Derkomai's Mask
Chapitre 60 : Elle préfère les renoncules rosées
7176 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 15/03/2026 17:50
Serena n’arrivait pas à se calmer, même si elle était parvenue à stopper ses va-et-vient incessants devant le comptoir du centre pokémon. Non pas qu’elle s’inquiétait que les gens de l’hôpital viennent la chercher, après tout avec l’aide d’Alain et Manon et quelques jours supplémentaires pour montrer qu’elle pouvait faire plus de dix pas sans vomir, elle n’avait eu aucun souci à obtenir sa permission – et soit dit en passant, ça simplifiait bien des choses par rapport à son plan initial de s’enfuir par la fenêtre, ce qui n’était pas l’idéal quand on avait le vertige. Mais, le fait est que si elle avait déjà retrouvé une part importante de son équipe, il manquait encore deux pokémons à l’appel, les deux qui avaient le plus soufferts de l’attaque.
Elle revérifia son panier. La plupart des profiteroles qu’il contenait avait déjà trouvé preneur, et Goupelin gardait un œil sur les deux frères pour éviter qu’ils dévorent ce qu’il restait. Ce qu’ils avaient au final pris pour un défi et dont l’entreprise avait presque réussi, du moins jusqu’à ce que Nymphali les intercepte avec ses rubans. Elle avait ensuite essayé de les mettre discrètement à l’abri, mais n’avait pas été assez rapide. Goupelin les avait mis au coin, branche à la main, bien décidée à les mettre en joue au moindre mouvement suspect.
- C’est fou que tu aies réussi à capturer un dracaufeu, s’impatientait Manon qui se demandait comment une même espèce pouvait convenir aussi bien à Alan qu’à Serena.
- Ce n’était qu’un Salamèche à l’époque et… Moi-même quand j’y repense j’ai du mal à en revenir, mais j’ai juste eu à lui demander s’il voulait venir avec moi et Ta-dam, finit-elle en secouant légèrement les mains.
Il avait aussi accepté d’entrer dans le Centre Météo quand elle le lui avait demandé et Ta-dam !
- Le coup de foudre au premier regard, alors ?
Alan n’était jamais très bavard, et Serena pensait qu’il resterait sans rien dire à les écouter. Donc pourquoi avait-il fallu qu’il intervienne de la pire manière qui soit ? Et elle ne savait plus comment faire pour arrêter ses rougissements.
- P-Plutôt lui qui s’est fait foudroyer, dit-elle rapidement en sentant bien le regard curieux de ses deux amis. Il était à bout de force et je ne sais pas ce que j’aurais fait sans Flora et…
Tu n’as jamais su qui l’avait attaqué ou pourquoi, et il a toujours refusé de t’en parler… En même temps je le comprends, vu l’état dans lequel tu l’as mis, moi aussi je me méfierais.
- Serena ? s’inquiéta Manon.
La coordinatrice remarqua les larmes qui commençaient à couler et se dépêcha de les essuyer tandis que Nymphali enroulait ses rubans autour de son poignet.
- Je… Je crois qu’il va m’en vouloir, admit-elle. Je ne vois pas comment il pourrait ne pas m’en vouloir. Je lui ai dit qu’il était du genre à s’attirer des problèmes, mais si ce n’était pas le cas, si c’était moi en fait qui…
La porte des admissions s’ouvrit. Serena releva la tête, observant la forme des deux pokémons qui approchaient. Pourquoi était-elle venue déjà ? Dracaufeu allait l’ignorer et lui faire comprendre qu’il ne voulait plus d’elle comme dresseuse, ce qui serait totalement compréhensible vu ce qu’elle lui avait fait vivre. Même avec Pandarbare, elle n’était pas sûre que les choses iraient très bien, il suffisait de se rappeler comment il avait ignoré ses ordres pour affronter Camérupt. Peut-être que les pandarbares détestaient fuir et elle l’avait vexé et…
- Darbare ! lui fit-il soudain un signe de main tout content.
Elle remarqua aussi Dracaufeu juste derrière lui qui semblait éviter soigneusement son regard et essayait de se faire le plus petit possible sous l’ombre de son comparse. Serena sentit tout son courage se dégonfler alors que Nymphali la tirait avec elle vers les deux pokémons. Et zut, elle avait oublié de prendre le panier.
- Bar, pandar ?
- Bien… Et toi ? Comment tu te sens ?
"A part le fait que je n’arrête pas de me prendre les encadrures de porte, plutôt pas mal," se vanta le panda.
"Je le hais," entendit-on siffler une certaine renarde qui n’avait toujours pas digéré le fait que le pokémon ténèbre n’avait presque pas souffert de migraines (et à son humble avis, il s’agissait d’une erreur de la nature monumentale).
- Tant mieux, souffla Serena. J’avais peur que Camérupt t’ait… Enfin, je sais que tu pouvais le battre, surtout avec ta nouvelle forme, mais, ce que je veux dire…
"Je t’ai fait peur ?"
- … hum, acquiesça-t-elle timidement.
"Désolé."
Serena dévisagea le pokémon. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il s’en veuille, surtout que sans lui, ils ne se seraient pas sortis du piège d’Adèle. Mais le panda ne lui laissa pas le temps de répondre, se tournant déjà vers son comparse toujours bien planqué derrière lui. Serena ramena instinctivement sa main contre son cœur, sachant très bien pourquoi il hésitait tant : il avait peur d’elle et de ce vers quoi elle pourrait le mener, évidemment.
"Sacha," gronda le panda. "Tu ne penses pas que tu pourrais, je ne sais pas, te montrer plus heureux de la revoir ?"
"O-Oui… Mes écailles sont bien ?"
"Très bien."
"J’ai rien de coincé entre les dents ?"
"Absolument rien."
"Je suis pas trop décoiffé ?"
"… Je suppose ?"
"Je…"
"Oui, oui, tout est parfait, allez," lui attrapa-t-il le bras.
Sauf que Sacha résista, et Pandarbare voyait bien que Serena blêmissait de plus en plus au fur et à mesure que le faux-pokémon se débattait.
"Qu’est-ce que je vais lui dire ?!" paniquait le métamorphosé.
"Je ne sais pas, comme d’habitude ?"
"Mais… Je… Comment je fais ‘comme d’habitude’ alors que j’ai dit que je l’ai-"
"Un câlin."
"Hein ?"
"Simple, efficace, universel, un câlin et plus besoin de réfléchir !"
"HEIN ?!"
Même si ça pouvait fonctionner entre un pokémon et un dresseur, entre lui et Serena ce n’était pas tout à fait la même chose. Il suffisait de l’imaginer avec son corps d’humain pour se rendre compte à quel point ce serait bizarre et…
"Sur ce, Sacha… Arrête de résister et va l’aimer, MAINTENANT !"
Au milieu du battement maladroit de ses ailes pour s’arrêter de tomber, il entendit le petit cri de surprise de Serena, et se dépêcha de jeter ses bras vers l’avant pour la rattraper et vite la ramener contre lui… Il gaspa, se rendant compte de ce qu’il venait de faire et s’empressa de reculer, les écailles plus rouges que jamais.
"Tu avais moins de problèmes avec le coussin," s’exaspéra Pandarbare.
Sacha lui ferait quand même remarquer qu’il dormait et qu’on n’était pas maître de ses mouvements quand on dormait, donc c’était normal d’attraper parfois son coussin dans son sommeil… ou Serena.
- Je suis désolée, l’entendit-il murmurer.
Oui, elle pouvait s’excuser, parce qu’au départ il ne voulait pas y aller et finalement il s’était laissé entraîner et… Il n’avait eu aucune idée de génie quand Démolosse la tenait, il ne pouvait plus bouger quand Courtney avait failli l’étrangler et il n’avait même plus de souvenirs de ce qu’il s’était passé ensuite. Alors… Alors… J’aurais pu la perdre. Quelque chose céda soudain en lui et un gargouillement rauque monta dans sa gorge alors qu’il reprenait Serena dans ses bras. Les câlins c’était simple, efficace, universel et plus que tout, ça n’avait pas besoin de mots. Et cela tombait bien quand vous aviez besoin d’un peu de temps pour faire le tri dans toutes vos pensées, ou tout simplement attendre que le nœud dans votre gorge se desserre. Il renifla une dernière fois, mettant toutes ses forces pour faire sonner sa voix éraillée :
"Je… Je sais que tu voulais les aider, et je voulais pas te décevoir, alors quand tu as dit qu’on montait, même si je savais qu’on devait pas, j’ai… J’ai fini par te blesser, encore une fois, parce que j’ai cru que si tu te rendais compte que parfois je suis pas… que je pourrais ne pas être… J’ai eu peur. J’ai eu tellement, tellement peur."
Serena ne bougeait pas, le cœur battant à toute allure. Pourquoi ne s’énervait-il pas ? Elle lui avait fait tellement de mal et elle était persuadée qu’il ne voudrait plus rien avoir à faire avec elle (peu importe à quel point Pandarbare se montrait insistant, et elle s’estimait déjà heureuse que lui aussi ne l’ait pas repoussée), pas à ce qu’il l’enlace !
- Ce n’est pas à toi… C’est moi… balbutia-t-elle.
- Dra, dracau, admit-il sans pour autant se séparer d’elle. Feuuuuu, dra.
Des reproches, parce qu’elle s’était (encore) mise en danger, juste ça, il ne s’énerverait que pour ça (s’il s’énervait, parce que tout ce qu’elle entendait était un profond soulagement). Pourquoi ? C’était au dresseur de protéger son pokémon, sauf qu’elle avait complètement échoué et il en avait payé le prix à sa place donc ce serait parfaitement normal qu’il…
Bien sûr Serena, bien sûr. Comme lorsque tu as cru qu’il ne voulait plus de toi comme dresseuse alors qu’il se laissait littéralement mourir de faim à cause de ça. Est-ce que tu as vraiment cru que si Courtney t’utilisait pour le menacer, c’était parce qu’il y avait une sorte de mécanisme qui l’empêchait de laisser sa dresseuse être blessée ? Je ne savais pas qu’ils avaient ajouté cette fonctionnalité aux pokéballs.
- Tu es sûr que tu vas bien ? fut la seule chose qu’elle trouva à dire.
Il se recula et cracha un puissant Lance-Flammes dans les airs (vers le plafond…) ce qui lui valut un mauvais vertige et un « Je sais que tu es content, mais ce n’est pas une raison pour brûler mon centre ! » de Joëlle.
Serena continuait de le dévisager, et il lui répondit d’un léger sourire qui fit croitre une chaleur au fond de son ventre et lui brûla les joues. C’était pour toi, ça a toujours été pour toi, avait dit Courtney, parce que peu importe ses erreurs, il essaierait tant bien que mal de les rattraper.
Oui, oui, tu te sens coupable, mais es-tu bien sûre qu’il n’y a que ça ?
Son sourire lui avait toujours rappelé le garçon. Peut-être était-ce pour cela qu’elle s’était tout de suite sentie à l’aise en sa présence… Il lui ressemblait, au point de l’avoir accusé d’être bel et bien lui, mais parfois il semblait aussi tellement différent, tellement plus…
- Dra ?
- Hum… Hu ? C’est juste que je me disais… bredouilla-t-elle. Ah ! Il faut que je présente Manon et Alan, s’écria-t-elle en se tournant vers ses deux amis.
Ils étaient restés en retrait jusque-là, observant avec curiosité comment Serena était passée de complètement abattue à : « en train de s’agiter dans tous les sens en leur faisant de grands signes de mains de venir la rejoindre ».
- On dirait qu’elle va mieux...
- C’est la seule chose que tu remarques ? dit Manon alors qu’une goutte de sueur glissait le long de sa tempe.
Il se contenta de la dévisager sans avoir l’air de plus se poser la question de comment son Dracaufeu et celui de Serena pouvait être si différents, et elle n’en revenait pas que ce soit le dracaufeu de cette dernière qui l’étonne le plus.
- Donc, voici Alan, s’empressa d’expliquer la coordinatrice heureuse que ses amis offrent une diversion. Lui aussi il a un dracaufeu et… S’il te plait, ne les défie pas tout de suite !
Sacha sursauta. Il était simplement surpris de revoir son rival ici, même si que Serena n’avait pas dû comprendre pourquoi il dévisageait autant un dresseur qu’il rencontrait pour la première fois. Manon, heureusement, vint vite le saluer et lui présenter Mariss’ qu’il connaissait également déjà et qu’il essaya de saluer le plus naturellement possible. Il y avait déjà trop de pokémons au courant de son identité, et trop qui riaient à ses dépens… Mariss’ ne riait pas cependant et, si on ne doutait pas de son courage, il préférait rester derrière le pantalon de sa dresseuse.
- Je crois qu’il a peur de ne pas survivre à un de tes câlins, dit-elle quelque peu gênée.
- Ma ! confirma le pokémon plante.
- Il n’est pas vraiment du genre à faire des câlins comme ça… essaya Serena.
- Mais on l’a vu…
- Je sais ! Mais il a eu beaucoup de stress et on vient de se retrouver donc c’est normal qu’il soit un peu…
- Alan dit aussi ça parfois.
- Mari, marisson.
- Parce que tu me donnes vraiment beaucoup de stress, dit-il en levant les yeux au ciel.
Manon, bien entendu, répondit qu’en vérité c’était toujours elle qui devait s’occuper de lui, et qu’elle se prenait les pieds dans les racines beaucoup moins qu’avant, la preuve : Mariss’ n’avait eu à la rattraper de ses lianes que douze fois cette semaine, dont seulement une à côté d’un précipice. Alan ne répondit pas, mais Serena sentit qu’il lui disait silencieusement qu’il aurait l’esprit bien plus tranquille s’il voyageait seul, mais que, pour il ne savait quelle raison, il était bien incapable d’envisager sérieusement de reprendre ses habitudes d’avant leur rencontre. Serena eut un léger sourire compatissant, il semblait qu’il y avait quelque chose dans l’air d’Hoenn qui faisait agir très bizarrement les kalosiens.
- Dracau, dracaudra, glissa discrètement le dragon.
Elle acquiesça, faisant sourire Sacha. Il savait à quel point elle appréciait Manon, et que même si elle était moins proche d’Alan qu’il ne l’était lui-même (le lui humain du moins), cela devait lui faire du bien de reparler avec des gens qui connaissaient sa région.
- Si tu veux, je lui demanderai si tu peux t’entrainer un peu avec lui. Et j’ai le pressentiment que vous devriez bien vous entendre.
Sacha croisa les bras. C’est vrai qu’il s’entendait de toute façon déjà bien avec Alan, mais ça lui rappelait toujours un peu ce qu’il s’était passé avec Adriane quand il l’entendait parler comme ça.
"Tu sais que tu es une super dresseuse ?"
- Hu ?
"Et tu n’as absolument rien à lui envier," appuya-t-il bien chaque mot.
- Il a gagné une finale ligue, tu sais.
Et tu m’as aidé à atteindre cette même finale, se retint-il de répliquer. En fait, peu importe comment il le tournait, il avait l’impression qu’il aurait pu rester bloqué à la première arène si elle n’avait pas été là. Oui, bien sûr, il savait que jusque-là, dans toutes les régions qu’il avait parcourues, il avait toujours trouvé le moyen de surmonter la plupart des défis – avec l’aide de ses pokémons ou de ses amis de l’époque. Mais il n’empêchait que lorsqu’elle le regardait, il lui prenait l’envie de lui montrer qui était le vrai Sacha, quelque chose qu’il avait sans doute bien réussi durant tout son voyage à Kalos sauf quand… Oui, c’était vraiment très intelligent de lui crier dessus. C’était la première fois que tu avais l’impression d’être le « leader » du groupe, la personne qu’elle « admirait », alors comment pouvait-elle comprendre quand elle n’avait aucun « rôle » à tenir ? Qu’elle n’avait pas à avoir peur de décevoir… Oui, vraiment très intelligent, tout comme croire que tu pouvais gérer les Magmas alors que tu savais très bien que tu ne t’en étais sorti que de justesse la dernière fois, même avec l’aide de Lance.
Serena continuait de le regarder, s’attendant sans doute à ce qu’il montre un soudain intérêt pour un dresseur dont un trophée attestait de ses talents en combat. D’ailleurs, s’il était honnête, une des choses qui enflammait le plus son esprit pendant cette ligue, c’était bien de pouvoir l’affronter. Sauf que maintenant… Sacha soupira.
"Si c’était ça qui comptait, je ne serais pas là."
- Alors qu’est-ce qui a compté quand tu as décidé de me suivre ?
"Hum… Eh bien, tu m’as sauvé juste après que je sois tombé de l’héli- que j’ai été paralysé, et aussi de l’attaque de Cacturne, sans oublier les profiteroles et…"
Il s’arrêta. Il y avait beaucoup de questions auquel il devait réfléchir, même s’il ne savait pas si cela servirait à grand-chose. Après tout, il y avait cette technologie géniale qu’on nommait pokéball d’impliquée, et au fond de lui il sentait cette peur de la décevoir, d’être haï, tout simplement qu’elle regrette qu’il ait un jour existé dans sa vie… Mais, au Centre Météo, il avait cessé d’y penser. Il n’y avait plus de question sur ce qu’il était ou ce qu’elle le faisait devenir, sur ce dont il était capable ou pas, sur si c’était une bonne chose ou pas, parce que tout ce qui restait à ce moment était une simple vérité : il avait imaginé un matin sans elle. Un endroit où ils ne pourraient plus prendre leur petit déjeuner ensemble, où ils ne pourraient plus discuter, où il ne pourrait plus prendre quelques minutes à la regarder pendant qu’elle débarrassait la table avant qu’il se propose pour l’aider. C’était leur quotidien, c’était lui en ce moment en train de regarder la jeune fille qui attendait patiemment sa réponse, de s’attarder quelques secondes sur ces yeux bleus et la légère moue que formait la commissure de ces lèvres, c’était se rendre compte d’à quel point ces moments lui étaient précieux. Je t’aime, je crois bien que je t’aime.
"C’est parce que c’était toi," avoua-t-il dans un souffle.
Serena écarquilla les yeux. A nouveau elle sentit son cœur battre, à nouveau elle s’attarda sur les bandages et pansements qui couvraient les écailles, les grimaces qui lui échappait en essayant de cacher ses migraines. C’était pour toi Serena. A la centrale, au Centre Météo, au Mont Chimné, c’était pour toi, ça a toujours été pour toi, c’était bel et bien pour toi.
Serena ramena sa main contre son cœur et ne put se retenir de faire un pas en arrière. Ça la rendait heureuse, ça la rendait horriblement heureuse alors qu’elle comprenait à quel point elle était importante pour lui, quelque chose qui dépassait d’être sa dresseuse ou une parente de substitution. Alors elle se posa des questions. Elle se demanda pourquoi elle, pourquoi Dracaufeu agissait comme ça, pourquoi leur relation ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait pu voir, enfin elle se demanda si, ce jour-là, elle n’avait pas été la seule personne qu’il n’aurait jamais dû rencontrer.
***
Assise sur un banc, sa capuche ramenée sur sa tête, Courtney ne pouvait s’empêcher de soupirer. Elle savait que la réunion serait longue et que beaucoup de sbires, sans oublier les Admins, contesteraient la décision. Les deux « leaders » avaient dû savamment manœuvrer et à vrai dire, pendant les quelques secondes de silence qui avaient suivi leur discours, elle avait bien cru qu’ils devraient désormais se débrouiller seul…
- Tu t’en veux encore ?
Elle releva la tête, son regard fatigué en disait suffisamment long. Tout avait pourtant si bien commencé : ils avaient pu prendre le contrôle du Centre Météo malgré leur condition limitée, la gamine était bien venue, et comme ils l’avaient espéré, à force de les pousser à bout, ils étaient devenus quelque chose que Mew ne pouvait pas perdre.
- On n’aurait pas eu à précipiter les choses si j’avais réussi, dit-elle entre ses dents.
- Tout ne dépendait pas de toi, rehaussa-t-il ses lunettes. On aurait dû laisser le temps à Magnet de parfaire ses calculs.
- Ils l’étaient déjà, tu le sais bien et de toute façon on savait que ça ne suffirait pas. C’est bien pour ça que j’étais là-bas, que j’étais là pour terminer le travail mais... Courtney frappa son poing contre sa jambe, se courbant encore plus vers l’avant en même temps qu’elle grondait : Cette saleté, pourquoi je ne me suis pas plus méfiée de cette saleté ?
- Personne n’aurait pu deviner qu’il se comporterait comme ça.
- Parce que justement on n’a aucune idée de ce que c’est exactement, souffla-t-elle. Et c’est bien pour ça que j’aurais dû le garder à l’œil jusqu’au bout.
Max ne disait plus rien, et Courtney de toute façon n’attendait pas à ce qu’il lui trouve plus d’excuses. C’était comme ça, chacun assumait sa fonction, et celle-ci était trop importante pour dire « Tu as fait de ton mieux. » parce que lui comme elle savait qu’ils devaient réussir.
- Tu t’inquiètes beaucoup trop pour un p’tit loupé.
Elle ne s’attendait pas à ce qu’Arthur les rejoigne, encore moins à ce qu’il cherche à lui remonter le moral, lui qui avait toujours été le plus acerbe du groupe. Il avait changé depuis qu’il avait embarqué sur ce navire, depuis que son regard semblait, parfois, vaciller comme une vague s’effondrant sous son propre poids.
- La mer t’aurait émoussé à ce point, Arthur ?
Le marin partit dans un grand rire, quelque chose à la fois désespéré et résolu avant qu’il ne se calme, son regard ne dénotant désormais qu’une intense fatigue. Il retira son bandana, frotta son front pour en retirer la sueur avant de remettre l’étoffe en place. Ça faisait trop longtemps, beaucoup trop longtemps, même pour lui…
- Ça fait un moment que tout part à vau-l’eau de toute façon, dit-il d’une voix morne. Tu veux qu’on reparle de ce désastre qu’a été Galar ? De comment une
bande de gamins sortis de nulle part a bousillé ma petite armée ? Ou quand nos soi-disant apparentés ont détruit notre système ? Mais vous savez quoi, c’est grâce à ça qu’on s’est fait propulser ici et qu’on s’est retrouvé mêlés à eux, grâce à ça qu’on a jamais été aussi proche du but…
Courtney déglutit, elle avait vraiment cru les avoir perdus à ce moment. Elle se souvenait encore de l’étrange sensation de porter leurs corps sans vie tandis qu’ils marchaient à ses côtés. C’était peut-être pour ça qu’elle avait attendu aussi longtemps avant de finalement sauter le pas… Courtney observa ses mains, pliant et dépliant les étranges petits os qui les composaient. Elle, elle avait pu choisir, et maintenant qu’elle partageait leur expérience, elle comprenait également à quel point ce à quoi ils jouaient était dangereux.
- Les erreurs sont…
- Peut-être notre dernière chance de nous adapter à tout ce bordel ? Ouais, moi aussi je commence à y croire.
- Ou une bonne occasion de tout empirer, siffla Max. Surtout maintenant que Mew est au courant que nous sommes…
- J’sais bien, et d’ailleurs je suis heureux d’voir que ton optimisme est toujours bien présent, grimaça Arthur. Mais t’oublie que grâce à Cinq, il ne va pas pouvoir agir pendant un p’tit moment. Plus que suffisant pour en finir, non ?
Courtney lui écrasa le pied du talon. Elle appréciait le compliment, mais…
- Ça ne veut pas dire que tu dois manquer de prudence, Arthur, sinon ça va encore te jouer des tours.
L’expression du capitaine se durcit soudain, pas à cause des paroles moqueuses de l’Admin Magma, mais bien de sa propre subordonnée.
- Sarah ?
Elle devait rester dans la salle de réunion avec Matthieu et les autres sbires. C’était ce qu’il lui avait demandé et elle aurait dû, comme d’habitude, lui obéir. Courtney fit claquer sa langue contre son palais et Arthur sentit une boule se former dans son ventre quand elle se tourna vers lui, une lueur s’insinuant dans ses yeux alors qu’elle demandait silencieusement si elle pouvait…
- M’en occupe.
Arthur fut lui-même surpris de l’inquiétude qu’il perçut dans sa voix. Il prit quelques secondes de pauses, la main contre sa gorge, tandis que Max le fixait quelques pas derrière.
- Tu es sûr de toi ?
- Je gère, répondit le leader Aqua. J’te jure que je gère ça.
- Bien, acquiesça Max en reprenant sa posture guindée. Ne tarde pas trop.
- Ouais.
Sarah fixait tour à tour les Magmas avant de fusiller son capitaine du regard. Arthur souffla, frottant l’arrière de la nuque avant de finalement attraper le bras de Sarah. Ce ne fut qu’une fois suffisamment éloigné, perdu dans l’un des nombreux couloirs de la base, qu’il se tourna vers la femme.
- A quoi tu joues ?
- Je me posais justement la même question.
De manière assez amusante, la planque des Magmas jouxtait la mer, si bien qu’à certains endroits on entendait distinctement les remous de l’eau cogner contre les murs. Ça n’avait cependant rien d’apaisant, bien au contraire, en ce moment cela lui faisait penser aux roulements d’un tambour de guerre.
- On a formé une alliance j’te rappelle.
- Pitié Arthur, tout le monde sait qu’on va plus s’utiliser que s’aider.
- Tant mieux alors, haussa-t-il les épaules. Ecoute, je te demande pas d’arrêter de te méfier d’eux, c’est juste que pour atteindre la caverne, on a besoin de leur matériel, et eux du nôtre. Y a rien de plus, et une fois en bas, ce sera chacun pour sa baie.
- Vraiment ?
- Tu ne me fais plus confiance ?
Elle fronça les sourcils et ses mâchoires se crispèrent. Sarah sembla hésiter quelques secondes avant de dire :
- Tu as vu ce qu’il s’est passé au Centre Météo ?
- La prise d’otage ? Sarah, je pense pas qu’on puisse leur faire la moindre remarque après ce qu’on a fait à Vermilava.
- Ce n’est pas moi qui aie envoyé Luc à l’hôpital, cracha-t-elle. Est-ce que tu as seulement vu dans quel état cette femme l’a mis ? Et tu voudrais qu’on bosse avec eux ?
Arthur soupira. On n’oubliait jamais les potes de fac, pas vrai ? Et en fouillant dans sa mémoire, il se souvint que s’il ne pouvait plus se montrer autant qu’avant, Sarah n’hésitait pas à rendre régulièrement visite à ses vieux amis.
- J’sais, j’sais bien, et moi aussi ça me tue qu’ils lui aient fait ça, mais encore une fois, on règlera nos comptes avec eux en bas, et je compte sur toi pour pas faire de vague d’ici-là.
Sarah se crispa. Arthur pouvait être dur, sévère même, mais là, elle avait juste l’impression de l’agacer en parlant de leur vieil ami. Le même Arthur qui lui avait demandé de bien le tenir informé quand elle lui avait dit qu’une certaine Anna avait tapé dans l’œil du scientifique. Elle savait aussi que depuis, il y avait un cadeau de mariage qui attendait patiemment dans la cabine du capitaine, bien que ce dernier niait en bloc à chaque fois qu’elle lui en faisait la remarque. Elle ne plaisantait plus là-dessus désormais, sans doute parce qu’elle avait peur de se rendre compte…
- J’ai du mal à te voir te battre contre eux vu comment tu leurs souriais.
- J’essaye de jouer le jeu.
- Mais bien sûr ! dit-elle en levant la main. C’était aussi pour ça la gamine au Mont Chimné, pour jouer le jeu, pour jouer leur jeu ?
- …
- Tu croyais que Matthieu ne m’en parlerait pas ?
- Non, je croyais que tu comprendrais.
- Que je l’accepterais ?
- Elle gênait.
- Une coordinatrice ?
- Une coordinatrice, une dresseuse, une championne, une policière, un stupide groupe de pokémon, qu’est-ce que ça peut me faire ?! Elle et ses petits amis se sont foutus de moi ! On ne se fout pas de moi, Sarah, jamais.
Il respirait bruyamment, les veines de son cou devenues apparentes. Il y avait quelque chose de fondamentalement disgracieux et inquiétant dans la manière dont son visage se contorsionnait, comme s’il en avait perdu le contrôle.
- Je me disais comme Matthieu que tu avais une bonne raison, mais je n’arrive plus à suivre, je n’arrive juste plus à suivre.
Arthur recula la tête, une main crispée sur son pendentif, et pour la première fois Sarah se rendit compte d’à quel point sa stature dépassait la sienne.
- On ne peut pas réussir sans sacrifice, Sarah, tu le sais.
- A quand mon tour alors ?
Elle s’immobilisa, effrayée par le regard de l’homme qui se tenait en face d’elle, comme s’il n’avait jamais douté un seul instant qu’il devrait un jour en arriver là.
- Je tiens à toi Sarah, plus que tu ne l’imagines, plus que je le voudrais… Hum, ouais, je suppose que c’est parce qu’il est encore là.
- Qu’est-ce que tu racontes encore…
- J’y ai sincèrement réfléchi, en voyageant avec toi, avec Matthieu, avec vous tous, mais… Tôt ou tard, il faut remonter à la surface et respirer, c’est comme ça. Quoi ? Tu veux partir ? Vas-y, va à l’autre bout du monde si ça te rassure, de toute façon ça ne changera rien alors tu ferais mieux de profiter de ce dernier voyage au lieu de…
Une gifle retentit au milieu du vacarme des vagues. Sarah se recula, ses lunettes de plongées roulaient entre ses doigts, se souvenant du cadeau qu’il lui avait fait le jour où il avait décidé de dissoudre la Team Aqua.
- Ce n’est plus toi, pas vrai ?
Alors Arthur frappa. Un coup de poing qui fit gonfler la joue de la femme et lui fendit la lèvre. Elle releva la tête, hagarde, avant de reprendre ses esprits et de jeter les lunettes de plongées au pied du capitaine.
- Moi aussi Arthur ! hurla-t-elle. Moi aussi il m’arrive, parfois, d’avoir besoin de respirer !
***
Sacha se demandait à quoi pouvait bien penser Pandarbare assis en tailleur devant la télévision de leur chambre provisoire. Pas facile en même temps avec cette nouvelle forme qui donnait l’impression qu’il était continuellement en colère. Et le métamorphosé savait bien ce que cela faisait, lui-même avait tendance à avoir l’équivalent de ses « sourcils » froncés en permanence, et combien de fois l’avait-on cru agressif quand il avait juste souri ? Heureusement que Serena était toujours là pour calme les choses, bien que l’expression « doux comme un cabriolaine » n’était pas forcément une évidence pour des gens habitués aux wattouats. Eh oui, mine de rien, Kalos, ça faisait quand même sacrément loin.
Bref, Pandarbare était lui aussi entré dans la catégorie des pokémons « pas très concours », et c’était peut-être l’une des raisons pour laquelle il n’avait toujours pas décoché un mot depuis qu’ils avaient visité Luc… D’accord, très bien, soyons franc : Pandarbare était énervé à cause justement de cette petite visite au scientifique.
Pourtant, c’était bien le panda qui avait été le plus bavard, sans doute parce que la compétition n’était pas très rude. Serena avait à peine dit deux mots puis s’était mise à l’écart, et bien sûr Sacha avait passé les trois-quarts du temps et de son cerveau à se demander pourquoi elle ne disait rien et si elle allait bien et si… Bref, il n’avait pas du tout suivi la discussion entre le pokémon et le scientifique, et s’il ne pensait pas (n’espérait pas) que Luc ait fait des reproches au panda…
Pandarbare se sentait-il coupable ? Parce que, c’est vrai que voir Luc dans un lit d’hôpital, même s’il disait lui-même qu’il « s’en sortait bien », ce n’était pas très rassurant. Enfin, ce n’était pas non plus comme si le panda avait de réelles raisons de s’en vouloir ou que Sacha l’accusait de quoi que ce soit, non ! Alors oui, peut-être qu’il n’avait pas suivi le plan, mais il fallait dire que dans la cohue générale, il était tout à fait possible que Pandarbare se soit retrouvé coincé par Camérupt et n’ait pas eu d’autres choix que de l’affronter. Oui, voilà, c’était sans doute ça et ce bon vieux Sacha complètement paniqué n’avait juste rien compris à la situation et lui avait crié dessus et du coup c’était sûr que Pandarbare lui en voulait maintenant.
"Tu serais pas en train de flipper par hasard ?"
"Hein ?" sursauta Sacha.
"C’est vrai que ce serait sacrément la honte si Luc gagnait."
"HEIN ?"
"Bah oui, je te rappelle que, pour que ce soit valide, elle est censée comprendre, et comme t’oublie toujours de mimer quand c’est important..."
Sacha sentait sa tête lui tourner, ne sachant pas par quoi commencer, surtout avec le gros pokémon térèbre qui illustrait ses propos en joignant ses pattes pour former un cœur.
"Attends, stop, comprendre quoi ? Gagner quoi !?"
"Les paris évidemment," croisa-t-il les bras. "Et crois-moi que j’aurais bien voulu que ça compte, mais Goupelin a dit non."
"Mais de quoi tu parles à la fin ?" siffla Sacha, sa voix montant dans des aigus qu’on n’aurait pas cru possible pour un dracaufeu.
Pandarbare roula des yeux.
"Qu’il serait temps que tu fasses ta déclaration en bon et due forme. Parce que, sérieusement… les toilettes, vraiment ? Rien que pour ça je comprends que Goupelin ait pas retenu le point."
Le visage du dragon s’enflamma. Il souffrait de deux ou trois traumatismes crâniens et il ne s’était pas rendu compte d’où il était et…
"Tu l’as dit à GOUPELIN ?!" explosa-t-il.
"Comment tu veux valider les paris sinon ?"
"Arrêtez avec vos paris, par pitié !"
"Faut bien s’occuper."
"Pas à mes dépens… Ni ceux de Serena, » dit-il d’une plus petite voix.
"Donc… Tu ne prévois pas de redire clairement les choses dans les prochains jours ?" demanda le panda sans cacher sa déception.
Sacha sentit son cœur se tordre. Bien évidemment qu’il ne pouvait pas le redire comme ça, parce qu’il y avait toujours le fait qu’il était sous l’emprise de la pokéball, et qu’il ne savait pas ce qu’il se passerait une fois libéré. Pandarbare se frappa le front de la paume, l’air sérieusement agacé.
"J’y crois pas, Luc et Anna seront en couple avant toi et Serena."
"Anna ?"
"T’as rien écouté ma parole."
"J’étais distrait."
"Oui, la fameuse distraction dont tu murmures une dizaine de fois le nom dans ton sommeil avec un sourire béat."
"Je ne…"
"… "
"Vraiment ?"
"Vraiment."
Sacha se renfrogna. Il avait passé beaucoup de temps à imaginer que tout soit faux, sans jamais penser à l’autre possibilité : qu’il redevienne humain et que tout soit encore là.
"Sauf que je suis encore un pokémon pour l’instant," murmura-t-il.
"Mais Serena t’as déjà fait sa déclaration."
"Q-Que ? N-Non ! Je sais que ça y ressemblait, mais, enfin, elle a pas pu dire ça, pas à moi alors que j’ai cette tête-là !"
"T’es pas si moche…"
"Je suis un pokémon !"
"Moi aussi, et je le vis très bien."
"Je suis un PO-KE-MON !"
Et même si les mots de la dresseuse pouvaient porter à confusion – et il en voulait beaucoup à Serena de lui avoir fait ressentir une joie qu’il n’aurait jamais cru possible, tout ça pour qu’elle retombe aussi vite que son gâteau au yaourt (oui, oui, ça pouvait vraiment retomber, pas besoin de plus insister là-dessus) – il savait pertinemment comment elle le voyait.
"Je t’aime!" imita soudainement Pandarbare les pattes jointes.
Ça n’avait rien à voir, le pokémon était une octave trop basse pour que ce soit réaliste, mais… quelque chose dans le ton qu’avait pris Serena à ce moment : un abandon, l’impression qu’elle en souffrait mais ne pouvait pas faire autrement, alors que tout ce qu’elle disait… tout ce qu’elle voulait dire…
"Je le savais ! Je le savais que tu nous entendais !" s’offusqua Sacha.
Il s’en voulut de dévier ainsi du problème, et il s’attendait à ce que le panda le lui fasse remarquer. Mais celui-ci avait perdu d’un coup toute contenance, se mettant soudain sur la défensive.
"C’était pas le problème."
"Ah oui ?" gronda Sacha. "Donc c’était quoi qui allait pas ? Le plan ? Fallait le dire avant si…"
"Il y avait aucun problème avec le plan !" hurla-t-il. "Si tu crois que c’est facile pour moi alors que… Je me suis laissé emporter, voilà, c’est tout."
"Le ‘c’est tout’ était sacrément dangereux," gronda Sacha.
"Oui, je sais, je sais, mais qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je suis désolé ? ça tombe bien parce que je le suis, vraiment… Mais je vais gérer, d’accord ?"
Sacha fronça le museau. Le pokémon lui cachait clairement quelque chose, et avec les Teams Aqua et Magma plus actives que jamais, la dernière chose à faire c’était les cachotteries au sein de leur équipe.
"C’est sérieux Pandarbare, les Magmas et les Aquas, ils sont vraiment sérieux."
"Tu crois que je ne le sais pas ?" s’emporta-t-il. "Tu crois que j’ai pas compris quand Luc a dit que ‘ça aurait pu être pire’ alors que ça fait une semaine qu’il est à l’hôpital, que par ma faute ça… Rah !"
Il avait levé les mains au ciel dans un geste d’abandon et commença à partir, bien décidé à aller faire une balade sans le métamorphosé, ni personne d’autres d’ailleurs. Sacha commença à paniquer. Il se donnait toujours comme mission de veiller sur les pokémons de la coordinatrice, même s’il n’avait plus l’apparence d’un dresseur expérimenté, ou d’un dresseur tout court. Et s'il faisait fuir Pandarbare pendant les dix minutes d'absence de Serena... Allez Sacha, ce n’est peut-être pas ton pokémon, mais tu dois quand-même te montrer ferme.
"Pandarbare !"
Sacha crut avoir réussi quand le pokémon commença lentement à se tourner vers lui (plus que l’apparence, c’était l’état d’esprit qui comptait comme il venait brillamment de le prouver et…), avant de se rendre compte que c’était finalement la poignée de porte qui avait finalement fait changer d’avis le grand panda. La poignée dans sa main alors qu’il s’était presque complètement tourné vers le dragon et la porte toujours accrochée à ladite poignée…
- Qui a fait ça ?! entendirent-ils hurler.
Ils se dévisagèrent mutuellement, puis Pandarbare glissa la planche de bois entre les mains du dragon avant de brutalement s’écarter.
- Dracaufeu ?!
"Hein ?"
- Forcément que c’était toi…
Il lâcha soudain le cadavre de ce qu’avait été la porte, comprenant la trahison.
"Non coupable !"
"Coupable," dirent en cœur les autres pokémons.
- Qu’as-tu à dire pour ta défense ?
"Je…"
- Hum ?
"Je t’aime ?"
Il ramena vite ses mains devant sa gueule. Bon sang, pourquoi ça lui échappait aussi facilement ? Heureusement que Serena ne pouvait pas… Elle était sacrément rouge d’un coup !
"Ça compte ?" entendit-il murmurer Posipi.
"Ça ne compte pas," répondit Négapi faisant mine de relever des lunettes invisibles.
Serena se recula vivement, toussotant un peu, ses doigts effleurant ses lèvres.
- Excuses acceptées, dit-elle d’une voix étouffée.
Un grand silence suivit, les pokémons se dévisageant tous mutuellement pendant que Sacha ramassait la porte, la posait sur le côté avant de la tirer vers lui comme s’il voulait la fermer. Quelqu’un toussota, puis…
"Ça compte ?"