Pokemon : Master and Coordinator

Chapitre 3 : Le destin est en route

2635 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 12/12/2025 07:35

Chapitre III

Le destin est en route

 

La lumière du matin filtrait doucement à travers les rideaux, dessinant sur le plancher des motifs dorés qui semblaient danser au rythme du vent.

Seïko ouvrit les yeux, encore enveloppé du rêve étrange de la nuit, mais déjà ramené à la réalité par la chaleur douce qui appuyait contre son flanc.

Évoli dormait encore, lové en boule, sa respiration à peine perceptible.

Le jeune garçon inspira profondément.

Pour la première fois depuis l’accident, il se réveillait sans ce poids opaque qui lui raidissait la poitrine.

Il y avait quelque chose de neuf. Fragile, mais vivant.

Il se redressa doucement, et Évoli leva la tête, encore ensommeillé.

— Viens, murmura Seïko. On descend.

L’Évoli bâilla, une petite langue rose entre les dents, puis sauta du lit pour le suivre. Ses petites pattes firent résonner de légers tapotements dans l’escalier, et ensemble ils gagnèrent la cuisine où flottait déjà l’odeur du thé chaud.

Délia préparait le petit déjeuner, le dos légèrement courbé, vêtue de son tablier fleuri.

Quand elle se retourna et vit son petit-fils et Évoli entrer, un sourire sincère éclaira son visage fatigué.

— Bonjour, vous deux, dit-elle. Vous avez bien dormi ?

Évoli s’assit aussitôt et remua la queue avec excitation.

Seïko hocha la tête, prit place à la table, et commença à tartiner une tranche de pain.

Délia l’observa un instant avant de demander :

— Et… que comptes-tu faire aujourd’hui, mon chéri ?

La question resta suspendue dans l’air.

Seïko resta immobile, la tartine encore en main.

Il regarda Évoli, qui le fixait de ses grands yeux noirs, brillants d’une confiance innocente.

Quelque chose se passa. Un silence intérieur. Une évidence qui ne demandait pas à être nommée.

Il sourit. Un vrai sourire, cette fois.

— Je vais me promener, répondit-il. Avec Évoli.

Délia hocha doucement la tête.

— Ça vous fera du bien à tous les deux.

Mais intérieurement, Seïko savait que c’était plus que cela.

Il avait besoin de comprendre ce lien, de voir ce dont Évoli était capable.

De savoir, enfin, quel avenir était en train de s’ouvrir devant lui.

 


Une demi-heure plus tard, il descendait l’escalier à nouveau, transformé.

Le deuil l’avait contraint à porter des vêtements trop formels, trop lourds pour son âge — mais ce matin, l’habit noir qu’il choisit avait une autre signification.

Jean noir ajusté, chemise noire aux manches retroussées, veste en cuir sombre Et bottines élégantes dont les talons claquaient sur le sol avec un rythme assuré dévoilait toujours son deuil mais avec plus de légèreté.

Évoli trottinait à ses côtés, fier comme s’il défilait à la parade.

— On y va, dit Seïko.

Ils traversèrent le village.

Le soleil montait lentement dans le ciel, caressant les façades blanches des maisons de Bourg Palette. Des Roucool piaillaient sur les toits.

Seïko ressentit un soupçon de paix. Juste assez pour avancer.

Le laboratoire du Professeur Chen se dessina bientôt à l’horizon.

Mais arrivé presque au portail, Seïko bifurqua brusquement.

— Pas aujourd’hui, murmura-t-il.

Un petit chemin de terre, étroit comme une cicatrice dans la verdure, s’enfonçait dans un bois voisin.

Un chemin discret que seuls les enfants du village connaissaient.

Il le suivit.

Les arbres se refermèrent autour d’eux.

L’air y était plus frais, chargé d’odeurs de mousse et de feuilles humides.

Lorsque l’espace se fit plus clair, il s’arrêta dans une petite clairière où la lumière tombait en faisceaux.

Évoli s’assit devant lui, oreilles dressées, comme s’il attendait des instructions.

— Bon… voyons ce que tu sais faire, dit Seïko.

Le petit Pokémon poussa un cri enthousiaste.

— Évo !

Seïko sourit malgré lui. Puis il commença doucement. Très doucement. Des exercices simples composez de mouvements, comme des appels.

Chaque geste était observé, analysé.

Évoli se montrait vif, incroyablement réceptif, comme s’il comprenait les intentions avant même les mots.

Il bondissait avec agilité, esquivait, revenait vers lui en un éclair de fourrure brune.


Puis, à un moment, pendant que deux Pokémon combattaient un peu plus loin, alors que Seïko avait demandé simplement une esquive, Évoli pivota et une petite onde lumineuse s’échappa de son corps — faible, mais nette.

Le garçon resta figé, ne comprenant pas ce qui se passait.

— Tu… as fait ça toi-même ?

Évoli, intriguer lui aussi, gonfla malgré tout le poitrail, fier de son résultat.

— Vooo !

A première vue, c'était une énergie pure. Instinctive peut-être ? Cela ne ressemblait pas à un simple « Charge ». Cela ne semblait pas être une capacité classique.

C'était quelque chose qui ressemblait à un début… d’éveil.

Seïko sentit alors quelque chose remuer en lui. Une intuition ? Ou peut-être un pressentiment ?

Il regarda Evoli, comme s'il le voyait pour la première fois. Ce Pokémon n’était pas comme les autres. Pas seulement parce qu’il était son premier et pas seulement parce qu’il était sorti d’un œuf mystérieux.

Mais parce que son potentiel semblait dormir comme une flamme sous la cendre.

Seïko inspira profondément. Son regard s’assombrit, non de tristesse, mais de résolution.

— Très bien, Évoli. On va voir jusqu’où tu peux aller.

Évoli remua la queue, prêt à repartir.

Le bois vibrait autour d’eux, comme témoin silencieux de leurs premiers pas.

La clairière ne résonnait plus que du souffle de l’effort.

Évoli courait, bondissait, tournait sur lui-même avec une vivacité presque féline.

Chaque fois que Seïko donnait une consigne, le petit Pokémon réagissait instantanément, comme si le mouvement naissait de l’intention même du garçon.

— Encore une fois, Évoli ! Esquive, et reviens !

— Évooo !

Il bondit sur la gauche, retomba dans un nuage de poussière dorée, et revint en un éclair, queue levée.

Seïko souriait. Un sourire rare, sincère, transformant son visage habituellement fermé.

C’est alors qu’il se figea. Un bruissement derrière lui. Un pas lourd, mesuré.

— Tu t’en sors bien, Seïko.

Le garçon se retourna brusquement.

Le Professeur Chen se tenait à l’orée de la clairière, les bras croisés, le regard grave mais bienveillant.

Une brise fit bouger sa blouse blanche, déjà froissée par les heures passées à travailler.

Il s’avança lentement, comme on approche un animal sauvage, ou un enfant qui porte une blessure encore à vif.

— Je suis là depuis quelques minutes, dit-il. J’ai pris le temps de vous observer… tous les deux.

Seïko sentit ses joues se réchauffer, mal à l’aise d’avoir été surpris en plein entraînement.

— Je… je voulais voir ce qu’Évoli pouvait faire.

Le professeur hocha doucement la tête.

— Et tu as bien fait. Je t’ai vu, tu sais… tous tes gestes, ton attention… C’est rare, à ton âge, d’avoir ce regard-là.

Il posa ensuite son attention sur Évoli, dont les oreilles frémirent sous l’observation du vieil homme.

— J’ai aussi vu cette lueur, continua-t-il. Une lumière brève autour de son corps.

Seïko se crispa.

— Vous pensez que c’était quoi ?

Chen se tourna vers l’immense pré visible entre les arbres.

Au loin, deux Pokémon de sa réserve s’entraînait l’un contre l’autre, envoyant des éclats lumineux dans l’air.

— Photocopie, dit le professeur. Une capacité rare, qui imite le dernier mouvement lancé par un adversaire.

Il revint vers eux.

— En voyant la lumière qu’Évoli a produite, j’ai pensé qu’il s’agissait de cela. Mais…

Le vieil homme laissa sa phrase en suspens, comme s’il examinait une pièce de puzzle invisible.

Il sortit alors un appareil rouge vif de la poche intérieure de sa blouse. Un modèle dernier cri de son cru, tout aussi solide malgré apparence patinée par les années.

— Seïko, dit-il en lui tendant, voici un Pokédex.

— Pour… moi ?

— Oui. Il est temps que tu saches exactement qui est ton partenaire… et ce que vous êtes capables de devenir ensemble.

Seïko prit l’appareil avec un respect presque religieux.

Il pointa le Pokédex vers Évoli.

L’écran s’illumina, une voix synthétique se leva :


Évoli — Pokémon Évolutif.

Capable de s’adapter à de nombreuses formes d’évolution.

Talent détecté : Reproduction Luminale.

Un talent extrêmement rare, encore mal documenté.

Permet à Évoli de générer une impulsion énergétique imitant partiellement une capacité inconnue, sans la posséder réellement.


Le silence qui suivit semblait avaler toute la forêt.

Évoli inclina la tête, comme s’il comprenait qu’on parlait de lui.

Chen prit une longue inspiration.

— Ce n’est pas Photocopie. Pas une capacité.

— Alors… qu’est-ce que c’est ? demanda Seïko.

Le professeur le regarda, et dans ses yeux brilla une lueur qu’il réservait aux découvertes rares, incompréhensibles, presque miraculeuses.

— C’est… un talent unique, Seïko. Je n’en ai jamais vu un semblable. Cela veut dire que ton Évoli n’est pas un Pokémon ordinaire. Il n’est peut-être même pas destiné à suivre les voies classiques de son espèce.

Seïko sentit une vague d’émotion lui traverser la poitrine. De la peur ? Non. Plus de la curiosité. Et quelque chose d’autre, de plus fort : de la détermination.

Le professeur Chen sembla lire en lui aussi clairement qu’un livre ouvert.

— Tu as pris ta décision, n’est-ce pas ?

— Oui, répondit Seïko sans hésiter.

Le vieil homme eut un faible sourire, triste et fier à la fois.

— Alors… il est temps.

Il fouilla dans sa grande poche latérale. Un cliquetis résonna. Puis il en sortit six Pokéballs vierges, qu’il plaça dans la main du garçon.

— Je ne donne pas cela à la légère, Seïko. Ce n’est pas un cadeau… c’est une reconnaissance.

— De quoi ?

— Que tu es prêt à marcher sur ton propre chemin. Et que, peut-être… ton destin sera plus grand que tu ne le crois.

Le vent souffla doucement dans la clairière.

Évoli se rapprocha de Seïko et posa sa tête contre sa jambe.

Le garçon referma sa main sur les Pokéballs, sentant dans ce geste tout le poids du futur.

Pour la première fois, depuis longtemps, il n’avait plus l’impression de subir la vie.

Il avançait.

 

 

 

Le chemin du retour se fit lentement.

Chen marchait auprès de Seïko, silencieux, comme s’il refusait d’interrompre ce moment fragile où un avenir se redessinait. Chaque pas dans les herbes hautes semblait confirmer une promesse tacite.

Évoli trottait près d’eux, sautillant pour attraper les feuilles qui tombaient encore des arbres, comme si rien au monde ne pouvait être plus important que ce jeu éphémère.

Lorsque Bourg Palette se profila au loin, la maison de Délia se découpa dans la lumière du début d’après-midi.

Des volutes de vapeur sortaient de la cuisine : elle préparait quelque chose. Quelque chose de réconfortant sûrement.

Chen posa une main brève sur l’épaule du garçon.

— Je repasserai demain. Pense à ce que tu vas dire à ta grand-mère. Une décision n’a de poids que si elle est partagée avec ceux qui nous aiment.

Seïko hocha timidement la tête, puis entra.


Délia leva les yeux en entendant la porte.

Son sourire se fana aussitôt devant l’air sérieux de Seïko… puis refleurit doucement lorsque Évoli, d’un bond, grimpa sur la table pour quémander une caresse.

— Oh, mais regarde-moi ça ! s’émerveilla-t-elle. On dirait qu’il a déjà pris de l’assurance !

Seïko prit place.

Il posa les six Pokéballs sur la table, sans un mot.

Le tintement doux des sphères rouges et blanches résonna dans la pièce comme une cloche qui marque la fin de quelque chose… ou le début.

Délia se figea.

Ses yeux devinrent humides.

— Seïko… tu… tu es sûr de toi ?

Le garçon inspira profondément.

Il pensa à la lumière d’Évoli, à la clairière, au calme de la forêt, au regard du professeur Chen.

Puis il pensa à ses parents, à ce vide immense qui l’avait avalé ces dernières semaines.

Et à la chaleur nouvelle qui avait commencé à remplir cet espace.

— Oui, mamie.

Sa voix était basse, mais ferme.

— Je veux continuer leur route. Je veux devenir dresseur comme eux. Il y a juste la destination finale que je ne connais pas encore. Comme maman ? Comme papa ? Je ne sais pas encore...

Évoli bondit dans ses bras comme pour approuver.

Délia posa la main sur sa bouche, puis sur le cœur du garçon.

— Je suis si fière de toi…

Elle le serra contre elle, longuement, comme si elle tentait de retenir un instant qui allait forcément lui échapper.


 

Le reste de la journée passa dans un calme simple. Un repas partagé. Quelques rires, timides mais sincères.

Le soleil poursuivait lentement sa course, teintant peu à peu les collines d’une lumière cuivrée.

Puis vint le moment où le ciel commença à se métamorphoser.

Seïko sortit sur le perron, Évoli dans les bras.

La brise du soir était fraîche. Les couleurs du couchant se reflétaient dans les vitres des maisons voisines, et la forêt, au loin, semblait nimbée d’or.

Il inspira profondément. Tout paraissait suspendu.

Puis… un frémissement. Un souffle léger, venu de nulle part. Pas le vent. Pas un bruit naturel.

Évoli redressa brusquement les oreilles. Ses yeux devinrent brillants, comme s’ils captaient une lumière invisible à l’œil humain.

Le temps se ralentit.

L’air vibra.

Un scintillement argenté apparut au-dessus du chemin, si discret qu’il aurait pu passer pour une poussière de pollen.

Mais non : cette lueur dansait. Vivait même !

Elle se déploya doucement, formant un arc minuscule qui descendit vers Seïko avant de se dissiper à quelques centimètres de son front, avec la douceur d’un baiser immatériel.

Évoli cligna des yeux.

Puis un halo presque imperceptible traversa sa fourrure, comme un souffle d’énergie qui disparaîtrait aussitôt.

Seïko resta immobile. Il n’avait pas peur. Il ne comprenait pas… mais il sentait.

Quelque chose veillait sur eux. Quelque chose qui avait été là dans la forêt. Quelque chose d’ancien, de pur, de bienveillant.

Le soleil disparut complètement derrière les collines. Évoli grimpa sur son épaule et poussa un petit cri doux.

— Évo…

Seïko posa la main sur lui.

— Je sais. Moi aussi, je l’ai senti.

Le vent se leva, emportant avec lui le dernier éclat de lumière du jour.

Et alors que la nuit tombait, une certitude s’enracina dans le cœur du jeune garçon : ce n’était pas un hasard... Ni l’œuf. Ni l’éclosion. Ni cette lueur.

Quelque chose — ou quelqu’un — avait guidé ses pas depuis le premier soir.

Quelque chose qui, désormais... l’accompagnait et qu'il espérait, un jour, découvrir pour de bon !

 


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