Pokémon : Au-delà du lien

Chapitre 1 : La négociation

3712 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/08/2026 12:34

Une légère brise matinale sillonnait les rues d’Illumis en cette matinée printanière. Le soleil venait à peine de se lever que la capitale de Kalos commençait déjà à être foulée par ses habitants.

Des travailleurs, des dresseurs nocturnes entrant chez eux, des touristes à la recherche du meilleur café.

Au milieu de ce monde, Gwenn.

Insomniaque comme toujours, elle n’avait dormi que trois heures. Pourtant, son visage était illuminé par un maquillage léger, ses cheveux bien coiffés, son uniforme de travail repassé.

Casque dans les oreilles, elle marchait au rythme de ce qu’elle écoutait, comme si elle était le personnage principal de sa propre histoire.


À côté d’elle, trois Pokémon.

Une adorable Mystibule — Lina — qu’elle avait coiffée d’un nœud sur sa queue-mâchoire et qui restait au pied de Gwenn comme une enfant restant dans les jupons de sa mère.

Un grand Amphinobi — Phin — toujours droit, en retrait, à veiller sur sa dresseuse comme si, à chaque instant, une catastrophe pouvait la blesser.

Et une Forgelina — Chefline — trottinait à côté d’elle, avec son petit air espiègle, prête à faire la moindre bêtise à la moindre occasion, portant fièrement son immense marteau sur son épaule.


Gwenn arrivait au bout de quelques minutes devant une immense bâtisse de la Place Cyan : le QG du Clan Dérouillard.

Comme tous les matins, elle enleva son casque, ajusta sa veste de clan et présenta son badge au garde de surveillance.

Comme tous les matins, elle salua d’une voix enjouée et avec un doux sourire ses collègues, les membres du même clan.

Comme tous les matins, elle snobait totalement Gypso, ne lui adressant pas un bonjour même si elle passait toujours devant son bureau à l’accueil. D’autant plus que — il y a deux jours — ils en étaient venus aux mains et Gwenn en était ressortie avec des ecchymoses sur les bras et un poignet foulé. Mais elle lui avait laissé en retour une belle foulure aux côtes. Les deux avaient jugé bon de ne pas encore en parler à leur chef, sachant qu’ils se feraient tous les deux remonter les bretelles.

Mais cette fois, contrairement à tous les matins, elle ne traversa pas la quasi-totalité du QG pour atteindre son laboratoire. À la place, elle prit l’ascenseur imposant du grand hall. Dernier étage, celui où se trouvait le bureau du chef du clan : Corvault.


Cela faisait trois ans qu’elle travaillait pour lui, en même temps que ses études en doctorat de sciences comportementales des Pokémon. Elle avait une dette financière et morale importante envers lui : il lui avait permis de continuer ses études pour qu’elle devienne docteure et professeure Pokémon, mais aussi de faire ses recherches dans un laboratoire dernier cri. Pendant longtemps, elle lui en avait voulu d’avoir abusé de sa vulnérabilité. Aujourd’hui, les tensions s’étaient apaisées. Mais les habitudes restaient : provocation, déstabilisation, prise de tête.


Cette fois, elle avait pris rendez-vous avec lui non pas pour se plaindre, mais pour autre chose qu’elle avait omis de lui dire. Gwenn connaissait ses droits : elle n’était pas dans l’obligation de lui dire pourquoi elle voulait prendre ce rendez-vous.


Les portes métalliques s’ouvrirent sur le dernier étage dans un bruissement métallique. Gwenn sortit, les mains dans les poches, accompagnée de ses Pokémon. Elle s’approchait de l’assistante de Corvault qui était assise derrière son secrétariat. Gwenn ne put s’empêcher de l’observer entièrement. Jeune femme belle, cheveux naturels attachés en chignon, jupe droite, talons hauts. Vraiment une belle femme, se disait-elle, elle qui était quasi l’opposé.

Elle fit un sourire amical à sa secrétaire de direction.


« — Bonjour, j’ai rendez-vous avec le chef à 8 h 30. Je suis en avance, je peux patienter. »


La belle secrétaire, qui se nommait Lya, releva doucement la tête. Elle avait reconnu la voix de Gwenn, cette petite voix douce qui pouvait devenir en un claquement de doigt pinçante et provocante, en total contraste avec le visage souriant que Gwenn offrait à la majorité des membres du clan.


« — Bonjour, Gwenn, je vais envoyer un message au chef Corvault pour le prévenir de votre prés- »


Lya n’eut pas le temps de finir sa phrase. La grande porte boisée du bureau s’ouvrit dans le grincement des années, oubliant d’être huilée. Le chef du clan se tenait dans l’encadrement de la porte, toujours dans cette tenue impeccable, cette posture droite, une main dans la poche droite de son pantalon de ville.


Corvault regardait un instant Gwenn, de ce regard perçant qui donnait l’impression qu’il analysait même la respiration de ses interlocuteurs.

Gwenn regardait un instant Corvault, de son regard orangé — presque surnaturel — qui se fronçait à chaque fois qu’elle sentait son regard sur elle, comme s’il la lisait comme un livre ouvert.

Et en bon observateur, Corvault le vit : Gwenn semblait plus nerveuse que d’habitude. Ses épaules étaient légèrement contractées, sa respiration un peu plus rapide, même ses mains tremblaient imperceptiblement. Ce n’était pas la Gwenn cassante habituelle qui allait entrer dans son bureau. Et pour cela, il se détendait légèrement.


« — Bonjour, Gwenn, entre. Lya, prépare-nous un café, s’il te plaît.

— Oui, chef. »


Les talons de la secrétaire résonnaient sur le parquet jusqu’à ne plus être perceptibles. D’un geste simple, Corvault incitait Gwenn à avancer.


Mais avant qu’elle ne puisse faire un pas, ses deux petits Pokémon — Lina et Chefline — n’avaient pas attendu l’aval de Corvault. Elles avaient décidé que c’était raisonnable, en dehors de toute coutume et hiérarchie, de faire la course jusqu’au fond du bureau.

Phin ne put s’empêcher, dans un coassement, de lever les yeux en l’air. Gwenn eut la même réaction que son Amphinobi, lâchant un simple soupir… suivi du retour au calme de la Mystibule et de la Forgelina, comme si elles avaient compris le sermon silencieux de leur dresseuse.


Et pendant un court instant, les yeux de Gwenn avaient brillé d’une lueur forte, comme s’ils étaient exposés en plein soleil de midi… alors qu’elle rentrait dans un bureau tamisé sans fenêtre. Et ce reflet, personne d’autre que ses Pokémon ne le vit à ce moment précis.

Et eux, ils savaient ce que cela signifiait. Ils le ressentaient même : Gwenn communiquait avec eux. Un secret bien gardé depuis l’enfance, qu’elle n’avait dévoilé à personne, ayant appris de ses aînés, notamment de cette légende d’Unys datant de plusieurs années.

Ne raconte rien, pour ne finir ni abandonnée, ni exploitée, ni en Rattata de laboratoire. Tel était son mantra depuis qu’elle savait à peine écrire et comprendre le monde qui l’entourait.


Le bureau du chef était démesurément grand. Et démesurément luxueux pour Gwenn. En trois ans, elle en avait passé du temps en ces lieux, entre réunions, bilans mensuels et convocations disciplinaires. Et pourtant, elle ne s’y était toujours pas faite et se sentait encore moins à l’aise aujourd’hui à l’intérieur.

D’un signe de main, il guidait Gwenn jusqu’au sofa où il recevait toujours ses « clients », que Gwenn appelait toujours les victimes. Et le fait qu’il l’accueille dans ce sofa plutôt que face à son bureau la mit encore plus mal à l’aise.


Mais elle ne laissait rien paraître — du moins, elle tentait. Parce que Corvault voyait tout, comme toujours.

Il avait remarqué sa respiration s’arrêter une seconde quand sa main la guidait sur le sofa, son regard se fermer pour cacher la moindre émotion, son visage qui commençait à rougir légèrement sous le stress. Cela lui donnait beaucoup d’indications sur le sujet de sa demande de rendez-vous.

Et lui, fidèle à lui-même, restait totalement impassible. Il se contentait de s’installer sur le canapé face à elle, sortant de sa poche intérieure un paquet de cigarettes.

Il savait avec quelle personne et à quel moment il pouvait se permettre de fumer dans son bureau, et il savait très bien que Gwenn fumait elle-même dans son propre laboratoire malgré les interdictions — il savait tout.


Contre toutes ses habitudes, il se penchait légèrement pour en tendre une à Gwenn. Cette dernière se figeait, alternant son regard entre la cigarette et Corvault. Un léger sourire narquois vint à ses lèvres, retrouvant un peu son côté piquant.


« — Tu as prévu de m’entourlouper pour me proposer une clope ou quoi ? »


Elle était l’une des rares dans l’organisation à employer le tutoiement avec lui. Une familiarité qui choquait plus d’un en réunion, d’autant plus qu’elle avait une passion pour le provoquer et le contredire à chaque assemblée. Mais Corvault ne l’avait jamais reprise, la laissant l’appeler comme cela lui chantait.

À sa première provocation de la journée, Corvault, lui, répondait simplement :


« — Disons que c’est pour te détendre, tu es encore plus tendue que la première fois que je t’ai accueillie ici. »


Gwenn lui lançait un regard dépité pendant que lui continuait à avoir ce petit air taquin qui la mettait en rogne. Mais elle acceptait tout de même la cigarette, n’attendant pas qu’il lui offre son briquet pour sortir le sien.

Alors que celui de Corvault était un vieux briquet métallique daté qu’il rechargeait à chaque fois, Gwenn avait un simple briquet en plastique avec plusieurs Félinfernos dessus.


Et alors qu’elle faisait ce geste, de prendre la cigarette de la main droite, elle se trahissait inconsciemment. Corvault eut le temps de voir, dépassant de la manche de sa veste du clan, un bandage de contention. Il fronçait légèrement les sourcils, mais décidait de ne pas relever ce détail.

Pas maintenant.

Il était trop curieux de savoir ce qui amenait la jeune femme dans son bureau.


Elle tirait quelques lattes en silence, regardant le plafond pour éviter le regard de son chef quelques secondes. Elle ne devait pas se mettre en colère, pas aujourd’hui, c’était trop important pour elle.


Pendant ce temps, Lya arrivait en toute discrétion pour déposer un broc de café, un cendrier et quelques biscuits pour les Pokémon — dont Lina et Chefline s’étaient déjà emparées —, seuls ses talons trahissant sa présence. Corvault prit le temps de la remercier de son léger sourire de coin, Lya répondait d’un sourire poli avant de partir.

Elle avait la notion du temps parfaite, arriver et repartir au moment idéal pour que Corvault puisse lancer les festivités… ou les hostilités.


« — Arrêtons de perdre notre temps. Pourquoi as-tu demandé ce rendez-vous, Gwenn ? » Son regard posé sur elle, cigarette au bout des doigts, comme si la discussion qui allait suivre allait être anodine — il savait très bien que ce n’était pas le cas.

« — Je souhaiterais négocier ma dette. »


Elle avait fait prononcer ces mots rapidement, comme si elle se dépêchait avant de perdre le courage. Elle sortit de son sac à main une pochette en plastique dont elle tirait les élastiques pour en sortir quelques documents, cigarette toujours au bout du doigt dont elle manipulait avec minutie pour ne pas brûler le papier.

Preuve qu’elle avait l’habitude de ce geste.


« — Je sais que, pour une thésarde, j’ai coûté bien plus cher que prévu au clan. Entre mes études à Mesaledo, l’ancien laboratoire miteux que tu m’as confié que j’ai fait refaire totalement. Sur le papier, je suis condamnée à travailler bénévolement pour toi jusqu’à ma mort. Mais… »


Elle avait préparé sa plaidoirie pendant des jours pour être à l’aise, pour ne rien omettre. Et pourtant, alors qu’elle avait présenté sa thèse devant des dizaines de scientifiques et professeurs Pokémon de renom quelques mois plus tôt sans sourciller, elle se sentait stressée dans ce bureau face à un homme qu’elle avait l’habitude de croiser quotidiennement.

Corvault descendait son regard sur ses yeux puis sur sa mâchoire qui se crispait. Signe de tension. Mais elle continuait dans sa lancée.


« — Ça me tue de le dire… J’aime travailler ici. J’apprécie les membres du clan, j’ai un laboratoire super dans lequel je peux bosser plus ou moins librement. Mais… »


Gwenn prit une pause, prenant le temps de tirer une dernière fois sur sa cigarette avant de l’écraser dans le cendrier en face d’elle.

Proches d’eux, Lina et Chefline avaient stoppé leur petit jeu de course-poursuite, regardant les deux adultes. Elles ressentaient l’adrénaline et le stress de leur dresseuse, et elles n’aimaient pas cela.


« — Je suis fatiguée. Fatiguée car, comme je travaille bénévolement pour le Clan Dérouillard, je dois en supplément travailler le week-end, les jours fériés, pendant mes « vacances » dans les cafés d’Illumis pour joindre les deux bouts. »


Elle marquait une pause, détournant légèrement le regard par pudeur. Ou plutôt par honte. Elle avait l’impression de quémander auprès de l’homme qui l’avait endettée à vie, la dernière personne à qui elle voulait demander de l’aide.

Pourtant, elle continuait d’argumenter.


« — Avec mon doctorat et ma thèse qui a été félicitée par la sphère professorale et scientifique de Paldea, un poste comme le mien dans un clan comme le tien coûterait un prix assez conséquent. Pour éponger ma dette, je te propose de me payer au minimum syndical. Je ne travaillerai plus bénévolement, ce qui me permettrait de libérer mon temps et ma charge mentale. Et je pourrais même faire des heures supplémentaires et les week-ends pour accélérer le remboursement de ma dette. »


Cette fois, elle n’essayait plus de balader ses yeux un peu partout dans la pièce. Elle affrontait son regard, de cette lueur mystique qu’elle avait toujours dans ses yeux, qui la rendait parfois redoutable.


« — Je suis prête à négocier, mais accepte ma proposition. S’il te plaît. »


Elle avait arraché ses derniers mots de sa gorge, entre sa fierté et la honte de devoir en arriver là.

Corvault restait un instant silencieux. Il avait pris le temps de terminer sa cigarette pendant qu’elle parlait, de remplir les deux tasses de café et même de refaire le pli des manches de sa veste.

Et à ses derniers mots, la jambe gauche posée sur sa jambe droite, il la regardait enfin dans les yeux.


« — C’est bon ? Tu as fini ? »


Gwenn eut un mouvement de redressement, se tenant encore plus droite qu’elle ne l’était déjà sur le sofa. Elle observait le moindre fait et geste de Corvault : sa façon d’attraper le dossier qu’elle avait sorti, les documents qu’il survolait.

Il poursuivait :


« — Tu as précisé dans ton dossier qu’en trois ans, “172 rapports scientifiques”, “63 catastrophes entre humains et Pokémon évitées”, “14 interventions sur le terrain réussies”. Bravo, tu sais compter. Mais, tu sais, je connais ces chiffres, tu me les remontes chaque mois. »


Il jeta le dossier sur la table basse, comme s’il n’était que de simples papiers insignifiants. Les doigts de Gwenn commençaient à se crisper sur le tissu de son pantalon fluide. Elle sentait un mélange de colère et d’humiliation monter doucement face au léger sourire en coin que Corvault arborait aux lèvres.


« — Refusé. »


Ses mots claquèrent dans l’air, clouant Gwenn sur le sofa où elle était installée. Même Phin, en gardien silencieux qui s’était installé proche de la porte du bureau, avait redressé la tête à ce mot. Corvault continuait.


« — Ton offre est ridicule. Tu me demandes de te payer le minimum pour libérer ton temps libre, en me proposant de prendre ce-dit temps. »


Il croisait les bras, le regard neutre. Mais un léger soufflement de nez, comme un rire, le trahissait.


« — Je suis sûr que même ta Mystibule négocierait mieux que toi. »


Lina s’était doucement rapprochée tout le long de la négociation de sa dresseuse, se mettant proche de ses jambes, telle une enfant se mettant dans les jupons de sa mère, comme si ce geste pouvait autant rassurer Gwenn qu’elle.

Elle avait levé la petite tête vers le chef du Clan Dérouillard, sans mettre sa grande queue-mâchoire en avant.


« — Tu es d’accord avec moi, n’est-ce pas ? » demanda-t-il à la Pokémon peureuse qui se cachait encore plus derrière la jambe de Gwenn quand Corvault se penchait vers elle.


Lina hésitait quelques secondes à lui répondre, avant de hocher frénétiquement la tête.

Satisfait, Corvault se remit droit, regardant la nouvelle Gwenn qui se tenait devant lui. Une version d’elle qu’il ne connaissait pas : celle d’une femme qui perdait doucement ses moyens, paralysée par un refus auquel elle ne s’était pas préparée. Sans s’en rendre réellement compte sur l’instant, il détestait cette version de Gwenn.

Corvault ferma les yeux une seconde, pinçant l’arête de son nez, avant de reprendre avec un regard amusé.


« — Gwenn, oui, tu as coûté cher au clan. Mais tu as surtout été rentable. Certes, il y a dans l’organisation des agents plus forts que toi, de meilleurs négociateurs que toi. Mais personne ici n’a ton expertise. Donc oui, je refuse ta demande parce que je veux que tu me rédiges un dossier qui correspond à ta juste valeur. Et puis… »


Il but une gorgée de son café, un très léger sourire en coin moqueur se dessinant sur ses lèvres. Alors que Gwenn, elle, avait des dizaines de pensées et de sensations contradictoires qui la figeaient sur place.


« — Si tu penses que je te garde ici uniquement pour ta dette, tu te trompes. Vu le nombre de problèmes internes que tu m’envoies à la minute avec Gypso, j’aurais dû te virer il y a au moins deux ans. »


Cette dernière phrase sortit Gwenn de sa paralysie. Elle jetait un regard noir à Corvault, malgré elle, comme si cette taquinerie la révoltait.


« — Je suis en train de négocier littéralement mon avenir. Et toi, ça te fait rire ? Putain, tu es vraiment qu’un con ! »


C’était sorti tout seul. Un simple juron, mais c’était la première fois qu’elle l’insultait ouvertement, devant lui.

Corvault s’en était arrêté dans son mouvement, sa tasse au bord de ses lèvres. Il la baissait légèrement, le regard froncé.


« — C’est comme ça qu’on traite son chef qui propose une augmentation, chose que je ne fais quasiment jamais ? »


Gwenn se mit à déglutir, regardant ses pieds quelques secondes. Pour garder son autorité, Corvault ne disait rien, laissant la tension planer dans l’air.

Pourtant, étrangement, il détestait voir cela. C’était la première fois qu’elle se faisait plus petite, elle qui passait son temps à le provoquer jusqu’à atteindre des limites infranchissables.

Il lâchait un long soupir pour briser le silence.


« — C’est bon, pour une fois, c’est moi qui t’ai poussée à bout. Je ne t’en tiendrai pas rigueur. J’attends ta lettre de négociation pour dans deux jours maximum, c’est clair ? »


Il reprit une gorgée de son café, détournant le regard pour donner un semblant d’espace à Gwenn, même s’il la surveillait toujours dans sa vision périphérique.

Cette dernière avait relevé sa tête, observant quelques instants son dossier posé négligemment sur la table basse, avant de le récupérer pour le mettre dans son sac. Elle lâchait un long soupir, tentait de retrouver sa contenance et sa posture habituelle.


« — Je te transmets ça dans la journée. Et… »


Elle se levait du sofa et, entre gêne et reconnaissance, elle lui tendit sa main pour la serrer.


« — Merci, chef. Merci pour ta confiance, et désolée de m’être emportée. Je suis une garce, tu le sais bien », disait-elle dans un rire nerveux.


Corvault regardait sa main, puis son visage, pâle de l’effet yo-yo qu’il avait provoqué en elle.

Cette fois, il souriait franchement. Un petit sourire, mais un vrai.


« — Je te serrerai la main le jour où tu seras remise de ce que Gypso t’a fait. D’ailleurs, j’attends aussi ton rapport et celui de Gypso pour cet incident. »


Il lui fit un clin d’œil provocateur avant de se lever à son tour, se dirigeant vers son bureau massif sans voir que cette remarque avait mit Gwenn bouche bée. Puis il s’arrêtait dans sa marche, se tournant de moitié pour regarder Gwenn qui échangeait déjà un regard de victoire avec ses Pokémon.


« — Hé, Gwenn. »


Elle s’arrêtait à son tour, relevant sa tête vers lui.


« — Je veux que tu notes minimum “Responsable du pôle recherche” dans ta négociation. Parce que c’est ce que tu es ici. Cela fait bien longtemps que tu n’es plus qu’une simple thésarde aux yeux de nos collaborateurs. »


Elle se tournait un peu plus pour regarder Corvault, ses yeux brillant légèrement plus de leur lueur, ce qui la rendait — malgré elle — bien plus belle et mystique que ce qu’elle pensait être.


« — J’en suis honorée. Merci pour cette opportunité, chef. »

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