- Allons, vous réussirez là où j'ai échoué ! Vous allez tout changer à jamais !
Ferdinand s'arrêta.
- Dîtes-moi exactement ce qu'il vous est arrivé.
- Tout a un prix en ce monde Monseigneur. Je l'ai appris à mes dépens et les dieux m'ont puni pour ça. Aujourd'hui, le bon choix sera fait et vous deviendrez vous-même un dieu. Toute la vérité est ici.
Il invita le roi à descendre les ultimes marches de l'escalier.
Ce que vit alors le monarque défia tout ce qu'il avait pu imaginer :
Une immense caverne souterraine s'étendant sur des kilomètres. Sur les parois se trouvaient des milliers et même des millions de rochers noirs émettant une énergie intense. Mais ce n'était pas le plus impressionnant. En plein milieu de tout cela se trouvait la fontaine de jouvence.
Ce n'était pas quelque chose de matériel, il s'agissait d'une cascade d'eau dont la source se trouvait dans les rochers des milliers de mètres plus haut, l'eau se déversait dans un bassin naturel. Le teint de cette eau était unique, d'un bleu vif scintillant, renforçant tout le mystère et la particularité du lieu.
- La voilà enfin ! Devant moi ! Dit le roi en s'approchant émerveillé. Moi qui la voit depuis si longtemps dans mes rêves, la voilà sous mes yeux ! La source de l’éternelle jeunesse !
- Ma parole est honorée Sire, dit Ponce de Léon en s'inclinant.
Le roi était admiratif.
- Vous avez raison. Je serai un dieu. Plus rien ni personne ne pourra m'arrêter, pas même la mort !
- Oui Monseigneur... il est temps de vous emparer de ce pouvoir.
Ferdinand regarda la source en haut, il n'apercevait que les ténèbres et la roche. Il se recentra sur le bassin et avança un pied devant l'autre, lentement. Il entra dans l'eau et fut aussitôt saisi d'un bien-être au-delà de toute imagination. Il se sentait bien, plein de force et de vie, jeune.
- C'est magnifique !
Il riait. Ponce de Léon souriait.
- Oui, laissez-vous envahir.
Il y eut alors un bruit sourd qui bourdonna tout autour, les pierres se mirent à bouger.
- Que se passe-t-il ?
L'eau claire et bleue vira soudainement au noir, les insectes se déployèrent et volèrent tout autour, le roi se mit à hurler.
- Arrêtez ! Enlevez-les ! Enlevez-les !!
Ponce de Léon fut transporté dans les airs grâce à la force magnétique, le roi vit sa peau se détacher bouts par bouts tandis que les insectes virevoltaient autour de lui à toute allure comme une tornade, il se faisait aspirer ! Ponce, lui, leva les bras et se laissa envahir par les particules corporelles du monarque qui hurlait de plus en plus jusqu'à être totalement vaporisé.
Ponce de Léon était devenu le roi Ferdinand d'Espagne.
Il avait pris son corps, son énergie vitale.
Il retomba au sol lentement, se regarda et éclata de rire puis projeta une immense onde de choc à travers toute l'île pour annoncer son retour, plus vivant, plus puissant que jamais !
Jack était étalé sur l'or heureux comme un roi lorsqu'il entendit en même temps que les autres un son qui fit trembler la terre.
- Je pense que nous devrions partir, dit Philippe.
- Et pour aller où ? Fit Jack. Pour le moment profite de ce qui nous est donné ! Dit-il en prenant une poignée de pièces d'or.
Les pièces lui glissèrent des doigts à sa grande surprise, elles flottaient à présent au-dessus du sol. Jack tomba en arrière, le fauteuil de pièces contre lequel il s'était adossé s'était effondré. Les pièces se rejoignirent dans les airs, comme animées par une vie étrange.
- Un trésor vivant ! Voilà encore autre chose ! Dit Jack.
Les pièces foncèrent alors sur les pirates, les assaillant de toutes parts, personne ne pouvait plus distinguer où il se trouvait précisément. Angelica trouva la sortie.
- Par ici ! Venez !! Hurla t-elle.
Et un à un au milieu de la tempête dorée, ils émergèrent et la rejoignirent, seul Jack manquait.
- Où est Jack ? S’inquiéta Angelica.
Les pièces et bijoux volaient dans toutes les directions, Jack apparut soudain en courant, poursuivi par les pièces qui avaient fusionné pour former un tas d'or géant. Tous coururent hors de la salle, les pièces redevinrent alors inertes et s'écroulèrent.
Ils remontèrent jusqu'à la salle des cercueils sur l'eau.
- Quelqu'un peut-il me dire ce que c'était que ça ? Fit Barbe Noire en reprenant son souffle.
- Je crois qu'il devient plus urgent que jamais de quitter cette île ! Dit Philippe.
Ils entendirent d'autres bruits, des bruits de pierre comme quelque chose qui glisse, qui s'ouvre. Lentement ils portèrent leurs regards sur les cercueils. Philippe fut horrifié en voyant une main squelettique sortir de l'un d'eux.
- Mon Dieu, arriva t-il à prononcer ironiquement.
Tous les couvercles des cercueils tombèrent au sol, certains se brisant, les morts sortirent et se rassemblèrent, ils rappelaient l'équipage maudit de Barbossa, à la différence que ceux-là avaient gardé un peu de peau et d'organes par endroits, c'étaient des zombies en somme. Jack n'en fut pas tellement impressionné, après tout ce qu'il avait déjà vu dans sa vie !
- Messieurs, dit-il simplement en s'inclinant avec son chapeau.
Ils ne dirent pas un mot, se contentant de les regarder méchamment.
Des applaudissements se firent entendre, ce qui attira l'attention de tous.
Le roi Ferdinand apparut dans un coin.
- Magnifique ! Magnifique !! Je sens que nous allons bien nous amuser !
Il s'approcha d'eux, Grooves le regarda.
- Vous n'êtes pas le roi d'Espagne.
- Mon imitation est-elle si mauvaise ?
- Vous êtes Ponce de Léon.
- Je suis bien plus que ces pauvres mortels à présent et je vient vous proposer un marché.
- Nous vous écoutons.
- Je vous laisse quitter cette île.
- Je vois mal comment.
Les rochers derrière eux s'écroulèrent, dévoilant une autre caverne souterraine où mouillait un bateau avec tout son équipage... le Black Pearl.
Jack fut ébahi.
- Alors ça c'est pas mal !
- Et je peux faire bien plus encore, seulement ne cherchez pas à me défier où ce sera la dernière chose que vous aurez osé faire en ce monde.
- Vous nous laissez partir comme ça ?
- Oui.
- Et qu'est-ce qui justifie un tel acte de charité ? Demanda Philippe.
- Je n'ai pas besoin de vous.
Il montra Angelica.
- C'est d'elle dont j'ai besoin.
- N'y pense même pas !
Barbe Noire bondit brusquement, le roi leva le bras et le pirate fut projeté au sol la tête la première.
- Pourquoi elle ? Demanda Philippe.
- Tout roi doit avoir sa reine pour régner sur le monde.
- Je ne viendrais jamais avec vous ! Dit Angelica en se réfugiant auprès de Philippe.
- Gardez-moi à sa place, dit Barbe Noire en se relevant.
- Non, je veux la fille.
- Elle ne vous apportera que des ennuis croyez-moi ! Réfléchissez : j'ai une flotte de vaisseaux très bien armés, les meilleurs des Caraïbes, je connais les océans et je suis craint partout où je vais. Stratégiquement, vous avez tout à y gagner.
Ferdinand réfléchit.
- Très bien. Vous restez.
- Non ! S'opposa Grooves. Nous avions un accord ! Teach reste avec moi !
- Vous aviez un accord avec ce bon vieux roi Ferdinand, or, il nous a quitté, l'accord est donc rompu, le pirate m'appartient désormais.
- Papa !
Angelica se précipita dans les bras de son père. Voir que ce pirate sanguinaire avait un cœur était un incroyable moment paraissant des plus irréels.
- Ne t'en fais pas ma fille.
- Partez à présent, le Black Pearl est à vous Capitaine Sparrow.
Jack se retourna vers son bateau, les autres le rejoignirent, il vit Gibbs affolé.
- Jack !! Mais que s'est il passé ? On ne se rappelle rien !
- Parfois j'aimerais pouvoir oublier comme toi mon cher Gibbs.
Quelques instants plus tard, le Black Pearl mit les voiles vers le soleil éclatant du dehors sous le regard de Barbe Noire.
- Edward Teach, votre armée vous attend.
Il se retourna et vit les squelettes alignés avec le roi en tête.
Jamais il ne s'était senti aussi inférieur et inquiet.