J’observe. Immobile. Presque stoïque.
Tes muscles fins, entraînés, oints avec zèle,
S’exhibent sans ostentation. Dans le stade panathénaïque,
Dansant des bottes habiles dans de feints duels rituels,
Tu combats Phobos et Deimos avec fougue, presque ferveur.
Vois-tu comme tes gestes fauves, tes allures de prédateur
Enflamment mon imagination et enfièvrent mes reins ?
Ô bel éphèbe à la peau glabre et luisante, aux traits mutins,
Quel présent saura ravir ton farouche consentement ?
Éromène ! J’aimerais être seul,
Seul à t’admirer,
Seul à te courtiser.
Mais il me faut te partager dans les rêves des pâles jalousies
Qui m’entourent et te dévisagent et te désirent sans mérite.
Au cœur de la Cité dédiée aux rites initiatiques,
On chuchote, on médie sur notre supposée alchimie.
Novice ! Laisse-moi être ton étoile,
Ton maître et ton serviteur,
Ta sagesse et ta fureur.
À chacune de tes apparitions mon cœur chavire, ô bel éraste.
Installé sur les gradins de marbre, le décor te fait sien,
Chassant la morgue de ton front et de tes épaules le faste.
Comment nier le lien
Qui nait et annihile
Ma jeunesse nubile ?
Ma défaite prochaine se résigne tandis que les clameurs
De tes gloires militaires passées résonnent dans la cité.
Il est une vertu que l’on encense, une vaillance que l’on vénère
Et elles portent ton nom, fier amant. Ta virilité
Aura raison de mes vaines résistances et ma passivité
Accueillera comme il se doit tes ardeurs éducatrices.
Éraste, montre-moi la sagesse émancipatrice,
Montre-moi l’honneur
Et le courage,
Et le talent.
De ses flèches audacieuses Eros règne sans partage sur Athènes.
Il nargue, espiègle, Platon et ses amours sans corps.
À quelle loi nous plierons-nous, ô mon mentor,
Fustigerons-nous jouissance ?
Quel sera le chemin de la connaissance
Pour devenir
Homme ?