Monstre
Sur le drap, linceul de nos amours, quelques vestiges de ton délice,
Trois gouttes carmines, rondes échappées de mon supplice.
Un œil sur tes lippes distraites, affiches de béatitude, satisfaites,
M’extirpe de ma molle agonie extatique.
Amoureux à la virilité imberbe, silhouette fantomatique,
Talentueux danseur entre mes cuisses chorégraphes,
Que suis-je dans nos joutes épitaphes ?
« Je suis ton monstre autant que tu es mon monstre »
Oses-tu tandis que je te toise
Théâtralisant mon regard, sournoise,
Étalant mon dégoût de ta nature
Infernale.
Tes sourcils contractés, ta bouche close, brutale
Refusent de fendre l’armure.
Excuse-toi, statue d’orgueil !
Mais en lieu et place de sincère atermoiement,
Sur mon corps meurtri, de nos ébats, de ton appétit,
Tes doigts divaguent, attendris, hésitants.
Sont-ce les flammes de l’Enfer ou de la luxure
Qui jaillissent de tes iris, ces tisons noirs
Et incandescents ?
Rebelle de pacotille, je collabore, me pâme sous ta paume, râle et ris,
Ronronne et me cabre.
Admire ta sulfure et sulfureuse, cinabre
Sirène ondulante dans les eaux sacrées d’un plaisir que tu distilles
Virtuose.
Tu abandonnes vainqueur le terrain de nos joutes pour rebrousser chemin,
Et sur la palpite de mon cou, soudain, ta caresse se fige
Exigeante.
Veux-tu que je capitule sous tes orbes affamés, tes lèvres réclamant pitance ?
Non, Monstre, renonce…
« Tu es mon monstre autant que je suis ton monstre »
Rebats-tu, nouvelle litanie visant mon allégeance,
Quand d’autres cèdent sans résistance.
Jalouse.
« Je t’aime », murmures-tu enfin, le front penché, soucieux,
Dans l’antre de ton obsession.
Mon ventre se noue d’appréhension,
Mes yeux se noient quand mon cou se déchire
D’explosion douloureuse enrobée de soupirs.
Vampire !