Bonjour, ou bonsoir! Une petite précision que j'ai oublié d'apporter lors de la première publication de ce chapitre, celui-ci contient du lemon, plutôt détaillé, vers la fin. Âmes sensibles s'abstenir! ;) J'en ai profité pour apporter un petit remaniement à ce chapitre et au suivant, qui se retrouvent découpés en deux parties (comme qui dirait, ma démesure, encore). Bonne lecture!
Un souffle solitaire
Dans un petit clapotis régulier, les mouvements des vaguelettes ridaient la surface du lac s’étendant au pied du monastère. La fraîcheur habituellement inhérente au bord des étendues d’eau se trouvait réchauffée graduellement par le brûlant soleil de l’après-midi, englobant de sa nitescence les trois immenses rochers, semblables à des doigts rocheux gigantesques, supportant les constructions composant ce qui était communément appelé « le monastère ». Des ponts de bois rigides, détruits plus d’une fois au cours de ces dernières années mais toujours reconstruits avec une habileté découlant de l’expérience, reliaient ces parcelles entre elles. L’arène circulaire, au sol et à la lourde porte à deux battants gravés du symbole du Redakaï, était encore bien silencieuse, exempte des bruits d’entraînements et de combats quotidiens. Cela ne durerait pas, juste le temps de la pause du midi accordée aux novices du kaïru.
Servant également d’antichambre gigantesque au monastère, elle était ouverte à ses deux bouts, d’abord par un long et imposant escalier permettant d’accéder à l’ensemble de constructions, son autre entrée prolongée par l’un des pontons rustiques. Celui-ci menait à un bâtiment taillé à même la pierre d’un jaune pâle tirant sur le gris, rigoureusement carré. Percé de fenêtres, sans vitres, protégées par des auvents de chêne, l’une des seules espèces à pouvoir grandir sur le sol des environs. Ses deux étages étaient particulièrement hauts, perchés sur la montagne au sein de laquelle plusieurs réseaux de souterrains multipliaient la surface utilisable, mais non habitable. À l’intérieur se trouvaient les pièces communes : la bibliothèque, l’infirmerie, les réserves de nourriture, ainsi que la chambre de Maître Baoddaï, l’autorité du monastère, présentement en pleine méditation.
Un dernier ponton menait à une seconde cour, d’un gris clair ceinturée de quatre piliers, un bonsaï gigantesque s’étendant à son extrémité. Sans toit ni barrière de protection, sur son côté est était construit un échafaudage à flanc de falaise menant au X-Scaper, le vaisseau transportant l’équipe des Stax aux quatre coins du monde. Et, accessoirement, leur servait d’habitation. Enfin, une cascade s’écoulant du pied du bonsaï se jetait en une ligne verticale rigoureuse dans le gigantesque lac entourant le monastère, créant une petite crique dans laquelle les combattants et novices du kaïru aimaient se baigner, délassant leurs muscles des missions périlleuses ou des entraînements intensifs. Le vénérable bâtiment se trouvait également entouré de montagnes et de petites îles rocheuses transperçant la surface lisse de l’eau, tutoyant le ciel dans un dialogue millénaire et silencieux. Un peu plus loin, là où l’archipel laissait place à une plateforme composée d’un amalgame de pierres dures comme la roche et de poussière rocheuse, se dressait une forêt clairsemée de clairières. Cependant, malgré le sol peu propice au développement d’une jungle, les bois devenaient de plus en plus denses, jusqu’à former un véritable havre de verdure paisible. Excepté si Maître Baoddaï décidait d’exercer ses élèves en conditions réelles.
À travers la fenêtre de sa chambre, d’un ovale allongé, Maya contemplait avec sérénité cet environnement si familier. Ayant grandi au sein de ce lieu sacré, elle connaissait sur le bout des doigts les sentiers, les petites particularités, la faune et la flore. Par exemple, si l’on prenait la peine de se lever aux aurores, en même temps que le crépuscule, et se glissait jusqu’à la cascade, il était possible d’observer en silence une famille de faisans, habitant depuis des générations dans le tronc du bonsaï, venir s’abreuver et faire leur toilette de la journée avant de prendre leur envol. Elle savait aussi que la quatrième latte du ponton menant de l’arène à la dépendance était la seule à être d’origine, jamais suffisamment abîmée pour être remplacée. Aussi était-elle la seule à éviter la planche, plus molle que les autres, ce qui en avait surpris plus d’un.
Mais cette fois, le spectacle apaisant de son cadre de vie ne parvint pas à la distraire de ses sombres pensées. Préoccupée par le déséquilibre entre les forces du bien et celles du mal (et encore, ce n’était qu’une manière simpliste d’exprimer à haute voix un concept ressenti), elle se retrouvait souvent plongée dans ses réflexions, essayant de trouver une solution afin de revenir à une stabilité nécessaire pour l’Univers. En effet, le kaïru étant son essence, son énergie vitale, un chamboulement aussi énorme que la perversion de cette énergie, à la base positive, en énergie négative (le kaïru obscur, cette ignominie qui n’aurait jamais dû voir le jour), pouvait amener à des conséquences désastreuses. Si l’adolescente était heureuse d’avoir pu contrecarrer les plans de Lokar à cet égard, quels qu’ils furent, récolter ce pouvoir remanié restait une priorité.
Mais pour cela, il fallait réussir à comprendre cette nouvelle équipe d’extraterrestres, étonnamment versée dans l’art de sa manipulation. Les Hiverax. Des triplés, exactement identiques à l’exception de leurs yeux, verts, rouges ou bleus, et du petit symbole sur la poitrine de leurs combinaisons. Leur origine restait un mystère, et leurs apparitions sonnaient comme l’annonce d’un combat intense et difficile, pas toujours remporté par les Stax. La combattante n’avait que deux pistes. La première, bien que cela lui arrache la langue de le reconnaître, s’appelait Radikors et était dotée d’un caractère épouvantable. Maya ne les avait pas revus depuis le duel entre Ky et Zane, mais le souvenir de cette étrange mission sur la falaise continuait à la perturber. Autant dire que c’était peine perdue. La seconde résidait en un portrait-robot dessiné par son coéquipier, à partir d’une créature aperçue quelques secondes, et de manière incertaine.
Un soupir s’échappant de ses lèvres, Maya écarta quelques papiers disposés en vrac sur son lit, avant de retrouver une copie de ce dessin. Maître Baoddaï ne voulant toujours pas laisser sortir l’original de la bibliothèque, elle avait fini par demander à son chef d’équipe de lui faire un double, qu’elle conservait précieusement. Pour la énième fois, elle scruta avec attention la gueule démesurée, les ailes musculeuses, la couleur étrange de l’animal. D’aussi loin, Ky n’avait pu voir s’il possédait des pattes, ou combien, aussi le bas de la créature restait neutre. De mémoire, Maya ne se souvenait pas avoir rencontré pareille chose, et les recherches menées avec rigueur ne lui avaient pas encore apporté de réponse.
Reposant la feuille sur le sol recouvert de parquet violet, elle rangea les trois derniers livres épluchés plus minutieusement que des oignons sur les étagères déjà bien garnies de sa tête de lit. Presque tous les ouvrages traitant des symboles étaient passés entre ses mains expertes, et elle avait lu près de la moitié de ceux dissertant des divers peuples maîtrisant le kaïru. Elle fut surprise d’apprendre qu’en réalité, il n’y en avait pas tant que cela : parmi les quelques cinq cent vingt-trois planètes habitables accessibles par l’homme en cette fin de siècle, seule une centaine de races, y compris les humains, possédait la capacité de manipuler le kaïru. Cela avait posé bien des questionnements à Maya.
Elle avait toujours appris que le kaïru était présent partout dans l’Univers, une force positive assurant la cohésion de la matière, et de tant d’autres choses. Chaque être vivant possédait en lui du kaïru, en plus ou moins grandes proportions, lui permettant au minimum de vivre. Aussi, pensait-elle que la capacité de passer à l’étape supérieure, c’est-à-dire mobiliser cette énergie afin d’apprendre l’art ancestral de sa manipulation, dépendait exclusivement de la puissance de la personne. S’en ouvrant à son Maître, il l’avait observée attentivement, un sourire fier sur le visage. De sa voix calme et posée, il lui avait expliqué, pour commencer, que l’énergie kaïru était effectivement universelle. Cependant, chez la plupart des peuples, elle ne se trouvait présente qu’à l’état de traces sur leur planète, aussi était-il impossible de la mobiliser, elle se contentait d’être, tout simplement.
– Je ne comprends pas, avait avoué l’adolescente en secouant la tête, il est donc bien question de puissance ?
– Pas exactement. Il s’agit d’une question de capacité. Peux-tu demander à un homme de notre planète, sans prendre en compte les particularités de certaines races extraterrestres, de porter un enfant ?
– Bien sûr que non ! Sa nature l’en empêche, et ce de manière biologique.
– C’est cela. La comparaison peut se transposer au kaïru : certains peuples peuvent naturellement avoir la possibilité d’apprendre la maîtrise du kaïru, et seulement, à leur propos, est-il possible de parler en terme de puissance. Les autres peuples ne peuvent pas saisir l’énergie, ils se contentent de vivre avec ce qu’elle leur a donné.
– En ce cas, si le kaïru est tangible uniquement par un groupe réduit de peuples dans l’Univers, pourquoi se trouve-t-il présent dans l’ensemble des planètes ?
– Il s’agit de l’étincelle de la vie, Maya. Chaque être vivant vient au monde, respire, boit et mange. Pourtant, seule une faible fraction aura une souplesse hors du commun, une force herculéenne, une intelligence particulièrement développée, et ainsi de suite. La généralité se contente de correspondre à un standard appelé la normalité, par ailleurs extrêmement volatil. Pourtant, toutes ces personnes vivent, marchent et grandissent. De même, telle plante aura évoluée en fonction de son environnement, et les caractéristiques varient énormément d’une espèce à une autre. Nous sommes tous vivants, Maya, simplement nos capacités diffèrent.
– Je crois que je commence à comprendre. Il n’est possible de parler de différentes échelles de puissance dans le kaïru que pour les peuples capables de le maîtriser, car il est erroné, par exemple, de comparer les possibilités de défense entre un sanglier et un homme. Le sanglier a des cornes, pas l’homme. Évaluer quelqu’un en fonction de ce qu’il n’a pas n’apporte rien, et est hors de propos.
– Il est possible de le voir ainsi, confirma Maître Baoddaï. Cependant, n’oublie pas qu’il n’est nullement question de supériorité. Les Fraës font partie de ceux incapables de simplement saisir la nature du kaïru. Pourtant, leurs pouvoirs, certes différents, sont tout aussi redoutables.
– D’accord, mais pourquoi, dans ce cas, toutes les personnes faisant partie des peuples capables de manipuler le kaïru ne le peuvent pas ?
– Encore une fois, il s’agit de probabilités. Potentiellement, tous les humains pourraient exceller en études, car chacun est doté d’un cerveau pour apprendre. Pourtant, certains y arrivent mieux que d’autres, ou, au contraire, ont besoin de plus de temps. Et une petite portion développe une intelligence suffisante pour être communément appelés des « génies ». Le kaïru est ainsi : l’étincelle est présente dès la naissance, ou ne l’est pas. Les raisons ne peuvent être comprises simplement en devisant de ce qui paraît normal ou non, même si ce n’est pas à proprement parler juste. Nous savons seulement qu’il est probablement question de prédispositions, car un parent doué dans l’art du kaïru a de grandes chances d’avoir un enfant possédant au minimum l’étincelle. S’il ne s’élève pas aussi haut que lui. Comme Ky, et son père Connor. Saisis-tu la nuance, Maya ?
– Oui, Maître, merci beaucoup, les choses sont bien plus claires désormais. Un dernier détail, si vous permettez. Ne craignez-vous pas que cet état de fait attise la jalousie de certains peuples, et que ceux-ci décident de créer, je ne sais pas, un moyen d’égaler ceux capables de manipuler l’énergie kaïru ? Pour reprendre mon exemple, afin de se défendre, l’homme a inventé le fusil contre le sanglier.
– Tu poses beaucoup de questions aujourd’hui, avait alors brutalement déclaré Maître Baoddaï. J’apprécie ta soif de connaissance, mais trop en apprendre en une fois serait inapproprié. Il se fait tard, et tu devrais achever tes exercices quotidiens avant que la nuit ne tombe.
– Mais, Maître…
– Pour ma part, je souhaiterais méditer. Si tu le permets.
– Bien évidemment. Pardon de vous avoir dérangé.
Préférant ne pas insister devant l’air fermé du visage de son Maître, Maya s’était contenté d’une brève inclination du buste, avant de ressortir de la pièce. Cela n’avait pas tari sa soif de réponses, bien au contraire. C’était la première fois, depuis qu’elle connaissait Maître Baoddaï, que se produisait un tel revirement dans son attitude. Instinctivement, elle sentait avoir mis le doigt sur quelque chose, et elle était bien décidée à savoir quoi. Et puisque Maître Baoddaï ne voulait rien dévoiler, elle devrait trouver les réponses par elle-même !
Aussi ses recherches s’en étaient trouvées intensifiées, accordant une part plus importante aux peuples de l’Univers possédant ce don mystique du kaïru. Mais, si ses connaissances personnelles en étaient grandement enrichies, pour son plus grand plaisir, cela ne l’avait pour le moment menée à rien de concret concernant la situation actuelle. Même l’imposante collection de livres du monastère ne connaissait l’étrange créature ailée vue par Ky, ni n’expliquait la réaction de Maître Baoddaï. Quoique, pour cette dernière, le fait de ne pas vraiment savoir ce qu’elle cherchait ne contribuait guère à faciliter sa tâche.
Son dernier espoir de faire avancer les choses restait la convocation prochaine du Redakaï. L’ensemble des individus ayant atteint un niveau de puissance suffisant pour être nommés au rang de Maître devait avoir un ou deux éléments de réponse, tout de même ! Bien évidemment, elle avait tenté sa chance auprès de Maître Connor, le père de Ky. Hélas, nouvellement élevé, celui-ci avait certes le pouvoir, mais il lui manquait encore bien des connaissances propres à l’élite. La venue des Maîtres était une chance pour lui aussi ; entre deux discussions, il espérait de tout cœur pouvoir s’entretenir avec chacun d’entre eux, afin d’acquérir le savoir lui faisant actuellement défaut.
Le plus pénible restait l’attente. Chaque Redakaï habitait sur différentes planètes afin de veiller à l’équilibre du kaïru dans l’ensemble de l’Univers, parfois très éloignées de la Terre. Signifiant que l’entièreté du Conseil ne serait réunie qu’en fin de semaine prochaine. Maya se consolait en caressant l’espoir que Maître Atoch, le seul Redakaï nomade en dépit de son monastère implanté sur Terre, devait arriver incessamment. Avec un peu de chance, Ekayon, son élève, serait avec lui. Cela faisait bien longtemps que l’adolescente ne l’avait pas vu, et elle devait avouer que les longues discussions avec le jeune homme lui manquait, ce dernier en ayant un nombre suffisant pour la faire rêver, quoique leurs sujets de prédilection restaient éloignés.
Tout à coup, un éclair lumineux claqua tel un fouet devant la fenêtre de sa chambre.
Sursautant, elle se reprit très vite, sautant sur ses pieds avant de se précipiter dans le hall du X-Scaper. Là, elle y croisa Ky et Boomer, tout autant sur leurs gardes qu’elle. Les manettes hâtivement jetées sur la banquette en face de l’écran indiquaient qu’ils avaient été interrompus en pleine partie de jeu vidéo.
– Vous avez vu cet éclair ? s’enquit-elle.
– Oui, confirma Ky, et cela ressemblait à une attaque kaïru !
– C’est pas vrai, gémit Boomer, les E-Teens ne peuvent pas se tenir tranquilles cinq minutes ?!
D’un accord tacite, les trois adolescents sortirent en trombe du vaisseau, en position d’attaque. Un mouvement au-dessus de leur tête, grimpant l’échafaudage à toute vitesse, se dirigea vers la cour ouverte du monastère.
– Là-haut ! cria Maya. Suivons-le !
Escaladant souplement les escaliers de bois, les Stax débouchèrent, quelques secondes à la suite de l’ombre, à côté de l’immense bonsaï, obombrant les dalles devenant peu à peu brûlantes. Leurs yeux parcoururent l’ensemble du lieu, sans rien remarquer de suspect. Pourtant, impossible de croire avoir rêvé !
Un instant avant l’impact, l’instinct de Maya l’avertit du danger, juste dans son dos.
Un dixième trop tard.
– Wah ! cria une voix provenant de derrière le pilier le plus au nord.
Se retournant prestement, Boomer poussant même un petit cri de surprise, les Stax s’apprêtèrent à riposter avec virulence… avant de se stopper net.
– Ah, mes chers élèves, s’exclama Maître Baoddaï, apparaissant dans la cour, je suis heureux de vous voir tous présents. J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, surtout à toi, Maya.
– Laissez-nous deviner, soupira Ky avec un soupir désabusé. Maître Atoch vient d’arriver au monastère, et Ekayon est avec lui…
Les yeux arrondis de surprise, le vénérable Maître faillit demander comment, alors que lui-même venait à peine de recevoir son homologue, avaient-ils pu le deviner si facilement. Cependant, il n’en eut pas besoin. Les adolescents s’écartèrent, laissant découvrir la silhouette d’un homme entré depuis peu dans l’âge adulte, au large sourire très autosatisfait, et quelque peu retors. Juste un peu moins grand que Maître Baoddaï, il était au moins aussi large d’épaules. Ses cheveux châtain foncé, très près du crâne, étaient de la même couleur que ses sourcils, dont le droit était fendu en son milieu. Ces derniers surplombaient des yeux aux iris d’un superbe gris-bleu intense prolongé par un nez large, un peu épaté. Ses vêtements étaient sombres, composés d’un pantalon noir accompagné d’une ceinture supportant l’emblème du Redakaï, de couleur blanche, de laquelle partait une épaisse cordelette vers la gauche reposant sur son bassin. Un sweat à capuche légèrement plus clair, avec une épaulette sur le côté gauche rouge prolongée par une bande de tissu barrait sa poitrine en diagonale, au bout de laquelle était reliée la pochette contenant son X-Reader. Il portait également des mitaines sombres reliées à des protections épaisses aux avant-bras, à l’extérieur rouge, et des bottes solides montant sur ses tibias. Présentement, l’homme était nonchalamment adossé au pilier, les bras croisés.
– Oui, ajouta Maya, et il s’est empressé de nous l’annoncer…
– Ne faites pas cette tête ! Bon j’avoue, je n’ai pas résisté à l’envie de vous faire une petite blague, rit l’intéressé.
– Parfait, reprit Maître Baoddaï. Ainsi, les Maîtres sont définitivement en route, et d’ici peu le Redakaï au complet pourra prendre une décision quant à la situation. J’ai à informer ton Maître des évènements récents, rajouta-t-il à l’intention d’Ekayon. En notre absence, essaie de ne pas trop brusquer mes élèves, je te prie.
– Mais bien évidemment. L’idée ne m’a même pas frôlé l’esprit.
Visiblement peu convaincu, Maître Baoddaï n’ajouta cependant rien, tournant les talons avec un air méfiant peint sur le visage. Dès qu’il fut hors de vue, les quatre combattants éclatèrent de rire.
– Personne n’y a cru à ton visage d’ange, déclara Ky, lui faisant un clin d’œil complice.
– Pourtant j’étais tout ce qu’il y a de plus sincère !
– Mais bien sûr, ricana Boomer. Alors, jeune loup solitaire, que nous racontes-tu ?
– Eh bien, pas grand-chose, Maître Atoch m’a seulement dit que les choses avaient changé, et qu’il devait absolument en discuter avec Maître Baoddaï. Il a l’air préoccupé, mais prétend seulement que ce n’est pas nécessaire de s’alarmer pour le moment. Et vous ?
– Un peu la même chose, enfin quelque chose de ressemblant, marmonna Ky. Pourtant, la situation est inquiétante ! Pour faire court, tu te souviens des Hiverax ?
– La nouvelle équipe de combattants, manipulant le kaïru obscur ? Oui, mais je ne les ai toujours pas rencontrés.
– Eh bien tu es le seul. Il y a quelques temps, nous avons découvert qu’ils sont suffisamment forts pour mettre à terre les Radikors, et qu’apparemment ils utilisent un animal aérien pour se déplacer.
– Bizarre, je n’aurais pas cru que cela leur correspondrait. Plus sérieusement, ça me ferait plaisir de voir les Radikors mordre la poussière !
– Peut-être, intervient Maya, mais ils ont tout de même réussi à vaincre les triplés, et à récolter de l’énergie. Seulement, il y a quelque chose de bizarre avec cette histoire.
– Ah oui. Quoi donc ?
– Je ne sais pas trop, justement. Et impossible d’en apprendre davantage. Tu as déjà essayé de faire parler ces trois-là ?
– Oui.
– … ? Ah bon ? Et ?
– Tekris m’a dit qu’il aimait les femmes, et n’était pas intéressé. Le pire, je suis certain qu’il était sérieux, étant donné que Zane ne se trouvait pas dans les parages pour le faire flipper.
– Pitié, dis-moi que c’est une blague !
Ekayon se contenta de lui dédier un sourire faussement innocent, et vaguement provocateur. Croisant les doigts pour que Ky ne se laisse pas emporter par la méfiance qu’il entretenait toujours, par touches, envers le jeune homme, et comprenne qu’il ne s’agissait que d’une boutade, Maya échangea un regard inquiet avec Boomer. Le blond haussa les épaules, tentant un petit rire nerveux pour souligner la plaisanterie et ne laisser aucune ambiguïté.
– Hum, je viens d’avoir une idée plutôt, reprit cependant Ky. En attendant que nos Maîtres respectifs papotent autour d’un thé fumant en levant le petit doigt, et si nous allions essayer de trouver des réponses par nous-mêmes ?
– Qu’est-ce que tu as derrière la tête ? demanda Maya, soudainement soupçonneuse.
– C’est très simple : nous ne savons pas où se trouvent les Hiverax, d’accord ? Mais une autre équipe, si je vous suis, semble avoir quelques informations…
– Oh, je crois que je saisis, fit Ky, une petite étincelle brillant dans son regard. Supposons que nous voudrions savoir quels plans Zane mijote, pour le bien du monde évidemment, nous serions obligés d’aller chercher des réponses là où elles se trouvent… En l’occurrence, à l’ancienne forteresse de Lokar. C’est ça ?
– Exactement, confirma Ekayon. En tout bien tout honneur, puisque nous voulons aider le Redakaï.
– Je ne suis pas d’accord, protesta Maya. Ce n’est pas honnête vis-à-vis de Maître Baoddaï ! Et n’essayez pas de me faire changer d’avis, ça ne marchera pas !
– Tu en es sûre ? Même si je te le demande avec le sourire made in Ky Stax ?
– Absolument certaine, alors, n’insiste pas.
µµµ
– Hum, Tekris… Est-ce que tu sais où est Zane ?
– Tu veux vraiment prendre le culot de t’adresser à lui, maintenant ?! s’exclama immédiatement l’adolescent, derrière la porte de son chef d’équipe, accompagné du son lourd de seaux déposés au sol. Tu ne crois pas que ta chère Diara en a assez fait pour filer dans les jupes de ta mère ?!
Cessant d’étudier l’ensemble de ses X-Drives, Zane tendit l’oreille, faisant disparaître les deux X-Readers contenant les précieuses attaques dans son armoire. Si les yeux de Zane pouvaient matérialiser ses regards, Koz, dont il reconnaissait la voix derrière le chambranle, aurait depuis longtemps été grillé sur place plus sûrement qu’un tournedos oublié sur le feu. Deux jours à peine s’étaient écoulés depuis l’attaque de la Brume contre la forteresse, et déjà, une petite heure auparavant, les Imperiaz étaient rentrés de mission… les mains vides. Dire que Zane fut étonné serait un mensonge, il se doutait pertinemment que l’équipe princière ne pourrait jamais gagner ne serait-ce que la moitié des batailles engagées – néanmoins, cela faisait toujours quelques reliques de gagnées par moments.
Par contre, que Diara ose clamer haut et fort que cette défaite n’était due qu’au manque de moyens octroyés par les Radikors, alors que Zane venait de leur offrir trois monstres de l’ombre extrêmement puissants, cela lui restait en travers de la gorge. Pire encore, la princesse s’était obstinée, refusant catégoriquement de reconnaître une quelconque erreur de sa part. Disons, songea-t-il, que dans un sens, il n’avait pas eu à attendre longtemps une occasion de laisser libre cours à son énervement. Ses coéquipiers étant censés se reposer, il avait pu exprimer sans tournures délicates son avis profond sur l’incompétence de Diara en tant que chef d’équipe. Par précaution, il décida au dernier moment d’épargner – un peu – Koz et Teeny, la docilité dont il faisait montre depuis leur « recrutement » ayant joué en leur faveur. Au contraire de la benjamine de cette équipe. Déjà fort peu patient de nature, et rendu très chatouilleux, Zane lui avait bien fait comprendre que son avis divergeait énormément du sien. Et pas dans les termes les plus aimables.
Jusqu’à ce que Zair ne descende, alertée par les invectives de son chef d’équipe. Apprenant que les Imperiaz étaient rentrés bredouilles, et que Diara faisait des siennes, l’adolescente avait théâtralement soupiré. Entendant la princesse blonde commencer à l’inclure dans ses reproches, elle avait demandé, en guise d’honneur suprême, qu’il la laisse se charger d’elle. Surpris du calme apparent de sa coéquipière, peu habituel quand il s’agissait de Diara, Zane avait accepté, curieux.
Néanmoins, jamais il n’aurait cru que Zair avait repris assez de forces pour éjecter la blonde dans la neige, hors des murs de la forteresse, son frère et sa sœur optant pour une retraite des plus stratégiques.
– Je voudrais juste lui parler, expliqua Koz si bas que Zane crut tout d’abord avoir mal entendu. Pour… le convaincre de laisser d’autres chances à Diara.
– J’ignorais que tu étais suicidaire, soupira Tekris, étouffant un bâillement. Au bout du couloir. Fais gaffe, il est d’une humeur infernale. Sûr que tu comprendras pourquoi.
Moins d’une minute plus tard, cependant, deux coups secs retentirent contre la porte de la chambre de Zane. Grognant volontairement de manière à ce que le prince l’entende – et son maudit coéquipier indigne de confiance également ! –, il lâcha un « entrez » peu amène, les foudroyant rageusement d’un même regard, ne se souciant guère de l’éventuel qu’en dira-t-on que pourrait propager le prince. Qu’il se fasse enterrer, lui et toute sa clique, ou lui serve de défouloir permanent, ainsi les deux adolescents détiendraient une utilité démontrée !
Immédiatement, Zane délaissa le prince comme s’il ne fut agi que d’une poussière, se focalisant brutalement sur son coéquipier. Instinctivement, Tekris se raidit sous le poids de ses reproches inaudibles, serrant le poing sur le balai qu’il tenait en sa main, les seaux remplis des déchets de gouttière laissés un peu derrière lui.
– Tu as fini de récurer la forteresse ? grinça Zane, croisant les bras.
– C’est impossible de nettoyer tout le bâtiment, tenta de plaider le colosse, à peine ai-je terminé une partie que…
– Eh bien, je t’ai interdit de t’approcher des pièces les plus importantes, rétorqua sèchement son chef d’équipe, volontairement vague car incapable d’oblitérer totalement la présence de Koz. J’en conclus que tu n’as guère achevé tes tâches ?
Les mâchoires serrées, Tekris ne répondit rien, mourant visiblement d’envie de répliquer quelque chose, sans oser, ni se sentir légitime dans sa protestation. Fort peu enclin à supporter les divagations mentales de l’adolescent, Zane lui adressa un vague signe furieux, lui indiquant sans ambiguïté son désir de le voir disparaître de sa vue.
Saisissant clairement le message, Tekris tourna les talons, plantant le prince face à l’irascible extraterrestre, mort de trouille à l’idée de se faire écharper.
Trouvant un intérêt piteusement hautement scientifique aux rainures traversant le sol de part en part, Koz attendit la première salve de cris. Qui ne vint jamais, forcé de supporter le poids d’un regard assassin braqué sur sa nuque. De plus en plus gêné du silence éprouvant s’abattant sur lui, le jeune prince osa enfin articuler quelques mots, relevant le nez sans fixer directement Zane.
– Excuse ma sœur, s’il-te-plaît, elle est encore toute retournée de la libération de nos parents, tenta piteusement Koz, baissant de nouveau le nez dans un signe de respect approximatif.
– Dans ce cas, cela fait des siècles qu’elle est chamboulée ! railla Zane, bras croisés devant sa poitrine. J’ai exigé l’obéissance en échange de l’ouverture de la prison de vos parents, et comment me remercie-t-elle ? Comme le dernier des vauriens ? (écumant de rage, l’adolescent lutta pour ne pas empoigner l’Imperiaz par le col, quitte à la projeter où bon lui semblait histoire d’évacuer une part de la frustration grandissante.) Je commence vraiment à me dire que les bagues que vous m’avez confiées ne sont qu’une vaste blague.
Laisser libre cours à sa colère justifiée. Solide. Bien loin de la fureur incontrôlée l’envahissant enfant. Le secret pour se tenir à l’écart du retour de… Bref. Les sentiments induisaient la faiblesse, la faiblesse la manipulation, et la manipulation impliquait de ne jamais atteindre les sommets du pouvoir. Or, sans pouvoir, personne ne vaut quoi que ce soit. Et lui, le grand Zane, ne serait certainement pas ce misérable qu’ils désiraient tant voir périr sous la lanière de leurs fouets autrefois. Jamais ! Un jour, il acquerrait la puissance. Un jour, il se vengerait définitivement de toute forme d’humiliation. Et personne ne se souviendrait de lui en tant que misérable…
Serrant les mâchoires, le chef des Radikor se détourna brusquement, masquant le brusque trouble s’étant emparé de lui à son interlocuteur. Pourquoi se torturer l’esprit maintenant ? Cela fonctionnait si bien depuis des années ; refouler tout ce qui ne servait pas à son accession aux hautes sphères. Rien d’autre ne comptait. Non, rien d’autre ! À part le kaïru et ses capacités en cet antique art martial, il ne possédait rien. Mais bientôt, il serait tout. Il le devait absolument. Il avait trop sacrifié, trop changé pour qu’il en soit autrement.
– La prochaine fois que Diara décide de s’en prendre à nous de cette manière, ce ne sera pas Zair qui la jettera dehors, aussi humiliant cela soit-il pour une princesse dans son genre de se faire soulever par une fille dix fois plus petite qu’elle. Je m’en chargerai personnellement, et crois-moi, elle pourra éprouver en personne ma générosité en comprenant à quel point les geôles de Lokar sont inconfortables. Nous sommes-nous bien compris, Koz ?
Mais pourquoi ces temps jusque-là révolus décidaient de refaire surface ? Machinalement, il effleura sa poitrine, la peau en cours de cicatrisation piquant désagréablement sous le contact. Un enfer à supporter, la douleur, après une crispation aussi intense que celle subie sous l’assaut de la brume. S’être retrouvé à terre en une fraction de seconde, sans avoir rien senti venir, quelle faiblesse… Momentanée. Il ne tomberait plus dans le panneau, jamais. Regrettant ne posséder aucun antalgique ou autre substitut capable d’apaiser sa douleur, l’adolescent se contenta de prendre une grande gorgée de sa gourde. Après tout, ce n’était rien. Endurer, il savait faire. Une vulgaire plaie ne suffirait pas à l’achever.
– Parfaitement, s’empressa d’assurer l’Imperiaz. Elle va se calmer, fais-moi confiance. Hum… Tu ne vas pas nous reprendre nos parents, n’est-ce pas ?
– Je pourrais, songea pensivement Zane.
Écarquillant exagérément les yeux, Koz se figea, mordillant nerveusement l’ongle de son pouce. Un tic que Zair entretenait également autrefois. En dépit de la quinine que versait parfois son frère sur ses doigts, constatant que le palais de sa coéquipière se révélait à toute épreuve. Une bonne minute, Zane envisagea très nettement l’éventualité de revenir sur sa décision, et pas pour la première fois.
Il y renonça cependant rapidement. Un chef incapable de tenir ses décisions était un chef qui ne savait contenir ses vassaux. Cela ne pourrait que le desservir, et donner plus de grain à moudre encore à Zair et ses manies de plus en plus présentes de murmurer dans son dos quand elle pensait qu’il n’écoutait pas. Une fois cette histoire de brume et d’attaque de la forteresse réglée, Zane se chargerait de la remettre à sa place, quitte à se retrouver plus détesté encore qu’autrefois. L’amour, de toute façon, n’était qu’une illusion inventée par les faibles dans le but de se rassurer dans leur solitude. Même l’amour entre une personne et son enfant, un mensonge ignoble justifiant les pires atrocités juste parce que « c’est pour le bien du petit », ajouta-t-il mentalement, le métal de la gourde rouge et or crissant dangereusement sous ses doigts.
– Mais sache que si ta petite famille jouit encore de sa liberté à l’heure qu’il est, c’est uniquement parce que je n’ai pas usé de ce pouvoir sur elle, continua-t-il enfin, posant l’objet en partie déformé sur la table.
Fort peu discrètement, Koz se détendit enfin, expirant bruyamment. Était-ce une forme de reconnaissance que Zane vit briller brièvement dans l’or de ses iris ? Ridicule.
– Néanmoins, n’espère certainement pas que je te fasse confiance. En aucune manière, ajouta-t-il sèchement.
Il faudrait être fou, ou complètement suicidaire, pour accepter une telle stupidité.
– Et ne t’avise plus jamais de tenter de me « rassurer », et encore moins de me donner des ordres, de quelque manière que ce soit, siffla-t-il. Ce n’était guère une demande, mais un ordre. Déjà, je ne suis pas certain que tu ne me planteras pas un poignard dans le dos à la première occasion, alors estime-toi privilégié !
– Si tu veux. Enfin, comme tu le souhaite, je parlerai à ma sœur. Mais… je veux dire, pourquoi ne pas l’avertir directement ? Après tout, c’est elle la cheffe de notre équipe.
– D’abord, parce que je ne garantis pas sa survie si je me trouve plus d’une poignée de minutes seul en sa présence. Ou moins. Or j’ai toujours besoin de vous – même si votre dernière mission au château de Kieran fut bien loin d’une quelconque réussite. En dépit des monstres que je vous ai confiés. (Koz tressaillit nerveusement, se grattant la nuque, à la recherche d’une excuse valable que Zane ne comptait guère écouter.) Ensuite, n’en déplaise à cette fichue serpillière (à la grande surprise du chef des Radikors, son vis-à-vis esquissa un sourire affirmatif, serrant les lèvres pour ne pas montrer davantage d’irrespect envers sa sœur.), si quelqu’un me paraît à peu près assez censé pour figurer en tant que chef de cette équipe, c’est bien toi.
– Tu le penses vraiment ?! s’étonna l’intéressé, l’or de ses iris se collant contre l’onyx de l’autre.
Une fraction de seconde cependant, l’Imperiaz s’empressa de s’intéresser au lit défait, jeté dans un coin. Vraiment, ce garçon s’enthousiasmait pour si peu ? Discuter avec un membre de l’équipe princière se révélait des plus surprenant. Oui, rester surprenant, voilà peut-être le moyen de vaincre Teos et ses sbires ?
Pourquoi maintenant ? Pourquoi chercher à changer maintenant que l’X-Reader de Lokar, surpuissant, se trouvait en sa possession ? Il avait toujours souhaité renverser son Maître, prendre la tête des E-Teens à sa place, et à présent que son objectif se trouvait atteint de toutes les manières possibles, il ne cessait de se tracasser à cause de stupides rêves qui avaient miraculeusement vus juste une ou deux fois !
Des coups de chance bien placés, mais je ne dois pas compter uniquement là-dessus. Jusque-là, ils m’ont toujours trahi, alors ce ne sont pas quelques prémonitions exactes qui vont tout changer !
Impossible, dans son incapacité à s’entraîner couplée à l’absence de reliques et la nécessité de prendre du repos, ne lui permettait d’évacuer toutes ces pensées parasites de son esprit. Alors qu’habituellement, il suffirait de sortir échanger quelques passes avec Zair ou Tekris, voir seul, ou superviser les travaux de la forteresse, dégager les rochers bouchant l’entrée, tant de petites choses, Zane se retrouvait coincé avec lui-même, tournant et retournant sans arrêt des plans toujours bourrés de failles au final, sans compter qu’il avait passé la matinée à arpenter les couloirs encore en état de la forteresse, Tekris l’accompagnant, mains liées dans le dos à tout hasard. Le colosse serait encore attaché à son chauffage, si Zair ne s’était pas portée garante de ses actes. Alors qu’elle s’était retrouvé la première sous les feux de l’ennemi. Après un quart d’heure passé à opposer l’une ses arguments, l’autre ses refus, Zane avait finalement cédé. Qu’elle se débrouille ! Il ne pouvait rien pour elle si elle s’obstinait de la sorte !
– Elle a toujours été aussi pénible, ta sœur ? demanda-t-il, plus par moquerie que réelle curiosité.
La grimace qui suivit l’informa avant même la réponse du prince.
– Une véritable peste, déclara-t-il spontanément, avant d’écarquiller les paupières. Heu, tu ne comptes pas le lui répéter, pas vrai ?
Haussant un sourcil, Zane mima une intense réflexion, s’amusant de l’état d’inquiétude extrême dans lequel se complaisait le prince. Il avait beau se révéler un combattant moyennement habile, pour ne pas dire plutôt faible, l’Imperiaz possédait une musculature avantageuse, parfaitement adéquate avec l’entraînement nécessaire à un combattant kaïru. D’autant plus qu’il se trouvait presque aussi grand que le chef des Radikors, à quelques centimètres près – ce qui se montrait relativement rare pour un adolescent de son âge. Quoique Koz se trouvait pourvu d’une année supplémentaire. Mais cela ne revêtait qu’une importance toute minime à ses yeux. Le plus important était qu’il faisait un dérivatif plutôt acceptable.
Portant une main à son visage, l’autre placée sous son coude, il effleura ses lèvres du bout des doigts. Vraiment ? Un Imperiaz ? Le frère de l’insupportable Diara ? Pourquoi pas, rien d’autre ne lui venait sous la main, et il n’avait encore jamais testé une petite partie de jambes en l’air dans ce contexte précis, bien qu’il ne fut plus puceau. Autant avec les hommes qu’avec les femmes. Cela serait peut-être plus utile encore qu’un entraînement kaïru. Il fallait tout de même de l’énergie pour monter au paroxysme de l’union charnelle.
S’efforçant d’adoucir vaguement les traits de son visage, l’adolescent cessa de s’adosser au plateau de chêne de sa table, toute son attention focalisée sur le prince.
– Et si tu t’assurais de mon silence, plutôt ?
Sans comprendre le sous-entendu, Koz examina brièvement sa tenue, dépité de constater qu’il ne portait rien de valeur. Soupirant devant cette démonstration de crédulité, le vert se sentit obligé de préciser sa pensée.
– Pourquoi ne pas, comment dire, sceller en quelque sorte un pacte de silence ? susurra-t-il, sa voix se faisant soudainement caressante. De telle manière que personne ne voudra dévoiler ce qui s’est passé dans cette chambre ?
Perdre un instant le contact avec cette réalité pénible dans laquelle il se sentait ballotté de droite à gauche ; une perspective faisant frémir son corps d’anticipation. Cela ne participait guère à ses habitudes, trop occupé par sa quête du kaïru pour penser à… ce à quoi il pensait, néanmoins l’idée de tester quelque chose de totalement nouveau, le désir de tester l’autorité de sa personne – il ne faisait guère d’illusions quant au charme de sa personne, et s’en fichait comme d’une guigne tant que cela continuait à l’amener tout doucement vers son but suprême –, le désir, tout simplement, s’ouvraient comme une voie détournée, parfaitement imprévue, et pourtant tellement tentante…
Nullement question de faiblesse, juste une envie de voir jusqu’où je peux désormais aller !
– Un pacte ? répéta Koz, déglutissant péniblement, fixant sans pouvoir en détacher le regard son vis-à-vis.
Travaillant soigneusement sa démarche, assurée sans verser dans le déhanchement excessif, un simple exercice d’apparence, Zane se rapprocha encore, le jeune prince hésitant visiblement sur la réaction à adopter. De plus en plus proche, il parvenait désormais à distinguer le trouble agitant l’or, comme la perception évidente que quelque chose ne se déroulait guère tel que cela devrait être, mais sans encore avoir complètement identifié la raison de ce changement… plus ou moins subtil.
Un mince ricanement s’échappa des lèvres de Zane, qu’il mordit presque immédiatement. Rien ne se passait comme prévu ces derniers temps, alors un peu plus ou non, autant en profiter !
Cependant, un doute parvint à traverser la lourdeur mouvant ses membres. Dans un recoin encore parfaitement lucide de son esprit, l’adolescent s’efforça de tenter de réfléchir vaguement à ce qu’il s’apprêtait à faire. Des années qu’il travaillait dans l’ombre de Lokar, durant lesquelles il avait mené une guerre ouverte et en même temps larvée contre les Imperiaz, de la même manière que les Imperiaz haïssaient les Radikor et toute autre équipe au service de Lokar, excitées par la compétition que ne cessait d’entretenir l’homme – sans compter les caractères proprement incompatibles de l’ensemble des adolescents en puissance. Et juste parce qu’il se sentait un peu perturbé, un chouïa désarçonné par une variable imprévue qu’il parviendrait obligatoirement à redresser, il se jetait à la tête du premier combattant venu, sous ses ordres, alors que celui-ci venait seulement plaider sa clémence à l’égard de sa sœur ? Mais s’il laissait repartir Koz, celui-ci risquait très probablement de rapporter le comportement à sa famille, glosant sans cesse sur le léger dérangement absolument passager de son nouveau chef. Autant se jeter lui-même dans la fosse aux loups et leur offrir son ego sur un plateau ! En or, le plateau, frappé du sceau de la famille royale. Trop tard pour reculer, en somme, à moins d’achever sa progression par une chose suffisamment surprenante, ou très prévisible selon le point de vue, telle une sacrée gifle en hurlant que la prochaine serait pour Diara. Oui, ainsi, Koz se persuaderait qu’il ne s’agissait que d’une mise en scène destinée à renforcer l’effet de la chute.
Sauf que Zane ne souhaitait pas laisser s’échapper l’Imperiaz, pas alors qu’il éprouvait le désir, le besoin de s’assurer de sa supériorité, de son pouvoir, qu’il soit kaïru ou, dans ce cas précis, d’une nature bien moins spirituelle. S’assurer, et non se rassurer. Il fallait retenir le jeune prince ici, suffisamment longtemps pour parvenir à ses fins. L’occuper pendant un certain temps, et se concentrer sur quelque chose qu’il contrôlait.
– Le terme est peut-être un peu fort, admit-il néanmoins, effleurant du bout des doigts le poignet de l’autre. Disons accordons-nous à garder entre nous notre, comment dire, discussion ?
Koz fronça les sourcils, surpris d’une telle proximité entre eux. Néanmoins il ne l’interrompit pas pour lui demander de préciser sa pensée. Tant qu’il continuerait à cogiter, peu de chance qu’il prenne ses jambes à son cou. Tiens, et s’il le repoussait soudainement ?! Zane n’avait pas pensé à cette option.
Parce qu’elle n’en était pas une, ajouta-t-il mentalement, un sourire carnassier étirant ses lèvres.
– Je pourrais même épargner à ton équipe une remontrance corsée quant à votre dernier échec. Voire éviterais de me demander si j’ai fait le bon choix en décidant de vous utiliser.
– Ce n’était pas notre faute, les Stax se sont servis des pièges du château pour nous battre et…
– Et je vous ai donné de nouveaux monstres de l’ombre, que je sache. Du moins quelques attaques, assez puissantes pour vous assurer la victoire normalement, coupa Zane, ôtant la cape ornant ses épaules.
D’un geste, il se détourna du prince presque dédaigneusement afin de la jeter sur le dossier de l’unique chaise de sa chambre, sans cesser de surveiller discrètement son vis-à-vis. Passant une langue indécise sur ses lèvres, tentant de sonder l’adolescent en face de lui, trop proche, comme en témoignait son souffle trop rapide pour être uniquement provoqué par l’inquiétude d’une possible sanction. Profitant de ces quelques secondes de battement, Zane se recula légèrement, juste ce qu’il lui fallut pour faire glisser ses gants le long de ses mains, sans pour autant retirer les bandelettes recouvrant en partie ses avant-bras.
– Les Stax conservent les mêmes monstres, n’est-ce pas ? Et pourtant.
– Oui, c’est vrai, mais ils ont fait appel aux artifices d’un humain, alors que nous n’avions rien d’autre. (achevant de lisser soigneusement ses gants pour les déposer sur la table, Zane se retourna de nouveau, plantant l’onyx de ses pupilles dans le regard assombri de l’Imperiaz. S’apercevant enfin être scruté, ce dernier sursauta, papillonnant précipitamment des paupières en tentant de reprendre contenance) Enfin, nous étions en train de prendre le dessus, et soudain Ky a utilisé un « souffle ardent » sur Teeny, et là…
– C’est alors que tout s’est mis à brûler, chuchota Zane, moins comme proposition que par ironie.
Glissant ses mains des deux côtés du visage de Koz, un peu plus brutalement qu’il ne le crut, scellant la distance séparant leurs lèvres dans un premier baiser avide, ardent, savourant le contact rugueux de ce qu’il savait être le corps d’un homme combattant, à défaut de se montrer un véritable guerrier. Un petit moment, Koz, pétrifié, peinant à réaliser pleinement le geste de son supérieur, resta immobile, figé, ne répondant guère à l’invitation, fermant cependant les yeux au contact. Pinçant le tissu céruléen entre son index et son majeur, Zane tira d’un coup sec l’écharpe entourant le cou de l’Imperiaz, la laissant tomber à leurs pieds sans que son propriétaire ne s’en serve comme d’une excuse pour s’éloigner de lui et fuir à toutes jambes.
Enfin, le jeune prince se mouva doucement, presque précautionneusement, inclinant la tête tandis qu’il s’efforçait de répondre tant bien que mal au baiser. Dans un réflexe, ses mains se levèrent, prêtes à s’apposer sur les hanches du vert, dans une intention encore mal définie. Les laissa retomber promptement quand elles furent sur le point de toucher le corps lui faisant face.
S’éloignant du prince, Zane l’observa une fraction de seconde, jaugeant son vis-à-vis sans chercher à s’en cacher. Totalement soufflé, Koz fit mine d’ouvrir la bouche ; sûrement dans le but de demander une explication. Peu désireux de devoir se justifier d’une quelconque manière, avec qui que ce soit, Zane se pencha de nouveau, embrassant sa mâchoire, juste au bord de ses lèvres, poursuivant son chemin jusqu’à la pomme d’Adam, tandis qu’il effleurait l’élastique du caleçon de Koz, caressant la peau ocre qui se contracta sous la caresse éphémère, tirant un gémissement de la gorge du prince. Satisfait de sa réaction, accompagnée des battements exponentiellement précipités résonnant dans sa poitrine, qu’il sentait battre sous sa seconde main, le chef des Radikors reprit ses lèvres, plus rudement que la première fois. Cette fois, Koz ne mit qu’une fraction de seconde avant de réagir, presque timidement, loin de la belle assurance qu’il tentait de conserver aux côtés de ses sœurs. Appuyant fermement de ses doigts plaqués contre son torse, Zane le repoussa jusqu’au mur le plus proche, calant une jambe entre celles du prince, appuyant sans encore exagérer son genou contre l’intimité. L’instinct reprenant le dessus sur l’incertitude, l’Imperiaz passe les bras autour du corps de Zane, le serrant fortement afin d’accentuer la pression sur son propre corps.
D’un geste presque rageur, impatient, le vert remonta les mains le long des brassards métalliques du prince, fâché de ne trouver immédiatement le mécanisme permettant de les ôter dans sa fébrilité. Sentant probablement l’agacement de son vis-à-vis, Koz rouvrit les yeux, murmurant une vague excuse presque incompréhensible, le lâchant précipitamment afin de se décharger lui-même de son accoutrement. En dépit de sa frustration, Zane ne put s’empêcher de sourire, ravi de constater qu’en touchant les bons endroits, l’éventuelle résistance du prince était partie en fumée avant même de se créer réellement. Quittant un instant sa proie, qui le dévisagea, inquiète d’être délaissée déjà, il récupéra sa cape, augmentant l’angoisse de son vis-à-vis. Une angoisse qui ne s’apaisa qu’en observant le chef des Radikors placer adroitement le bout de tissu sur les carreaux de la fenêtre, diffusant une lumière déjà crépusculaire en cette fin d’après-midi. Avant de reprendre aussitôt, dévisageant ses mains s’affairant à le mettre à nu, dans tous les sens du terme, comme si elles appartenaient à une toute autre personne, dans une toute autre situation.
Entendant avant de le voir les brassards tomber au sol, Zane vérifia une dernière fois la bonne installation de son dispositif, hochant affirmativement la tête, reprenant dans l’instant les lèvres du prince, animé d’une impatience redoublée. Rien ne le séparait plus de son objectif, à présent, l’obscurité soudaine semblant rasséréner, consciemment ou non, l’Imperiaz, caressant maladroitement la chevelure de l’autre, bien qu’il soir un peu plus assuré. D’une pression, Zane stimula les mamelons de l’adolescent, souriant en sentant l’érection de son partenaire sur sa cuisse, descendit jusqu’à son ventre, remonta dans un large mouvement jusqu’à ses épaules, plaquant son bassin contre son reflet. Frémissant, Koz mordit involontairement la lèvre de son vis-à-vis, s’attirant un grognement à la fois désapprobateur et excité.
Saisissant le col du t-shirt dépourvu de son écharpe, l’irascible extraterrestre le releva sans douceur, découvrant la poitrine du prince, presque totalement dépourvue de la moindre toison. Ce qui ne lui déplut pas tellement, au fond ; au moins Koz ne s’aviserait pas de se moquer de sa propre poitrine, imberbe, de lourds frissons d’anticipation secouant son bas-ventre. Continuant sur sa lancée, il ouvrit les boutons refermant le pantalon du prince, le laissant tomber sur les chevilles. D’un mouvement souple, sa paume entoura le sexe tendu de l’Imperiaz, un soupir étranglé répondant à sa caresse. Passant la main un petit instant en mouvements de va-et-vient sans franchir la dernière barrière de tissu, Koz s’accrochant à ses épaules, mordant ses lèvres près de son oreille afin de retenir ses gémissements gonflant la poitrine nue, pressée contre le torse de Zane. Inspirant profondément, s’exhortant à cesser, ce dernier déboucla à son tour son pantalon, emportant en l’envoyant d’un coup de pied dans un coin ses chaussures et ses chaussettes dans le même temps, forçant le prince à rejeter la tête en arrière pour embrasser son cou à sa guise.
Koz approcha les mains du haut de Zane, tentant de glisser les mains sous le tissu afin de le retirer à son tour. Sifflant dangereusement, un avertissement faisant reculer immédiatement son vis-à-vis, claquant sans douceur les intruses ayant essayé de le déshabiller. Pas le haut. Personne n’avait la seule autorisation de toucher son dos, du moins pas avant de se trouver dans le feu de l’action, quand l’autre ne ferait plus attention.
Empêchant le prince de se concentrer sur son rejet, l’adolescent lui saisit brutalement le bras, l’entraînant vers le recoin contenant son lit. Il ne comptait certainement pas coucher contre le mur, sa fierté au moins exigeait un lit un minimum présentable. Jetant dans un premier temps son partenaire sur les draps, Zane se rappela au dernier moment que cela ne consistait qu’en quelques couvertures disposées à même le sol. Rattrapant l’Imperiaz, étonné d’une telle attention, ignorant le tactique se cachant derrière – après tout, il avait encore besoin de Koz pour effectuer les missions –, Zane l’allongea, sans douceur mais sans brutalité excessive, en dépit de l’excitation difficilement contrôlable brûlant ses reins. Aucun besoin de lutter, contrairement à ce qu’il envisagea de prime abord ne vint rajouter encore de délai. Allongé sur le dos, haletant en serrant de toutes ses forces la couverture l’isolant imparfaitement du froid de la pierre, Koz écarta nerveusement les jambes, accueillant le corps de l’autre adolescent entre ses cuisses, tressaillant quand le chef des Radikors s’allongea sur lui. Malgré la situation, il s’étonna de la facilité avec laquelle il venait de coller l’Imperiaz entre ses draps, et sa manière de s’offrir totalement sans tenter de tirer avantage de sa position, du moins dans l’immédiat. De base, il n’imaginait pas le jeune prince réagir avec un homme, Zair lui avait bien rapporté, un jour, que le garçon lui avait demandé de sortir ensemble. Peut-être une réaction désespérée, devant un manque de petit ami, ou une envie de se prouver que Koz désirait une petite amie ?
Il éloigna rapidement ces considérations de son esprit. Cela importait peu, puisqu’il en profitait aujourd’hui.
Un puissant gémissement s’échappa du corps allongé quand Zane jeta au loin la dernière pièce de tissu protégeant encore son intimité, l’adolescent empoignant fermement le membre dressé, résistant au désir de se caresser lui-même afin d’augmenter son plaisir. Prendre son pied en solitaire ne figurait guère parmi ses expériences favorites, et surtout, ce n’était pas lui, mais le prince qu’il voulait faire crier. Hum, pas vraiment, étant donné que ses coéquipiers se trouvaient à quelques pièces d’eux. Mais le soumettre à la jouissance…
Retirant promptement son caleçon, l’adolescent hésita un instant, le poing serré sur le tissu recouvrant son torse. Koz était-il suffisamment plongé dans les affres de la sexualité pour perdre totalement pied, ou lui restait-il assez de maîtrise de soi pour s’interroger ? Expirant lourdement, Zane passa lentement son t-shirt par-dessus sa tête. Après tout, il n’aurait qu’à maintenir ses poignets s’il se montrait trop entreprenant. Il n’en pouvait plus d’attendre, de se retenir afin de rester maître de lui, de ses émotions.
Frissonnant de désir de moins en moins contenu, ignorant le souffle d’un quelconque courant d’air sur son dos, Zane empoigna le mollet de l’autre adolescent afin de faciliter la pénétration, se maintenant surélevé grâce à une main posée près de la tête de Koz. D’un geste brusque, favorisant la friction entre son bassin et celui de l’autre afin de diminuer la douleur par le plaisir, il pénétra le prince. Parce qu’ainsi, il pouvait encore se donner l’illusion de se contrôler, que tout ce qui s’était déroulé au sein de la forteresse n’était qu’une brève passade qui ne reviendrait plus, uniquement parce que son équipe avait été prise en traître.
Koz en eut le souffle coupé, étouffant un cri de souffrance en plaquant sa paume sur ses lèvres. Se relevant, grimaçant, l’Imperiaz passa les bras autour de la nuque de Zane, s’y accrochant de toutes ses forces en mordant l’épaule de l’adolescent, un simple détail guère plus prenant qu’une piqûre de moustique.
Dégageant le visage du prince, il l’embrassa fortement, dans le but de détourner son attention, le forçant à se recoucher en accompagnant son mouvement, s’assurant que ses mains ne descendaient pas plus bas. Calmer la souffrance vrillant les reins du prince, sinon ils ne pourraient jamais continuer, peu importe l’excitation de l’un et de l’autre. Attendre que le corps de l’Imperiaz se calme sous les caresses de plus en plus pressées et ciblées du Radikors, avant de se détendre assez pour accueillir son sexe sans risquer de se blesser plus qu’autre chose, fut interminable pour le vert. Peut-être devrait-il songer à acheter un flacon d’huile un de ces quatre, cela pourrait toujours lui être utile, songea-t-il tandis que Koz remuait doucement le bassin, lui signifiant qu’il pouvait reprendre ses mouvements.
L’adolescent grogna, dents serrées, donnant un coup de rein agressif à son partenaire, qui avait déplacé ses mains sur ses hanches pour s’y maintenir au besoin. Plongeant sur ses lèvres, il les embrassa dans un baiser presque furieux, avant de poser son menton dans le creux de sa clavicule, laissant l’autre resserrer son étreinte. Imprimant des va-et-vient secs, ardents, son souffle brûlant faisant frissonner la peau ocre, il ralentit vaguement le rythme, sentant le prince se crisper dangereusement, remontant ses cuisses contre ses flancs, optant pour des mouvements plus profonds, incapable de cesser de bouger complètement. Respirant d’abord erratiquement, le prince gémit par intermittence, encore pris par la douleur, avant d’expirer bruyamment à mesure que le membre glissait avec davantage de facilité en lui. Les yeux complètement clos, ses cris étouffés se firent presque continus tandis que le plaisir faisait trembler son corps.
La jouissance monta presque trop lentement au goût de Zane. Pourtant, il était bien forcé de l’admettre, c’était bon, terriblement bon ! Par le biais d’un acte charnel complètement instinctif, stupide à dire vrai, il s’efforçait à toute force de reprendre le contrôle de lui-même, évacuant sa colère, ses doutes imbéciles, fatigué par une bataille qu’il ne considérait pas avoir gagné dans un sens, avide de trouver une forme de délivrance dans la jouissance. Cela n’avait rien à voir avec faire l’amour ; ce n’était que de la baise, pure et dure, qu’il appréciait autant que son partenaire finalement s’il se fiait à son étreinte désespérée.
Sentant sa résistance parvenir à son terme, l’adolescent dénoua les poignets du jeune prince autour de sa taille, les plaquant contre le lit en accélérant de nouveau ses mouvements. S’abandonna enfin totalement au plaisir, mettant une poignée de temps l’ensemble de ses frustrations de côté. Pourtant, il ressentit une satisfaction inutile quand l’Imperiaz céda avant lui, étouffant le paroxysme de son corps en tournant le visage qu’il enfouit autant que possible dans l’oreiller. Les chairs se contractant autour de son propre sexe l’amenèrent à son tour, ne s’effondrant guère immédiatement sur le jeune prince que grâce à un immense effort de volonté.
Reprenant tant bien que mal le contrôle sur sa respiration, Zane se retira de Koz, retombant lourdement près de son corps épuisé. Encore porté par les brumes du plaisir, le prince ne bougea pas, fixant le plafond, une main posée sur son ventre trempé de sueur. Un entre-deux que le vert lui envia, tout en se convaincant que cela prouvait simplement que le prince était bien moins costaud en ce qui concernait les jeux sous la couette.
Un long moment s’étira à l’infini, l’euphorie progressivement remplacée par un malaise désagréable, Koz n’osant guère regarder directement le chef des Radikors. Soupirant, Zane finit par se relever. Cela n’avait été aussi efficace qu’il l’avait escompté, néanmoins cela avait été suffisamment prenant pour lui éclaircir les idées, puisque son cerveau ne daignait se satisfaire d’un moment de détente.
– Ce n’était que de la baise, lâcha-t-il sèchement. Compris ?
Interdit, Koz l’observa sans comprendre. Avant de hocher lentement la tête.
– Ouais. Je n’avais rien imaginé d’autre, répondit-il, la voix cassée.
– Je vais me doucher. Ça te laisse le temps de reprendre tes esprits. Ensuite, tu pourras prendre la place en ne fouillant certainement pas dans mes affaires. Après…
– Je me casse, j’ai saisi, termina Koz, roulant précautionneusement sur le ventre, une main pressée contre ses reins. Putain, tu n’y es pas allé avec le dos de la cuillère.
– C’est un problème ? rétorqua ironiquement Zane, chassant cette idée comme une mouche venue l’enquiquiner dans un moment de réflexion intense.
Interdit, le prince se figea, se demandant s’il avait correctement entendu son partenaire, ou si ses oreilles lui jouaient des tours à cause de leur soudaine sortie d’une atmosphère ouatée.
– Pas la peine de te montrer grossier, marmonna l’Imperiaz, repoussant lentement la couverture.
– Pourquoi, tu t’attendais à autre chose de ma part ? continua l’adolescent, hautain. Tu ne voulais quand même pas un gros câlin pour apaiser tes gros bobos.
– Tu as beau m’être supérieur en grade et pouvoir me griller sur place, pour le coup, tu es un vrai goujat !
Haussant les épaules, Zane s’engouffra dans la salle de bain, se retournant une dernière fois sur le seuil.
– C’est ce que tout le monde attend, alors pourquoi les décevoir ? railla-t-il enfin, son sourire crispant inhabituellement ses joues tandis qu’il dédiait un sourire carnassier au prince, refermant le battant sur son visage médusé, outré.
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Bonjour, ou bonsoir!
Une fois encore, un grand merci à BakApple, qui prend toujours le temps de corriger cette histoire! J'espère que ce chapitre vous aura plu! Si c'est le cas - ou pas -, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire, c'est toujours encourageant!
Sur ce, bonne journée, ou soirée, et à bientôt!