Jerryk ½

Chapitre 2 : Tensions reptiliennes

Par Wobblysnow

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Épisode 1 : Cousins et frères d'infortunes



Chapitre 2 : Tensions reptiliennes



La question était tombée comme un couperet, dans cette rue de Nerima quasiment vide. La fille en face d'eux était franchement jolie, et la peur qui lui montait ne l'aidait pas vraiment à être moins visible. Déjà qu'une fille avec des vêtements masculins ne passait pas inaperçue, alors une fille aussi jolie avec un lézard assez... particulier, ce n'est pas forcément facile tous les jours. Était-ce vraiment le moment de poser cette question alors que le cousin arrivait bientôt ? Soun s'avança, tout en gardant une distance respectueuse envers le petit compagnon de cette fille.


— Oui, c'est bien ici, commença Soun. Mais, qui êtes-vous ?


Elle ne répondit pas. Le son était mort dans sa gorge, incapable de sortir ne serait-ce qu'un seul mot. Son regard balayait le sol, comptant les grains de poussière que Soun avait oublié de balayer, pour se ressaisir. Une belle couleur rouge montait à ses joues, ce qui ne manquait pas de la rendre plus resplendissante. C'est alors qu'une main se posa sur le bas de sa jambe, aussi rassurante qu'il le pouvait. Il la passait de haut en bas avec une douceur qui dénotait de sa première impression en public.


— Vip. Vipeeeeee... (Calme-toi. Respire un bon coup et tout ira bien...)


C'est officiel, les yeux de Soun venaient de sortir de leur orbite avant de venir se reloger. Rien que de voir un reptile bipède d'un vert éclatant se promener était un signe de folie précoce, si on rajoute en plus le fait qu'il possédait la capacité de communiquer avec les êtres humains... c'est que le monde était sur le point de s'écrouler. Comment est-ce possible ? Pour mieux observer ce spécimen étrange, Ranma n'hésita pas à envoyer son futur beau-père dans le petit arbuste près de l'entrée avec une délicatesse digne d'un phacochère après 2 ans d'enfermement. Akane suivit le pas, tout en jetant un regard désolé à l'endroit où son père avait fait un atterrissage d'urgence. Il s'agenouilla et pointa du doigt le phénomène.


— Ce... Ce truc vient de parler ? se questionna Ranma, un brin curieux. Enfin, il a plutôt poussé des cris, ou peut-être...


Une tape sur le doigt tendu vint clore cette réflexion déjà bien ennuyeuse pour notre reptile chlorophyllien, qui redressa sa tête et son buste. Ses iris rétrécirent de façon exponentielle, laissant entrevoir une dureté et du mépris pour la race humaine.


— Vipé ! Vipéeee-lierre. (Range cet index, roturier ! Quand on ne sait pas, on se tait.)


Le contraste d'émotion entre le lézard et Ranma était tout simplement magnifique : on passait d'un teint normal pour un jeune homme à un rouge intense, rempli de haine et saupoudré de mauvaise foi. À côté, le petit lézard restait d'un calme olympien.


— Je rêve ou ce reptile vient de m'insulter ?


— Vipé. (Bien vu, Sherlock.), dit-il d'un ton monotone.


La jeune fille, sentant que le vent allait tourner en une bagarre intense entre son reptile de compagnie et le grand garçon à la natte sacrée, décida de s'interposer pour couper court. Son regard semblait vraiment désolé, et elle s’apprêtait à recevoir les coups à la place de son partenaire.


— Je suis vraiment désolée ! dit-elle, de manière très rapide. Vipé peut être parfois un brin arrogant, mais il est très gentil.


— Lui ? souffla-t-il, les sourcils légèrement froncés. Gentil ?


Le principal intéressé détourna le regard, toujours aussi calme et noble dans l’attitude. À côté, même Soun paraissait ridicule avec ces traditions ancestrales. Rien ne vaut mieux que le snobisme de la noblesse française pour rivaliser.


— Tss, Vipélierre… Vipé-vip. (T’as de la chance, humain, que ma dresseuse soit clémente… Je t’aurais déjà appliqué la sentence suprême.)


Le duel de regards se continuait entre eux, leur ego ne voulant pas lâcher l’affaire. La queue relevée du reptile se balançait très peu de gauche à droite mais de plus en plus rapidement. Quant à Ranma, sa natte frétillait d’une mauvaise foi qui en ferait pâlir quelques-uns et une veine battait contre son front.


De son côté, Soun se releva de sa propulsion éclair dans les arbustes qui ornaient l’entrée. Il avait fini par avoir l’habitude que son dojo ne ressemble plus à rien, en raison de tous les entraînements de Saotome. Le pot s’était brisé, laissant derrière lui des morceaux de poteries et de la terre fraîchement arrosée qui s’étalait sur le sol plus très propre. Ce n’était pas la première fois, il en avait l’habitude et cet évènement n’était qu’un parmi d’autres.


Nabiki regardait le spectacle, puis la jeune fille, posa ensuite les yeux sur son père, et enfin de nouveau sur les deux egos qui entraient en collision. Elle se rapprocha de l’oreille de son père.


— Dis, Papa. Ce ne serait pas elle le cousin ?


— Ah, mais oui. Tu as raison, s’écria Soun, totalement remis de sa récente chute.


Il s’avança d’un pas solennel vers la jeune fille, oubliant totalement le serpent qui était à côté d’elle. Lorsqu’il était assez proche, il se rendit compte qu’il y avait une bonne vingtaine de centimètres de différence entre Soun et elle. La pauvre devait tendre le cou pour le regarder dans les yeux. Il n’avait pas eu le temps de l’observer plus attentivement, mais il la trouvait vraiment jolie. Mais ce n’est pas un garçon, il pouvait faire une croix sur ses plans de mariage. Il posa ses deux mains délicatement sur les épaules de la fille avec un air affectueux.


— Sois la bienvenue au Dojo Tendo, Jerryk, annonça fièrement Soun.


Jerryk recula de quelques pas, plaqua ses deux mains sur le côté de ses cuisses et s’inclina lentement jusqu’à atteindre un angle parfait de 45°[1]. Quant au lézard, il abandonna le combat ridicule contre Ranma pour lancer un regard noir à Soun.


— Je ne vous remercierai jamais assez de l’hospitalité dont vous faites preuve à mon égard. Je vous rembourserai quand ce sera possible.


— Vipéeee… (T’es trop près…)


Restés en retrait, Ranma et les filles Tendo observaient Jerryk avec insistance. Alors, c’était donc elle le fils de Henri-san, dont il n’arrêtait de vanter les mérites ? Si elles avaient su que c’était une fille, elles ne se tordraient pas de mal au ventre à l’idée d’un mariage. Finalement, c’était mieux comme ça. Cependant, il y avait quelque chose qui clochait dans cette histoire.


— Jerryk ? Bizarre comme nom, se dit Ranma.


— Jerryk ? C’est pas commun pour une fille, pensa Akane.


— Jerryk ? C’est sûr que c’est un nom français ? se demanda Nabiki.


Kasumi ne dit rien, fidèle à sa personnalité d’élément calme et sans jugement. Après tout, si Jerryk était une fille avec un nom que l’on qualifiait de bizarre, c’était son problème, pas le leur.


Comment pouvait-il marier l’une de ses filles si ledit cousin se révélait être une fille ? Mais il ne devait pas s’apitoyer sur son sort, Jerryk avait voyagé exprès depuis la France pour venir les voir et il était hors de question de laisser l’enfant de son cousin dehors. Henri comptait sur lui, et il allait tenir cette promesse, tout en ravalant ses larmes.


— Mais ne reste donc pas là. Entre, je te fais visiter, proposa Soun.


— Merci beaucoup, Tendo-san.


— Nous sommes dans une fanfiction française, Jerryk. Je t'en prie, appelle-moi Soun.


En tout cas, une chose était sûre : elle était nettement plus polie que tous les membres du dojo réunis. Il y voyait toute l’empreinte et l’éducation corsée d’Henri, une discipline de fer. Même le lézard avait l’air des plus éduqués, se tenait droit et se brossait les excroissances jaunes de ses épaules. À moins que ce ne soit que de l’ennui qu’il essayait de combler, on ne savait pas. Le reptile se dirigeait vers l'entrée du dojo, suivant de près sa dresseuse.


— Un instant !


Le corps de Jerryk réagissait instinctivement, sursautant face au cri de Nabiki. Son compagnon s'arrêta également, jetant un regard rapide vers Jerryk avant de le lancer avec plein de reproches à celle qui osait importuner ses tympans. Sa queue battait plus rapidement l'air, croisant les bras sur son torse, tandis que Jerryk peinait à se retourner pour regarder Nabiki dans le blanc des yeux.


Akane s'approcha de sa sœur, mettant sa main sur son épaule. Celle-ci avait le regard perçant, le regard de la personne qui avait mis le doigt sur un élément assez bizarre. Son bras étant tendu avec le doigt pointant vers l'avant, un geste digne des plus grands avocats que le monde ait connus.


— Nabiki ? interrogea Akane. Qu'est-ce qui te prend ? Ça ne va pas ?


— Tu ne trouves pas que quelque chose cloche dans cette histoire ?


— Qu'est-ce que tu trouves d'étrange ?


Le sourire de Nabiki s'arqua, laissant place à un rictus sûr d'elle. Un doigt qui se déplaçait jusqu'à sa tempe droite et les yeux fermés, sûrement des gestes vus dans une émission télé. Un petit rire sortit du fond de sa gorge, prête à exposer sa théorie.


— Vous ne pensez pas que cette scène vous rappelle quelque chose ? questionna Nabiki. La dernière fois que nous attendions un garçon et que nous avions reçu à la place une fille avec un animal à ses côtés...


— ... C'était lorsque Ranma et son père sont arrivés.


Une masse d'au moins 80 kilogrammes se jeta aussitôt aux pieds du reptile. Des larmes coulèrent de ses yeux, d'une force comparable à une lance-incendie de pompier, atterrissant sur le sol, sur lui-même et sur le lézard. Soun s'agrippait du mieux qu'il pouvait, ne laissant pas d'espace vital pour le pauvre petit aristocrate. Ce geste fit que le sourire du petit saurien se crispa, hésitant à déployer son plein potentiel.


— Henri ? C'est vraiment toi ? Je suis si heureux de te voir !


— VIPEEEEE-LIERRRE ! (OSE ENCORE ME MOUILLER ET JE T'ENVOIE GOÛTER LE BITUME !)


Ranma, lui, avait les yeux braqués sur ce magnifique spectacle, sans vraiment y prêter attention. La situation dont étaient arrivés Jerryk et le reptile arrogant était quasiment similaire à celle de son arrivée avec son père. Et Ranma ne croyait pas aux coïncidences, encore moins à Nerima. Il fallait qu’il résolve ce mystère, coûte que coûte.


— Alors comme ça, tu serais comme moi ? demanda-t-il, un éclair de jalousie passant dans ses yeux. Et si nous testions ça maintenant ? Si tu n'as rien à cacher, tu ne peux pas refuser.


Un frisson parcourut l'échine de Jerryk, qui commença à reculer. Vipélierre, dont le boulet de forçat partait pour chercher la dite bouilloire, se plaçait devant sa dresseuse, malgré les quatre-vingt-dix centimètres de différence. Des lianes se dressèrent au niveau de son cou, aussi vives que des fouets. Pas question de la laisser se faire mouiller par un gueux malpoli, elle perdrait toute sa superbe, se disait-il.


Des bruits de pas se firent entendre et Soun arriva avec la fameuse bouilloire jaune dorée, contenant le fameux liquide chaud que l'on surnomme "monoxyde de dihydrogène". Ranma s'en empara sans dire un seul mot et s'approcha des nouveaux, le sourire en coin. Quelques gouttes de sueur perlaient sur leur front.


SCHLAK


Les lianes claquèrent soudainement aux pieds de Ranma, qui esquiva en esquissant un salto arrière. En plein vol, il balança le contenu directement sur Jerryk et son monstre végétal qui hurlèrent de douleur. Un écran de fumée permit de les masquer, tandis que Ranma atterrissait non loin de là. Ils allaient enfin être fixés, et un ricanement échappait de celui-ci. Personne ne pouvait avoir la même malédiction que lui, c'était tout bonnement simple. Quand le brouillard se dissipa, on distinguait... les mêmes formes que tout à l'heure. Jerryk était restée une fille et sa créature n'avait de changé que l’aura meurtrière à l’encontre de Ranma. Dégoulinants, ils avaient l'air ridicule, mais une légère forme de soulagement émanait.


— Vipéee ? Vip-vipé... (Tu es content ? Décidément, tu n'as rien dans la caboche...)


Avec ses petites pattes, il commença à taper des mains, applaudissant avec une ironie glaciale la grande performance de Ranma le clown. Il ne pouvait supporter le comportement du chloroplaste sur patte, son petit regard supérieur et arrogant lui donnait des pulsions. De la vengeance, c'était ça qui l'alimentait contre ce petit gnome, mais il ne fallait pas aggraver la situation.


BONG


— Tu n'es qu'un idiot, Ranma.


Akane venait de frapper fort, au sens propre comme au sens figuré. Il arrosait des personnes qui ne demandaient rien d'autre que l'hospitalité, sans qu'elles n'aient eu le temps de franchir les portes du dojo. Il méritait la palme d'or de la plus grosse boulette, celle qui ne devait pas être faite.


— Ça va pas ? vociféra Ranma. Il s'est passé quoi, dans ton crâne, pour faire une chose pareille ?


— JE devrais plutôt te poser cette question, renchérit Akane en haussant la voix. Tu agresses ma cousine alors qu'elle vient à peine d'arriver.


— J'expérimente, c'est tout. Elle est bizarre, ta cousine.


Akane tourna les talons et se dirigea vers ses invités. Elle n'avait pas de temps à perdre avec cette personne qui lui servait de fiancé. Elle devait se concentrer sur l'essentiel, l'accueil de sa cousine. Jerryk essorait son pull avant de le remettre tandis que la queue de son reptile battait l'air pour permettre le séchage des vêtements plus rapide. Arborant son plus beau sourire, que Ranma ne manqua pas de critiquer, elle regarda la nouvelle d'un air protecteur.


— Je te prie de m'excuser pour cet idiot, il n'a pas le sens de l'accueil. Je m'appelle Akane, et j'espère que nous pourrons bien nous entendre.


— Oui... j'espère aussi...


Akane se baissa pour observer de plus près la créature. Après l'épisode des lianes, la peur de se faire fouetter l'envahissait, mais il ne manifestait aucune hostilité à son égard pour l'instant, elle osa donc. Il détourna le regard, feignant l'indifférence, mais sa queue battait à une vitesse un poil plus rapide, indiscernable à l’œil nu.


— Il est trop mignon, ton compagnon. C'est quelle espèce ? Il vient de ce fameux monde que tu as exploré ? demanda Akane.


— Oui... c'est un Vipélierre[2], expliqua Jerryk dans un murmure. Une espèce assez rare qui est distribuée aux débutants. Il fut mon premier compagnon de voyage. Il est très gentil, malgré son tempérament... un peu particulier.


Un lourd silence s'installe, les mots ne parvenaient plus à combler le vide de la discussion entre elles. Jerryk s'était refermée aussi vite qu'elle s'était ouverte, ce qui ne facilitait pas la tâche. Lorsqu'on a un invité qui se présente, la première chose à faire après l'avoir accueilli chez soi est simple.


— Et si je te faisais visiter le dojo ? proposa Akane. On passera par ta chambre pour y déposer tes affaires.


— B-bonne idée...


— Vipé. Lierre ! (On te suit, humaine. Tu es notre guide !)


La première étape de leur excursion était la salle d'entraînement du dojo. Une salle vide de meubles et de pratiquants, un magnifique parquet en bois verni et des portes en bois et en toile qui coulissaient dès qu'on poussait la porte. Des marques de poings sur les murs, des morceaux de béton jonchaient le sol et une odeur de transpiration flottait dans l'air.


Le groupe s'arrêta à proximité de la porte, écoutant ce qu'avait à dire la guide de ces lieux. Vipélierre regardait les petits cailloux avant de les éjecter d'un petit coup de patte, fier de lui.


— Vous avez ici l'endroit où l'on pratique les arts martiaux mixtes et sans complexes Tendo. Avec un peu de chance, tu risques d’y croiser Ranma, ou même moi en entraînement.


— Humhum... répondit-elle en hochant la tête.


— Vipeeee... Vipévip. (Mouais, la décoration est acceptable... mais le ménage pourrait être mieux fait.)


Ne pas craquer, il ne fallait pas craquer. Vipélierre était insupportable, il fallait bien se l'avouer, mais il devait s'habituer à son nouveau chez-lui. Akane comprenait mieux pourquoi le courant ne passait pas entre Ranma et lui. Mais comment en vouloir à quelqu'un qui protège activement celle qu'il considère comme sa maîtresse ? Jerryk n'avait toujours pas décroché un mot, et Akane avait trouvé le moyen parfait pour la faire parler.


— Et si on faisait un petit combat ? proposa Akane, un grand sourire aux lèvres. Ça permettrait de te détendre un peu, je pense.


— Non... Non merci... Je ne suis pas très fort en combat...


— Ah bon ? Pourtant, mon père disait que tu étais...


— Je n'en ai pas envie, répondit Jerryk un peu trop rapidement. Pardon, c'est juste que... je ne pratique pas le même genre de combat que vous.


Comme pour approuver ses dires, Vipélierre se plaça devant sa dresseuse, la queue fièrement relevée et le sourire en coin. Akane ne comprit pas le message tout de suite, jusqu'à ce que Vipélierre ne sorte ses lianes de son cou.


— Je suis désolée, se rectifia Akane. Tu viens à peine de débarquer au dojo et je te saute dessus avec mes envies. Tu es sûrement fatiguée après tout ce voyage.


Jerryk hocha doucement la tête, tandis que Vipélierre expirait bruyamment l'air resté au fond de sa gorge. Il se faisait une telle joie de pouvoir se défouler les lianes après des semaines que l'annulation du défi commençait à le mettre en rogne.


La visite se poursuivit dans la cuisine, parfaitement rangée et en présence de Kasumi, qui préparait un met délicieux à base de porc et de friture. Des légumes accompagnaient le tout, ainsi que l'éternel accompagnement des Japonais : ces petits grains blancs qui servaient à faire des sushis, le riz. Une des autres pièces les plus importantes fut visitée, la salle de bain. Un bac en bois foncé trônait fièrement devant la douche à la gauche de la pièce tandis qu'une gigantesque baignoire prenait l'autre moitié de la pièce, à droite. Des flacons étaient positionnés de sorte que la personne en train de se laver puisse l'atteindre sans trop d'effort apparent.


— Ça change beaucoup de la France, affirma doucement Jerryk. On se lave avant d'entrer dans la baignoire, ici ?


Enfin, la destination finale était le petit jardin en face de la salle de séjour. Le gazon était plutôt bien entretenu, ce qui était un exploit avec tous les fous de Nerima et les Saotome. De petites dalles de roches formaient une ligne courbée pour arriver jusqu'à un étang, entouré lui-même de plusieurs pierres pour délimiter la séparation entre la terre et l'eau. Dedans se trouvaient de petites carpes koi, qui se cachaient sous les nénuphars à la vue de Vipélierre. Jerryk s'avançait prudemment, captivée par les poissons, puis se pencha à côté de Vipélierre. Ils ne craignaient pas de se recevoir un Hydrocanon, le monde dans lequel ils se trouvaient se présentait comme normal. Parmi les poissons, Jerryk y voyait son reflet qui le regardait avec un regard troublé.


— Brr, frissonna Jerryk. Elle a l'air glacée.


— Vipeee... (Essayons de ne pas tomber dedans...)


— RANMAAAA !


Un cri sortit tout droit d'un ogre affamé surgit de nulle part, déstabilisant Jerryk qui s'était relevé brusquement. La pierre où elle se trouvait s'avérait être mouillée, ce qui ne lui permit pas de garder son équilibre. Ses bras s'agitaient comme des moulinets, essayant de retrouver l'équilibre qu'elle avait perdu, mais en vain. La chute était presque inévitable, à moins d'un miracle. Elle ne tomba jamais. Une puissante liane l'entourait au niveau du bassin, soutenu par son précieux compagnon qui mettait tous les efforts nécessaires pour la redresser. Le danger était passé et deux profonds soupirs s’échappèrent de leurs bouches.


— Technique ancestrale de l'envoi en zone aquatique ! cria une forte voix masculine.


— Père indigne ! hurla Ranma avant de percuter violemment le dos de Jerryk.


PLOUF


C'était le bruit d'un corps solide lorsqu'il rencontre un corps liquide en chute libre. Des ondulations marquaient l'endroit où s'étaient rencontrés sans le vouloir Ranma et Jerryk, maintenant au fond de l'eau. Touchée, coulée. Akane se précipita pour venir l'aider tandis que le regard de Vipélierre basculait entre les corps qui remontaient et l’affolement d'Akane. Ce n'était vraiment pas le bon moment pour tomber dans l'eau.


Alors qu'elle enlevait ses chaussures pour les ramener à la berge, même si la profondeur de cet étang était ridiculement mince, une masse se redressa brusquement. Elle ne possédait aucun trait commun avec son fiancé, et avec la cousine, mais on pouvait deviner que c'était un garçon. Ses cheveux trempés cachaient ses yeux, mais un simple mouvement de tête suffisait à révéler des cheveux en bataille et des yeux marrons fuyants. Sa taille aussi était impressionnante, pratiquement 1 mètre 80 de haut, et les vêtements qu'il portait étaient les mêmes que ceux de Jerryk, mais pile à sa bonne taille. Ses mains resserrèrent doucement le nœud de papillon qu'il portait autour du cou, qu’il réajusta au millimètre près.


— Qui es-tu ? menaça Akane en se mettant en garde. Et que fais-tu dans notre propriété ?


Vipélierre se rapprocha de l'inconnu et croisa les bras en se tournant vers Akane, le regard souverain et le menton haut. Au contraire, l'inconnu baissait les épaules et ne regardait même pas son interlocutrice, rouge comme une écrevisse après un sauna.


— Euh... c'est compliqué à expliquer... mais voilà. Je suis Jerryk Bambito.


[À suivre]




1 : Au Japon, il y a plusieurs façons de se pencher pour saluer. 45° indique un profond respect pour des personnes comme des clients de haut rang. Le regard doit être porté sur ses propres chaussures et ne doit durer qu'une poignée de secondes.

2 : Pokémon numéro 495 ajouté au Pokédex. Vipélierre est le starter plante de la région d'Unys. On dit qu'il est très intelligent et très calme, mais aussi qu'il devient plus agile lorsqu'il a reçu assez de lumière du Soleil.



Merci à BakApple pour certaines informations concernant la culture japonaise.




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