Reika par

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Deviation / Drame

3 La vraie vie

Catégorie: G , 1991 mots
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Sarah ne dormit pas la nuit, encore choqué par la mort subite de son père et par son changement radical de condition. Elle était passée de princesse à servante en l'espace de quelques heures. Serrant contre elle Emilie, elle examinait avec attention les recoins de la mansarde, guettant les bruits suspects et s'enroulant dans sa mince couverture dès qu'un grattement interrompait le silence pesant. Elle se retint d'appeler Becky, qui avait déjà tant fait pour elle.

Sarah claquait des dents, toute frissonnante dans sa fine robe élimée.

Que va-t-il m'arriver maintenant ? Vais-je devoir travailler toute ma vie pour rien ?

Sarah se recroquevilla davantage sous la morsure du froid, tandis que de chaudes larmes commencèrent à couler sur ses joues roses. Sans qu'elle s'en rende compte, ses yeux se fermèrent et ses membres se détendirent. Elle s'endormit.

Un léger rayon de soleil la réveilla, et Sarah posa Emilie sur sa table.

"Je vais travailler maintenant Emilie, dit-elle. Je ne reviendrai pas avant ce soir, alors sois sage."

Elle descendit les escaliers en s'efforçant de contrôler les battements de plus en plus rapides de son coeur. Elle allait vivre comme Becky désormais, être ignorée de tous, avoir faim et être fatiguée pour ne jamais être remerciée. Lorsqu'enfin elle arriva devant la porte du bureau de mademoiselle Mangin, elle hésita à frapper, laissant sa main en l'air.Finalement, elle effleura doucement le bois avant de le frapper franchement. Un "Entrez" dénudé de sentiments lui répondit, et Sarah tourna la poignée. est

La directrice était de dos assise sur sa chaise, comme à son habitude. Elle se leva et se tourna vers la fillette, qui se raidit immédiatement lorsque ces yeux bleus glacials se posèrent sur elle.

"Qu'est-ce que vous faisiez ?! répliqua-t-elle d'une voix emplie de colère. Vous auriez dû descendre venir me voir dès votre réveil. Venez avec moi.

— Bien mademoiselle, répondit Sarah d'une toute petite voix, fidèle à ses habitudes de politesse."

Mademoiselle Mangin releva le menton d'un air supérieur, et passa devant la fillette, qui la suivit. La vieille femme la fit descendre les escaliers de la maison sous les regards étonnés des jeunes élèves. Finalement, ce fut dans les cuisines que Sarah fut amenée. Comme elle était restée derrière, Mlle Mangin la prit par le bras pour la montrer à madame Marie et monsieur James sans ménagement. La fillette dut faire un effort pour ne pas tomber sous la force de la directrice.

"Voici Sarah, dit-elle d'une voix tranchante et sèche. Elle travaillera dans les cuisines à partir d'aujourd'hui. Mais je vous prie de la traiter le plus sévèrement possible ; elle ne semble pas se rendre compte de ma charité.

— Nous ferons le nécessaire pour la dresser, mademoiselle Mangin," répondit Molly d'une voix mielleuse qui sonnait faux.

Monsieur James fit un signe de tête à Sarah, et les deux cuisiniers la conduisirent dans la cuisine, où Reika et Becky étaient déjà affairées. La première venait de finir de préparer le petit-déjeuner, la seconde commençait déjà le déjeuner. Reika attrapa la corbeille de pain et faillit bousculer Sarah, qui s'écarta juste à temps de son chemin. Elle était certaine que la jeune fille lui avait lancé un regard vide de toute expression. Becky abandonna son travail sur la table et se précipita vers la fillette pour la serrer dans ses petits bras.

"Oh mademoiselle Sarah, s'écria-t-elle, je suis encore tellement désolée pour vous ! Si vous saviez comme j'ai pleuré cette nuit en pensant à vous !

— Becky ! tonna madame Marie. Tu dois nettoyer les vitres, alors ne traine pas ! Reika, quand tu auras fini tu iras étendre le linge avant ton cours ! Toi Sarah, tu vas cirer les chaussures des élèves. Et ne traine pas !"

Becky sursauta et attrapa un chiffon sur la table, avant de décamper aussi vite que possible. Sarah fit de même et madame Marie la conduisit à un sous-sol où une dizaine de chaussures et bottines attendaient d'être propres. La fillette s'accroupit et commença son travail.

Très vite, la fatigue se fit ressentir, ainsi que le manque de nourriture. Sarah déambulait dans les couloirs avec un seau rempli d'eau, un torchon et un balai sous le regard à la fois méprisant et satisfait de Lavinia, qui se délectait du spectacle. Les petits membres fragiles de l'enfant se mirent à trembler sous le poids des tâches qui s'accumulaient. En parallèle, Becky semblait aussi tourmentée qu'elle par son travail, s'assoupissant à plusieurs reprises avant de sursauter face au ton dur des deux cuisiniers. Reika en revanche ne semblait pas plus faible, et gardait même une certaine énergie. Sarah pensait qu'elle était mieux traitée, mais la minceur extrême de la jeune fille disait le contraire. La fillette comprit plus tard lorsque qu'elle fit la vaisselle à ses côtés : Reika conservait en permanence un regard froid voilé de tristesse, ses yeux brillants lui donnaient ainsi l'allure d'une fille normale de son âge.

Dans la journée, Reika donna un cours d'histoire sur son pays d'origine pendant que Sarah allumait le feu et frottait le parquet. L'enseignante commença par poser une question très simple :

"Que savez-vous de Loavania et de la reine Jayna ?"

Quatre mains frêles et pâles se levèrent, et Reika choisit celle de Lavinia pour répondre. Celle-ci bomba un peu son torse avant de répondre d'une voix douce.

"Loavania était un pays prospère, dit-elle. Les habitants vivaient heureux et ne manquaient de rien, et pour cause : Jayna était la souveraine rêvée. Douce et chaleureuse, un véritable modèle. Son portrait est d'ailleurs visible dans un des couloirs, et l'artiste a parfaitement retranscrit cette idée sur la peinture. Elle savait ce qui était bon et ce qui ne l'était pas pour son peuple, s'inquiétait de leur santé."

Un sourire mélancolique se dessinait sur le visage de Reika. Sarah fronça les sourcils en le remarquant : Lavinia avait bien répondu la vérité officielle écrite dans les livres d'histoires les plus récents.

"Alors pourquoi une révolte a-t-elle été organisée ?

— Les gens mieux gradés que le peuple ont eu peur du succès de Jayna, répondit Lavinia, légèrement décontenancée. Jusqu'à maintenant, le souverain de Loavania n'avait jamais été aussi mis en avant.

— C'est donc ce qu'on vous a raconté," reprit Reika sans se démonter.

Les élèves se regardèrent, de plus en plus démunis. Une jeune fille d'à peu près leur âge qui débarquait seulement depuis une semaine leur disait que tout ce qu'ils avaient appris à propos de son pays était faux.

"Et qu'est-ce que vous savez sur Loavania ?" demanda Lottie innocemment.

Reika détourna les yeux, gênée par la question de l'enfant. Cependant elle reprit vite confiance et fixa la classe de son regard froid et intense qui pouvait fare trembler certains. Elle prit une profonde inspiration et posa ses mains sur la table.

"Tout cela ne sont que des mensonges racontés par la reine elle-même pour ne pas alerter les pays voisins. Vous pensez donc que c'était une jeune fille respectable qui a connu un tragique destin à cause de gens haut gradés effrayés, mais c'est faux."

Reika marqua un temps d'hésitation pour mesurer l'étendue de sa déclaration sur les jeunes filles en devenir. Sarah continua de frotter le parquet, mais dans sa tête trottaient mille et une idées.

Tout ce qu'on sait de cette période est faux ?

Non. Elle ment. Jaïna était un modèle.

"La reine se fichait bien de ce qui pouvait arriver à son peuple, tant qu'elle était heureuse et riche, continua Reika d'une voix tremblante. Les habitants mouraient de faim, de froid et de maladie. Sur trois cents millions de livres, la population se répartissait comme elle pouvait deux cent mille livres, tandis que la noblesse en possédait huit cent mille livres, et tut le reste allait à Jayna. Elle payait un peu mieux ses domestiques, mais leur demandaient en échange les corvées les plus ingrates et les plus dures. Elle a même un jour demandé à une servante de sauter dans son bassin privé, mais de sauter d'une cinquantaine de mètres pour vérifier si c'était bien mortel. C'était en réalité une punition pour ses parents qui lui avaient demandé un jour de pause en étant payés. La servante est morte et la reine s'en moquait."

Cette déclaration fit l'effet d'une bombe aux jeunes filles présentes, et Sarah ne fut pas une exception. Les yeux de Reika s'humidifiaient de plus en plus tandis qu'elle racontait de telles horreurs, et une larme finit par rouler sur sa joue creuse.

"Le pays était très malheureux. Tout le monde attendait avec impatience un miracle qui les sauverait de cette tyrannie, mais ce miracle n'est jamais arrivé. La population a diminué de moitié en l'espace de trois ans. Jayna est montée sur le trône à ses onze ans, lorsque ses parents sont morts de maladie, avec un objectif en tête : rester sur le trône le plus longtemps possible. Elle vivait le plus confortablement possible tout en restant dans le bon pour sa santé. Pendant qu'elle apprenait à nager dans son jardin, certains enfants se noyaient dans des rivières, des lacs, des étangs. Ce qui lui est arrivé était totalement mérité.

— Et qu'est-ce qui lui est arrivé ?" demanda Marguerite d'une voix tremblante.

Reika leva les yeux au ciel avant de reprendre. De plus en plus de gouttes d'eau salée inondaient ses joues, mais elle ne s'en préoccupait guère, continuant de narrer.

"Dans la nuit de son quatorzième anniversaire, le palais a été incendié. Jayna a été ramenée au peuple de force, exténuée, faible mais non moins condescendante. Elle a été poignarde à plusieurs reprises par toutes sortes d'outils, puis pendue comme le voulait la loi."

Sarah se rendit compte que pendant toute l'explication de Reika, elle n'avait rien fait. Elle prit son sceau et son balai et s'apprêta à sortir de la salle, mais à ce moment précis, Mlle Mangin fit claquer la porte et se rua vers Reika, qui n'eut pas le moindre mouvement de recul et sécha ses larmes.

"Comment oses-tu ! hurla-t-elle. Comment oses-tu remettre en cause une vérité générale ! Tu étais jalouse de Jayna, tout simplement, et tu racontes tout et n'importe quoi sur elle, parce qu'elle ne peut rien faire depuis sa tombe ! Mais ça ne va pas se passer comme ça... J'ai été beaucoup trop gentille avec toi, mais tu vas voir ce que tu vas voir !"

Sur ces mots, la directrice gifla Reika, qui tituba en arrière sous la violence. Elle effleura d'une main tremblotante la trace de la main de Mlle Mangin, et la toisa comme si elle allait la tuer. Cette dernière se tourna vers les élèves choquées.

"Le cours est terminé, mesdemoiselles. Je vous annonce que Reika ne sera plus votre enseignante et sera désormais une fille de cuisine à part entière. Oubliez tout ce qu'elle a pu vous apprendre, tout n'est que sottises."

Elle sortit de la salle d'un pas énervé. Sarah posa ses outils et se précipita vers la jeune fille, qui tremblait encore sous le choc.

"Tout va bien Reika ? Vous n'avez pas trop mal ?

— Fiche-moi la paix, Sarah, répondit celle-ci d'une voix éteinte.


HEY !!! Comment ça va les gens ???

Je vous ai manqué, hein ? Désolé...

J'espère que ce chapitre vous a plu et que je n'ennuie personne !

Salut salut !!

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