Au Nom de l’Amour et du Ciel

Chapitre 1 : Au Nom de l'Amour et du Ciel

Chapitre final

1688 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 15/02/2026 19:39

Cette fanfiction participe au Défi de Fanficitons.fr Inspiration par l’image (Septembre à octobre 2016) en seconde chance

L’image choisie est Performance of the Heaven de RHADS (Artyom) http://rhads.deviantart.com/art/Perfomance-of-the-Heaven-557487965



Au Nom de l’Amour et du Ciel



— Vanya, où vas-tu ainsi ? l’interrogea Polina en scrutant le paysage depuis la fenêtre, confortablement assise sur le siège du co-conducteur. Ne m’as-tu pas dit que nous allions au cinéma ? C’est de l’autre côté. Pourquoi l’autoroute ?

La jeune brune se tourna vers son amoureux. Ce dernier, homme de dix-huit ans aux cheveux châtain clair et aux yeux bleu-gris, lui sourit énigmatiquement. Une main sur le volant, l’autre, moite, serra celle de sa bien-aimée en un geste tendre.

— Oui, Polinka, je sais bien qu’un cinéma est en ville, mais j’ai plus intéressant… Je t'emmène où tout a commencé… 

Elle plongea son regard dans le sien et murmura :

— Tu me fais peur quand tu parles comme ça.

— Non, c’est meilleur que n’importe quel film romantique… Parce que c’est là que j’ai pris mon courage…

Les yeux sombres de la jeune femme s’agrandirent et semblèrent poser une question qu’elle ne voulait pas prononcer : « Qu’est-ce que c’est ? De quoi parles-tu ? »

Un sourire amer se dessina sur son visage délicat. Il arrêta le véhicule à une aire de repos et lui murmura en se penchant vers la jeune femme : 

— Là où j’ai enfin pris le courage à deux mains pour ne pas être plus qu’un ami. Là où j’ai vaincu mes plus grandes peurs. Là où nous pouvons dire que notre relation est devenue possible.

Son cœur rata un battement à ces paroles pour lesquelles il s’était tant préparé depuis un an.

Elle baissa sa tête et battit rapidement des cils avant de se rapprocher un peu plus d’Ivan, se remémorant la fenêtre du lycée où il avait un pied dans le vide et l’homme en costume.

— Vanya, qui est cet homme ?

Il ferma les yeux, tenant solidement le volant entre ses mains.

— Je vais tout t’expliquer… 

Il la fixa, cherchant dans ses yeux un signe de confiance sincère.

— Mais promets-moi que tu vas me prendre au sérieux.

— Pourquoi ? l’interrogea-t-elle en arquant ses sourcils foncés.

La question le déconcerta. Il se tut pendant un instant avant de répondre.

— Parce que tu entendras la vérité, simple et étrange… farfelue et cinglée, mais bien réelle… Je suis très sérieux dans ce que je vais te révéler ! Et je te jure que c’est vrai !

— Ah ! Là tu m’intrigues, Vanya ! s’exclama-t-elle le regard brillant d’un éclat particulier, sautillant presque sur le siège. C’est quoi ?

— Tu me crois ? se réjouit-il, le cœur battant fort dans sa poitrine.

— Tout dépend de ce que tu vas me dire, Vanya.

— Alors attends encore un peu, nous y sommes presque !

Elle soupira bruyamment, les mains croisées sous la poitrine. Ivan sourit à son attitude et ramena son attention sur les rétroviseurs pour oublier son dos couvert de sueur. Il revint sur la route et roula encore et encore, ne s’arrêtant même pas au paysage des arbres élégants qui bordaient la route, le saluant au passage en agitant leurs feuilles vertes. Puis l’environnement changea : aucun arbre à l’horizon. Les nuages blancs, sous les rayons du soleil couchant, prirent une teinte orangée. Le soleil, un immense disque doré, enlaça pour une dernière fois tous les êtres vivants et inanimés. 


Après plusieurs kilomètres, le jeune homme arrêta le véhicule au bord de la route vide à cette heure tardive. Il sortit de l’automobile et ouvrit galamment la porte du co-conducteur en s’exclamant avec une certaine hésitation : 

— Polinka, nous sommes arrivés !

Le couple, main dans la main, avança vers le soleil d’un pas mesuré et nullement pressé. Le temps semblait s’étirer pour les tourtereaux. 


La tête appuyée contre l’épaule d’Ivan, laissant son abondante chevelure chatouiller le visage et le dos de son compagnon, Polina lui murmura : 

— Vanya, tu m’as promis de tout dire.

L’interpellé retint son souffle et répondit : 

— Oui, je n’ai pas oublié… Nous y sommes presque…


Le couple arriva devant une clôture. Ivan remarqua Yuri à ses côtés. Toujours le même que dans ses souvenirs : chauve, chemise blanche, pantalon en jean et pieds nus. Flottant dans les airs, il l'encouragea : 

— Vas-y, petit ! Ne rate pas ta chance !

« Plus facile à dire qu’à faire ! » songea Ivan en rougissant. « D’ailleurs, j’ose espérer qu’elle ne va pas… »

Le jeune médium autodidacte fit face à Polina. Il prit une grande inspiration et lui demanda : 

— Polinka, crois-tu aux revenants ?

Le silence entre eux s’étira.

« De quoi il parle ? D’où sort cette question ? » pensa Polina, se raidissant.

— À vrai dire, je ne me suis jamais posée la question, répondit-elle prudemment. Pourquoi cet intérêt ?

Le regard désapprobateur de son interlocutrice l'empêcha de continuer, ses mains tremblèrent malgré lui. Un silence lourd s’installa, avant qu’il ne parvienne à bégayer une réponse.

— Parce que… je suis parvenu à vaincre ma peur des hauteurs… avec une aide… avec l’aide… de quelqu’un…

— Qui ? insista-t-elle.

Il cacha ses mains moites derrière le dos.

— Un fantôme… 

Il promena son regard de sa compagne au fantôme. Ce dernier l’encouragea d’un geste de la tête.

— Je suis redevable à lui

Une moue sceptique se dessina sur le visage de la jeune femme.

« Non, mais il est fou, Vanya ! » s’offusqua-t-elle en son for intérieur en pinçant ses lèvres.

— Yuri Petrovitch Gordeev, concepteur du YuG-1, précisa le fantôme avec un sourire paternel. Vas-y ! N’aie pas peur !

— Il m’a appris à le piloter ! précisa-t-il rapidement, comme s’il craignait de manquer de temps pour tout expliquer.

Polina, une main sur les hanches, un sourire ironique au visage, l’interrogea : 

— Tu es cinglé, Vanya ! Et je devrais te croire ? Tu n’aurais pas un oncle pilote ?

— Non, personne n’est pilote dans ma famille. On est tous des artistes. 

— Sérieux ? Tu exagères… Et la prochaine fois tu vas essayer de me faire croire que tu pilotes seul un avion ! Franchement naïf ! Arrête de regarder toutes sortes de films, surtout ceux avec des poltergeist !

La gorge du jeune homme se noua, alors que sa compagne l'observait d’un air amusé.

— Oui, non, bref… Il a été mon instructeur. Je te dis la vérité ! Et je ne regarde aucun film d’horreur avec des fantômes !

Il observa attentivement la brune qui fronça des sourcils et recula de quelques pas. 

« Je comprends mieux pourquoi il est si solitaire et moqué des autres élèves… Affabuler ainsi, c’est fort et ça ne permet pas d’avoir des amis ! »

Il la rattrapa par la main et la supplia :

— Attends ! Je dois te remercier Polina, grâce à toi, je vais enfin réaliser mon rêve…

— Même que pour la danse, tu n’es pas mauvais, gamin ! commenta le fantôme appuyé contre la clôture avec nonchalance. L’aviation te va mieux !

Polina se libéra de son emprise et lui demanda : 

— Sérieux Vanya ? 

— Oui… C’est un fait, la preuve, il est même encore présent, juste ici.

Il pointa en direction de la clôture.

« Hâte de voir ça ! » songea-t-elle avec ironie.

Le jeune homme sortit un papier qu’il plia pour en faire un avion. Il recula de deux pas et le lança aux pieds du fantôme qui lui fit un clin d’œil complice avant de se déplacer un peu plus à droite, puis à gauche. Polina, qui reculait, revint sur ses pas pour essayer de ramasser la lettre. Celle-ci, comme mûe d’une vie, fuyait obstinément ses mains. L’avion de papier vola avec grâce dans les airs à quelques pas de Polina. La respiration courte, elle s’immobilisa, certaine de ressentir un courant d’air invisible à ses côtés. 

« Qu’est-ce que c’est ? Une impression ? » pensa-t-elle en observant le sol où aucune herbe ne bougeait et en suivant du regard l’avion de papier qui volait contre toute logique rationnelle. « Non, mais c’est vrai… Absurde à dire, mais vrai ! Je ne peux y croire ! » s’étonna-t-elle.

La lettre fit demi-tour et atterrit avec élégance au pied de la jeune femme qui la suivait de ses yeux encore plus grands qu’auparavant. Polina ramassa enfin le papier. Le temps qu’elle lisait la déclaration d’amour, Ivan se tourna vers Yuri et chuchota : 

— Que voulez-vous maintenant ? J’ai pensé que vous étiez parti à Cheremetievo ?

— Oui, mais je suis revenu pour te donner un dernier soutien. L’au-delà est plus beau que tous les avions et cieux de ce monde, mais profite encore du monde ici-bas.

Le jeune homme approuva d’un signe de tête.


Quelques minutes plus tard, Polina s’avança vers Ivan en pleurant et chuchota : 

— Pardonne-moi d’être incrédule… Tu es fou. Et je ne peux que t’aimer encore plus… Tout singulier que tu sois ! Tu es…

Elle s’approcha d’Ivan et l’embrassa sur les joues. Celui-ci sourit et relâcha l’air qu’il retenait. Ses épaules cessèrent de trembler. L’avion de papier s'éleva dans les airs, porté par un zéphyr. Lorsqu’Ivan tourna la tête, la clôture était vide de toute présence. Le ciel redevint un silence définitif.

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