Pérégrinations
Déploration
Par une claire nuit d’été, j’empruntai le sentier côtier menant à la mer.
Je cheminai d’un pas lourd et plombé, le cœur vide et l’âme en cendres.
La mélancolie empourprait mes joues, embrouillait mes membres
Et plusieurs fois je risquai la chute, m’emballer dans le dévers.
Périr par la falaise, sous l’œil rond et gausseur de la Lune pâle,
M’apparut bien piètre misère au regard du chagrin d’amour
Dont j’agonisais lentement, tout en sanglots et pathétiques râles.
Ah, ma Douce, ma Tendre, ma bien-Aimée, que n’eusses-tu compris
Que pour l’éternité tout entière, chaque sursaut de mon cœur,
T’était tout acquis !
Au lieu de céder à l’élan de mes effusions sincères, à un autre tes faveurs
Tu offrais sans sentimentale contrepartie.
Je vomis l’inconstance des femmes, le monnayage de leurs atours !
Leurs préférences vont aux banquiers, aux créanciers ; braves vénales avilies.
Yeux ronds devant le faste et l’opulence ; aveugles à l’hypocrisie ;
Insensibles au Sensible. Sensibles au vulgaire.
Vilénies unanimement condamnées et telle Messaline, tu trahis.
Conscient de mes coupables dérives et délires, je m’admoneste.
Vilipender femme n’est point de mes manières,
Pourtant, pieds dans les genêts, chevelure d’embruns défaite,
Ma langue enfourche chevaux marins, espadons ou belliqueux marlins
Pour combattre sur une mer en furie, les sirènes perfides.
En chemin, spectrale apparition sur un banc chalamide*, une nymphette
Néréide sanglotait comme une nef** échouée, avant juste de sombrer.
Brune opalescence, diaphane beauté aux yeux noirs de nuit,
Rencontre fortuite au faîte des falaises de Torrente et Capri,
Sont-ce les lueurs d’une amour déçue qui volètent autour de tes iris lamellés ?
Orbe fantomatique, que devines-tu de mes sourdes tempêtes ?
Semblables aux tiennes, peut-être…
Nos pas, désormais synchrones, près de Thalassa nous mènent.
Fille d’Ether aux lèvres voraces, entends mes griefs ! Mes amours sont vaines
Et périssent fracassées contre tes récifs.
Je vocifère et pleure dans le même torrent et … tandis que je semonce
La mère d’Aphrodite, émascule d’Ouranos, pour ses crimes de sororité,
Ma brune voisine entame un chant improperia de tragique beauté.
Ta lyre, Parthénope***, rend hommage au plumage qui dorénavant t’engonce,
Accompagne et sublime tes talents ornithophages agressifs.
Sur mon corps éreinté peu prompt au bouclier, tu te jettes, stryge ailée,
Engloutissant mes larmes, déchirant ma poitrine,
Exposant sa palpite à ta vindicte féminine.
Mange ! Repais-toi et crève de mes chairs endeuillées,
Viole mon âme blasphème à toutes vos qualités,
Que naguère j’ai louées, crois-moi, belle vengeresse.
Mes rêves de passion sous tes serres de harpie expirent.
Qu’en est-il de mes vœux, qu’en est-il de mes liesses
Que vous teniez captifs sous joug de votre sexe ?
Ah, que de désillusions, tandis que je gémis, nées de songes
De naïve ferveur, épanouis de vénustés et sourires.
Fouetté d’embruns, cerné de brunes et de mensonges,
Je succombe avant de renaître
Libéré !
*chalamide : Pièce de chêne utilisée comme support au mât d'une galère.
**Nef : Navire à voiles… entre autres
***Parthénope : sirène de la mythologie grecque