Entre infini et au-delà par

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Univers Parallèle / Aventure / Suspense

1 C'est une belle journée

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Il y avait des champs à perte de vue, entre lesquels s'écoulait une rivière à Magicarpe dotée d'un fort courant. Des bois bordaient ces plaines labourées, aux arbres jeunes et à la faune abondante. C'était dans ce petit coin de nature paradisiaque que Kathy vivait avec ses parents, propriétaires de la ferme et des terrains alentour.

En fin de matinée, alors que le soleil était quasiment à son zénith, assise en amazone sur le Ponyta que sa famille lui avait offert deux ans plus tôt pour son dixième anniversaire, elle partit se balader en forêt. Elle aurait souhaité qu'Éric, son frère aîné, l’accompagne, mais il avait décliné son invitation en précisant qu'il comptait poursuivre ses recherches fraîchement entamées. C'était un scientifique dans l'âme.

Avec grâce et fierté, Kathy tenait ses rênes dans une petite main gantée, l'autre maintenant sa cravache contre l'épaule du pokémon. Une pression de mollets contre le ventre du Ponyta suffit à le faire partir au trot. Ils atteignirent une clairière au bout de quelques minutes, où la fillette mit pied à terre dans le but de cueillir des fleurs pour les offrir à sa mère. Elles iraient magnifiquement bien dans le vase en cristal de la salle à manger.

Des roses sauvages poussaient un peu plus loin sur le sentier. Elle en coupa quelques-unes, car elle les trouvait splendides avec leurs pétales rouges aux reflets noirs. Il était fort rare de croiser des spécimens d'une telle couleur. Une épine transperça son gant en dentelle blanche, qui fut bientôt taché de sang. Elle suça la plaie comme on le lui avait appris, afin d'éviter qu'elle s'infecte, et s'apprêtait à tourner les talons lorsqu'elle entendit un bruit qui l'intrigua.

Un jeune Cerfrousse apparut entre deux buissons. Il était si mignon ! Kathy posa avec précaution son bouquet sur le sol, puis avança lentement dans sa direction pour ne pas l'effrayer, la main tendue. Le pokémon prit tout de même peur et recula de quelques pas. Elle fit une nouvelle tentative, mais il s'éloigna aussi vite que le lui permettaient ses fragiles pattes longilignes.

L’enfant siffla son Ponyta, qui trottina jusqu’à elle. En toute hâte, elle jeta les fleurs dans la sacoche qu'elle avait accrochée à sa selle, avant de se hisser sur le dos de la créature en prenant appui sur une vieille souche couverte de mousse. Amusée, elle poursuivit le Cerfrousse à travers bois.

Il l'entraîna de plus en plus profondément au cœur de la forêt, là où les arbres se faisaient plus anciens, mais aussi plus denses. La lumière avait moins de facilité à filtrer entre leurs branches. Finalement, Kathy perdit le pokémon de vue, mais ce fut loin d’être la seule chose. Elle aurait été incapable de dire où elle se trouvait exactement.

— Oh, flûte ! couina-t-elle de sa petite voix aiguë. Moi qui avais promis à Maman d'être rentrée avant le déjeuner... Elle va être fâchée, maintenant. Ponyta, mon ami, sais-tu de quel côté est la maison ?

Comme elle le craignait, sa monture secoua la tête en signe de dénégation. Honteuse, la fillette lui mit un léger coup de talons dans les flancs pour qu'il avance. Il resta au pas, ce qui permit à Kathy d'observer les alentours dans l'espoir d'identifier un détail qui l’aiderait à souvenir du chemin qu'ils venaient d'emprunter.

Soudain, le pokémon s'arrêta. Une ligne de buissons épineux faisait barrière devant eux. Kathy songea un instant à lancer une attaque Flammèche pour les réduire en cendres et poursuivre ainsi leur route, mais il n'avait pas plu depuis des jours et le bois autour d'eux était sec. Elle risquait de déclencher un feu de forêt qui mettrait en danger tous les pokémon qui y vivaient. En tout cas, ces broussailles confirmaient le fait qu'elle était bel et bien perdue : jamais elle ne les avait vues auparavant.

Elle décolla sa jambe du cuir qui la maintenait en amazone et sauta sur le sol. Ses bottes épaisses amortirent un peu le choc, mais cela ne l'empêcha pas de se faire mal aux chevilles et au dos. Après avoir fait glisser les rênes de sa monture par-dessus sa crinière incandescente, elle ouvrit la voie, Ponyta dans son sillage.

Kathy ramassa une branche d'apparence solide et s'en servit pour écarter les ronces qui leur barraient la route. Même si cela lui permit de leur frayer un chemin, elle ne s'en sortit pas sans égratignure, bien au contraire. Sa robe de velours bleu roi, ainsi que ses collants fins, avaient été déchirés par les épines acérées. Sa peau était également touchée, mais elle saignait peu. Les blessures étaient toutes superficielles.

Ce fut avec soulagement qu'elle franchit l'obstacle que représentaient les buissons. Elle aurait aimé se remettre en selle, mais les arbres étaient très bas, dans cette zone. Sur le dos de Ponyta, elle se cognerait la tête. D'ailleurs, malgré sa prudence, plusieurs branches s'accrochèrent à ses cheveux. Elle en arracha beaucoup en voulant se libérer et, bientôt, ses anglaises soignées ne furent plus qu'un amas de nœuds crépus.

— Arceus Tout-Puissant, où sommes-nous ? supplia-t-elle, les yeux levés en direction du ciel qu'elle apercevait à peine entre les feuilles touffues. Si Vous m'entendez, aidez-nous, je Vous en conjure.

Elle sortit un chapelet de sa poche, qu'elle égraina tout en prononçant à voix très basse une prière destinée à l'Alpha. Elle était très pieuse et L'avait toujours respecté. Elle pensait sincèrement qu'Il la ramènerait sur le bon chemin si elle le Lui demandait.

Elle continua à errer un long moment au hasard, avant que son environnement redevienne favorable à sa montée en selle. Certaine de ne plus risquer d'être éborgnée ou griffée par des branches noueuses, elle se réinstalla en amazone. Elle constata alors que les arbres étaient différents. Plus jeunes. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : elle ne devait plus être très loin de l'orée de la forêt.

Lançant son pokémon au galop, tenant les rênes à deux mains car elle avait lâché sa cravache depuis un moment, elle continua d'avancer en ligne droite. Arceus avait entendu sa prière, elle savait qu'Il était grand et pur. Jamais Il ne l'aurait laissée seule, perdue dans les bois alors qu'elle était si près de chez elle.

Elle reconnut avec soulagement le vieux rocher couvert de mousse et de champignons sur lequel son frère et elle montaient parfois, puis l'arbre tordu qui avait jadis été frappé par la foudre. Poussant un soupir rassuré, Kathy sauta par-dessus un petit buisson avant de jaillir en pleine lumière, hors de la forêt.

Elle éclata de rire. Sa peur lui semblait soudain bien lointaine. Elle avait retrouvé son chemin, même si cela avait nécessité beaucoup de temps. Il lui avait suffi de garder son calme et d’éviter de paniquer au risque de se perdre davantage, ce qui n'avait pas été une mince affaire.

Euphorique, elle orienta ses rênes de manière à ce que Ponyta emprunte le pont qui les séparait des terres familiales. Jamais elle n'avait été aussi contente de revoir la grande roue à aubes qui, grâce à la puissance du torrent, aidait le moulin à fonctionner lorsqu'il n'y avait pas de vent. Kathy descendit allègrement de sa monture pour contempler son reflet dans l'eau agitée de la rivière.

Elle qui avait l'habitude de voir une belle enfant au teint de porcelaine et à la chevelure noire toujours impeccable, elle ne fut pas déçue : elle était encore plus laide que les épouvantails installés dans les champs par son père pour faire fuir les Cornèbre et les Étourmi. Ses cheveux étaient emmêlés, des feuilles y étaient suspendues et sa peau claire avait été encrassée par la poussière. Sa robe était en lambeaux, tout comme ses bras marqués par les griffures des ronces.

— Papa et Maman doivent déjà être inquiets, et je n'ose imaginer ce qu'ils vont penser lorsqu'ils me verront arriver dans cet état.

Kathy plongea ses mains dans l'eau fraîche pour se nettoyer le visage, puis tenta de dompter ses cheveux à l'allure sauvageonne en les plaquant contre son crâne, non sans en avoir ôté toute la végétation.

Elle conduisit ensuite son Ponyta à l'écurie où elle lui donna une auge entière d'avoine, qu'il avait amplement méritée, avant de rentrer chez elle. Sa maison, qui ressemblait plus à une grande chaumière, était le bâtiment situé le plus à l'ouest, juste après l'étable et l'enclos où paissaient tranquillement les Wattouat et les Tauros, en parfaite harmonie.

— Me voici ! s'écria-t-elle gaiement en poussant la porte d'entrée, qui n'était pas fermée. Je suis désolée, je me suis égarée dans les bois en suivant un Cerfrousse et j'ai été obligée de traverser des ronces pour revenir jusqu'ici.

Elle n'obtint aucune réponse. Peut-être ses parents, angoissés, étaient-ils partis à sa recherche ? Elle trouvait pourtant étrange que l'un d'eux, ou même son frère, ne soit pas resté à la maison pour l’attendre, au cas où elle finirait par rentrer.

— Eh oh ? Vous m'entendez ? Il y a quelqu'un ?

Toujours rien. C'était elle qui commençait à être anxieuse, désormais. L'atmosphère était encore plus oppressante que lorsqu'elle s'était crue perdue dans la forêt. Ce n'était pas le genre de ses parents de disparaître ainsi, et encore moins celui d’Éric, un garçon d'intérieur diaboliquement intelligent qui préférait passer ses journées à lire ou à s'adonner à diverses expériences.

— Si vous me faites une plaisanterie, elle n'est vraiment pas drôle. Dites-moi où vous êtes, maintenant, exigea Kathy, des trémolos dans la voix.

Elle pénétra dans la cuisine, qui faisait également office de salle à manger. La table n'était pas dressée, le four était éteint et les marmites ne contenaient rien. Personne n'avait préparé le repas. Elle regarda l'horloge murale, suspendue au-dessus du plan de travail. Il était plus de midi.

Elle avait longtemps vagabondé dans les bois, pourtant le déjeuner n’était pas prêt, alors que sa mère avait eu tout le temps de s’y adonner depuis son départ. L'évier était sec, preuve que personne n'avait utilisé le robinet. Que se passait-il ?

Le cœur serré, Kathy se dirigea vers le salon, de l'autre côté de la maison. Elle avait un mauvais pressentiment et ses doigts hésitèrent longuement avant de se poser sur la poignée en acier. Elle ne l’actionna pas immédiatement, comme si elle craignait ce qu'elle pourrait découvrir de l'autre côté. Au mieux, il n'y aurait personne. Au pire, elle s'interdit d'y penser. C'était impossible. Il ne pouvait rien être arrivé à sa famille.

Sa petite paume délicate fit pression sur le métal pour ouvrir la porte. En apercevant le salon et le spectacle qui se dévoilait à ses yeux, Kathy poussa un hurlement. La vision troublée par les larmes, elle dut se cramponner à l'encadrement pour ne pas s'évanouir. L'espace d'une seconde, elle crut que son cœur allait cesser de battre, tandis que la terreur l'envahissait totalement.

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