Épisode 1 : Cousins et frères d'infortunes
Nous nous trouvions à Nerima, devant le légendaire Dojo Tendo. Enfin, disions que le terme “légendaire” appartient au passé, ce n’était qu’un bâtiment comme un autre un peu à l’abandon, sans que de nouveaux élèves ne viennent pratiquer “les arts martiaux mixtes et sans complexes Tendo”.
Devant ce même Dojo se trouvait le propriétaire des lieux, le fameux Soun Tendo. Ce grand homme, qui autrefois enseignait les techniques de son école, marchait sans but précis devant sa demeure. Il avait les yeux cernés par une nuit blanche et un regard des plus anxieux. Ses vêtements, un éternel gi[1] couleur kaki, était le même que celui d’hier, et des jours précédents.
Soun, d’ordinaire si calme (pour ceux qui ne le connaissent pas dans le privé) était d’un teint livide et semblait impatient d’un évènement qui semblait ne jamais arriver. Qu'est-ce que cela pouvait bien être ?
Sans que personne ne puisse expliquer ce phénomène, Soun se mit soudainement à crier comme si sa vie en dépendait. On sentait que la lucidité était partie aussi vite que son espoir de voir à nouveau le Dojo renaître de ses cendres et que la fatigue le faisait délirer. Il en avait les larmes aux yeux, le pauvre.
— Ça y est ! C’est aujourd'hui !
Le cri pourfendait le calme paisible de Nerima, même si les résidents en avaient fini par avoir l’habitude. Mais aujourd'hui, un des voisins n’était visiblement pas d’humeur à entendre Soun faire sa scène dès 18 heures du soir, juste après une dure journée de travail. Celui-là décida soudainement qu’il était temps de se débarrasser de l’un de ses vieux meubles et il jeta son dévolu, ainsi que son meuble en passant, sur Soun.
BAM
La densité du bois de cette magnifique table en bois massif était telle qu’elle percuta le crâne chevelu de Soun dans un bruit assourdissant. La bosse qui poussait doucement sur le sommet de son crâne était un miracle de la nature : elle faisait déjà 8 centimètres de haut et possédait en son point le plus haut un pansement, comme dans tous les animés et mangas qui se respectent. Soun se releva, déjà beaucoup plus calme, mais avec cet air tout aussi paniqué, et maintenant moins intelligent, qu’à l’accoutumée.
Il soupira, las d’attendre. Puis, il sortit une feuille de papier de la poche de son gi, déjà mouillée par les larmes et l’émotion. Cette feuille, qui ressemblait désormais à un mouchoir, était une lettre de son très cher et respecté cousin français, Henri Bambito. Soun ne put s’empêcher de relire cette lettre pour la cinquantième fois de la journée.
“Cher cousin,
Je ne te remercierai jamais assez pour le service que tu me rends en ce moment même. Il est vrai que les évènements qui ont précédé n’ont pas été de tout repos pour mon fils. C’est pour ça que je me suis dit qu’un voyage au Japon pour lui provoquerait une sorte de changement de décor, mais aussi un moyen de réaliser l’un de ses plus grands rêves.
Il est en chemin et il arrive le 21. Je sais qu’il sera très bien accueilli et je te remercie encore une fois de me faire cet honneur.
J’espère qu’il s’entendra avec tes trois filles (pousse-le un peu, il se peut qu’il soit extrêmement hésitant en leur présence), je leur fais confiance là-dessus.
Cordialement,
M. Henri Bambito”
Après cette relecture, Soun souriait. Pas de gestes brusques et désordonnés, pas de pleurs qui se transformaient en cascade et pas de cris contre l’injustice de ce monde, mais un simple sourire, doux et chaleureux. Si nous remettions la réalité en route, ce moment de tranquillité ne dura que quelques secondes mais on applaudit quand même l’effort fourni pour cette scène surréaliste. Un bras sur les yeux, il semblait réciter une pièce dramatique avec une petite lumière au plafond, dans un environnement plongé dans le noir.
— Ahhh… ta confiance m’honore, Henri-san. Je m’occuperai de ton fils comme si c’était le mien.
Les larmes coulaient le long de ses joues pour la troisième fois en une heure, troublé par ses propres émotions. Accueillir Bambito-kun, le fils de son très respecté cousin Henri était un honneur trop grand pour le célébrer en silence. Son cousin Henri était l’incarnation de la réussite et de la persévérance, d’un sérieux si inébranlable que tout le monde lui devait le respect. Recevoir son fils à la maison, c’était comme recevoir celui de l’empereur Japonais, mais en mieux.
Les échanges qu’il eut avec son cousin ont commencé deux mois avant la fameuse rentrée scolaire japonaise, en février[2]. Dans chacune de ces lettres, il fournissait de nouveaux détails sur son fils pour qu’il puisse être accueilli dans les meilleures conditions. Mais une des lettres en particulier revenait sans cesse dans son esprit. Cette lettre, dont il reconnaissait bel et bien l’écriture d’Henri, n’était pas dans le même ton que les précédentes. Dans celle-ci, Henri parlait d’un voyage qu’aurait fait son fils dans des contrées lointaines. En voici un extrait pour les petits curieux :
“… tu ne le sais peut-être pas, mais le jour où j’ai revu mon fils après 1 an d’absence, je savais que ma vie ne serait plus celle que je connaissais. J’étais tellement heureux de le revoir en un seul morceau, vivant, qu’il fallait que je lui fasse plaisir. Son périple n’était pas de tout repos : gagner des combats contre des créatures surnaturelles, des forces de la nature capables de déchaîner vents et vagues dans des batailles intenses…”
Les sourcils se froncèrent légèrement sur son front. Comment un homme, si sérieux et si droit dans ses bottes, pouvait écrire de telles absurdités ? C’était complètement insensé. Peut-être qu’Henri perdait les pédales, au fil de l’âge. Une pensée l’assaillit sur le coup, comme une évidence : Happosai. Si les Tendo et les Saotome devaient supporter leur grand maître, un adepte de petites culottes, les Bambito devaient également contenir une autre menace.
— C’est sûrement leur Happosai local, accepta-t-il en murmurant dans sa barbe.
Il leva les yeux au ciel et se gratta la tête, imaginant ce que serait devenu son petit cousin après son fameux voyage. Dans sa tête se dessinait une forme assez vague d’un jeune homme de 17 ans d’une taille assez conséquente, une montagne de muscles et la largeur d’un videur de boîte de nuit. Oui, voici sa définition du petit cousin parfait : un combattant d’élite capable de mettre à terre des maîtres d’arts martiaux et des créatures surnaturelles sans le moindre effort. Peu importe ses défauts, ou même ses problèmes, il serait le bienvenue.
Un grand et long soupir sortit de nouveau de sa bouche, en contemplant l’état déplorable du Dojo depuis la venue de son meilleur ami.
— Si ce que dit Henri-san est vrai, il y a moyen que le Dojo puisse retrouver sa grandeur d’antan…
Alors qu’il allait entamer son énième monologue sur son “pauvre Dojo incompris”, les “rumeurs sur un Dojo quasi légendaire au sein de Nerima”, une idée lui passa par la tête. Une seule, et toujours là-même. Son sourire se fit large et il finit même par rire, tout en ayant l’air tout aussi idiot que le matin. Le son qu’il émettait était tellement cliché qu’on aurait pu le classer tout de suite dans la catégorie des “méchants de dessin animés Disney”.
— Et s’il pouvait épouser l’une de mes filles, s’exclamait-il avec un grand sourire, tout le monde en serait ravi. AHAHAH !
CLONG
Vous ne reconnaissez pas ce son ? C’est le bruit de deux objets en collision, en particulier un objet contondant avec le crâne vide d’un adulte. Une nouvelle bosse apparut, remplaçant déjà la précédente. Car oui, c’était bien connu que les bosses disparaissaient dès qu’une émotion forte ou le destin, à moins que ce ne soit l’auteur lui-même, pointait le bout de son nez. Dans la vraie vie, cela aurait fonctionné si les coups n’étaient pas mortels.
— Encore avec tes histoires de mariage ? répondit une voix lassée. T’es vraiment un obsédé, ma parole.
L’objet en question se révélait être un vieux cartable en cuir, un objet commun pour un étudiant. La main qui le tenait était celle d’une jeune femme dont le regard flairait toujours les bonnes affaires. Une coupe au carré brune encadrait son joli petit minois pleine de malice et d’arnaques en tout genre. Sa tenue était des plus protocolaires, mais si nous en parlons un peu plus précisément, je dirai que c’est un uniforme scolaire pour les temps chauds. Encore plus précisément, du lycée Furinkan. Derrière elle se trouvait une autre fille, avec des cheveux courts et bleus. Son regard était plus doux que la première, mais chargée d’une compulsivité et empreint de dynamisme.
— Nabiki ? Akane ? demanda Soun, se frottant doucement sa deuxième bosse.
— Tu sais que tu penses tellement fort qu’on arrive à t’entendre à travers tout le quartier ? susurra Nabiki, saupoudrée d’ironie.
— J’ai déjà un fiancé, à quoi bon s’en traîner un autre ? grogna Akane, la plus jeune.
Soun s’approcha de ses filles, son corps tremblant d’excitation et sa bosse dominant l’assemblée, du haut de son fauteuil fait de cuir chevelu. Les larmes recommençaient à couler, montrant l’importance capitale et émotionnelle de ce moment pour lui.
— Vous ne comprenez pas ! C’est un moment inoubliable !
— C’est juste un cousin, Papa. répliqua Akane. Pas de quoi en faire tout un cinéma.
— Au contraire, enchaîna Nabiki, le visage toujours plus ironique. Nous comprenons totalement tes émotions, mais il y a cependant un seuil de décibels à ne pas dépasser.
— Oh ? Vous êtes rentrés ?
Les trois se retournèrent vers l’entrée du Dojo et tombèrent nez à nez avec Kasumi, l’aînée. Comme à son habitude, sa robe allait tout aussi bien avec son regard doux et son sourire imperturbable, qui déstabiliseraient même les dictateurs et les criminels les plus féroces. Elle s’approcha lentement de ses deux sœurs, le sourire aux lèvres.
— Vous avez passé une bonne journée ?
Pendant que Akane, désireuse de couper court à la discussion avec son père, se dirigeait vers Kasumi pour donner de ses nouvelles, Nabiki avait un autre objectif en tête. Elle tournait autour de Soun avec une mine taquine et un brin provocatrice, prête à lui soutirer n’importe quelle information qui s’avérerait être croustillante. Soun, bien qu’il connaisse sa cadette sur le bout des doigts, se sentait légèrement perplexe face à ses rondes et répondait prestement à ces questions.
— Mais dis-moi, commença-t-elle. J'ai l'impression de t'avoir déjà vu ici même hier soir, non ?
— C’est exact.
— Hmhm, continua-t-elle. Et il devait arriver quand déjà, notre cher cousin ?
— Il y a 3 jours.
— Ahh… Et tu attends depuis… ?
— 5 jours.
En entendant cette réponse, Nabiki tomba à la renverse. 5 jours ? Son père avait vraiment attendu 5 jours l’arrivée de Bambito-kun ? Depuis quand quelqu’un serait capable d’attendre deux jours avant la date d’arrivée prévue et de continuer pendant 3 autres jours ? Décidément, son père était vraiment quelqu’un de particulier. En y repensant, c’est vrai qu’elle n’avait pas vu son père à la salle à manger durant la semaine.
Elle fouilla alors dans ses souvenirs avec une hargne sans pareille, à la recherche de ce qu’elle se souvenait de ce fameux Henri. Lorsqu’elle n’était âgée que de 5 ans, elle se souvient vaguement d’un homme à la forte stature, une moustache blonde assez poilue mais très ordonnée et un crâne flamboyant, reflétant presque le Soleil lorsqu’il pointait le bout de son nez dehors. Contre toute attente, l’homme que s’imaginait Nabiki était tout l’opposé de l’image que projetait Soun à ses enfants. Là où il voyait sérieux et sévérité, elle y voyait immaturité et sourire de façade. Et pour ce qui est de son fils, elle n’en avait jamais entendu parler jusqu’à ces fameuses lettres. Elle tenta le tout pour le tout pour le ramener sur Terre, quitte à le faire tomber de très haut.
— Papa… commença-t-elle. Je pense que tu devrais arrêter de l’attendre et aller te reposer. Il ne viendra pas. Ton cousin t’a sûrement fait une autre de ses blagues.
— Impossible ! s’écria Soun, le visage se décomposant sous l’effet de la surprise. Henri-san est une personne honnête ! D’un sérieux sans faille ! Jamais il ne ferait une blague de si mauvais goût, encore moins en ayant payé tous les frais.
— Alors réponds à ma question : pourquoi n’est-il toujours pas là ?
La question resta en suspend, flottant dans l’air comme un grain de pollen. La bouche de Soun s’ouvrait et se fermait à des intervalles réguliers, sans qu’aucun son ne puisse en sortir. Son cousin, un farceur ? Ce n’était pas possible. Non, il n’y croyait pas, et il allait le prouver. Il demanda donc à ses filles de rester avec lui pour qu’il puisse leur montrer qu’il a raison et qu’il viendra. S'il ne se pointait pas avant le coucher du soleil, il s’engagerait à arrêter d'attendre et de passer à autre chose. Nabiki fut déstabilisée par cette demande, mais elle accepta la requête de son père. Akane ne perdait pas une seconde pour râler un bon coup, mais elle se tint droite à côté de son père, près de Kasumi qui regardait la rue avec le même sourire qu’il y a deux minutes.
Le silence dura une heure, bien trop long pour être honnête. Les minutes et les secondes s’allongeaient à mesure que les gens passaient dans la rue, mais toujours aucune trace du fameux cousin. Personne n’avait envie d’être ici, et elles avaient des devoirs à faire pour le week-end, mais l’optique de décevoir leur père était conséquent. Il avait l’air de tenir à son cousin, semblait se dire Akane, et cela lui permit de tenir l’heure entière. Ce fut finalement Nabiki qui brisa le silence, demandant des informations concrètes sur la personnalité de Bambito-kun.
— J’attendais que tu me poses cette question, Nabiki. Henri-san m’a dit que c’était quelqu’un de très fort.
Gros silence.
— Tu te fiches de moi ? cria Akane. On a l’impression que la force est la seule chose qui te retienne sur Terre. Être fort, ça ne définit pas quelqu’un. Regarde bien Ranma, il a un sale caractère pourtant, c’est un prodige des arts martiaux.
— Je peux savoir ce que j’ai à voir là-dedans ?
La voix qui s’élevait appartenait au principal intéressé, Ranma Saotome. Du haut de son muret où il était accroupi, scrutant la famille Tendo de son regard presque hautain, il maintenait son menton appuyé contre la paume de sa main. De l’autre, il tapait nerveusement son genou d’un doigt, visiblement agacé de la situation et de la façon dont Akane le traite. Seulement, il n’avouera jamais que le compliment d’Akane lui avait fait plaisir. C’était une question de fierté, voyez-vous.
— Rien, ou peut-être tout. Tu es la définition même de la provocation, de la violence et de l’ego mal placé.
— Bleh bleh bleh ! Pas mignonne, pas mignonne, dit Ranma, en tirant la langue de la façon la plus gamine qui soit.
— Tu cherches définitivement la bagarre, à ce que je vois, déclara Akane, le poing serré tellement fort que les jointures en craquèrent. Très bien, tu l’auras voulu.
Mais Akane n’eut pas le temps de faire son geste. Pendant qu’elle se demandait si le cartable en pleine figure n’était pas une meilleure solution, une geta[3] japonaise sortie de nulle part frappa de plein fouet Ranma, sans qu’il ne puisse rien faire.
SCHTONG
Ranma s’écroula sur le lourd et dur bitume du trottoir, la tête à l’envers et la geta toujours figé sur son visage. Soun se redressa, abandonnant sa pose de tireur d’élite dans l’art de la projection de chaussons et ordonna aux autres de se taire. Ranma observa Soun, dont l’expression faciale avait changé du tout au tout. Son regard restait coincé vers l’intersection des deux routes au fond, celle qui menait vers le cabinet du Dr Tofu. Au loin, Ranma distingua une silhouette s’approcher, dos au Soleil encore haut en ce jour d’avril.
La silhouette n’était pas très nette, mais elle correspondait en tout point avec ce que Soun imaginait : grand, construit comme un bulldozer et surtout, profondément confiant. Une larme perla du coin de l’œil de Soun, élaborant dans sa tête tous les scénarios possibles qui ne tournaient qu'autour du futur de son dojo. Quand aux filles, elles soupirèrent de plus belle à l’unisson, blasées face à autant d’enthousiasme non dissimulé. Sauf Kasumi, mais on s’y attendait tous. Une bonne vingtaine de mètres les séparaient de cette silhouette, et pourtant, plus elle s’approchait et plus quelque chose clochait.
Autrefois aperçue comme grande et musclée, elle laissait place à une forme beaucoup plus fine et petite. Lorsque cette personne s’arrêta à une distance raisonnable des Tendo, les yeux de Soun s’écarquillèrent sous l’effet d’une immense surprise.
La personne devant eux était l’exact opposée ce que Soun projetait de son petit cousin. Sa tenue n’avait rien à voir avec celle d’un combattant d’élite, mais plutôt à celui d’un intellectuel, quelqu’un qui préfère utiliser son cerveau plutôt que ses muscles. Un look très européen, composé d’une chemise blanche parfaitement repassée, mais dont les manches étaient retroussées, un pull marron sans manche qui reposait tranquillement par-dessus, un pantalon bleu marine des plus classiques et un mémorable et très caractérisable nœud de papillon vert forêt qui pendouillant légèrement autour de son cou. Le seul élément qui gâchait le tableau parfait du petit écolier français se trouvaient à ses pieds : des baskets vertes flashy, beaucoup trop grandes par rapport à son corps. Un énorme sac à dos montait jusqu’au niveau de la tête. Les vêtements semblaient immensément grand sur ce petit corps… de jeune fille.
— Une… Une fille ?
Ces magnifiques yeux dorés semblaient refléter la lumière du Soleil, encadrés par de magnifiques cheveux bruns s’effondrant lamentablement sur ses épaules. Enfin, une caractéristique que les hommes ne pouvaient posséder, sauf par un malheureux hasard génétique : une poitrine. Mais le regard se focalisa aussitôt sur la masse verte qui descendait lentement de sa tête.
Une fois posée au sol, Soun fut en mesure de pouvoir ne serait-ce que de le décrire, tant l'émotion le prenait. Le spécimen ne faisait pas moins de soixante centimètres de haut mais il avait une certaine assurance. Une sorte de lézard ou de serpent d’un teint vert émeraude à l’allure élancée se dressait, ses petits pieds plantés sur le sol bétonné et les bras croisés sur son petit torse. Son regard, un mélange entre le rouge sang et le marron, portait toute le snobisme et le désintérêt du reste du monde, la tête légèrement incliné vers le haut et un long nez s’étirant devant lui. Sa queue, relevé fièrement derrière lui, se balançait légèrement de droite à gauche en arborant à l’extrémité de celle-ci une feuille à trois pointes. Deux longues feuilles jaunes au-dessus de ses épaules partaient vers l’arrière, se courbant vers la fin. Cette créature dégageait une aura étrangement malaisante, le regard fusillant l’assemblée comme s’ils n’étaient que des valets.
La jeune fille s’approcha du seul adulte présent, son lourd sac toujours posé sur son frêle dos et le petit lézard marchant au même rythme qu’elle, mais elle se figea. Elle détourna son champ de vision, préférant baisser les yeux vers ses pieds pour laisser place à une rougeur intense. Son compagnon la regarda et lui donna un petit coup de queue, comme pour l’inciter à parler. Finalement, elle respire un bon coup, lentement, d’abord par le nez puis par la bouche.
— E-Excusez-moi, articula-t-elle d’une voix douce, mais effrayée. Est-ce bien ici… le Dojo Tendo ?
[À suivre]
1 : Gi – C’est une tenue d'entraînement traditionnelle portée pour la pratique du karaté et d'autres arts martiaux. Il est souvent appelé dogi ou keikogi.
2 : La rentrée scolaire japonaise se déroule toujours en avril, lorsque les cerisiers sont en fleurs. Et ce n’est pas une blague.
3 : Geta – C’est une chaussure traditionnelle japonaise, qui ressemble à des tongs en bois. À ne pas confondre avec les Zori.
Merci à LianSepia pour la prélecture.